« LA FERME » LES ARTISTES ET GUY A. LEPAGE ?

Les z’artisses sont des têtes de linotte, pensent certains. Ils sont doués pour divertir, point final, « pas pour donner des opinions », s’écrient des « sérieux ». Une vedette du rock (Clapton) reproche aux Bono et autres Geldof de se mêler de politique. André Pratte, éditorialiste, affirme sa révulsion face à un Guy A. Lepage « sommant » M. Charest d’accepter un tabouret à son vaste et frénétique kiosque populaire du dimanche soir. À ses yeux M.Charest aurait eu tort de s’incliner « comme malgré lui » le 11 septembre. Ainsi, des critiques « graves » ricanaient d’une sensible Céline Dion s’énervant, pleurant même, face aux lenteurs, au manque d’action du Président W. Bush en Louisiane inondée. Non mais… de quoi se mêlent-ils ces saltimbanques ? Sous-entendu : ces gentils crétins, ces écervelés ! Chante et « la ferme », pauvre clown !
Les artistes ne sont pas des élus-en-élections, c’est un fait. Ils sont pourtant des élus du peuple quand on observe les hauts sommets de popularité, non ? Étrange comportement chez ces commentateurs à public confidentiel, à mon avis. N’oublions pas, jamais, qu’une majorité d’artistes et de créateurs doués se taisent. Que c’est un calcul. Ainsi, ces muets compacts ne risquent pas de se mettre à dos la moindre parcelle du public. Ils n’ont pas d’avis. Ils sont ni pour ni contre. Ils voguent ce de cette prudente façon sur la bonne et douce vague de bien vagues consensus. Oh les malins ! Et dans les domaines artistiques pas trop populaires, peinture et littérature, etc., ces « entretenus » par l’argent public, via les Conseils des arts, eh bien l’engagement nuirait à l’obtention de subventions, bourses, voyages à colloques et à séminaires. Nous nous comprenons, oui ?
Lepage explique que son « show de variétés » peut bien se transformer, à l’occasion, en émission d’affaires publiques. Et bravo ! Pourquoi non ? Chez son aller-égo parisien, le strident Thierry Ardisson, il arrive que le show devienne soudain une entrevue sérieuse, un débat fort captivant, par exemple avec un Nouveau philosophe, n’est-ce pas ? Chaque fois un public vaste découvre des questions importantes, un problème moderne dans la société, s’instruit davantage, pas vrai ? Pratte reconnaît la grande influence des « stars » et il parle de leur responsabilité, il se questionne à savoir « si ils en sont bien conscients ». Il recommande aux « gentils bouffons » ultra-populaires de ne pas parler « à travers leur chapeau ». Ses mots. Cela sent le préjugé.
Personne ne va nier que des artistes reconnus massivement peuvent parfois déconner. C’est le jeu. C’est le risque. Mais c’est mépriser le peuple que de s’imaginer que ces incartades ne se découvriront pas, le monde n’est pas idiot. Partout, et pas seulement à « Tout le monde en parle », les artistes font bien de livrer leurs impressions face à un conflit, à un débat qu’il soit « chaud » ou qu’il soit délicat ». Quand Pratte ose affirmer « qu’un chanteur rock, sans mandat électif, ne doit pas faire la leçon à un élu », c’est très con. Il n’y aurait que les profonds éditorialistes de sa rare espèce qui auraient droit de parole ? Foutaise. Quel mandat public a-t-il, lui ? À quelle élection participative a-t-il donc pris part pour siéger en auguste faiseur d’opinions ? Allons, allons, tout électeur, tout payeur de taxes et impôts, le plus humble des citoyens, peut bien donner son avis, sa critique, ses opinions librement, et cela partout, à l’usine ou au bureau, à la taverne ou dans un bar, à un micro offert dans la rue, dans des lettres ouvertes, en tribune téléphonique de toutes les stations de radio et aux questionneurs des sondages, non ? Pourquoi pas ? À plus forte raison si ce citoyen est un fier talentueux applaudi par les foules, qu’il a réussi à faire preuve de talents uniques dans son domaine.
La « vedette », de télé, chansons, cinéma, etc., a tous les droits. De militer pour une cause. D’appuyer une option politique. D’être « contre » une idéologie. Ou « pour » une bataille sociétale. La superstar Geldof a osé déclarer que « M. Martin n’était pas le bienvenu au G-8 tenu en Écosse », son avis et Pratte publia : « indécent » et « il n’a pas le droit de… » Franchement ! Avant Martin, il était là, après Martin, il sera là encore. Finissons-en : invité chez Lepage, le brillant artiste pourrait ne voir qu’à sa promotion en égocentrique businessman (le ploguage, l’assommante « cassette ») et la fermer. Sur tout sujet à controverse. Je suis heureux, moi, (et vous ?) de constater que des créateurs, à divers niveaux certes, acceptent volontiers de grimper dans l’arène des chaudes actualités et d’oser proclamer, défendre son point de vue. Oser ? Oui, car il y a des risques, oh oui ! Répétons-le, c’est bien plus commode et malin de se la fermer, de se taire prudemment.

3 réponses sur “« LA FERME » LES ARTISTES ET GUY A. LEPAGE ?”

  1. Monsieur Jasmin,
    je suis tout à fait d’accord avec vous. Et j’ajouterai que la lâcheté, dans le domaine de l’expression des opinions comme ailleurs, devrait sans cesse être pointée du doigt et aussi hautement honnie que les tares sociales et autres qu’elle laisse courir.

    Marcel Hurteau
    Montréal

  2. Ah! La fameuse liberté d’expression. On aime donner la parole à nos artistes. Pas important de savoir si le type sait de quoi il parle, ce qui est important, c’est que c’est LUI qui en parle. Le drame, ce n’est pas qu’on leur donne la parole, le drame c’est qu’il n’y en ait que pour eux. Tiens, je vous soumets le texte suivant sur le mouvement « Sauvons nos rivières » parrainé par Roy Dupuis.

    Ma rivière volée

    C’est toujours avec beaucoup de rage au cœur que j’entends les pseudos spécialistes de la colonie artistique se porter, disent-ils, à la défense de ma rivière, la Gatineau. Pour ceux qui ne le savent pas, la rivière Gatineau est une rivière d’importance moyenne prenant son origine dans le nord de l’Outaouais et même en Abitibi.

    Cette rivière a marqué notre histoire. Je suis d’ailleurs l’auteur d’un roman à caractère historique qui traite justement de cette rivière (Des cendres sur la glace, Guy Saint-Jean éditeur) Longtemps, elle fut la seule route utilisable par nos ancêtres venus y couper le bois devant servir notamment, à l’érection de nos villes. Nombreux sont ceux qui ont perdu la vie dans ces flots tumultueux. Puis pendant 100 ans, la rivière est devenue la propriété quasi exclusive des compagnies forestières qui y flottaient le bois qu’on acheminait vers les usines des centres urbains. Pendant des semaines, sinon des mois, chaque année, la rivière était littéralement paralysée par les millions de billes de bois. Notre ressource, la rivière, servait à nous vider de nos autres ressources, le bois.
    La Gatineau, c’est une rivière capricieuse, vous savez (mais non vous ne savez pas). Depuis que moi et mes ancêtres y habitons, il est arrivé à plusieurs reprises qu’elle sorte de son lit et nous inonde causant dommages et de nombreux drames. Il est même arrivé à deux reprises au cours du siècle dernier que les crues soient si puissantes que des villages ont pratiquement été effacés de la carte. Quand on en a découvert le potentiel hydroélectrique, deux villages de mon coin (Baskatong et Lac Ste-Marie) ont même dû être déménagé pour permettre au Québec de s’électrifier. Une sorte de « Grand dérangement » qui a dispersé de nombreuses familles un peu partout. Pas de sang cependant pour toucher le cœur des Québécois et les indigner, mais beaucoup de pleurs
    En 1990, je m’en souviens, les gens de mon milieu se sont mobilisés pour demander l’arrêt du flottage du bois. Outre l’effet de pollution que nous vivions chaque jour en voyant l’eau de nos robinets teintée par les essences et écorces qui s’échappaient des arbres qui y macéraient, nous voulions reprendre en main ce qui aurait dû nous appartenir. Nous avions également naïvement cru qu’en forçant les compagnies à transporter les billes de bois sur une aussi grande distance, peut-être qu’on se déciderait enfin à transformer la ressources dans le milieu. Nous avions de grands projets pour la rivière et nous avions même convenu de certains plans de développement pour ce cours d’eau, dont la mise en valeur du corridor nautique, mais sans toutefois mettre de côté les autres projets. J’ouvre ici une parenthèse pour vous parler des conditions socio-économiques à Maniwaki et dans la région. Je vous l’ai dit plutôt, nous vivons chez nous de l’exploitation des ressources. Si certaines années furent naguère bonnes pour la région, nous traînons depuis trop longtemps le fardeau de notre sous-développement. Saviez-vous par exemple qu’à Maniwaki, les conditions sont bien pires qu’en Gaspésie qu’on cite toujours comme le cas type de pauvreté. Je n’invente rien. Cela fait malheureusement des tristes statistiques publiées par le gouvernement du Québec. Nous faisions partie l’an dernier des quatre MRC les plus démunies, derrière la Gaspésie. Et quand le chômage y est, la santé mentale et physique de nos gens en est affectée. Inutile de faire dans le misérabilisme, consultez plutôt les statistiques de l’Agence locale de la santé et des Services sociaux de l’Outaouais, ça parle tout seul.
