SOGIDES VENDU ? PIS APRÈS ?

Permettez-moi un brin de réflexion sur la vente du géant Sogides à Quebecor. Un point de vue de littéraire. Il y a un fait têtu : « le monde ne lit pas notre littérature ». Point final ! Il y a une réalité embarrassante et qui n’a rien à voir avec un empire ou avec l’achat d’une grosse compagnie québécoise (Sogides) par une plus grosse entreprise québécoise (Quebecor).
« Les gens ne lisent pas notre littérature ». Point final.
J’ai signé plus de cinquante bouquins depuis 1960, j’ai confié mes ouvrages à une dizaine d’éditeurs. La fin de années soixante marquait la fin d’un engouement réel pour « la littérature d’ici. À cela il y a des causes nombreuses. Dubois chante : « Le monde a changé, tit-Loup ». Il a changé mal ! Le plus souvent, j’ai pu constater « sur le terrain » la bonne volonté, la fougue, une foi candide, merveilleuse, un désir ardent d’obtenir des succès de librairie. Mais un jour Alain Stanké, mon éditeur fidèle un temps, si farouche défenseur de nos livres, baissait les bras et vendait sa maison. D’autres aussitôt en firent autant. J’ai vu à l’ouvrage un dévoué Jean Royer, un dynamique Yves Dubé, un Pierre Fillion, je pourrais les nommer tous ces intrépides éditeurs : tôt ou tard, ils abandonnaient. La vraie catastrophe à propos de notre littérature est là : peu de monde se procure nos livres. En vérité Quebecor vient d’acheter —surtout— un immense et efficace réseau de distribution, ADP, pour le joindre au sien, Dynamique. Flottes de camions bourdonnante.
Mais pour la parade —la frime—, on parle avec fierté des auteurs, ceux de L’Hexagone ou de Typo (où j’ai « Pleure pas Germaine » et « La petite patrie »), on plastronne Gaston Miron ou Roland Giguère. Allons donc. De temps à autre, c’est plus que rare, certains livres d’ici se gagnent un grand public, exemples, les mémoires de Janette Bertrand ou le bon roman de Gilles Courtemanche. Oui, ils sont des exceptions hélas. Avec des tirages tout de même qui n’ont rien à voir avec l’exceptionnelle série enfantine des Harry Potter ou le « Code Machin ». Je lis très souvent des jeunes auteurs, filles ou garçons et je découvre parfois d’excellents romans, vraiment étonnants. Eh bien, ils en écouleront moins de mille hélas !
Le monde ne lit pas !
Le doué Lalonde vient de le dire dans une interview avec effarement : « Mes élève ? Ils ne lisent pas ». Voilà qui est parlé franc. Et c’est infiniment triste. Nous voyons d’honnêtes efforts pour remédier à ce mal, ils font illusion : par exemple les salons du livre subventionnés, les prix nombreux, subventionnés aussi, et quoi encore ? Brouillage de la réalité têtue.
Les gens ne lisent pas nos livres. Certains désespérés souhaitent des « salons du livre » uniquement consacrés à la littérature québécoise, Seigneur !, ils ne feraient qu’empirer le mal, il y aurait juste un peu moins de monde aux tourniquets si on élimine les prestigieux parisiens Grasset-Seuil-Gallimard et allii.
Récemment, Jacques Lanctôt se vendait aux « Intouchables », un jour ce dernier passera-t-il armes et bagages chez Québécor ? Qui peut dire : non, jamais ? Je mentionne Lanctôt (où j’ai cinq bouquins) car il était un modèle de « cabane » modeste de « petite maison » suractivée dans son étroit sous-sol de la rue Ducharme, un vaillant, allumé, inspiré. Bilan maigrichon, bénéfices invisibles et hop, « à vendre » ! Mon éditeur actuel, Beaulieu, avec sa petite maison en région, à Trois-Pistoles, qui n’a ni relationnisme, ni moyens de placarder, aucune marge de profits pour la promotion, joindra-t-il un jour l’empire-Péladeau ? J’en doute, l’ empire » est intéressé à grandir, grossir et V.-L. B. se faisait distribuer par ADP. Donc il fait partie, qu’il le veuille ou non, de Quebecor lui aussi !
Des fonctionnaires se penchent sans doute sur ce problème : « Comment faire lire nos livres davantage ? » Mon Dieu, « vaste problème », dirait un Général ! Résumons-nous : ces énormes stocks d’invendus de note littérature québécoise peuvent-ils éviter le Jean Coutu « à une piastre » ou, pire, les machines à broyer du papier ? Nos enfants, tellement mieux instruits, vachement diplômés, ayant le goût d’enrichir notre littérature, doivent donc, en partant, se convaincre que leurs romans vont vers la maudite déchiqueteuse. Et cela à très court terme. Fait têtu gênant ? Oui. Alors, finissons-en, ce géant qu avale un autre géant fait voir tout simplement une meilleure organisation des machines à remplir des étagères, celles des chaînes à la Renaud-Bray, à la Archambault, cela de Rouyn à Sherbrooke, de Rimouski à Gatineau. Et « La marche à l’amour » de Miron va rester une belle prose, magnifique, ignorée par toux ceux qui ne lisent pas notre littérature. Ils sont la majorité.

