ENTREPRENDRE : UNE HONTE ?

Quoi ? Sus à tous ceux qui entreprennent, haro sur tous les développeurs, les promoteurs ? Une mode, une néfaste tendance à mon avis. Je n’ai jamais eu ni le culot —ni les moyens, pensais-je—, d’entreprendre, j’en ai parfois du regret. Il m’est venu, jeune, l’idée de fonder quelque chose, un atelier de céramique en 1950, une troupe de théâtre en 1960, un centre de marionnettes en 1955, etc. Je reculais. Procrastination ? Hélas. Velléitaire ? Je le crains. Je songeai par exemple, il y a pas si longtemps, à une petite maison d’éditions pour des « récits de vie ». Je recevais tant d’appels en la matière et c’était un familier domaine. Et puis, je renonçais, alors je ne crains pas d’avouer mon admiration pour tous les industriels si j’ai bien peu d’estime pour les financiers et les spéculateurs. Ces « travailleurs » avec l’argent (confié) des autres.

Même là, amusant de nous entendre, les anti-capitalistes de salon, railleurs des « boursicoteurs » quand, en même temps, nous cherchons, tous, les profits à tirer avec nos humbles placements, nos modestes chers REERS, on enragera si Desjardins nous annonce la moindre baisse d’intérêt. Contradictions courantes ? Paradoxales attitudes ? L’argent, était un sujet tabou, attitude catho ancienne ? Très comique d’entendre un Michel Tremblay, richard maintenant grâce à son immense talent, craindre que l’argent, l’économisme, soit important au programme de indépendantistes, quelle foutaise !

En tous cas, combien sommes-nous à être « tannés » des gémissements lyriques face à ceux qui osent entreprendre. Face au moindre projet, c’est aussitôt les cris alarmistes. À écouter certains puristes —des « verts » déboussolés, des nostalgiques du retour à la terre sauvage, à les entendre, on devrait tout effacer de nos édifications humaines et/ou à venir. Ce pathologique naturalisme —oh !romantisme— relève d’une pensée tordue.

J’en vois, tout autour, de ces habitants cossus de jolies vieilles maisons qui valent une petite fortune, confortablement installés, qui gueulent fort à la venue du moindre tracteur dans leur voisinage. « Les autres », les nouveaux venus sont tous des intrus, des saccageurs qui n’ont aucun droit à ce qu’ils possèdent eux !

Certes il y a des causes justes, la protection d’une montagne dans un parc d’État ou la protection des rivières mais de là à empêcher tout développement, il y a une marge. Je ne suis membre d’aucune Chambre de commerce mais je sais, je devine, je sens que la vie réelle est une continuelle construction et que des audacieux entrepreneurs —qui prennent des risques—, forment de trop maigres escadrons pour agrandir tous les domaines des humaines activités. Défions-nous des dogmes. Des théories tout faites. Jusqu’à 15 ans, j’ai été très soumis aux dogmatiques cléricaux duplessistes. Jusqu’à 25 ans, j’ai été soumis à des idéaux irréalistes d’un socialisme aveugle, obligatoire pour faire partie de la bonne « gauche ». Par la suite, libéré enfin de tout dogmatisme, souhaitant être « un esprit libre », j’ai fait enrager un jour la droite, un jour la gauche. Nous sommes assez nombreux désormais à avoir pu constater les errements pathétiques des dogmatistes. Voir l’exemple affligeant d’un Jean-Paul Sartre échouant deux fois à devenir un politique (lire la bio lucide de Solal, pas celle de l’aveuglé B.-H Lévy) se fera valet de Staline, l’ogre infâme, puis valet de Mao, l’odieux dictateur, pour admettre bien tard ses conneries.

Merveilleux de constater ces temps-ci le salutaire réveil des plus jeunes, leur méfiance des doctrinaires. La richesse n’est plus ce « bonhomme 7-heures » des curés sermonneurs en chic Buick dans leurs presbytères luxueux. Les temps changent ? Oui, enfin !

La construction d’un hôtel, de condos, d’un centre commercial, d’un parc d’amusement, n’est pas le diable-en-personne, chaque projet mérite que l’on en examine son contenu. Il y en a de suspects et de nocifs bien entendu, mais il y en a de profitables. Les développeur ne sont pas nécessairement des démons et sataniser le vaste monde des commerçants relève d’un dogmatisme dépassé en 2006. L’infantilisme des opposants automatiques est un reste d’idéologie démagogique. Préservons autour de nous de jeunes âmes juvéniles —des enthousiastes trop généreux et facilement trompés— du fléau de ne voir le monde qu’en deux clans, désolant manichéisme du « tout est blanc ou tout est noir ». Les nuances sont de mise, informons-les mieux.

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