FABULEUSE RENCONTRE D’UN ESPRIT LIBRE !

Que je vous parle d’un utile nouvel observateur. Vous pourriez l’apercevoir—le printemps s’en vient— à une terrasse d’Outremont où il habite. Avec son fidèle Léo. Il se nomme François Ricard, qui est aussi un prof de littérature; mais sans aucun jargon, au contraire. Ricard est doué d’un regard lucide, avec des mots de tous les jours, aucun patois savant. Ricard a une vision très personnelle sur tout ce qui bouge dans le Québec. Propos savoureux d’une ironie tranchante, d’une sagesse fortifiante. Un bonheur de lecture ! Facile de vérifier la valeur de mon témoignage, ouvrez « Chroniques d’un temps loufoque », chez l’éditeur Boréal, vous allez sans cesse sourire, une joie « vitaminisante ». Que Ricard nous jase du Viagra-à-bander ou du crash d’un avion (à Peggy’s cove), de « Pepsi Cola » installé à l’université, ou encore des « néos-retraités », ados en rallonges, en cheveux gris…c’est une parole décapante. Jusqu’à la cruauté, rare au sein du snobisme environnant.

Se faire « chapitré » par Ricard, c’est un stimulant qui n’a pas de prix. Lisez ça, je vous en prie encor. La rectitude politique en prend pour son grade, voir son chapitre sur nos « Gouverneurs », oh ! Ricard y prédit, après la télégénique Haïtienne, un Gay et marié, puis ce sera une lesbienne Amérindienne, ensuite, plus populaire, dit-il, ce sera le tour d’un lauréat de Loft Story. On rit encore ! Quand il se moque de tous nos festivals —« partout et sans cesse »— ou des poètes étonnamment grégaires subventionnés, troupeaux dociles aux « rencontres » supposément populaires, on plie… de rires ! Je me retiens (ô espace restreint !) de citer ses réflexions tordantes. Par exemple, lire ses commentaires à propos des « sinistrosés » de carrière » (de Cioran, Kundera, au doué Houellbecq), si fort appréciés vu la morosité contemporaine pris de l’accablant « néantiste », fustigé par une Nancy Huston. On rigole. Cet ami de Léo, François, est donc un esprit libre, un philosophe aussi. C’est simple, Ricard a du bon sens. Donc un phénomène en un monde voué aux chercheurs des modes à suivre. Trop d’intellos et d’artistes s’y baignent ! Pas étonnant que ce François Ricard soit l’auteur de « La détresse et l’enchantement », bouquin à très grand succès, qui narre la vie de Gabrielle Roy.

Le mot « loufoque » de son titre revient sans cesse, c’est le bon mot, convenant à souhait à ce qu’observe « cet homme aux terrasses » avec son Léo. Ainsi, même hilarité à propos de sa jolie étudiante qui le veut en « maître » pour faire thèse sur, tenez-vous bien, la défitichisation (sic) de la littérature. Celle des affreux mâles misogynes, tous, dit-elle ! On rit. Ailleurs, Ricard nous rappelle l’école où un ado, invité par la maîtresse à rédactionner très librement, remet sa copie fantasmatique où le candide grand gamin s’imagine en mitrailleur ! L’innocent se retrouvera au poste de police, avec dossier et se fera « sacrer » à la porte » ! Dérive d’un enseignement déboussolé ! Tant de passages qui vous envoûteront, avec flèches acérées. Un gigantesque feu de joie, « le bûcher des sottises ». On sort de « Chroniques d’un temps… » enfin rassuré : il y a quelqu’un, ici et maintenant, qui voit clair. Ce compagnon bien aimé, Léo, est bien chanceux, c’est son chien, oui, et il finira par parler avec un tel guide !