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7 réponses sur “SOGIDES VENDU ? PIS APRÈS ?”

  1. Monsieur Jasmin demeure d’une exactitude provocatrice mais combien vraie. Les gens ne lisent pas la littérature d’ici. Ils ne la connaissent pas, ne s’y intéressent pas, et aujourd’hui, malheureusement, n’en veulent pas. En général, les éditeurs qui font des affaires ne sont pas littéraires, ils sont, comme le dit si bien ma fille, de la race des 3S (sexe, sang, sport) et le G.A.R.E au vide! (guide, annuaire, référence et… ENNUI). La littérature? Dans la société de consommation, ça doit vendre, si ça vend pas, alors vite… au pilon. Quel malheur! Surtout pour un si peu nombreux peuple qui pour survivre a besoin d’avoir une identité, un coeur et une littérature. Tous les salons ne peuvent consolider ce qui bat de l’aile depuis 25 ans.

  2. Bonjour monsieur Jasmin.

    J’ai entendu maintes fois ce genre de discours dans les Salons du livre, de la part de certains éditeurs pour lesquels j’ai travaillé dans le passé, ou encore, entre amis-es écrivains-écrivaines. Malheureusement, il n’y a pas de recette-miracle. Les gens ne lisent pas parce qu’ils ne sont pas intéressés par la lecture ou s’ils le sont, c’est parce qu’on aurait fait grande publicité (lire: promotion) autour de tel titre et de tel écrivain. Et c’est bien connu: les auteurs étrangers sont toujours mieux vus au Québec. Remarquez qu’il en allait de même pour la chanson et probable que ce l’est encore et encore.

    Les gens ne lisent pas? À qui la faute? Y a-t-il quelqu’un ou « quelque chose » à blâmer? À l’école, encourage-t-on la lecture? Si oui, quels sont les auteurs qui sont « étudiés »? La télévision, où sont passés les émissions consacrées à la littérature D’ICI. À ma connaissance, il n’y a JAMAIS eu d’émissions consacrées uniquement à la littérature québécoise. Je ne sais pas s’il y a encore une émission littéraire à la télé québécoise parce que je vis maintenant en France mais, par le passé, ça me foutait la rage de voir qu’on primait la littérature étrangère au détriment de la littérature « made in Quebec ». Et puis, la télévision toujours, c’est quoi l’idée de foutre une émission littéraire à l’heure où personne ne regarde la télé! Et la radio… Je ne sais même pas s’il y a des émissions littéraires qui passent à la radio. Dans le passé toujours, j’ai travaillé avec une amie auteure — Natasha Beaulieu, pour la nommer — pour la radio communautaire CIBL, une radio communautaire, donc « underground » si je peux m’exprimer ainsi, eh bien bravo la censure!

    Et encore: si — je dis bien SI — on parle de littérature québécoise à la radio, à la télévision, dans les journaux… de qui parle-t-on le plus souvent? Qui a les plus beaux titres, le plus d’espace, des pages complètes? Oui, ce sont toujours les mêmes auteurs. Michel Tremblay a plus de chance de faire la première page du cahier Week-end du Journal de Montréal qu’un excellent auteur tel que Daniel Sernine. Donc, on préviligie plus un auteur archi-connu au détriment d’un autre qui mériterait pourtant d’être plus visible dans l’actualité. And so on and on. On n’en sort pas.

    Est-ce que bientôt tous les Québécois appartiendront à Québécor?

