« MON OCTOBRE 1970 »

On riait, « v’là nos petits soldats », fusils brandis, dans tous les centres névralgiques du centre-ville ! Rien de cette mascarade à Ahuntsic à Saint-Henri ou à Bordeaux. Dans nos banlieues tranquilles. Voici un cinéaste, Wayne Grigsby, qui déforme, exagère, affabule. Cela n’annonce rien de sérieux avec sa série filmée pour octobre 1906 (en cours de production) pour le compte de la « Canadian Broadcasting Corporation ».
Trudeau installait donc ses « Mesures de guerre », content d’endosser l’ hystérie du Boubou-à-Québec, du maire Jean Drapeau, de l’ineffable Jérôme Choquette à la hanche armée de son revolver ! Un Trudeau hypocrite, calculateur à l’écoute du délirant Lucien Saulnier, tailleur-pour-hommes promu adjoint. Élections en ce octobre 1970 et le mégalo-Drapeau crie : « Le sang va couler dans les rues de Montréal ! » Haro sur ce jeune parti, le FRAP. Monté par des syndicalistes gauchistes. Dont j’étais aspirant-échevin, avec le papa du fédéraste Alain Dubuc, mon ami Carl. Une des trois « colombes » de la fédérastie, Jean Marchand, démentiel, « révélait » que le FRAP était une « couverture » des felquistes recherchés. Un certain Sire Côté publiait un lourd fascicule (fasciste) pour énerver : l’anarchie totale était à nos portes ! Dans les tavernes, ça rigolait ferme, devinant avec bon sens qu’il n’y avait pas même douze illuminés dans cette affaire clandestine. Peu importe, la soldatesque mercenaire cernait les immeubles à risque : une farce. Grotesque. Voilà donc cette série-télé ? Une crise exagérée par la panique de nos anglos névrosés de Montréal-West et ces niais racistes sont rassurés par cette opérette en kaki.
On vint soudainement chez moi rue Zotique-Racicot pour vérifier —minutieusement— les plaques des vélos de mes enfant ! Et puis l’on revient… pour inspecter longuement l’état ma fournaise à l’huile ! Je rigolais et ne cachait pas mes livres sur le cubisme… cubain ! Effarouchés, fragiles —allez-vous le croire ?— des camarades se rasèrent la barbe pour éviter l’image du gauchiste barbu, c’est que, rue Fullum, la prison-Parthenais débordait de suspects, je rigolais moins. Je ne savais pas encore —mais tout se sait un jour— que la « black list » policière était en deux colonnes et que j’y figurais. « Urgent-pas-urgent » quoi ! On m’expliqua plus tard que l’intellectuel catholiciste, le ministre Gérard Pelletier —écœuré par son arrestation inopinée à sa résidence de Westmount— avait obtenu un droit de regard. Il corrigea tard la sotte inflation des gardiens de l’ordre. Je ne serai donc pas menotté avec mes amis poètes, Gaston Miron, Gérald Godin ou Pauline Julien !
Le cinéaste Grigsby, via la Canadian Press, fait dire : « que cette Crise de 1970 reste pertinente illustrant la nécessité de disposer de mécanismes régulateurs ».Annonce-t-il que cette « farce armée » pourrait se reproduire, lors d’un « OUI » majoritaire ? Il ajoute même: « On gardait nos distances en voyant les soldats, quelqu’un pouvait faire exposer un immeuble ». Un idiot ? Et il ajoute : « Certaines situations donnaient le frisson ». Quelles situations ? « On passait en voiture devant un immeuble et vous vous retrouviez avec le canon d’un fusil sous le nez » ! Quelle imagination !, bêtises d’un jeune anglo typique tout excité par les politiciens calculateurs. L’acteur Patrick Labbé (rôle d’un inspecteur), abusé, mal renseigné, souhaite que « cette version télévisée soit montrée dans les écoles » ! Non mais…

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