« AU FOND DE NOUS ! »

Parlons de Foglia. À la télé, pas de « gala » pour les chroniqueurs ? Parmi les Nuovo, Payette, Bombardier, Martineau, etc., on peut imaginer que le lauréat favori serait ce brillant « humeuriste ». Parlant chroniqueurs, on peut lire dans un bulletin (souvent bien rédigé), « RND-Notre-Dame », que Gilles Lesage —et tant de journalistes— sont maladivement jaloux. On y lit un lourde et pénible charge anti-columnists. On peut comprendre l’envie (inavouable ? ) des « rapporteurs de faits » face à ces opinionistes libres de commenter actualités mondiales ou, simplement, l’air du temps. Notre Foglia très syndiqué, bien protégé donc, s’ébroue ne craignant aucune censure, il ira même un matin jusqu’à cogner en pleine face André Pratte, cheuf-penseur de son propre journal, un néo-libéral à quatre patres devant le manifeste dit lucide.

Au moment de quitter le chiard de Turin — ces JEUX où, aux quatre ans, l’on ose enseigner aux jeunesses du monde la plus féroce compétitivité— on a pu lire un bilan du Foglia. Un vrai bonheur ! Voilà que notre Québécois d’adoption, foin de bilan, nous raconte plutôt ses étés dans sa patrie d’origine. Au Piémont, pas loin de Turin. Grand bonheur de lire et le voyage en chaloupe sur le lac Majeur pour aller à la ferme du papi, et la carriole tirée par des bœufs, les figues éclatées mangées aux arbres, le pain frais dévoré avec le raisin. Et la honte : honte de cette « mamma », un Foglia-enfant face à sa mère : « cette affaire-là avec ses varices, ses bas de coton, ses robes-tabliers ». Hon !

J’ai songé à la mienne m’amenant, déguisée en fausse pauvresse, pour aller mieux négocier ma neuve paire de culottes « britishes » avec les marchands juifs de la rue Saint-Hubert. Ma honte ! Foglia, je l’ai publié, devrait composer des livres, il est un écrivain. Surdoué. Il refuse. Son droit. Et puis « quossa donne », j’en ai publié plus de 50 et La Presse, toute prise par New York et Paris n’est-ce pas ?, n’a pas pondu une seule ligne (pas une !) d’information pour son lectorat sur mes deux derniers : des entretiens du « vieil homme » avec la jeune Francine Allard (« Interdit d’ennuyer ») et, récemment, avec une simple ménagère, une ironiste surdouée, Michèle Dion (« Toute vie est un roman »). Avec son haut-de-page bi-hebdomadaire, Foglia a des centaines de milliers de lecteurs, alors !

« Au fond de nous » donc, mots dans son bilan de Turin, un Foglia émouvant proclame avec justesse que l’enfance « est un cicatrice qui ne se referme jamais », dixit la grande Colette. On a dit aussi que c’était, l’enfance, « le premier exil de l’homme ». Oui, une rupture grave quand on doit la quitter et c’est la matière de tant de romans ou récits. Je l’ai assez montré. Trop ? Non, car me voilà en train de travailler un nouveau livre là-dessus, « Chinoiseries », titre de travail.

L’enfance quittée, inépuisable sujet : un Stéphane Laporte l’illustre constamment avec talent. L’un de mes cinq petits-fils, David Jasmin-Barrière, étudiant, le seul piqué de littérature, peaufine actuellement son premier livre sur ce thème éternel : « Un été en enfer », son titre de travail. J’ai lu, c’est bon, un texte d’ordre surréel qui narre sa terrifiante sortie de l’enfance à lui, en usine. Dans un job de jeune forçat. Oui « au fond de nous », il y a cette partie de vie « magique », l’enfance, que, tôt ou tard, il nous faut, à regret, abandonner. Tous ! Pour Foglia, avant son autre exil —au Québec—, les souvenirs du gamin de « la femme de ménage » en France se font lire fréquemment. On y découvre ses humiliations « françaises », sans cesse : le jeune « rital » pauvre moqué cruellement sans doute. De là, hélas, une sorte de francophobie chez lui, de là aussi son « american dream ». Visible aussi chez un Dany Laferrière. Un Montréal comme à défaut de mieux. New York always ? Classique chez ces émigrants en fervents abonnés aux « states », à ses oeuvres et à ses pompes ! Voyez leurs soucoupes toutes tournées vers « USA-dream » dans Parc Extension. Dans tous les ghettos de ces « mal intégrés ». Foglia, notre chroniqueur emeritus, ira sans cesse pédaler —heureux comme un roi— outre-frontières, qui sont toutes proches de son ermitage relatif de bougon bien grognon, Saint-Armand. Québec en pis-aller ?

Foglia n’oublie donc jamais Ambrosina, sa mère aux bas de coton, ses étés italiens, ou la via Nizza à Turin pour l’humiliant rase-bol des débuts de vacances. J’ai connu ce rituel infamant ! Cela afin de bien voir les poux ! À jamais, Foglia a gardé dans son cœur, dit-il, les bruits et les odeurs du « temps magique », comme je n’oublie jamais les cris des marchands de ma ruelle de Villeray, les odeurs du marché Jean-Talon. Nous avançons dans nos vies, hommes et femmes, le regard tourné…au fond de nous. Car, comme dit Saint-Exupéry, « On est de son enfance comme d’un pays ».

Une réponse sur “« AU FOND DE NOUS ! »”

  1. Ciel! que j’aimerais lire du Jasmin dans mon quotidien. Une bouffée d’air frais du matin.

    J’aime bien lire vos textes dans le Poing.comme.net, mais le journal donne une plus grande visibilité…passagère. Alors je me console en vous lisant à l’écran. Au siècle du virtuel, faut ce qu’il faut!

    Vous saluerez les Dubois, surtout Michèle, ancienne collègue de travail.

    JMC

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