  3. Et si les gens ne lisaient pas ce que vous appelez la «littérature» d’ici simplement parce qu’elle n’est pas assez intéressante? Le cinéma québécois se porte plutôt très bien depuis quelques années, avec de très bons films, et des succès au box office, pas seulement avec des grosses comédies grasses comma avant. Pourtant, le cinéma québécois souffrait lui aussi du même syndrome que notre littérature il n’y a pas si longtemps. Les auteurs d’ici se gratte le bobo, se fouille le nombril et ensuite ils s’étonnent que les lecteurs disent que leurs livres leur puent au nez?! Pas besoin de vendre son âme au diable pour réussir ni de verser dans le «commercial». Raconter de bonnes histoires bien écrites avec de bons sujets et les gens vont suivre, c’est simple. C’est tout ce que le bon peuple désire d’un livre. Les romans historiques, même les québécois, se vendent très bien, mais la presse et les médias n’en parlent pas. Honte, horreur, ce n’est pas de la «littérature», semblent-ils penser dans ce non-dit. Et pourtant, les gens en lisent. Pourquoi ces romans se vendent bien, au même titre que les polars et autres romans de genre d’ailleurs? Parce que ces livres racontent des histoires et ne fouillent pas les poubelles de romanciers tout prêts à éventrer leurs sacs à ordures sur la place publique pour faire parler d’eux. Oh, c’est… chic, médiatique, mais c’est ennuyant.

  4. Vous avez raison Mr Jasmin, les gens ne lisent pas. Souvent je passe pour une extra terreste, parce que l’on me voit régulièrement avec un livre. Je n’ai malheureusement pas les moyens d’acheter mes livres, n’ayant qu’un revenu d’environ 9,000$par année étant pensionné de l’état, mais je fréquente les bibliothèques, et je n’y lis que du Québecois ou presque.
    Mais la mentalité est à changer car a la bibli, les employées me parle du dernier best seller ou bien du dernier livre à la mode que tout le monde réclame, et on semble me trouver bizarre de chercher du livre Québecois, comme si cela était pas très intéressant, et pourtant j’y ai découvert beaucoup de talents, qui sont complètement inconnu, et dieu seul sait qu’il faut chercher pour les trouver.
    Mes enfants ne lisent pas beucoup et je le déplore,ils ont toujours crus que j,avais une certaine instruction, et je leur ai dit un jour que je n’avais même pas un secondaire un, que dans ma génération ce n’Était pas important de s’instruire pour une femme et l.on nous retirait de l’école très tôt, et c’est la lecture qui m’a sauvé, et qui m’a permis de ne pas sombrer bien souvent, car a cause du manque d’instruction, je n’ai pas vécu mes rêves, mais j’ai illusionné bien du monde, car je parlais comme un livre. je lisais tout ce qui me tombait sous la main, je m’intéressait à tout et je pouvais parler avec tout un et chacun quelque soit son intérêt, et ce sont les livres dont les vôtres que j’ai tous lus grâce aux bibliothèques et de presque tous le Québécois, qui ont aidé à mon instruction, qui m,ont fait rêver, pleurer et dedécouvrir des mondes merveilleux de l’enfance et de souffrance aussi Marie Claire Blais me fascinait déjà a quinze ans,Anne hébert etc etc. Atous ces écrivains je voudrait dire merci de tout coeur vous m’avez tous sauvé de la dépression et de périodes de découragements, vos personnages me donnaient bien souvent le courage de continuer. Aujourd’hui j’achète tant que je peux des livres a mes petits enfants, je leur raconte les histoires et essaie de leur faire découvrir la richesse d’un livre qui vaut tant qu’à moi milles et mille fois plus qu’un ordinateur. un livre ne nous trompe pas quelqu’il soit, il nous apporte toujours une richesse d’un manière ou d,une autre.

  5. Montréal, capitale du livre ?

    Donc, l’UNESCO a nommé Montréal capitale mondiale du livre. Voilà qui ne pouvait pas être plus ironique : l’année même où la maison d’édition hautement commerciale Les Intouchables a acheté la petite maison indépendante Lanctôt Éditeur. Une qui fait dans les Best-sellers et l’autre qui faisait dans la littérature proprement dite. En d’autres mots c’est une victoire du mercantilisme sur l’art.

    Si l’on considère, en plus que la SODEC et Patrimoine Canada privilégient le soutient à la performance, je me demande bien où s’en va la littérature montréalaise. Ne restera-t-il, en fin de compte, que les romans populaires ? Les manuscrits voltigeant plus haut se verront-ils totalement évincés des librairies ? Siérait-il mieux de nommer Montréal la capitale de la paralittérature ?