J’insiste, lisez ça, ça vous changera de certains rédacteurs de tant de nos gazettes qui ne révèlent rien. Ricard commente et l’ancienne « Crise du verglas » et l’actuelle Union —« loufoque, dit-il »— des Écrivains, ou bien il « s’épivarde », ricane sur l’inévitable Internet, par exemple, celui des romans-collectifs. C’est un phare indispensable à nos rivages pollués d’idées toutes faites mais ses éclairages enrageront les suiveurs d’affligeantes niaiseries dite « tendances ». Fatras imbéciles commentés volontiers à nos radios, télés, gazettes. Ricard est un actuel Jean de Lafontaine, un vivant La Bruyère, un sacré Sain-Simon, bien vivant, un caricaturiste aux crayons dangereusement aiguisés. Courez chez votre libraire, ou à votre bibliothèque publique, pour ces « Chroniques d’un temps loufoque », un remède sûr si vous vous sentez encombrés, envahis comme moi, par incessamment « pubs et plogues ». Ricard est un purgatif anti-fadaises, anti-mondanités assommantes à la « Sauce Parisienne », à la « Sauce Newyorkaise », tant appréciées par nos reporters-courroies-de-transmission colonisés. « Léo » Ferré —qui se disait « un chien » tiens !— entonnait : « Salut à toi, Dame Bêtise ! Toi dont le règne est infini », avec ses « Chroniques… » c’est le moyen de lui casser son règne à cette Dame; il fait du bien cet empêcheur de stupidités en rond, procurez-vous ce livre, amis lecteurs, je vous le re-redis, c’est une vengeance face aux conneries actuelles.

L’ INCESTE AU MONDE DU SPORT ?

Voulez-vous trois cas vécus de journalisme manipulé ? En 1990 Raynald Brière m’invitait à jaser librement tous les matins à la radio de CJMS. Une station amalgamée à CKAC en 1995 où l’on ne m’invitait plus et vous allez comprendre pourquoi. Jusque là j’avais été un critique d’art (aussi de livres), ou bien un chroniqueur un peu loin de l’action. Voilà que l’on m’invitait parfois « à sortir » du studio. Pour témoigner sur les lieux « où ça se passe ». Par exemple toute une semaine au chic motel Mocaco de Sunny Isles en Floride pour illustrer —en ondes !— nos « bedaines » moquées par un méchant reporter de Miami. Ou une soirée en « camper équipé » avec le populiste Proulx juste en face d’un pont fermé par des Iroquois furieux ! Une autre fois sortie subventionnée encore pour aller parler, « on the spot » du départ des turbines gigantesques de neuve Baie de James.

Le savez-vous bien lectorat chéri ?, chaque fois on nous colle au train un guide, savez ces « agents d’information » dit P.R. Au grand vent du grand nord, un petit bonhomme zélé veut nous expliquer les beautés du projet bourassien. Faudrait le suivre docilement, l’écouter pieusement. Se la fermer. Dans la toundra, son lutrin avec ses papiers et débute alors son pieux sermon. Or, j’étais renseigné, je savais des dangers Pour l’eau par exemple, le mercure pollueur des arbres noyés, etc. J’interromps vite le discours lénifiant et lui jette au visage des faits scientifiques bien embarrassants ! Pas prévu au programme cela et la troupe des reporters s’étonne de mes interruptions. Mon camarade, le fougueux Paul Arcand, tente de me calmer…mais il rigole. Le jeune hâbleur va vite se choquer, sermonneur « aux ordres », grassement stipendié, il en est tout retourné, décidera d’écourter la cérémonie des mensonges. Oh le mauvais noceur, non ? À qui on offre le gîte, la bonne bouffe, le vin gratuit. L’ingrat !

Autre occasion de foire guidée ? Nous sommes invités au Casino tout neuf toute la troupe médiatique, horde soumise pour la plupart. Encore un guide, fort jolie demoiselle et ses tapes dans les mains, comme dans une garderie : « Assez bu de ce punch capiteux, lâchez vos amuse-bouches, c’est l’heure du sermon. Et puis son « Suivez-moi bien dociles agneaux ». Je proteste aussitôt, je dis que je veux fouiner où je veux, à mon rythme, librement quoi. Stupeur de la P.R. La jeune camarade Isabelle Maréchal en rit, me fera de grands yeux ronds : « Ça se fait pas ». Ah ce ton de gardienne de « maternelle » ! Non merci !

