FABULEUSE RENCONTRE D’UN ESPRIT LIBRE !

Que je vous parle d’un utile nouvel observateur. Vous pourriez l’apercevoir—le printemps s’en vient— à une terrasse d’Outremont où il habite. Avec son fidèle Léo. Il se nomme François Ricard, qui est aussi un prof de littérature; mais sans aucun jargon, au contraire. Ricard est doué d’un regard lucide, avec des mots de tous les jours, aucun patois savant. Ricard a une vision très personnelle sur tout ce qui bouge dans le Québec. Propos savoureux d’une ironie tranchante, d’une sagesse fortifiante. Un bonheur de lecture ! Facile de vérifier la valeur de mon témoignage, ouvrez « Chroniques d’un temps loufoque », chez l’éditeur Boréal, vous allez sans cesse sourire, une joie « vitaminisante ». Que Ricard nous jase du Viagra-à-bander ou du crash d’un avion (à Peggy’s cove), de « Pepsi Cola » installé à l’université, ou encore des « néos-retraités », ados en rallonges, en cheveux gris…c’est une parole décapante. Jusqu’à la cruauté, rare au sein du snobisme environnant.

Se faire « chapitré » par Ricard, c’est un stimulant qui n’a pas de prix. Lisez ça, je vous en prie encor. La rectitude politique en prend pour son grade, voir son chapitre sur nos « Gouverneurs », oh ! Ricard y prédit, après la télégénique Haïtienne, un Gay et marié, puis ce sera une lesbienne Amérindienne, ensuite, plus populaire, dit-il, ce sera le tour d’un lauréat de Loft Story. On rit encore ! Quand il se moque de tous nos festivals —« partout et sans cesse »— ou des poètes étonnamment grégaires subventionnés, troupeaux dociles aux « rencontres » supposément populaires, on plie… de rires ! Je me retiens (ô espace restreint !) de citer ses réflexions tordantes. Par exemple, lire ses commentaires à propos des « sinistrosés » de carrière » (de Cioran, Kundera, au doué Houellbecq), si fort appréciés vu la morosité contemporaine pris de l’accablant « néantiste », fustigé par une Nancy Huston. On rigole. Cet ami de Léo, François, est donc un esprit libre, un philosophe aussi. C’est simple, Ricard a du bon sens. Donc un phénomène en un monde voué aux chercheurs des modes à suivre. Trop d’intellos et d’artistes s’y baignent ! Pas étonnant que ce François Ricard soit l’auteur de « La détresse et l’enchantement », bouquin à très grand succès, qui narre la vie de Gabrielle Roy.

Le mot « loufoque » de son titre revient sans cesse, c’est le bon mot, convenant à souhait à ce qu’observe « cet homme aux terrasses » avec son Léo. Ainsi, même hilarité à propos de sa jolie étudiante qui le veut en « maître » pour faire thèse sur, tenez-vous bien, la défitichisation (sic) de la littérature. Celle des affreux mâles misogynes, tous, dit-elle ! On rit. Ailleurs, Ricard nous rappelle l’école où un ado, invité par la maîtresse à rédactionner très librement, remet sa copie fantasmatique où le candide grand gamin s’imagine en mitrailleur ! L’innocent se retrouvera au poste de police, avec dossier et se fera « sacrer » à la porte » ! Dérive d’un enseignement déboussolé ! Tant de passages qui vous envoûteront, avec flèches acérées. Un gigantesque feu de joie, « le bûcher des sottises ». On sort de « Chroniques d’un temps… » enfin rassuré : il y a quelqu’un, ici et maintenant, qui voit clair. Ce compagnon bien aimé, Léo, est bien chanceux, c’est son chien, oui, et il finira par parler avec un tel guide !

J’insiste, lisez ça, ça vous changera de certains rédacteurs de tant de nos gazettes qui ne révèlent rien. Ricard commente et l’ancienne « Crise du verglas » et l’actuelle Union —« loufoque, dit-il »— des Écrivains, ou bien il « s’épivarde », ricane sur l’inévitable Internet, par exemple, celui des romans-collectifs. C’est un phare indispensable à nos rivages pollués d’idées toutes faites mais ses éclairages enrageront les suiveurs d’affligeantes niaiseries dite « tendances ». Fatras imbéciles commentés volontiers à nos radios, télés, gazettes. Ricard est un actuel Jean de Lafontaine, un vivant La Bruyère, un sacré Sain-Simon, bien vivant, un caricaturiste aux crayons dangereusement aiguisés. Courez chez votre libraire, ou à votre bibliothèque publique, pour ces « Chroniques d’un temps loufoque », un remède sûr si vous vous sentez encombrés, envahis comme moi, par incessamment « pubs et plogues ». Ricard est un purgatif anti-fadaises, anti-mondanités assommantes à la « Sauce Parisienne », à la « Sauce Newyorkaise », tant appréciées par nos reporters-courroies-de-transmission colonisés. « Léo » Ferré —qui se disait « un chien » tiens !— entonnait : « Salut à toi, Dame Bêtise ! Toi dont le règne est infini », avec ses « Chroniques… » c’est le moyen de lui casser son règne à cette Dame; il fait du bien cet empêcheur de stupidités en rond, procurez-vous ce livre, amis lecteurs, je vous le re-redis, c’est une vengeance face aux conneries actuelles.

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