    Qu’on me comprenne bien : je ne milite pas en faveur d’un élitisme. Je veux bien qu’on satisfasse les goûts d’un public qui soit davantage attiré par les autobiographies ou les romans à l’eau de rose, mais pourquoi le faire au détriment de textes plus artistiques ? Il serait bien qu’on laisse aussi une place un peu plus grande aux intellectuels (terme presque péjoratif au Québec).

    Personnellement, j’ai vécu une expérience dans le milieu de l’édition, cette année, qui reflète bien ce phénomène social. J’avais signé un contrat de publication avec Jacques Lanctôt au mois d’avril 2005 et depuis que celui-ci a vendu sa maison à Michel Brûlé, nombreux sont les irritants que je rencontrés !
    En outre, pour vous donner une petite idée, il tenta de me convaincre, en vain, que je devrais changer mon titre, en l’occurrence Les Effeuillés pour Sujets, Verges et Compliments. (Je vous laisse en apprécier la subtilité).

    Puis, je reçus de lui un courriel m’incitant à résilier mon contrat. Ne voyant pas pourquoi j’aurais résilié un contrat que je n’avais pas signé avec lui, mais avec son prédécesseur, je le lui fis savoir et obtint alors de lui le mot suivant :

    « Bonjour,

    Nous publierons ton manuscrit en mai ou en juin
    prochain et nous le tirerons à 500 exemplaires. Si tu
    veux entre-temps te trouver un éditeur plus
    enthousiaste, libre à toi de faire des démarches.”

    Il faut savoir que mai et juin ne correspondent à rien dans le calendrier des évènements littéraires. Autrement dit, je n’aurais aucune couverture de presse, ni publicité, ni lancement. Mon livre serait pratiquement envoyé au pilon sitôt édité.

    Étant irritée par une telle nonchalance, j’en fis part sur un forum Internet. Il y eut sans doute quelques dérapages, comme c’est fréquent avec le facteur « inhibition zéro », mais rien qui ne justifiât, à mon avis, qu’il aille jusqu’à déchirer mon contrat après être tombé sur le fil de discussion en question. Le fait est qu’il n’était que trop content de se débarrasser d’un bref roman qui ne lui semblait pas « vendeur ».

    Alors voilà. Je pense que ma petite histoire représente à petite échelle ce qui est en train de se produire dans le milieu de l’édition au Québec, soit le profit de la quantité des ventes au détriment de la qualité de l’écrit.

    Michèle Baly

  6. Rebonjour M.Jasmin,

    j’avoue qu’à part la petite expérience que j’ai eu dans le domaine de la publication en travaillant pour Imprimerie Gagné (Transcontinental aujourd’hui) oû j’ai eu le plaisir de rencontrer les Stanké, Beaulieu, etc de ce petit monde, je suis un vrai néophyte de ce secteur et je n’aurais qu’une opinion quelque peu biaisée sur le sujet
    (Concentration de la publication vers un seul éditeur mène inexorablement vers un controle de ce qui sera publié et lu en bout de ligne… Disons que Québecor a un probable intérêt à ce que le public quelle controle délaisse le livre au profit de la télé ( RÉALITÉ ) qui devient de plus en plus ce qui remplace tout et vient remplir les coffres des compagnies médias qui composent Québécor (TVA – Les dizaines de revues – Les nombreux journaux aussi qui, de plus en plus nous servent tous la même sauce de mauvais goût…)

    Tant qu’à la littérature, je déplore seulement son manque d’accessibilité tant au point de vue du manque de publication qu’à son prix qui pour moi en tous les cas m’empèche de m’en procurer autant que je l’aimerais en raison d’un trop faible revenu…

    J’adore la poésie… c’est comme une fleur, toute délicate toute fraiche et surtout si fragile tout en étant envoutante… Mais il s’en publie de moins en moins, ce n’est pas rentable pour les bonzes des imprimeries d’aujourd’hui…

    Je vous offre une idée pour vos propres publications… Éditez vous même sur votre site… certe ce n’est pas aussi chaleureux qu’un bon livre en papier mais ça aurait au moins l’avantage de devenir facilement disponible et cela surement à meilleur coût…

    je vous souhaite une carrière de plume aussi florissante que M. King (Stephen)…

    Sincèrement…

    Gaëtan

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