« QUE S’EST-IL PASSÉ ? »

Faux de croire que « le vieil homme » (que je suis devenu) ne s’intéresse pas aux jeunes. J’observe attentivement, médusé, les changements en musique populaire actuelle et je m’interroge sur les goûts musicaux de mes cadets, de ces jeunesses québécoises qui remplissent stade Bell, salles, discothèques. Que s’est-il passé ? Dans les années 1960, plein de très jeunes qui aimaient —hors la pop traduite des USA sauce Lalonde ou Michèle Richard — les Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Claude Léveillée. Ou un Ferland et les satellites doués. Oui, que s’est-il passé ?

Vinrent les années 1970, un Robert Charlebois, une Dufresne-diva, une Marjo, j’en passe, étaient acclamés par la jeunesse, non ? Vers 1980, ce sera les merveilleuses proses de Beau Dommage et puis Michel Rivard, le surdoué, seul, tous eurent un fantastique succès, c’était en français bien vivant, non ? Ensuite, que se passa-t-il ? Ce sera hélas l’américanisation. Anglosaxonnemaniaeverywhere ! Sévissent partout, dociles « courroies de transmission », des Brunet, Cormier et cie, zélés publicistes volontaires, colonisés, dans maint médias de ces musiques, Bruitage, fracas sonore, moins mondialiste qu’étatsunien au fond. Ils bavardent à foison sur le rock étranger. Avec, de temps à autre, « un d’ici » qui surgit : un Leloup (retraité précocement !) par exemple. Ou des Loco Locass ou des Cowboys fringants. Exceptionnels parmi tous les copieurs, les suiveurs, les imitateurs sauce US-ONLY. Échos sonores des modes importées des pays de l’AXE ANGLO-AMÉRICAIN, dont l’Allemagne !

Oui, que s’est-il passé ? Un jeune trentenaire (un chroniqueur-Cassivi par exemple), nous déclinera ses rejetés ( avec ses préférés) et le « vieil homme » s’en trouvera perdu. Qui sont ces Joy Division, Gene Loves Jezebel, Siouxie and the Banshees et ce Bauhauss ? Certes le vieil homme sait un peu qui sont (furent?) les Zeppelin, Black Sabbath, Jimi Hendrix, les Doors ou les « vieux » Rolling Stone, leur fracas fut si tonitruant. Mais ces Depeche Mode, New Order, Ministry, The cure, les Pixies ? Planète absolument inconnue !

Qu’est-il arrivé depuis toutes ces années ! Si peu de successeur aux Vigneault, Léveillée, Ferland, voire Tex Lecor, aux fabuleuses Diane Dufresne, Marjo et autres en français ? Personne pour continuer (autrement) Beau Dommage ? Trop rares surgissements (telle une Jorane ) ou quelques isolés surdouées, un Daniel Bélanger, un Boucher et sa « gang de malades » ! Fragiles récifs ces derniers, inopérants face au tsunami-rock-USA Qui sont au juste ces The Go ! Team, Underwood, Chemical Brothers, Daft Punk, Sex Pistols, Green Day, Cat Power, Iron and Wine ? Je l’ignore. « Être dans le coup », je saisis, c’est être comme-aux-USA-au-Québec, de bons valets, Québec en une succursale de déracinés, de colonisés volontaires ? Quelle tristesse ! C’est tout entendu les « boîtes-à-chansons » sont disparues à jamais et foin de vaine nostalgie. Mais suis-je seul à souhaiter la venue de solides talents franco-québécois.

Est-il trop tard ? L’invasion états-unienne avec nos pauvres, minables, assimilés (et contents de l’être), cette colonisation via la chanson pôpulaire — est-ce fatale attraction ? Oh, le sinistre ouvrage de tous ces propagandistes serviles dans tous nos médias. Ouvrages serviles dont se moquent les amerloques. Ils ne voient Québec qu’en infime marché, pari négligeable, vaine minuscule colonie du nord-est. Certes cela ne se commande pas le talent. Quoi faire quand la culture musicale populaire d’ici nous tient à cœur ! Qui me répondra avec optimisme ? Qui ?

