CHANTEZ : « TANDIS QUE LE LOUP N’Y EST PAS » ?

L’expression « pas sorti du bois » à Val David, chez le peintre-graveur René Derouin, a un sens. Beau. Simple. Impressionnant. L’autre après-midi nous nous sommes turlutés l’ancienne chanson de nos enfances : « Promenons-nous dans le bois tandis… » Non, pas de loup à « in situ », montée Gagnon, à 3 petits kilomètres de Val David. Le polyvalent Derouin y a initié un stimulant « chemin de croix ». Tout laïc. Sauvage, où chaque station offre paix de l’âme, calme total, silence, contemplation. Oublions vite, dans le programme, le « jargon de cuistre » de la conservatrice-muséologue engagée, il s’agit d’une modeste expo collective où un lot de créateurs invités (certains d’Amérique latine), sans gros moyens, a pu installer entre les arbres chétifs laurentiens des marques. Des signes visuels. Allez-y voir : une captivante récréation sylvestre étonnante, je vous le garantis.
Quelle belle promenade en sentiers balisés qui peut durer au moins une couple d’heures où chaque « mini-temple » offre à méditer, à sourire, voire à s’inquiéter un tantinet ( ces têtes coupées répandues ). Ici et là des hauts parleurs camouflés font entendre bruits, cris bizarres, douce musique, interjections à l’occasion surprenantes. Nous sommes sortis de ce petit bois derouinesque, à Val David, enchantés, ma compagne et la superbe actrice, Monique Miler, pas moins envoûtée que moi. Pas d’autre mot.
Je me suis vu parfois en petite « Alice au pays des merveilles », oui, un enfant, ou en « Petit poucet » (du conte de Charles Perrault), perdu en forêt mais, à Val David, sans vraie anxiété. Plus important, ce labyrinthe, aux tapisseries-lambris 100 % naturalistes, m’a offert de mieux REGARDER. D’aiguiser encore davantage ma vue. Je me surprenais, au milieu de sentiers de gravier ou de planches à mieux VOIR. Tout. Mieux voir soudain ces mélèzes séchés, ces humbles rochers moussus, ces racines ébréchées, nues, saignantes.
Une école-du-regard chez Derouin ? Oui. S’y promener est une sorte de plongée (en apnée forestière) : ici des mini-miroirs au sol ( avec des mots en braille !), qui changent de couleurs au soleil, là, une tente-théâtrale avec bannières « à l’amour » toute tissée (« un mois et demi de labeur », m’a dit Derouin) de branches coupées, ici, sous des épinettes, un lot de poissons cuits nagent dans l’air, là, des oiseaux d’argile modelée pendent au vent, mobiles enfantins. En ces décors bruts on peut lire sur des lutrins ou sur un banc discret des poèmes ! J’ai mieux vibré à Pierre Morency, à Gaston Miron, aux images toujours étonnantes d’un Claude Beausoleil, cela à cause de l’ambiance du site. C’est vraiment un lieu inédit et on croirait à un projet d’enfant tant l’idée est vieille (cabanes dans les arbres) et simple et candide ! Aucun ouvrage géant, imposant, coûteux, vient nous détourner du décor ambiant en ce boisé valdavidien tout commun au fond. « C’est exactement ce que je souhaitais », me confirma Derouin lui-même à la sortie, « pas de ces grosses sculptures imposantes ».
Enfin, j’invite les cœurs libres, les esprits libres, les âmes avides de nature à aller marcher ce « chemin de croix païen » à Val David. Faire cela et aussi, en vous en allant, aller jeter cent et cent coups d’œil aux poteries exposées dans des jardins (comme chaque été) au beau milieu du village. La terre cuite y est montrée sous mille et un facettes. C’est souvent un artisanat de « petite industrie » (moulage e coulages) mais, ça et là, on peut faire des découvertes, et s’acheter un coquet vase à fleurs, ou bien un joli gobelet d’agile émaillée, pièce unique, pour une poignée de dollars.

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