Un troisième cas « d’enrégimentation » ? De mépris ? De manipulation ? Cette fois, c’est mon cher Ron Fournier m’offrant de l’accompagner, en radioman, à une de ces soirées de hockey au Forum. Avais-je envie de voir les coulisses des « journalistes dit sportifs » ? Et comment ? J’y vais. Je découvre —est-ce que cela a changé ?— une organisation renversante, un étonnant « service aux reporters », une familiarité fort indécente, qui n’a plus rien à voir avec le monde bien connu de moi, celui des théâtres, du cinoche, de la littérature où l’on n’offre pas même un verre d’eau aux critiques. Où la norme (normale !) est de ne pas faire ami-ami avec les artistes. Je découvrais, très étonné, avant le match —dans un local coulissier du vieil amphithéâtre— un menu copieux affiché, une fort bonne table, j’y mangeai une lasagne fort appétissante, j’y bus du vin de fort bonne étiquette ! Quoi, les « sérieux » de Radio-Canada ou de La Presse acceptaient donc volontiers ce « treatment de VIP » ? Un Richard Garneau, digne et noble, s’empiffrait, buvait volontiers, tout heureux de ce système à sauce incestueuse ? Je n’en revenais pas : serveurs costumés empressés donc… puis s’amènent des « escortes » écourtichées, fort sexy, nous conduisant tels de seigneurs à la grande loge des journalistes impartiaux. Une farce ! Là encore, dans les hauteurs du Forum, dans de très confortables fauteuils avec appuie verre, accorte service de liqueurs alcoolisées, petits soins divers ! J’étais sur le cul ! Ma découverte —instructive— des camarades « du monde du sport ».

Le lendemain matin, au micro d’Arcand, je dénonçais très carrément cette intimité d’un crasse anti-presse-libre-et-neutre. Mon inviteur, l’inénarrable Ron Fournier, enragé noir de mon topo dénonciateur ! J’osai même déclarer que les murs de béton un peu partout sentait l’urine fraîchement déversée, réalité. Tout cela m’était-il pas —et encore au Centre Bell ?— d’un manège incestueux ? Furieusement insulté, niant innocemment cette connivence commerciale, à une pause, mon Ron vint en studio : « Si c’était pas de tes cheveux blans, je te casserais la gueule ! » Mon Arcand, qui apprécie la franchise bête, rigolait encore. Je songe au camarade Réjean Tremblay tout dépité récemment de constater que l’on va faire cesser « les voyages intimes avec les joueurs ». Non mais…

«GAMBLEURS D’OCCASION» , GABRIELLE ROY ?

Autopsie d’un grandiose (!) projet qui vient de s’écrouler.

Rêvassons : 1920, Germaine Lefebvre, ma mère, qui n’a pas vingt ans, habite rue Ropery à la Pointe Saint-Charles. À un coin de rue, le très actif canal dit de Lachine, au long de « St-Patrik street » et la jeune belle Germaine observe le trafic maritime quotidien vers les Grands Lacs, vers Toronto. Des gamins —comme à Saint-Henri à côté— osent s’y plonger les jours de canicule. Eaux si sales dans  » la petite patrie  » d’un Yvon Deschamps. Plein d’Irlandais dans son quartier et allez voir rue Centre : deux immenses églises catholiques, côte à côte ! Une pour nous, cathos français, l’autre pour les cathos Irlandais. Séparatisme déjà têtu, racisme soft, exemple de non-intégration à la majorité. Maman a « de l’argent de poche » car son père, époux de Zéphire (!) Cousineau, est un boucher prospère dans cette rue Centre. J’observe une vieille photo jaunie, on n’est pas à Paris mais… il y a un bœuf sur le toit ! Énorme  » découpé  » de bois.

Rêvons : maman, a envie de  » tenter le sort « , oserait-elle se rendre au casino voisin, Bassin-Peel ? Aïe, va pas là maman, ne va pas là !

Comme je peux imaginer les jeunes gens de 2007 nourrissant les machines à sous. Bien nommés « one arm bandits », banditisme encouragé par l’État. La pègre, avant Loto-Québec, ramassait un peu plus de 50 millions. Des grenailles…Il s’agit maintenant de milliards de dollars ! Récoltés « vertueusement » pour écoles et hôpitaux n’est-ce pas ? Jouez en paix bonnes âmes charitables.

J’imaginais aussi des voisins de maman à Pointe Saint-Charles, pauvres ouvriers y risquant « le pain quotidien « , ce vice est tentant pour les mal pris, les mal partis, c’est connu. Gabrielle Roy aurait pu publier :  » Gambleurs d’occasion « .