3 réponses sur “« QUE S’EST-IL PASSÉ ? »”

  1. Puisse un jour nos talent d’ici reprennent du poil de la bête. Je dois être moi aussi un vieux nostalgique car je m’ennuie de l’époque des boites à chansons et des petits cafés ou devant un jeux d’échec nous refessions le monde. Pourtant je garde espoir que nos jeunes talents ne soit pas échec et mat.
    André (Dubuisson)

  2. Je me demande si quelque chose a vraiment changé, à part nous-mêmes. Peut-être est-ce nous qui n’écoutons plus les mêmes stations, les mêmes émissions? Peut-être est-ce nous qui n’allons pas là où les artistes se font valoir? Les américains étaient là il y a 20 ans! Dans un sens, ce sont aussi nos artistes, nous sommes nord américains.

    Je viens d’offrir en cadeaux plusieurs CD musicaux à mes enfants et ils étaient québécois pour la plupart et dans certains cas… je l’ignorais!

    Bonne journée à tous!

  3. Après la venue d’Éric Lapointe, j’avoue avoir décroché de ce qui se passe sur la scène québécoise. Je suis aussi « un enfant » des années 60 (avec mes 55 ans) mais même si j’ai longtemps voyagé, je me suis toujours intéressé à la scène québécoise — jusqu’à Lapointe, je le répète. Je me fous de l’américanisation de notre chanson en autant qu’il y ait un petit quelque chose — cette petite musique à l’oreille qui fait qu’on se dit: « Voici un artiste qui a du potentiel, à défaut d’originalité ».

    Mais voilà, autour de 1986-1987, j’ai presque totalement décroché: les artistes québécois ne m’intéressaient plus, je n’achetais plus de disques, tout se ressemblait, etc. Et s’il m’arrivait d’écouter, c’était d’une oreille distraite. Plus rien ne me faisait vibrer. Exemple: la première fois que j’ai entendu Daniel Boucher, je me suis dit: ‘Mais qu’est-ce que c’est que ça! On encense n’importe qui, n’importe quoi! » Le type a beau avoir un certain talent mais de là à le mettre sur un piedestal, à le considérer comme « LA » révélation et ce, dès la parution du premier disque… Bref, on aura compris que ce n’est pas mon « bag ». Où sont passés les Richard Séguin, Richard Desjardins, Gilles Valiquette, Paul Piché et compagnie? Elle est où la relève? Roch Voisine? Lavigne? Trois Accords?…

    Alors je me suis dit: « Tant qu’à être Nord Américain, tout aussi bien écouter Metallica, Tom Wait, Collective Soul, The Tea Party, et autres. Mais le 3 mars 2005, ma vie a changé et depuis je vis en France dans un petit blède perdu et magnifique, loin des villes, du bruit, de la pollution et de la méchanceté des hommes. Or, qu’est-ce que j’entends ici?

    On me dit que les artistes Québécois envahissent la France, qu’il y en a partout et qu’ils font un malheur. Ah ben ça alors! Et savez-vous le nom qui revient le plus souvent dans les conversations? Lynda Lemay. Ouais, Lynda Lemay. Et honte à moi, avant de venir en France je ne m’étais jamais intéressé au répertoire de cette dame. Dans ma p’tite tête qui ne savait pas de quoi il parle, je la trouvais aussi quétaine qu’un Roch Voisine. Mais je suis tombé sur le cul en écoutant ses chansons: de vrais petits bijoux. Chaque chanson est une histoire en elle-même. Combien d’autres jeunes artistes QUébécois dont les chansons racontent vraiment des histoires? On les compte sur les doigts d’une seule main.

    Mais que font les radios québécoises? Lynda Lemay, passe-t-elle à la radio? Pourquoi est-elle aussi populaire et aimée en France alors qu’au Québec on s’en moque? Bon, évidemment, peut-être que cela a changé et que les journaux québécois parlent enfin d’elle… Bref, Lynda Lemay est une grande artiste. S’il devait y avoir une artiste qui représente bien l’après Ferland-Léveillée-Séguin et autres, c’est bien ELLE.

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