Fin de partie ? Aussi pour « l’agent » Mark Bourque !

La vie, une partie…un party ? Pas toujours « de plaisir » certes. Samuel Beckett « le-désespéré » — Nancy Huston a raison— en fit un texte ravageur. Hélas, chaque année, nous perdons des « invités » à cette longue partie qu’est l’existence humaine. Il s’agit —le pire— de parents, d’amis ou de bons voisins.
Il s’agit aussi de vifs regrets quand s’en vont —à jamais— de ces êtres chers à toute une collectivité. Mes morts chéris ne sont pas Rainier de Monaco ou le roi Fahd, ni même les écrivains Claude Simon ou John Saul. Ce sont certains « personnages publics » qui meublaient des souvenirs si précieux. Ma courte liste de disparus très chers ?
Mort de Guy Maufette, de sa voix de velours, de sa poésie quotidienne à la radio des soirs « qui penchent ». Maufette faisait du très jeune homme que j’étais un meilleur résistant aux réalités pénibles d’une vie-de-pauvre. Mort aussi de Gisèle Schmidt qui avait su incarner à la télé « ma mère Germaine » de façon absolument inoubliable. Mort d’un autre homme-de-radio ? Oui, celle de Michel Desrochers, qui savait enchanter tant de matins avec sa légèreté d’être, sa perpétuelle ironie, sa faconde intarissable. Que j’avais revu il y a peu, triste, oublié, appauvri, dans un petit studio d’un réseau sans grand public.
Autre parti ? Le médias disent comiquement : nos disparus ! Sol, alias Marc Favreau, dont je n’aimais guère les —laborieux— calembours mais qui a su durer, et tant mieux pour lui. Marc que je découvrais à vingt ans parmi nous tous qui rêvions de faire quelque chose —n’importe quoi— au domaine alors si chétif, si fragile de l’expression artistique. Sorti des beaux-arts d’abord —on l’ignore— Marc, pas encore clown, nous accompagnait aux séances de peinture libre l’été de 1950. À Knowlton au Lac Brome, là ou « maman-Velder de la télé », Lucie de Vienne, tentait de faire école.
Corinne Côté-Lévesque, égérie du petit-grand-René, s’en est allée elle aussi ce année terminée. Je me suis souvenu de notre fortuite rencontre à CKAC où l’on tentait de lui trouver un rôle à cette veuve inconsolable. Trop introvertie, elle n’y réussit pas.

Qui encore ? Ma crainte d’en oublier. Une mort toute récente, celle d’un gendarme hors du commun, Mark Bourque. Tué « en service » humanitaire en Haïti à 57 ans ! Comme plusieurs, j’avais découvert ce flic hors du commun à l’émission de Paul Arcand à TVA. Retraité, délié de certains secrets, croyait-il, il y fut d’une étrange franchise. Entrevue trop brève comme toujours. On vient de l’enterrer à Québec où il était né, enterré avec tous ses secrets tellement embarrassants pour le pouvoir.
Mon ex-éditeur Lanctôt, acceptant de le rencontrer à son bureau, souhaitait ardemment publier un livre de ses explosives confidences. Cela ne se concrétisera pas, il recula. Ce livre pouvait le tuer, oui, le faire tuer ! Question vitale ? Où sont allés ses documents, son effrayant rapport d’enquête ? Archives ou confettis ? La déchiqueteuse bénie ? Bourque fut l’épine dorsale —zélateur encombrant— de la vaste enquête sur l’argent sale blanchie. À un moment donné, Bourque exigeait un « micro caché » chez un puisant ministre. Oh, oh ! La RCMP, aux ordres, le chassa de son observatoire trop délicat et le nomma —tablette humiliante— garde-du-corps pour VIP ! C’est qu’il fallait enterrer vite une affaire compromettante en diable pour les politiciens au pouvoir.
Lors de son récent décès, la réalisatrice et journaliste Lakshmi Nguon de Sovimage —qui préparait un documentaire avec Bourque— publia dans La Presse : « Ses patrons de la RCMP cessèrent net un jour de l’épauler (…) Mark nous exprimait avec passion sa révolte face à l’immense pouvoir —politique— des criminels ». Retraité, laissant sa femme et ses deux fils à Stoneham, le Bourque-Eliot-Ness partit pour aider à « la paix » en Haïti. Il y retrouva sans doute, c’est connu maintenant, ce puissant pouvoir occulte mais réel des « trafiquants de drogues ». Bien installé là-bas disent lkes connaisseur en la matière. Il y sera assassiné. À ses funérailles récentes figuraient de ses ex-camarades gendarmes, savaient-ils très bien qu’ils accompagnaient la dépouille d’un agent lâché brutalement par leurs patrons —des poltrons, des couards— si facilement intimidables ?
Que toutes ces âmes des défunts reposent en paix.

Une réponse sur “Fin de partie ? Aussi pour « l’agent » Mark Bourque !”

  1. Bonjour M. Jasmin,

    En effet, il est toujours bon de se rappeler en fin d’année ces gens disparus qui nous ont marqués d’une façon ou l’autre. Me permettrez vous d’ajouter entre autres cet exceptionnel médecin-psychiatre que fut le Dr. Jacques Voyer, auteur du magnifique récit autobiographique « Que Freud me pardonne » paru chez Libre Expression en 2002.
    Le 18 avril dernier, cet homme exceptionnel devenu quadraplégique à l’âge de 21 ans suite à un plongeon fatal, qui ne l’empêcha aucunement de devenir un praticien réputé qui oeuvra principalement en soins palliatifs et auprès des détenus, fut fauché sur le champ en compagnie de son épouse suite à une collision frontale avec un autobus sur le pont Champlain. Celle-ci, qui en 1969, avait vu son premier mari périr à ses côtés de le même façon et s’en était sortie miraculeusement ainsi que ses deux fillettes.
    Ce psychiatre en « fauteuil roulant » fut un exceptionnel exemple de courage extraordinaire au destin impitoyable! Je crois que sa mémoire mérite d’être préservée.

    Meilleurs voeux de bonne année!

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