MISÉRABLES FATALES ATTRACTIONS ?

J’ai déjà vu —à l’Usine-C— une comédienne-auteure,de Québec, se déguiser en militaire gradé, trichant sa voix de fille avec une machine au cou, se masturber frénétiquement sur scène et puis cueillir sa semence dans avec la pochette de son veston kaki… Salle muette je vous jure ! Les fantômes de l’usine de « Confiture Raymond » se taisaient au grenier. Eh oui, quoi faire, sur scène ou en images, pour s’attirer du public ? Pour renchérir sur les atroces violences des journaux télévisées ? J’avais publié à l’époque qu’un jour on verra sur une scène une actrice retirer son sanglant tampon hygiénique de sous sa jupe et… l’avaler ! Jusqu’où faudra-t-il aller pour meubler de monde une salle de spectacles ?
L’un écrivait que « les bons sentiments font de la mauvaise littérature »… Et ce sera l’escalade. En riant (le vieux Feydeau) ou en pleurant (comédies dramatiques modernes) des auteurs firent défiler, et sans cesse, le drame de l’adultère. Que de « Ciel mon mari ! ». À toutes les sauces. Jusqu’aux effets répétitifs, un temps, en théâtres d’été. Avec les temps actuels, la femme trompée ou le mari cocu, c’est « de la petite bière »; il faut fouiller plus graves tabous. Évidemment, ce n’est pas d’hier ce besoin de tragédie à partir des tabous. Un certain Grec d’avant le Christ y recourait : il a couché avec sa mère, il avait tué son père et, à la fin, il se crèvera les yeux ! Chœur de pleureuses convoqués.
Œdipe ne le savait pas. Ah bion ! Sygmund Freud en fera ses archétypes.
« Les bons sentiments… », en effet ! Récemment déferlait la vague de l’autofiction en littérature. On lut une Parisienne, directrice de chic revue d’art, déboussolée, d’un exhibitionnisme malsain, qui raconta volontiers ses habitudes pornographiques dans des parkings parisiens. Une Dame Millet ! Ou bien une pathétique psychosée —c’est bien pire que névrosée— détailler ses accidents incestueux de livre en livre, avec une complaisance aussi totale que morbide ! « Iousqu’on s’en va », hein malin Yvon Deschamps ? Réponse : il faut attirer l’monde. Au cinéma, à la télévision, surtout au théâtre si peu fréquenté, surtout, surtout à la littérature si peu lue. Attraction fatale ou crève ! L’inceste devient donc un thème fréquent. À la télé, Beaulieu en fit la trame de « L’héritage » avec un papa rongé de remords —Gilles Pelletier— face à sa Myriam —Gascon-fille— abusée. Voici que l’acteur-écrivain, Robert Lalonde, en jouerait avec pudeur de l’inceste « attractif ». Roman —ou récit— d’adolescent à l’abri d’un pensionnat, avec un papa tordu. Ces jours-ci, l’actrice-auteure, la romancière Marie Laberge, fait appel discrètement au bon vieux tabou incestueux avec son héroïne exilée en Italie, Charlotte, et un papa jadis aimé physiquement. À voir chez Duceppe.
Le « Vous allez venir voir ça ou b’in on va dire pourquoi ! » commande impérativement. Il faut batailler contre le popularisme des romans-savons de la télé, ses confessions, ses toc-shows paresseux, ses L’Écuyer ou Claire Lamarche, ses Janette Bertrand ou Véronique Cloutier. Pas un mince concurrent. Il faut absolument faire sortir des salons ces populations de fainéants. Les amener à lire. Haro !, haro sur les cochonneries tues trop longtemps, y a plus de tabous et vive la liberté ! Dans l’antiquité c’était souvent en mode poétique-allusif, esthétique-symbolique mais désormais, « on veut pas seulement l’apprendre, on veut le voir ». Attendons-nous à des illustrations de plus en plus…disons incarnées tel ce « show » du mouchoir de colonel inverti rempli de sperme à l’Usine-C ! La pornographie —esthétisée pour déjouer les censeurs à « cotations nuisibles pour le box office— meuble de cave en comble les « arts de divertissement ». Cela depuis un sacré bon bout de temps. Ciné, télé, etc. redondent en exhibition d’organes génitaux pour accouplements expéditifs. L’amour ? Pas le temps et je ne dis rien d’Internet infesté d’une érotomanie relevant d’obsession compulsive. On est donc en droit de nous questionner : quoi viendra bientôt pour scandaliser ? Faire que « tout le monde en parle » ? Vraiment étonner ? Il reste quoi désormais à montrer au domaine des tabous humains ? Mais oui !, il y a la bestialité ! Adieu bon saint François, le choix des bêtes est vaste, non ? Parions que ce sera le prochain thème à fatale attraction.
Au Québec, il y a 7 millions d’humains. Imaginons un pour cent de cas d’inceste. Cela fait quoi ?, un sur 10, 000 ? Donc environ 70, 000 victimes d’inceste. C’est 6 millions, 900 mille de non-incesteux. Gros chiffre. Pas un mot sur ces…épargnés du méchant sort ? Non. Silence. « Les bons sentiments… »,savez bien, c’est de la merde ! Alors, illustrons les marginaux. C’est pas rien après tout, voyez-vous la longueur du défilé ? 70, 000 abusés par inceste ! Du monde-à-messe… des écrans, des rideaux de scènes, aux couvertures des livres-chocs. Voilà bien le hic :depuis toujours, l’on projette de la lumière sur les exceptions. Ça vous apprendra gens ordinaires, les non « a-normes », d’avoir eu une enfance tranquille, ça vous apprendra masses insignifiantes ! Le malheur de tout cela ? À force de ne voir que « des cas », plein de braves gens en viennent à s’écrier : » Le monde va donc bien mal ! » « La terre est donc peuplé de monstres horribles » ! De candides citoyens en viennent à se barricader at home, ne vont plus au théâtre, ni chez les libraires, fuient le cinéma, restent assis béats, assommés, face aux abatteurs de tabous. On en voit fermer les yeux, ou aller se tartiner un sandwich, quand la télé jase du réel, de merde tyrannique. Au Pakistan ou à Kaboul. En Irak ou en Iran. Bonne nuit, messieurs dames, refermez bien la porte du frigo avant de grimper au lit ! Les chasseurs de tabous amènent cela. Car la licence tue la liberté !

Une réponse sur “MISÉRABLES FATALES ATTRACTIONS ?”

  1. «Ne tuons pas la beauté du monde», chantait Diane Dufresne avec les mots de Plamondon. Chanson écrite, comme on sait, en « hommage » à cette poétesse qui s’est immolée sur la place Jacques-Cartier en récitant ces mêmes mots. Je vous souhaite la beauté, Monsieur Jasmin.

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