    Mais voilà, on nous a volé notre rivière encore une fois. C’est arrivé le jour où un promoteur privé s’est présenté avec sous le bras un projet de centrale dans la région de Maniwaki. Soudainement, des gens que nous ne connaissions ni d’Adam ni d’Ève ont mobilisé le débat. La Fédération de canot et de kayak du Québec a mené une charge à fond de train contre toute forme de projet sur cette rivière. Ils ont eu droit à toute l’attention des médias et du public en s’associant à des personnalités artistiques, dont le talentueux comédien Roy Dupuis. C’était suffisant pour que nous soyons poussés sous le tapis, oubliés, parce que Roy Dupuis, c’est beaucoup plus intéressant à publier qu’une bande de braillards en chômage dans la région de Maniwaki. Le gouvernement a rapidement reculé sans même nous laisser le temps de regarder les projets sur la table, de les analyser objectivement et de voir s’il n’y avait pas moyen pour nous de tirer notre épingle du jeu. Fini.
    Je passerai sous silence (enfin pas vraiment) le fait que Roy Dupuis a adopté notre rivière en tant que parrain comme si nous, ses véritables « parents », n’existions pas. Bang! C’est devenu la « rivière à Roy ». Mais de ce côté, si la Gatineau avait été un enfant, Dupuis se serait retrouvé devant la Direction de la protection de la jeunesse pour « abandon de l’enfant dont il avait la charge ». Nous ne l’avons vu qu’une seule fois à Maniwaki, et j’apprenais récemment qu’il avait renié son titre de parrain de notre rivière pour le transférer à Yannick Perreault.
    Mais l’objectif est noble, nous répond-t-on, car il s’agit de préserver la beauté de nos rivières. En réalité, cette rivière n’est devenu un enjeu que lorsque la Fédération québécoise de canot et kayak, et surtout le Club Portageurs de Montréal a découvert en 1997 l’intérêt pour leur loisir des rapides de la Gatineau. On créait ainsi un festival (Festival d’eau vive de la Gatineau) qui, disait-on allait entraîner des hordes de visiteurs et une pluie de retombées pour nous. Quelle farce. Le dernier festival, cet été, a attiré 1 500 visiteurs. Je vous vois déjà en train de faire des calculs sur les dépenses générées par ce groupe. Elles sont nulles. Nous leur prêtons gratuitement (donc à nos frais) notre école secondaire pour qu’ils y campent et ils arrivent avec toute la bouffe nécessaire pour tenir durant les deux journées de la tenue de leur festival. Demandez à n’importe quel commerçant de Maniwaki combien il retire de cette fin de semaine? La plupart ne se rendent même pas compte de la tenue de cette activité, et ce n’est pas faute d’avoir essayé à plusieurs reprises de leur faire les yeux doux et de leur proposer toutes les merveilles que notre région peut offrir. Le principal motel situé à deux pas du site n’avait loué qu’une seule chambre à un des participants
    Force est de constater que nos possibilités d’utiliser cette ressource inestimable pour avancer un peu, sortir la tête de l’eau comme on dit, ont été paralysées, mises en veilleuse pour permettre à un petit groupe privilégié d’en faire leur terrain de jeu une fois par année. C’est ça et juste ça la réalité.
    Nos artistes et leurs amis du kayak nous disent qu’ils veulent sauver la planète, que les développements hydroélectriques sont une chose immonde, odieuse, qu’ils menacent leur patrimoine. Leur patrimoine? Quand mes ancêtres se sont noyés dans la rivière pour aller couper le bois dont ils avaient besoin, personne n’a crié au patrimoine collectif. Quand la Gatineau est sorti de son lit ravageant tout sur son passage, cela ne faisait pas partie du patrimoine collectif; c’était notre problème. Quand pendant des années et des années, nous avons bu le « jus d’arbre » causé par le flottage du bois, personne n’est venu nous dire qu’il s’agissait d’un bien collectif; votre eau est sale, arrangez-vous. C’est ça notre réalité. Et quand nous nous sommes battus pour mettre fin au monopole que la CIP exerçait sur la rivière Gatineau, les comédiens (pas plus que la Fédération de kayak) n’y étaient pas. Ils n’étaient pas là non plus pour mettre la main à la pâte pour retirer les vieilles billes de bois qui encombraient son lit et empêchaient la navigation. Ce sont des bénévoles de chez-nous (et aussi la CIP, il faut bien l’avouer) qui avons fait le travail. Le patrimoine n’était pas collectif là non plus.
