« LA MER, BERGÈRE D’AZUR INFINIE» (TRENET)

Simon Durivage prépare une émission de télé sur « les plages, le Maine et nous autres les migrants estivaux ». Benoît son recherchiste me questionne avant studio. J’y jongle donc. En ce temps-là, nous allions à la mer dès les vacances arrivées, comme le pieux pèlerin musulman allait à la « pierre noire ». C’était sacré chaque été. La première fois, 1960, ce fut le popularissime Old Orchard. Comme pour vérifier, devenus jeunes adultes et des parents, les éloges de certains petits-bourgeois. Coup de foudre ! Piqûre inoculée. À jamais ? L’océan à perte de vue, la houle, ses vagues crénelées rugissantes de tous ses dynamiques rouleaux, les stimulantes odeurs de sel, d’iode, de varech. Oui, un coup de foudre. Rue Fern, au sud du site si populaire, on louait d’antiques logis meublés quittés par les « natives » réfugiés, eux, à Saco ou à Bidderford. Une colonie de nos artistes (de radio) avait adopté Bidderford Pool durant les années 40.
Ce sera pour nous, année après année, une sorte de descente vers le sud : les trois Kennebunks, puis Wells Beach où, les matins de lumière aveuglante, on admirait (1965) sur les dunes dégagées de la marée de jeunes phoques en lamentations et où on causait avec d’anciens émigrants francos encore capables de baragouiner du français. Et puis, sud toujours, Drake Island, Moody Beach. Et, terminus ?, ce Ogunquit bien aimé qui gardera longtemps nos faveurs, sa si belle longue plage, son fabuleux « marginal way », son faux tramway, son petit port à boutiques, Perkin’s Cove. Justement, on vient de me « cellulariser ». Voix de mon petit-fils, l’ange-Gabriel musicien. Il roulait, via la 91, avec ma file, sa mère, mon webmestre Marco, vers ce cher Wells-Ogunquit. Camping, cette année ils étrennent une jolie roulotte toute équipée. « Je voudrai voir la mer » (chanson) en septembre car je m’ennuie de celle « qu’on voit danser le long des golfs clairs ».

Ogunquit en fin de journée, été 2005

Mais les enfants grandis jugaient l’eau « bin frette » et nous descendrons encore plus au sud. Adieu Maine ! Découverte du Cap Cod. Massachusetts welcome ! Tout au bout du gigantesque hameçon de sable, visions de Provincetown, là où vécut O’Neil, Miller et Mailer et le prof Borduas frais congédié du duplessisme, vues de la vaste Plage Marconi où le génie italien fit des tests de radio primitive. Mille milliers de fleurs partout, des roses sauvages dans les clôtures des chemins, jolis patelins à maisons croûtées, où vécut longtemps la Blais romancière, coquettes demeures de bardeaux grisonnants. Et puis, été de 1980, proche du domaine des Kennedy, nous loueront le ferry boat vers Nantucket Island, un chalet marinier avec, sur le toit, le balcon-de-guet-à-baleines, Moby Dick a fui… Où te cachais-tu donc cher Melville ? Île-lieu d’écologie active, sévères règlements, un site de belle beauté surprotégée où nous retournerons de la Bande-des-Sept encore.
Mais dans les années ’70, go south family !, ce sera d’abord Margate, sa plage immense aux coquillages rares, les mini-crabes aux orteils, son éléphant coloré géant, « troyen », puis, fin des pérégrinations océanes, pauses d’été fréquentes aux trois Wildwoods (North, Crest, South) pour ses eaux chaudes (enfin, crient les jeunes ! ), son boardwalk à perte de vue, ses fous manèges. Tiens, Simon Jasmin, vingt ans, le déjà-gastronome, m’annonce qu’il partira pour Cape May…qui est le si joli point final « victorien » de ce New Jersey. Les enfants vieillis, partis, ce sera —cinq heures de route, c’est fameux !— le retour au Maine. Et l’annuel (toujours trop bref) séjour à Ogunquit. On louait souvent, dans une crique du Marginal Way, pas loin du Dolphin où gîtait chaque été René Lévesque et sa bande de joueurs-de-cartes. En 1900, il y eut là de célèbres courses d’automobiles et de voiliers, ce fut un village balnéaire fréquenté par les stars. Des artistes de renommée forte, cela va du fameux Rudolf Valentino à Mae West, de James Dean, Brando, à Buffet-le-mondain, du génie Pollock à l’immortel Henri Matisse, en passant par un jeune dénommé Pablo Picasso qui, dit la légende, râlait et s’ennuyait des corridas de Provence.
Nous, nous y croisions actrices et acteurs d’ici, décorateurs, costumiers et, souvent, le brillant Vittorio, l’inventeur du drôle bonhomme vert d’un certain festival ! J’en fis un roman un jour qui est en « poche » chez B.Q. aujourd’hui : « La duchesse d’Ogunquit » qui est un polar mais je m’emploie aussi à décrire avec minutie ce lieu.
De 1990 à 2000, méchants taux de change avec les USA obligent, ce sera des voyages dans nos provinces québécoises : la curieuse et trop secrète Haute-Mauricie, l’imposant Lac Saint-Jean, le renversant Saguenay, l’étonnante Abitibi et son voisin le Témiscamingue, l’époustouflante Gaspésie et l’attachante Acadie française, même la renversante Côte-Nord, etc. Ce sera l’excitante découverte de paysages étonnants, méconnus. Partout, il me manquait… la mer où je pourrais m’y baigner. Au rivage joli de Natasquan comme à celui de Saint-Irénée si beau, à celui émouvant de Sainte-Luce-sur-mer comme à celui, mirobolant, de Percé, c’était la paralysie (!) si l’on osait mettre pied à l’eau. J’irai donc en Maine revoir « la mer qu’on voit danser le long des golfs clairs », car « c’est une chanson d’amour, la mer ». Toujours Trenet !

Vélo sur la page d'Ogunquit, été 2005

Une réponse sur “« LA MER, BERGÈRE D’AZUR INFINIE» (TRENET)”

  1. Merçi de me rappeller des souvenirs de Moody Beach, mon cousin y a une demeure et j’y ai eu la chance de vibrer au son de la mer lors d’une réunion familiale. j’y ai remener des souvenirs impérissable de la mer. Moi qui avec 110$ US en poche ai pu profiter d’un séjour trop court mais combien agréable.

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