L’ INCESTE AU MONDE DU SPORT ?

Voulez-vous trois cas vécus de journalisme manipulé ? En 1990 Raynald Brière m’invitait à jaser librement tous les matins à la radio de CJMS. Une station amalgamée à CKAC en 1995 où l’on ne m’invitait plus et vous allez comprendre pourquoi. Jusque là j’avais été un critique d’art (aussi de livres), ou bien un chroniqueur un peu loin de l’action. Voilà que l’on m’invitait parfois « à sortir » du studio. Pour témoigner sur les lieux « où ça se passe ». Par exemple toute une semaine au chic motel Mocaco de Sunny Isles en Floride pour illustrer —en ondes !— nos « bedaines » moquées par un méchant reporter de Miami. Ou une soirée en « camper équipé » avec le populiste Proulx juste en face d’un pont fermé par des Iroquois furieux ! Une autre fois sortie subventionnée encore pour aller parler, « on the spot » du départ des turbines gigantesques de neuve Baie de James.

Le savez-vous bien lectorat chéri ?, chaque fois on nous colle au train un guide, savez ces « agents d’information » dit P.R. Au grand vent du grand nord, un petit bonhomme zélé veut nous expliquer les beautés du projet bourassien. Faudrait le suivre docilement, l’écouter pieusement. Se la fermer. Dans la toundra, son lutrin avec ses papiers et débute alors son pieux sermon. Or, j’étais renseigné, je savais des dangers Pour l’eau par exemple, le mercure pollueur des arbres noyés, etc. J’interromps vite le discours lénifiant et lui jette au visage des faits scientifiques bien embarrassants ! Pas prévu au programme cela et la troupe des reporters s’étonne de mes interruptions. Mon camarade, le fougueux Paul Arcand, tente de me calmer…mais il rigole. Le jeune hâbleur va vite se choquer, sermonneur « aux ordres », grassement stipendié, il en est tout retourné, décidera d’écourter la cérémonie des mensonges. Oh le mauvais noceur, non ? À qui on offre le gîte, la bonne bouffe, le vin gratuit. L’ingrat !

Autre occasion de foire guidée ? Nous sommes invités au Casino tout neuf toute la troupe médiatique, horde soumise pour la plupart. Encore un guide, fort jolie demoiselle et ses tapes dans les mains, comme dans une garderie : « Assez bu de ce punch capiteux, lâchez vos amuse-bouches, c’est l’heure du sermon. Et puis son « Suivez-moi bien dociles agneaux ». Je proteste aussitôt, je dis que je veux fouiner où je veux, à mon rythme, librement quoi. Stupeur de la P.R. La jeune camarade Isabelle Maréchal en rit, me fera de grands yeux ronds : « Ça se fait pas ». Ah ce ton de gardienne de « maternelle » ! Non merci !

Un troisième cas « d’enrégimentation » ? De mépris ? De manipulation ? Cette fois, c’est mon cher Ron Fournier m’offrant de l’accompagner, en radioman, à une de ces soirées de hockey au Forum. Avais-je envie de voir les coulisses des « journalistes dit sportifs » ? Et comment ? J’y vais. Je découvre —est-ce que cela a changé ?— une organisation renversante, un étonnant « service aux reporters », une familiarité fort indécente, qui n’a plus rien à voir avec le monde bien connu de moi, celui des théâtres, du cinoche, de la littérature où l’on n’offre pas même un verre d’eau aux critiques. Où la norme (normale !) est de ne pas faire ami-ami avec les artistes. Je découvrais, très étonné, avant le match —dans un local coulissier du vieil amphithéâtre— un menu copieux affiché, une fort bonne table, j’y mangeai une lasagne fort appétissante, j’y bus du vin de fort bonne étiquette ! Quoi, les « sérieux » de Radio-Canada ou de La Presse acceptaient donc volontiers ce « treatment de VIP » ? Un Richard Garneau, digne et noble, s’empiffrait, buvait volontiers, tout heureux de ce système à sauce incestueuse ? Je n’en revenais pas : serveurs costumés empressés donc… puis s’amènent des « escortes » écourtichées, fort sexy, nous conduisant tels de seigneurs à la grande loge des journalistes impartiaux. Une farce ! Là encore, dans les hauteurs du Forum, dans de très confortables fauteuils avec appuie verre, accorte service de liqueurs alcoolisées, petits soins divers ! J’étais sur le cul ! Ma découverte —instructive— des camarades « du monde du sport ».

Le lendemain matin, au micro d’Arcand, je dénonçais très carrément cette intimité d’un crasse anti-presse-libre-et-neutre. Mon inviteur, l’inénarrable Ron Fournier, enragé noir de mon topo dénonciateur ! J’osai même déclarer que les murs de béton un peu partout sentait l’urine fraîchement déversée, réalité. Tout cela m’était-il pas —et encore au Centre Bell ?— d’un manège incestueux ? Furieusement insulté, niant innocemment cette connivence commerciale, à une pause, mon Ron vint en studio : « Si c’était pas de tes cheveux blans, je te casserais la gueule ! » Mon Arcand, qui apprécie la franchise bête, rigolait encore. Je songe au camarade Réjean Tremblay tout dépité récemment de constater que l’on va faire cesser « les voyages intimes avec les joueurs ». Non mais…

Une réponse sur “L’ INCESTE AU MONDE DU SPORT ?”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *