VAILLANT TIT-LOUIS QUI COGNE ET FRAPPE !

Pouvez-vous imaginer un journaliste qui craint pas de « fesser dans le dash » ? Besoin, non pas d’un pare-brise avec lui mais d’un coupe-ouragans tant il a du nerf. Cogner et frapper sur un tas de ses collègues, faut le faire. Eh bien, il existe cet olibrius, type rare en ce temps de complaisance corporative. Louis Cornellier gagne sa vie comme jeune enseignant dans un collège (Joliette) et, tous les samedis, à pleines pages, il critique des livres d’opinions (les essais) dans un chic quotidien de la rue de Bleury. Voulez-vous des exemples tirés de son —tout frais édité— livre titré : « Lire le Québec… » (éditions Varia) ?
À propos de feu Pierre Bourgault ? « Imbu de lui-même », « coups de gueule baclés », « redondances » ! Cornellier dit l’aimer, seigneur !, qu’est-ce que ce serait… Sur Franco Nuovo ? « Un mondain » et « pas transparent comme Pierre Bourgault », « pas tranchant comme Foglia ». Lise Payette du même quotidien de la rue Frontenac ? « Des textes sans saveur » et « d’un « humanisme banal ». Bang ! Cournoyer ? Des « chroniques ennuyantes ». La Marie Plourde ? « Un style primaire à jeux de mots insignifiants ». Re-bang ! Hein, ça nous change du silence « entre tits’namis » ? Le jeune auteur de « Lire le Québec… » publie donc une brillante analyse, subjective mais impartiale, de nos trois quotidiens montréalais.
Lecteur animé car il aime vraiment le journalisme quotidien, cela se sent malgré horions et piques, Cornellier plonge ensuite sa machine virile dans La Presse. D’abord pour faire les éloges du célèbre Foglia, qu’il nomme « un humaniste vulgaire » et qui « méduse, mélange et confond » car un esprit libre. Nathalie Petrovsky ? Elle ne fait que « surfer », n’a « pas d’idées de fond » et « pas de personnalité », avance-t-il. Tow ! Sur Lysiane Gagnon ? Avec le temps, écrit-il, « elle a rejoint la cohorte du soi-disant gros bon sens, ce qui ne veut rien dire ». Et paf ! Quand vient le tour de décrire la cohorte des « penseurs » (André Pratte, Alain Dubuc, Mario Roy, etc.), tout en vantant l’alerte du style de certains, Cornellier les fustige :des vendus ! Il n’utilise pas le mot mais les traite comme les souples scripteurs d’un honteux mercenariat, dociles aux ordres des riches propriétaire, les « Paul-et-Paul »… Desmarais. Tous, a bien raison de dire Cornellier : « de droite, anti-social-démocratie, anti-syndicaliste ». Et, surtout crassement « anti-indépendantiste » ! Pour finir, il admoneste même son admiration d’adolescent, Réjean Tremblay :
« un populiste prétentieux, un tit-jean-sait-tout », sur le « dimanchier » humoriste de La Presse, Stéphane Laporte, que je trouve si souvent génial, faraud-Cornellier cogne encore : « nostalgique et au fond inoffensif ! »
Piquant, intelligent, aux jugements raides mais le plus souvent valables, Cornellier ne cesse pas d’inviter le lectorat de ce « petit manuel » —populaire de ton, à mon avis utile aux étudiants— sur la différence entre opinions et information. Comme moi, il n’a rien à redire sur les reporters syndiqués de la boîte. Bien que…et Cornellier fait très bien de l’écrire, ce « rapporteur objectif des faits », le journaliste de la rue Saint-Jacques doit bien sentir l’orientation « droitiste » du plus large de nos trois quotidiens. Instinct de survie. Personne n’a envie de perdre son job. Ce tamis a un nom : l’autocensure. Si l’enquêteur —bien que syndiqué— sait le mépris du boss pour, disons, les voitures du Japon, il ne va bientôt préparer un reportage sur Nissan ou Honda. Est-ce clair comme ça ?
Au dernier tiers de ce bref brillant livre vient le tour de son employeur. Oh oh ! là on craint l’incrédibilité. Non, Le Devoir y goûte à sa véhémente médecine. L’insolent jeune prof fonce : la page éditoriale du Devoir ? « Pas de mordant », « de type traditionnelle »; il en rajoute : « un manque d’allant et de tranchant » ! La bien fofolle Josée Blanchette ? Au fond
« une «guindée » à « esprit petit-bourgeois ». Tow ! Il souligne avec joie et avec raison que Le Devoir et le seul quotidien —sinon péquiste— indépendantiste. Les deux Michel du Devoir ? Le David est un « flou », ajoutant « flou comme le M. C. Auger du J. de Mtl. et le Marissal de La Presse ». L’autre, le Venne ? « Sa pondération déçoit les fervents et les militants». Que penser du chroniqueur Gil Courtemanche ? « Suffisant »,« moraliste ». Pow ! Ce dernier mot est un compliment si je hais les moralisateurs. Denise Bombardier, verveuse que j’aime à TVA ? « Le goût de la pose », lance Cornellier, « comme Gil Courtemanche ». Et quoi encore sur notre Madame B. ? « Un esprit conservateur, antimoderniste » et « une défonceuse —à mentalité bourgeoise— de portes ouvertes à l’occasion ». Ça revole ! Le comique Jean Dion ? « Il finit par tanner à force de cynisme ».
Ainsi tout un florilège de verdicts cruels s’installe et, le plus souvent, on a envie de lui donner raison. À la fin, une vingtaine de pages analysent radio et télé en informations. Bien faites. Je répète donc ce « Lire le Québec… » nous vient d’un sacré iconoclaste, éléphant dans la vieille vaisselle. Adieu vieux consensus puant du « so-so-so… parle pas contre la bande de notre milieu ». Ce « petit manuel » est rafraîchissant, ouvrira les yeux des jeunes trop candides souvent qui confondent « journalisme et objectivité ». Prof Tit-Louis, fier gavroche, n’est pas un couard, ça…

2 réponses sur “VAILLANT TIT-LOUIS QUI COGNE ET FRAPPE !”

  1. Bonjour M. Jasmin,

    Bien d’accord avec vous sur la perspicacité de Louis Cornellier! A cet effet, vous connaissez sûrement l’intéressante revue « Combats » publiée à Joliette dont il est le rédacteur en chef.

  2. Dans la liste ne manque que le Cornelier en question. Catho de gauche un peu jésuite, rigoureux comme le père Ryan, foi fédéraliste en moins, ça le définirait bien non?
    Prétexte à saluer le blogue d’un vrai franc-tireur qui donne le goût de lire.

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