Revenons dans la réalité, en 58 pages, la « Direction de la santé », (DS) s’écriait : « Danger ». Le docteur Richard et le sociologue Chevalier préviennent ceux du régime-Charest:  » Faut éviter de rapprocher un casino de la population « . Autrement dit : laissez ce piège-à-cons dans son île artificielle. Ce rapport antecoulombien enrageait l’État-promoteur. On y expliquait que 11,000 personnes pourraient s’y rendre en trente minutes de marche, et, en 15 petites minutes, la majorité des citoyens de cette région. Ce projet  » Bassin-Peel-viré-en-Casino  » était alléchant car encadré, illuminé, par les attractions du célèbre  » Cirque du Soleil « , une machine ben huilée, expérimentée à Las Vegas Un complice intéressé. Et qui allait amener quoi ? La DS y était explicite : une toxicomanie, du stress —des suicides parfois—, des ravages financiers toujours. Et de graves problèmes conjugaux. Bref, de la criminalité en masse ! MM. Richard et Chevalier ne pouvaient-ils pas se taire, non ? C’est écrit noir sur blanc.

On a publié que ce rapport de la DSP était le tombeau du projet mais il y a eu bien pire qu’un sombre rapport de la DS. Il y a eu que ce compagnon-du-vice, un cirque, est pressé, Dieu merci ! Le brillant businessman Laliberté n’a pas de temps à perdre. Il veut vite investir, s’agrandir mais pas dans un  » machin  » critiqué. Car les marchands détestent la polémique. Pas bon pour les affaires la chicane, les querelles, c’est nuisible à la  » belle image  » corporatiste.

La santé, la cohésion sociale fragilisée…ouash !

Vint donc ce M. Coulombe qui réclame un temps de  » pause  » et davantage d’études.  » Fuyons ! « , dit Le Cirque du Soleil. Et voilà Loto-Québec les culottes à terre ! En écho rapide du  » non merci  » de Laliberté, il pose sa pancarte sur les jolies maquettes :  » On ferme !  »

Face aux formidables appétits étatiques —on l’a vu avec les scandales de la SAQ— où déménagera la patente car les profits baissent à l’ex-Pavillon de la France trop éloigné des hôtels, des restaus, etc. Et, mais taisons le fait, des habitants indigènes, un vaste terreau pour extorquer du fric.

Va-t-on songer à Westmount ? Hon ? Quoi ? Juste en haut, derrière l’Oratoire à Saint Joseph, à ce joli parc aux oiseaux, autour du vert Circle Road ? Hon, hon ! La vraie bourgeoisie stopperait un tel projet. Où alors ? Au sud-ouest de la  » bien chic  » Ville-Mount-Royal ? Si proche des parieurs de Blue Bonnet ? Suffit ! Bien. À Outremont alors ? Au site à chemins de fer où il n’y aura pas de Chum ?

Maman s’exila donc au nord et fonda famille dans Villeray. Elle ne nous parlait jamais de sa  » natale  » Pointe Saint-Charles. Elle disait rue  » Rompré  » pour Ropery ! J’ai cherché longtemps cette rue mal nommée ! Une honte ? Un petit snobisme ? Le  » boulevard  » Saint-Denis (comme elle disait) l’avait heureusement arrachée à sa jeunesse en zone de pauvreté. Il y a peu, j’y fis un beau soir, un petit pèlerinage pour voir le gang du surdoué Robert Lepage. Dans une vaste usine désaffecté (ex-manufacture de locomotives ?), on montrait son cirque pseudo-chinois,  » La trilogie des dragons « . Avec plein de ses forts gadgets visuels si étonnants. Cinq heures assis, mes fesses ! J’ai revu alors les deux grosses églises. Vides, fantômatiques !

J’y retournai encore au pays-de-ma-mère il y a moins longtemps. Une autre usine fermée, transformée en entrepôt pour éditeurs (Sodes). Mille cartons bourrés de mon livre nouveau prêts à partir en librairies. Devoir raconter  » mon sujet  » à des distributeurs dévoués. Être allé ensuite luncher à la chaude vaste taverne des Magnan. Puis aller marcher —après la bouffe sur l’immense terrasse— ou, encore, dans la petite rue de maman, Ropery. Oh !, sa vieille maison devenue cottage à condos, rénovée richement. Et qu’elle ne verra pas, morte en 1987. Son grand arbre unique est encore debout dans la cour !

