M’SIEUR ! DES Z’HISTOIRES SI—OU-PLA ! / (LA FICTION)

Un correspondant, ayant lu les récentes plaintes du monde littéraire plutôt exsangue me tance : « Oh vous, les écrivains braillards, stop !, ça suffit ! On n’a plus besoin de tant de romans : des histoires, on en trouve ailleurs, partout ». Il a cru que j’allais l’engueuler. Non, non. Il a raison dans un sens. Au temps des « veudettes » littéraires très lues, de Zola en Balzac, de Dumas en Hugo, de vastes publics se jetaient avidement sur leurs romans publiés souvent en (longs) feuilletons —payés au mot— dans les gazettes populaires. C’était au temps où il n’y avait pas même de radio-romans, ni tous ces cinémas, aucun de ces nombreux canaux de télé, ou encore ces magasins « vidéo », à 4 piastres la bien bonne histoire en images soignées ! Oui, voilà une réalité incontournable : chacun, désormais, trouve sa ration de fiction —en tous genres— au coin de la rue quand ce n’est pas chez soi, dans son propre salon, assis devant l’écran aux offres si variées.
Des romans forts, très forts, ou alors très chargés d’éléments exotiques, ont parfois de grands succès. Ce sont des exceptions. Et même si le lecteur devine que l’on va conduire bientôt cette forte histoire au cinéma ou en mini-série à la télé, il veut bien débourser chez son libraire et être « le » premier à lire cet ouvrage. Il y a des… phénomènes (?) qui font qu’on peut voir des queues au kiosque de certains publiants. Au récent Salon du livre, il y avait petites foules pour les confessions de l’abusée sexuelle Nathalie Simard, les aveux d’un Jacques Demers, analphabète à succès, ou ceux d’une franche lesbienne, ex-maîtresse de geôle de la meurtrière Homolka. C’est des « z’histoires » qui cognent , ça meussieu ! La pub du Salon disait : « venez rencontrer 1,400 auteurs. »! Il y avait donc, Place Bonaventure, 1,390 plumitifs sans emploi, la plume aux doigts pour pas grand monde, sinon pour dédicacer leur ouvrage à quelques amis et parents.
Il y a, c’est vrai, tant de fiction offerte au ciné et à la télé. Il y a maintenant une mode : le bonhomme Alexandre Jardin joue donc la drôle de carte de narrer sans honte sa famille de fous, de désaxés. Eh ! « On va me lire ou bien on va voir pourquoi ». Voici la mode dite de l’autofiction, des stripteases affriolants. Francine Noël ose raconter sa mère bizarre : « La femme de ma vie », un fort bon livre. Robert Lalonde, lui, un père incestueux. Un récit fascinant. Un Louis Caron déclame qu’il fut masqué et que cette fois, avec « Tête heureuse », il fonce visage nu dans le vrai ! Bon : En avant pour les vérités ! Bonnes ou pas bonnes à dire. Le Jardin névrosé, reniant quasiment ses anciennes pontes, fonce donc dans cette mode. Il y a que les littéraires s’énervent : la fiction, ailleurs, hors les librairies, écrans voleurs, a chassé sur leurs terres. On en a vu des vertes —avec Nelly Arcan— et des pas mûres avec certains bouquins d’une impudeur totale : ceux de la psychosée Catherine Millet et ses baises sauvages dans les parkings souterrains, ceux de la pathétique Christine Angot et ses aveux sordides. Tout dire désormais ? « Oui, oui, si-ou-pla », fait le voyeur excité, jamais rassasié. Le public ne se lassera jamais d’une littérature de bonne foire. À vos plumes les impudiques !
Une mode autre s’installe aussi: le maudit « roman historique ». On brouille les cartes. C’est un peu vrai, un peu faux. C’est l’emmêlement de faits connus avec plein de dialogues inventés. On fait parler des morts comme on veut. On brode. On mélange. L’auteur y est « en personne » à ces échanges verbaux imaginaires. Pouah ! Je déteste ce genre, je l’ai dit. Je fuis ces faux manuels d’histoire déguisés en romans. Quoi ? On n’a pas confiance au personnage historique (Madame Papineau, Madame Cartier…) ?, on lui colle de la fiction. On a pas confiance en ses dons de créateur libre, on ne fait pas donc un vrai roman, on joue la carte « mi-vraie, mi-faux », on y jette des demi-vérités. Sans document, on invente une Hélène de Champlain fictive ! Quelle féministe va raconter Madame Jean Lesage, madame Robert Bourassa, Madame…dans 50 ans, André Boisclair ? On saupoudrera du réel et du chiqué. On a pas confiance aux lecteurs surtout car qui veut lire une vraie biographie sérieuse ? À moins de vouloir tout savoir sur la triste chute d’un René Lévesque ! À une émission du dimanche de Radio-Canada, —avec un Raymond Cloutier en animateur fragile et insécure me guettant agressivement— j’ai cogné sur ce genre qui m’agace tant, j’ai parlé de mercantilisme et d’écriture vénale. Je n’en démordrai jamais.
Bon, c’est bien compris : fin des belles z’histoires, un roman québécois trouve 500 —parfois 1,000— lecteurs sur tant de millions d’habitants ici ! On me dit que ça ne va pas mieux ailleurs dans tout l’Occident. Bon. Vive le cinéma et vive la bonne télé. Dans ces lieux on investit pas 2,000$ pour mettre au monde une histoire, vous le savez bien, on y verse des millions et des millions de dollars. Cela donne des « z’histoires » en couleurs, en costumes, en vives lumières, en effets sonores bichonnés électroniquement, sophistiqués en effets spéciaux. Bonjour « Harry Potter » et bienvenue « Da Vinci Code » ! Alors pourquoi publier de la fiction encore ? Ma réponse : « j’aime ça ». C’est assez répondre, non ? Avec public ou sans, le plaisir à ses droits.

Une réponse sur “M’SIEUR ! DES Z’HISTOIRES SI—OU-PLA ! / (LA FICTION)

  1. Bravo Jasmin!

    Ce soir je fais mon téteux, chacun a droit à ses plaisirs non?

    Ainsi donc, je vous félicite pour votre sortie concernant ces romans historiques tricotés en phentex. Je suis fier que vous ayez exprimé vos propos en présence de Michelle Lachance, championne en ce domaine.

    En laissant ces scribouilleurs publier n’importe quoi, on porte atteinte à la crédibilité des vrais biographes ainsi qu’aux romanciers qui font allusion à certains faits historiques sans tordre quoi que ce soit.

    Vous avez raison, faire discourir ou dialoguer des gens disparus c’est inacceptable, insultant et hyppocrite. C’est berner le lecteur.

    Tout ça n’a rien à voir avec le plaisir finalement, c’est une question d’ambition, de sous. Que c’est facile d’affirmer que le mot « roman » autorise la chose. Le mot « historique » ne veut-il rien dire?

    Bonne journée,

    Robert Dauphinais

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