    Mais demandons-nous donc, au-delà des gestes d’éclat qui servent fort bien leur carrière, si nos artistes sont conformes à leur discours. Étant donné que le Québec a atteint ce qu’on appelle le seuil d’équilibre entre les besoins des québécois en période de pointe (en hiver) et la capacité de production, il ne suffit pas de dire « non », il faut proposer autre chose. Autre chose, c’est bien simple, ce sont les centrales nucléaires (drôlement plus dangereuses et coûteuses que les barrages), les centrales au mazout ou au charbon (drôlement plus polluantes), les centrales au gaz naturel (même que le précédent mais un peu moins), ou encore les énergies nouvelles que sont le solaire et les éoliennes. Le problème de ces deux sources d’énergie, c’est leur manque de fiabilité et l’impossibilité d’accumuler l’énergie produite lors des journées de grand vent ou ensoleillée. Les éoliennes demeureront des énergies d’appoint.
    Reste alors, comme le pape avec le sexe, l’abstinence. Pas facile. Bien sûr, il y a de la place pour des économies d’énergie importantes, mais il serait idiot de croire qu’on parviendra à subvenir à la demande énergétique du Québec pour l’avenir uniquement en consommant moins. Même avec la même population, nos besoins vont grandissants. Il n’y a qu’à regarder autour de vous la quantité d’appareil électriques par rapport à il y a dix ou vingt ans. Maintenant, demandons-nous si nos artistes ont été conformes à la cause qu’ils défendaient. On s’attendrait à ce qu’ils soient des modèles (ce qu’ils revendiquent d’ailleurs en devenant « parrain » de nos rivières) d’économie d’énergie. Ont-ils supporté la chaleur cet été sans climatiseur? Ont-ils rejeté tous les gadgets électriques qui rendent leur vie plus douce? Ont-ils demandé à leur technicien de spectacle, ou à celui qui s’occupait de l’éclairage durant le tournage d’y aller molo sur les lumières pour sauver une rivière? J’en doute. Comme on dit, loin des yeux, loin du cœur.
    « Oui, mais il faut préserver la beauté du paysage » ajoute-t-on. Une éolienne, ça vous déguise un paysage aussi… et pas pour le mieux. Quant à une centrale (charbon, nucléaire, mazout ou gaz naturel), on ne peut pas dire que cela puisse faire partie des attractions touristiques. Par contre, je vous mets au défi d’aller marcher sur le barrage Paugan dans la municipalité de Low (construit en 1920). Je vous jure, c’est à couper le souffle. Un panorama magnifique… et inconnu.
    « Il faut préserver la rivière à l’état naturel ». Ah oui? Et bien c’est trop tard de 100 ans dans le cas de la Gatineau. Cette rivière a vu son cours sérieusement modifié par la construction de barrages et par l’aménagement d’un réservoir (le réservoir Baskatong). On a construit quatre barrages sur cette rivière, dont trois sont encore en opération. Le quatrième était un tout petit barrage (Corbeau) et avait été abandonné il y a belle lurette. C’est justement à cet endroit qu’il était question de reconstruire un barrage.
    Mais est-ce ces constructions sont si dommageable? Bien sûr, la création d’un réservoir comme celui du Baskatong entraîne l’inondation de centaines de kilomètres carrées de terres autrefois forêts. Bien sûr que cela détruit des écosystèmes. Mais la beauté des barrages tels que nous les construisons c’est qu’ils datent, pour certains, de près de 100 ans. Il est donc possible aujourd’hui de regarder sérieusement et avec le recul nécessaire l’impact réel des barrages. On constate ainsi que, si durant les premières années, la submersion de ces terres entraîne l’augmentation de la concentration de certains métaux dans l’eau (dont le mercure), ce taux a tendance à revenir à la normale après un certain temps. C’était d’ailleurs là l’impact principal de ces barrages. Par contre, la création de ces nouveaux plans d’eau crée aussi de nouveaux habitats souvent plus propices pour les différentes espèces (poissons, oiseaux, mammifères). Il y a des études tout à fait sérieuses qui le démontrent. Radio Canada avait déjà présenté il y a quelques années, un reportage très intéressant et bien documenté sur le sujet.
