Gilles Proulx, André Boiscair : éphémérides ?

Deux sorties de route dans les actualités : celle d’un radioman ultra-bavard, Gilles Proulx et celle d’André Boisclair.
Le premier, un matin, perdait la boule en ondes sur TQS), l’autre, jeune candidat péquiste admiré, fut bien obligé de dire la vérité sur sa totale immaturité quand, ministre sous Bouchard, il se moucha de poudre blanche. « Son chien est mort », disait-on jadis. Même la femme de César devait se tenir à carreau, n’est-ce pas ? L’autodidacte, ex-gamin-voyou de Verdun, Proulx, acceptait volontiers de jouer « l’avocat du diable ». Grand risque ! J’ai souvent dit « non » à ces organisateurs de foire d’empoigne. Mon ex-camarade (à Cjms), Gilles, n’est pas équipé comme il faut sur le plan intellectuel. Je crois qu’il le sait. Ceux qui le sont, hélas, hélas, ne font pas un bon show, triste loi du genre.
La foule des badauds n’aime pas du tout les nuances, les distinguo, alors, des « intelligents et instruits », restent en dehors de ces patinoires populistes. Un fait têtu et connu, enrageant. La foule observe, amusée, ces jongleurs sur-corde-raide, oui c’est un cirque. S’ils tombent, elle fait « Ahhh! », s’en va vite voir ailleurs d’autres audacieux équilibristes. Quant à Boisclair, c’est fort malheureux car le jeune homme politique montrait de belles qualités. Revenu de Boston (Harvard University), Boisclair (c’est assez certain) s’en ira à Toronto. Comme il le planifiait. Hors de réflecteurs, il gagnera sa vie facilement.
Éphémérides que tout cela ? Eh oui; tout passe, lasse, casse. « Un clou chasse l’autre », dit le proverbe, un film chasse l’autre ? Je sors de « La neuvaine » du cinéaste Émond, de « Familia » d’Archambault. Quelle chance nous avons les Québécois ( petit pays) d’avoir notre cinéma. « Familia », vite allez-y !, fait voir un certain monde actuel, une boomer (Sylvie Moreau) en joueuse compulsive qui traîne sa grande gamine comme un boulet (mais néanmoins aimée). Sordides images. Frappantes scènes. Son amie, banlieusarde confortable sombre aussi dans son existence factice. Elle élève (!) une ado elle aussi, fera face à un jeune époux inconscient qui installe secrètement un autre ménage ! Oh, courez voir « La neuvaine » ! propos hors mode cette fois. Émond, avec un talent épatant, raconte une dérive pas moins pathétique. Un jeu d’images toutes feutrées qui narre avec délicatesse, tendresse, une jeune toubib suicidaire —Élyse Guilbault, parfaite— secouée par un jeune quincaillier inconsolable de la mort de sa vieille mère adoptive qui se meurt. Si vous ne pleurez pas c’est que vous avez le cœur anormalement sec.
Un livre chasse l’autre ? Sans doute. Relire « Trente arpents » du vieux Ringuet vous illustre « la terre abandonnée », question éternelle encore en 2005. Glaner dans l’œuvre de Gogol (Pléiade) m’a replongé dans la queste spirituelle du film d’Émond. Lire « Dans la jungle… » du financier Jarilowsky renseignait avec étonnement l’innocent que je suis en matière de « bourscoteur ».
Et « L’idiot du village », non ce n’est pas tout à fait moi !, de Rambaud est une excitante et amusante aventure quand, en 1999, un boomer de Paris, tombe dans une faille du temps (1955) et se retrouve à sept ans. Quel aventure, lisez ça !
Jean-Marie Paradis (Septentrion éditeur) nous offre l’histoire de « Morin » (c’est le titre). Augustn-Norbert Morin, l’ami du grand Papineau finira co-premier-ministre ! Il était temps d’en apprendre sur cet homme hors du commun; j’habite à Sainte-Adèle une rue qui porte son nom et il y a des tas de sites, écoles, parcs et…. Val-Morin inclus ! Enfin j’ai lu « Les raisons de la colère » ( Fides), toute une brique (430 pges) pleine des propos de ce diable d’Yves Michaud, l’ami de René Lévesque. Vous lirez ses anciens « papiers » et aussi ces batailles contre les banquiers potentats véreux —et Jarilosvsky est d’accord ! Aussi sa terrible colère, sa vaste rage contre tous les députés serviles et idiots empressés de le faire passer pour antisémite-de-service. J’ai connu, en 1994, cette sorte de jugement folichon quand j’ai osé dire la vérité sur le comportement raciste, ghettoïde, des juifs orthodoxes dans Outremont. Je restai 15 brefs jours candidat du Parti Québécois où des inquisiteurs énervés avaient eu peur de leur ombre ! Oui, tout passe : Boisclair serait évidemment un risque grave aux élections prochaines, Proulx deviendra prudent à « 98,5-radio » le midi; tout lasse, tout film chasse l’autre, toute lecture aussi. Je commence le dernier Philippe Djian (37 et demi le matin) « Impuretés » qui raconte des bourgeois boomers imitant la « sauce sexuelle » navrante et lassante du triste laideron (et qui perd ses dents, confiait-t-il au Ardisson !), ce sinistre Ouellebec. Un boomer borné, jeune quinquagénaire obsédé. Aussi irais-je au bout de ce « Impuretés » ? Pas sûr. « La neuvaine » m’a touché qui nous dit tout doucement que la vie, pour être vivable, a besoin d’un sens. Un langage de sourd (et tant pis pour eux !) pour les Ouellebec d’ici et d’ailleurs.

3 réponses sur “Gilles Proulx, André Boiscair : éphémérides ?”

  1. «(…), renoncer, cela voudrait dire une décision formelle qu’il n’a jamais prise, qu’il ne prendra sans doute jamais, qu’il n’aura jamais à prendre.»

    («Trente arpents » du vieux Ringuet, Paris, Flammarion, p.292)

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