SALUTS À VOUS DU « PELOTON DES MÉCONNUS »

Dans mon jeune temps… ça fait donc « pépère » cette expression, vouloir devenir artiste était un secret. Un aveu gênant. Une sorte de honte. On n’en parlait pas. Désormais, s’installe l’impression que tout le monde veut —chanter du Luc Plamondon— ÊTRE UN ARTISTE, UN AUTEUR ! Partout on devine des jeunes, et des moins jeunes, cherchant à se faire connaître, à sortir du peloton des « inconnus ». Des « méconnus » doit-on dire puisque, n’est-ce pas ?, ces assoiffés d’un peu de lumière, d’un peu de notoriété, sont remplis à raz bord de talents divers. J’en croise fréquemment. Ils veulent me montrer textes divers, projets variés, espoirs énervés. Tous, ils me disent : « On ne me répond même pas, on ne me donne aucun signe de vie ». Signe de vie, le mot fait mal. Tous ces refus accumulés font mal. Comment bien expliquer à ces créateurs de l’ombre que même celui qui a la notoriété, lui aussi, fait encore des projets, imagine des textes, et que lui aussi, « le connu », doit faire face à la même sotte impolitesse environnante.
Pire que des refus, ce silence trop compacte.
C’est une loterie, la création, poésie, chanson, cinéma, télé, théâtre, ou bien ouvrages en arts plastiques. « Continuez, ne lâchez pas, tenez bon, foncez », que je répète sans cesse aux filles et garçons qui me voient en influent personnage, en contact magique. Tudieu ! Seigneur ! Si je recommande l’entêtement à ceux qui me quêtent un avis, une recette, un mot de code, un « sesame » (alors qu’il n’y a pas de recette aucune), c’est que cette tragique maudite loterie favorise mais par bête hasard souvent, bête jeu des circonstances, et vive l’acharnement obstiné, bien têtu, soudainement, tout cela fait s’ouvrir enfin, enfin, une porte. Pourquoi donc, depuis quelques décennies, tant et tant de candidats aux portes des éditeurs, des producteurs ? Réponse : l’instruction. Cela et des organismes subventionnaires publics variés. En 1960 nous étions combien à piaffer aux portes de la maudite renommée ? Une vingtaine ? Bohémiens méprisés, débutants frileux en écritures littéraires. Même pas 20 ? Et pas de mécénat public, aucun. En 2005, ils sont des centaines et des centaines. Et pas que des autodidactes comme nous l’étions. Non, non ! Ils ont d’importants certificats d’études, à l’occasion imposants. Je devine bien alors la haute montagne de projets de toutes sortes sur tous les bureaux des décideurs. Attentes, attentes ? Pas même un « accusé de réception » (pour mal parler).
Tenez, voulez-vous une illustration de cette accablante réalité ? Voyez ce stimulant spectacle intitulé « COIN SAINT-LAURENT », qui est une enlevante, vivifiante, terrifiante revue-à-sketches, à la Licorne juste en face de Chez La Tulipe. Un spectacle étonnant où Pierre Curzi, en divers rôles, brille de mille feux. À la fin, coin St-Laurent et Prince-Arthur, Curzi vous arrachera le cœur avec son scénario tendu pour une vedette de Hollywood tournant un film à Montréal. L’accrochant enfin sur un coin de trottoir, il tente de lui faire lire un bout de page et n’en recevra… oh diable !, que son autographe. À la plume-feutre. Dans le gras du bras ! Tragique ? Pitoyable ? Écho visuel démontrant toutes ces victimes consentantes à beaux songes ! Tant des nôtres seulement ? Allons, il n’en va pas autrement dans le monde entier devenu une faste, vaste, scène en notre époque du divertissement, de l’âge des écrans partout. Espérez donc, accrochez-vous à la chance car, ici, les mérites ne comptent pas toujours. Des navets trouvent preneurs, des ouvrages de talent, restent abonnés au silence glacial ? Oui. Oui. Sordide caractéristique face à l’abondance de l’offre pour une « demande » incapable de grandir au même rythme. Vieux lamentable et, à la fois, admirable, rêve humain. Sortir de l’ombre, mon pauvre Vincent Van Gogh, pauvre Amadéo Modigliani ? Rêves mégalos, immodestes, ou maigres et nécessaires besoins de raconter, un voisin des Laurentides, me dit et me redit que depuis longtemps, il attend un « oui », il sourit encore ! Finira-t-il par maudire son sort ? Il va m’accoster de nouveau demain, après-demain : quoi lui dire ? Il marchera vers moi mais semblera tourner en rond au soleil, avec ses yeux toujours brillants et un drôle de pli triste sur ses lèvres. Quoi lui dire mon Dieu ? Moi en 1960, si seul, si pauvre, sans aucun piston ou contact utile…lui aussi, il souhaite tant pouvoir s’exprimer à la lumière des projecteurs. Il m’implore… un brin d’espoir. Quoi lui dire ? N’étant pas vedette d’Hollywood je n’écrirai pas mon nom à la plume feutre dans le gras de son bras, non, j’écrirai :
« Espérance, jeune ami ! »

Une réponse sur “SALUTS À VOUS DU « PELOTON DES MÉCONNUS »”

  1. Bonjour M. Jasmin,

    Vous vous sousestimé vraiment. Avec seulement un bon mot de vous que je pourrais montrer au monde, j’irais loin, mon livre ferais du chemin.

    Je vous avais invité à regarder mon livre L’AMOUR MUR À MUR, vous avez passé…..Après vous avoir entendu à la télé,je croyais que vous encouragiez les nouveaux auteurs, les méconnus…

    Google: gaston perron auteur
    Google: amour mur à mur

    Merci

    Gaston Perron
    Repentigny.

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