    Chez-nous, la construction du réservoir Baskatong a créé un lac immense considéré comme un haut lieu pour les amateurs de pêche. L’attrait de ce lac fut si important qu’on a d’ailleurs surexploité la ressource au cours des années ’80, ce qui a forcé le milieu à prendre des mesures pour redonner à ce lac sa réputation. On y compte plus de 30 pourvoyeurs de chasse et pêche et c’est un lieu de villégiature comme aucun autre. On le désigne comme la « Petite Floride du Québec » en raison de la beauté et l’importance de ses plages de sable. Les retombées se chiffrent en dizaine de millions de dollars chaque année.
    Oui, il y a des impacts à changer « de main d’hommes » la nature, mais ils ne sont pas tous négatifs. Saviez-vous qu’avant la construction des barrages sur la rivière Gatineau, nous qui vivions sur ses rives étions inondés, avec plus ou moins de dégâts, pratiquement chaque année. Avec le réservoir, on a pu contenir et gérer la plupart des grandes crues qui nous noyaient (sauf en 1974 où Maniwaki étaient disparue sous l’eau). Une bonne partie de la ville de Gatineau subissait aussi le même sort. C’est aussi grâce à ce barrage que nous pouvons, lorsque les gens de Montréal ont soif, laisser aller plus d’eau pour maintenir le niveau du Saint-Laurent.
    Maintenant, permettez-moi de vous expliquer ce que nous, enfants de la Gatineau, avions vu dans cette possibilité. Vous a-t-on parlé des projets chez nous? Bien sûr que non, car peut-être auriez-vous été plus critiques. Attention, je ne dis pas qu’il faille donner carte blanche au privé. Mais il ne faut pas se mettre un sac sur la tête et refuser de regarder. On ne nous a pas permis d’en discuter. Imaginons un instant qu’une région pauvre et démunie comme la nôtre donne son accord pour le harnachement de notre rivière (après bien sûr avoir considéré tous les aspects environnementaux). L’idée était alors de donner un accord conditionnel soit au versement d’une sorte de redevance sur l’énergie qui nous aurait permis de mettre de l’avant des projets chez-nous (et pourquoi pas des projets de mise en valeur du corridor nautique de la rivière), ou alors qu’on nous accorde comme on l’a fait pour les grandes alumineries, un bloc d’énergie (un pourcentage de l’énergie produite au barrage) que nous pourrions mettre à la disposition des promoteurs qui voudraient lancer des projets créateurs d’emplois chez nous.
    Vous a-t-on dit que dans le cas du projet présenté chez nous, les promoteurs avaient même proposé aux gens de kayak d’aménager une descente en eau vive artificielle (une sorte de corridor) pour remplacer un des cinq rapides que le projet menaçait? Vous a-t-on dit que tout cela a été rejeté du revers de la main… en notre nom.
    Comprenez-vous la frustration des gens d’ici de se voir encore une fois dépossédés au profit d’un petit groupe qui a comme premier objectif son plaisir personnel. Pas la protection de l’environnement, pas la protection des populations en détresse, mais la préservation de leur petit terrain de jeu personnel.
    Maintenant, regardons notre société québécoise. Ce qu’il faut constater, c’est que nous n’avons plus les moyens de nos aspirations, à moins que nous trouvions les moyens de générer la richesse ici. On pourrait rêver d’être comme l’Alberta et de tirer tant et tant de revenus du pétrole qu’il soit possible non seulement de payer toutes nos dettes mais aussi d’engranger des profits. Malheureusement, du pétrole il n’y en a pas au Québec. Par contre, nous avons de l’eau en quantité phénoménale et l’hydroélectricité est toujours et de loin, la façon de produire de l’électricité la plus propre. On peut dire « que les autres se débrouillent » en songeant ici à l’Ontario ou aux États-unis. Mais dans le fond, si les autres doivent produire leur électricité avec des centrales au mazout ou au charbon, dites-moi ce que nous aurons gagné à garder nos cours d’eau supposément intacts. La poussière et la pollution de leurs usines nous tomberont dessus de toute façon. Ne vaut-il pas mieux produire leur énergie et leur vendre au gros prix? On fera des profits et on évitera de recevoir leurs déchets sur la tête.
    Voilà tout ce que je souhaitais vous dire à propos de la grande campagne de désinformation de nos artistes. Avons-nous le droit de crier à la démagogie quand l’accusé est un artiste aimé de tous? Et nous, avons-nous le droit de crier au reste du Québec que nous sommes les premiers concernés et que nous avons le droit de vivre et non seulement de survivre.

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