LE CHAR DU PAPE. SOUVENIRS.

Je lisais que la limousine du pape (mort) vient d’être vendue —encan au Brésil— pour 690 000 $. Pas des pinottes ça M’sieur Tout Blanc (Léo Ferré). Le fondateur Jésus doit se retourner dans…son paradis. Mon père, lui, il était fier des richesses du Vatican. Pour lui et tant des nôtres en ce temps-là, le pape —et ses fastes à dorures montrés partout— était notre roi vénérable. Un monarque bien à nous les cathos québécois, pionniers pieux descendants du royaume de France. C’est que nous étions collectivement un petit peuple français orphelin de la maman-patrie, celle de ce maudit Louis no.15, si mal conseillé par Voltaire l’horrible, Versaillais lâche et dénaturé « abandonneur» de 1760. Nous étions donc coupés de toute monarchie « bien à nous ». Et la monarchie à Londres ? Nous la maudissions discrètement devant, par exemple, apprendre par cœur —en 1942— le goddam « God save the King ». Pas d’hier que nos méprisions aussi ces z’honorables gouverneurs-valets serviles; thème d’actualité, non ?
Le vaniteux maire-Drapeau parlait de cette nostalgie que nous aurions, disons dans le sang. Par le sang-bleu ! Mégalo- Drapeau tenta longtemps de jouer le digne monarque montréaliste. Avec un bon succès. Et puis l’on sait notre manie royaliste avec, naguère, tous nos « Roi de la patate ». Ou du tapis, du hot-dog, des meubles, des « bas prix » tel les magasins-Faucher rue Beaubien. Sans oublier ces « reines », et duchesses, du Carnaval à Québec. Papa restait à genoux devant notre gros radio Marconi, aux ondes variées, quand il réussissait aux temps des Fêtes à syntoniser le Vatican. « Venez vite, les enfants, écoutez bien ! C’est le pape en personne qui nous parle ». Il devenait l’humble dévot féal, tout soumis, heureux de l’être. Oui, papa était un ultramontain, de là un terrible contentieux entre nous deux avec de fameuses querelles, moi devenant farouche anticlérical. Il fut tant scandalisé mon pauvre père : son grand garçon —qui refusa le sacerdoce— devenait un anticlérical ! Sa honte, socialissse ! Ses peurs, séparatissse !Tout cela qui gâcha une partie de ma jeunesse. Ceux que l’on nomme aux USA les néo-puritans dorénavant, auraient apprécié le conservatisme religieux de mon père.
Et notre icône, André Malraux, qui nous conseillait freudiennement : « Il faut tuer le père ». Faut-il donc approuver le héros du neuf —et captivant— roman de Gil Courtemanche titré « Une belle mort » —que je viens de lire— quinquagénaire qui tue son vieux papa gravement malade. En le faisant boire et manger à son gré, à ses caprices malgré les sérieux avertissements des médicaux. « Une belle mort », le récit palpitant d’un suicide assisté. Avec mon frère Raynald, en mai 1987, nous avons amené malgré lui « le père », cancéreux sans le avoir, à l’hôpital du quartier Villeray, rue Jean-Talon. Vers les savants médecins. Qui le tuèrent, vite fait, en 13 jours. Oh mes remords alors ! Quand la télé toute neuve (1954 ?) diffusa la messe de minuit de Saint-Pierre de Rome, papa cessa d’aller à l’église paroissiale puisqu’il avait enfin un contact direct avec son adoré « palais royal » avec sa pieuse monarchie toute ensoutanée. Souvenir ? Découvrir avec « la femme de ma vie » en mai 1981, en plein chœur de l’église de l’apôtre Pierre, ce flamboyant bronze sculpté. Montrant quoi ? Une… chaise ! Un siège à vénérer comme dieu ? Paganisme qui me renversa. 1981, voici le pape en visite à Paris et moi qui se désarticule au coin d’un boulevard pour une photo « de nous deux ». Moi accroché à un lampadaire, lui en papomobile. Pour faire plaisir à papa réconcilié, vieux et malade. Destin ? La photo fut ratée. La pellicule serait allergique aux mécréants ? On riait.
Autre souvenir du même ordre à propos du luxueux char du pape. 1965, je donne des cours de poterie, par les soirs, dans un local d’un syndicat de midinettes, derrière le Gésù. La fameuse et si dévouée cheftaine Yvette Charpentier qui m’emploie et que je taquine : « C’est une vraie honte, votre grand chef syndical et son fabuleux cottage, sa belle piscine. Et son gros char chromé. » Yvette de m’expliquer : « Vous autres intellectuels ne comprenez jamais rien. Nous étions très fières les petites filles syndiquées en sueurs derrière nos machines à coudre. Notre chef à nous pouvait discuter d’égal à égal avec le gros « boss » puisque lui aussi il avait la grosse cabane, la piscine et le gros char. » J’apprenais.
Alors, le char du pape vendue… La limousine actuelle du Benoît no.16 ou 18, je sais plus, quoi ? Quoi ? Le roi-des-cathos peut discuter d’égal à égal avec les Blair, Chirac et autres Bush de cette vallée de larmes. Une leçon simple, nette et claire… à faire enrager les marxistes ou les agnostiques comme moi et les athées de ce monde ! Moi le roi-des-écrivains-populaires… dans une simple VW ? Je fais honte à mes afionados qui vont accourir à mon kiosque (no 351) du « Salon du livre » s’ouvrant le 17, Place Bonaventure, non ?

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