L’INGRATITUDE ?

Un prêtre catho, dans une lettre ouverte, a porté plainte.

Écrivains, cinéastes et téléastes, trop de créateurs cherchent à diffamer le clergé québécois d’antan et actuel. Il demandait modestement s’il n’y avait pas dans toutes ces attaques une bonne part d’ingratitude. Eh bien oui ! J’avoue car je ne suis pas sans péché, mon révérend. En effet, évitant un sorte de guerre civile (oh oui !), notre clergé s’est tu, avec une grande sagesse, face aux changements radicaux qui survenaient à l’arrivée d’un régime libéral au pouvoir.

Et ce fut, conséquence inévitable ?, ces portraits méchants sur l’ancien temps, sur ces temps où le clergé catholique d’ici, omnipotent, s’alliait avec les conservateurs frileux de jadis.

Il y eut injustice. Ceux de ma génération peuvent admettre aujourd’hui. Injuste d’avoir balayé vite sous tous les tapis tant de prêtres lucides qui, de façon courageuse, s’efforçaient de donner de la lumière. Ces exceptionnels « curés » mériteraient d’être mieux connues. Ces « ensoutanés » vaillants ont œuvré en sociologie comme en théâtre (en ciné-clubs), auprès de jeunes esprits forts qui luttaient pour faire advenir des temps moins ténébreux. Ils étaient une minorité ? Oui. Pas une raison pour fourrer dans un même sac tous ces « célibataires en robes longues ».

Certains de ces prêtres firent face aux autorités enragés de leur audacieux courage. Un religieux se vit envoyé en Suisse « en études », le fameux Frère Untel. Un évêque, Joseph Charbonneau, sympathique à des grévistes matraqués, fut dégommé dare dare à Montréal et expédié vitement dans une retraite silencieuse à Vancouver ! La liste est assez longue. Un jésuite cultivé, courageux, quitta sa soutane et s’exila en France, François Hertel. Ingratitude ? Je me souviens de tant de « moines » profs du collège, dévoués, généreux, qui s’acharnaient À nos décrasser l’esprit. Évidemment l’anticlércalisme forcené n’a plus cours avec les générations qui nous suivirent. Je serais bien étonné de découvrir des anti-cathos agressifs chez des profs de 30 ans ! Le vieux combat a cessé faute de combattants.

Les actualités, sans cesse, font voir des plaignants qui sortent des années noires, victimes de prêtres et religieux pédophiles. Des « hommes de Dieu » eurent des conduites de malades sexuels, c’est une réalité. Ces affreux cas, qu’il faut mettre en lumière (et en procès) , font oublier des centaines et des centaines de « serviteurs du Christ » qui, toute leur existence, ne furent que des outils efficaces, essentiels, d’une pédagogie fort estimable. L’ivraie, tard dénoncée, jette dans l’ombre immérité nombre de ces collaborateurs précieux de nos jeunes années. Ingratitude ? Pas d’autre mot en effet.

Pour quelques dollars par mois, des hordes nombreuses de jeunes filles et garçons ont pu obtenir de faire de bonnes études, vraiment à bon marché, en ces époques où l’instruction était une denrée pour nous sortir collectivement des temps durs de jadis quand, à 13 ans, les enfants bien souvent allient à des travaux humiliants. Quand je pense à mes 10 ou 12 professeurs capables de m’instruire —fils du petit peuple— adéquatement dans un collège de la rue Crémazie. Quand je songe à ce Père Lalonde entièrement dévoué à organiser des loisirs culturels (m’initiant au théâtre) dans Sain-Vncent Ferrier ! Comment sortir du silence tant de ces « robes noires » en actions libératrices dans tant de mouvements de jeunesse les plus divers dont cet « Ordre de Bon Temps » ? Ingratitude ? Certainement.

Ces temps-ci, hasard, je redécouvre des annales (de missionnaires cathos ) rapportant l’ouvrage étonnant de certains des nôtres en Amérique du Sud, en Afrique et en Chine. Ces garçons d’ici, on l’ignore de nos jours, furent d’extraordinaires ambassadeurs québécois, consuls sans goure aucune, inouïs même, en ces pays lointains. Mes lectures me font voir qu’il y a eu un clergé québécois suractif, très utile pour combattre en exil des noirceurs graves. Avec risque de prison dans certains cas. Le frère de mon père, Ernest, fut interné par les Japonais d’Hirohito longtemps, à Davao. L’oncle revint au pays après la guerre « pas mieux que mort », sa santé complètement délabrée.