Suis aussi allé voir son sale canal. Qui, bientôt, sera devenu une jolie  » rivière  » urbaine le long des ex-usines transformées, avec canots, pédalos et jolis yatchs. L’ami Paul Buissonneau faisait des signaux sur son balcon ! Picolo de 80 ans ! Un monde, ma mère : j’ai vu des alentours d’une modestie qui crie encore et toujours  » misère  » ? Alors, un casino ? Non : mort subite d’un projet vain. Alors quoi ? Des logis sociaux… Hum ! Je devine, je vois venir lentement la gentrification classique, les rénovations partout, les nouvelles évaluations, les taxes majorées… Ce sera encore  » la fuite des pauvres « .

Mais pour où ? Mais pour où ?

KIRPAN : L’INTÉGRATION BORDEL !

KIRPAN : L’INTÉGRATION BORDEL !

Pas 56 questions à propos du « canif » religieux des Siks. Une seule :voulons-nous et veulent-ils, nos émigrants, l’intégration au plus tôt ? Dans les pays anglo-saxons —sorte de mépris, de racisme soft— c’est le mode communautarisme. Résultat néfaste à Londres quand l’on découvrait que les terroristes du métro étaient nés en Angleterre ! Prêchés par des imans islamiques fanatiques. Tragique leçon ce communautarisme-séparatiste qui engendre la ghettoïsation. Depuis le fier-pet PET et ses suiveurs, on organisa à Ottawawa, via la Chartre des droits (sans devoirs).

On vient donc de cracher sur nos juges québécois (cour supéreure) qui disaient intelligemment « Non au poignard gainé dans nos écoles québécoises. »

Ce communautarisme tous azimuts fut baptisé au Canada « multiculturalisme »; une tentative de nous diluer. La nation québécoise ne serait plus qu’une autre ethnie parmi tant d’autres. Oh, cette haine viscérale du nationalisme québécois ! Les trudeauistes entretiennent toujours cette haine, un « racisme inverti », une honte de soi. Les 8 super-juges d’Ottawa donc proclament « Oui au kirpan des « séparatistes » Sirkh à l’école ! »

Et l’intégration bordel ? Place dans notre monde enfin laïcisé à toutes les théocraties ? Sur ce sujet, la France, elle, est exemplaire. On me dira : « Les incendies dans les cités ? » Pas vraiment pour cause de racisme, avant tout une question économique, le chômage des jeunes « beurs ».

Un matin, on m’invitait chez Bruneau, aussi à LCN-TVA, pour un débat là-dessus. Soudain mon Bernardin-recherchiste au téléphone : « Annulé ! Ne venez pas, on ne fera pas ce débat. »
La peur !

Bientôt on dira « Oui à la polygamie » ? Quoi, faut de la tolérance. Une seule vraie question : ou des écoles séparées des nôtres (juives, grecques, arméniennes, etc), ou bien l’intégration au plus tôt. Qui est le salut, le bonheur, l’épanouissement des enfants d’émigrants. Nous le savons trop, notre ancienne voie unique fut catastrophique en chassant de nos écoles publiques utra-catholiques et des cours de récréations « tous les autres ». Si je m’exilais, jeune homme, m’installant pour toujours au Moyen-Orient (ou ailleurs) vite, j’étudierais, d’abord la langue, je lirais le Coran, je m’informerais à fond sur leur histoire, leur patrimoine collectif, les us et coutumes de mon nouveau pays. Pour mes enfants surtout, je ferais tout pour m’intégrer le plus tôt possible à ma nouvelle patrie. Ici, une sorte de mépris ?, des émigrants qui sont encouragés à ne pas changer avec ce débile communautarisme à « rectitude » conne.

L’émigrant, Sikh ou Chinois, etc., devrait accepter et étudier notre histoire, notre patrimoine religieux. Trois siècles de catholicité, c’est une réalité incontournable. Nous n’avons pas à retirer les sapins ou les crèches de Noël pour nous aplatir et faire oublier nos sources, nos racines. Chrétiennes forcément. Stupide renoncement, allons devenir une « majorité invisible ?, nous sommes plus de 80 % hors les ghettos du centre-ville montréalais. Ne pas l’oublier. Il n’y a aucune commune mesure entre un coutelas religieux et les symboles de notre longue histoire, devrait-on démantibuler la croix géante du Mont Royal, faire démolir l’Oratoire du frère André ou la si « choquante » vieille église Bonsecours au port ? Niaiseries n’est-ce pas ? La majorité des Québécois, certes non-pratiquante, respecte ce passé historique qui nous a fondé.

Le nouveau venu se doit d’apprendre, d’étudier notre histoire, celle de sa nouvelle patrie. Les 8 juges rouges à hermine s’avancent, inconséquents, avec l’idée que l’émigrant n’a pas vraiment émigré ! ET qu’il peut garder intégralement ses anciens attachements. Sotte tolérance :ce communautarisme favorise toujours le regrettable ghetto. Cela qui sera le malheur des enfants d’émigrants car ils souhaitent devenir « comme le autres autour d’eux ». Vieux principe d’essentielle grégarité, besoin vivace :un enfant ne souhaite qu’une chose, faire partie intégrante avec ses copains, du monde qui l’environne. Il y a eu tant de tristes récits littéraires illustrant ce très profond malaise de n’avoir pas pu, enfants d’émigrants, s’intégrer. Ces parents fanatisés nuisent à ce souhait normal.

Faut faire cesser l’odieux : « Retourne-toi-en-donc-dans-ton-pays ». Non ? Je plains cet ado Sikh visiblement manipulé par son père, si effrontément « contre » l’intégration harmonieuse. Un jour, vous verrez, le poignard jeté, il écrira à son tour un récit pour blâmer sévèrement ce « mur » dressé par son papa niais et le brillant avocat Julius Grey, bien payé pour l’éloigner d’une intégration nécessaire en sa nouvelle patrie, le Québec.

SUR LUCILLE !

Elle était l’aînée et sera sacrifiée au destin du temps jadis. Mes parents l’ont vite sortie de l’école « la plus vieille ». Qui n’avait que 15 ans !

Maman attendant son sixième enfant, il lui fallait de l’aide. La « servante », adolescente Gaspésienne logée, blanchie, nourrie, fini, terminé, trop cher pour le modeste budget familial. Lucille sembla heureuse et deviendra volontiers cette « deuxième mère ». Détestée parfois : « Quoi, tu nous donnes des ordres, pour qui te prends-tu ? », on rechignait. Mais, souvent, nous étions si contents qu’elle soit là, maman partie pour ses courses quotidiennes, quand on rentrait de la ruelle pour faire soigner écorchures, éraflures, ces genoux sanglants !

Lucille nous aimait, comme « une mère », comme si nous étions ses petits enfants. Elle avait du temps, moins débordée que la vraie mère. Gratuite « jardinière » autodidacte pour les jours de congés, les dimanches pluvieux ! Jouant avec nous au parchesi, bingo, jeux de cartes enfantins, serpents et échelles, etc. Sa patience, meilleure que celle de notre mère.

Vieux, ne l’avoir jamais remercié ! J’ai eu quinze ans, j’étudiais au collège pensant devenir avocat, je n’avais plus besoin de cette précieuse « seconde mère »…. Lucille nous quitta, amour, mariage, définitive séparation de nous tous pour aller jouer à la « vraie mère », d’abord un fils, puis deux filles. Enfants bien à elle.

Beaucoup de temps passa. J’ai illustré « Lucille-l’aînée » en 80 dimanches soirs sur les ondes de Radio-Canada (sept.1974-juin1976). Une « Lucie » incarnée par la jolie Louise Laparée, aussi son René, en ce vif « Roland » de Michel Forget—, ouvrier chez Canadair. Nonagénaire, Lucille —veuve depuis peu— vit heureuse dans son cher Chomedey, à Laval.

Je viens de lire un vieux magazine (ô attente chez un médecin !) où Gabrielle Destroismaisons déclarait sortant de chez le psy Corneau télévisé : « Dur d’avoir été l’aînée. L’influence obligée sur les plus jeunes. Oublier ses besoins personnels.. Être sur-maternelle avec soeurs et frères. Devoir vieillir plus vite. S’arranger toute seule, s’imaginer que seuls les plus jeunes ont davantage besoin de la mère ». Là, j’ai repensé à ma gentille « deuxième mère », privée d’école tôt pour faire la « bonne à tout faire » de maman. Fatalité des aîné(e)s des grosses familles d’antan ! Le chanteur Hughes Aufray en fit une jolie mélodie : « non, non, ne pleure pas, Céline», je l’écoutais remué. Lucille, tu recevras cette lettre ouverte et, je te connais va, tu vas te demander pourquoi te dire « merci ».