Qui d’entre nous, filles ou garçons, n’est pas disposé à témoigner pour une « bonne sœur » au dévouement total ? Qui dira avec des éloges méritées un « petit frère » modeste, capable de donner de l’espoir à d’humbles gamins incultes issus d’un milieu défavorisé —je songe au beau livre de l’acteur Robert Lalonde, pensionnaire à Rigaud. En musique, en art, en botanique, en science, etc., qui sortira de l’ombre pour proclamer sa sauvegarde, son salut intellectuel, d’un ordre souvent providentiel ? Le vieux clergé d’antan mériterait cette reconnaissance tardive. Il en a grand besoin, face à tant de caricatures faciles, à tant d’accusations parfois injustifiées. Un sensationnalisme, un militantisme athée aussi, veut faire durer l’ingratitude. Une vieille « nonne » dans son hospice me lit peut-être et elle sait bien « son grand amour des enfants des autres», elle espère une parole nouvelle qui dira : « Le clergé québécois n’a pas été seulement nocif ». Sortez et parlez !

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3 réponses sur “L’INGRATITUDE ?”

  1. J’habitais le Plateau Mont Royal durant mon enfance..issue d’une famille de 5 enfants.. Au primaire,j’étais a une école de filles uniquement, j’ai eu des religieuses, ma préférée Soeur Marcelle,elle était dévouée a ses élèves,et en plus elle venait jouer avec nous a la récréation au ballon chasseur, elle nous fascinait..
    Une autre religieuse, sans soutane au secondaire m’a appris a aimer le théâtre, elle nous emmenait tous les mois au théatre Jesus. Quels beaux souvenirs..
    J’ai eu également des femmes professeurs, nous les nommions  »Mademoiselle »jusqu’a ma 6e année aucun homme ne m’avait enseignée.
    Et la, en sixieme année B , j’ai eu enfin un professeur masculin , il m’a enseigné les mathématiques et la biologie, un Homme au grand coeur,il parlait souvent de respect, il se nommait Jacques Cossette Trudel..
    L’année suivante il est devenu célèbre, d’une certaine facon, pendant la crise d’octobre..il faisait parti de la cellule FLQ.. C’est surtout a cette meme époque que j’appris a développer ma conscience politique et social.

  2. Bravo pour ce beau témoignage de nos religieux d’autrefois…j’ai passé plusieurs années dans un pensionat, j’ai toujours eu de l’admiration pour les
    religieuses qui m’ont enseigné et je garde un souvenir
    impérissable d’elles !!!

  3. Je garde un excellent souvenir de mon cours classique vécu dans un petit séminaire de province. Les prêtres qui s’occupaient de nous travaillaient 7 jours par semaine et ils avaient bien du mérite car nous n’étions pas tous des anges… Je leur dois à peu près tout et c’est grâce à eux s’il n’y a pas trop de fautes d’orthographe dans le présent texte. Bien sûr, je ne fais pas aussi bien que nos actuels gradués de Cegep mais que voulez-vous, je suis issu de la grande noirceur alors qu’eux ont eu la chance de connaître la lumière en des temps bien meilleurs.
    Ceux qui m’ont formé ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens dont ils disposaient.( La bibliothèque était dérisoire.) Ces prêtres étaient cependant amicaux et chaleureux. Ils se mêlaient à nos jeux. Ils étaient à la fois professeurs et grands frères. Quant à toutes ces étiquettes de mauvaises moeurs qu’on leur accole de nos jours, c’est de la pure calomnie: jamais, au grand jamais n’ai-je vu ou entendu parler de quoi que ce soit en ce sens, au cours des huit années que j’ai passées dans mon collège. C’était un milieu sain qui véhiculait d’excellentes valeurs. Il y avait de l’idéal. Je leur dis merci de m’avoir enduré et exprime ma reconnaissance.

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