RESPECTER UN ADVERSAIRE ?

Jadis, j’entendais mon père, qui était bleu, duplessiste donc comme la majorité d’alors, « les rouges papa » ? « Tous des fous dangereux ». Désormais, mieux renseignés, nous savons nuancer davantage. Chez les mieux informés, les citoyens normalement politisés, nous avons appris collectivement à trier, à choisir, à reconnaître les bonnes idées, même celles des adversaires.

Alors, l’esprit ouvert, lisons le récent bouquin d’André Pratte qui nous dit : « Un québécois sur trois hésite, vacille et je suis de ceux-là… J’ai aimé René Lévesque, aussi Lucien Bouchard (p.8). À Brébeuf, 9 sur 10 militaient pour l’indépendance du Québec mais moi je favorisais Robert Bourassa. » Pratte a aimé aussi le Claude Ryan « un observateur neutre et un défenseur des droits des individus. » Il est donc pour les « Chartres » qui font fi des collectivités, émiettent leur normal nationalisme. Son droit.

Il vante les L.-P. Lafontaine et G.-É. Cartier (ce docile « anglaisé », si colonisé qu’il causait en anglais à son chauffeur unilingue français (voir M. Lachance). Il conspue les Vallière et les Falardeau, son droit. Référendum de 1995 ? Il a honte des émigrants « citoyennisés » en vitesse » et de l’argent fédéral dépensé ici. Mais bon, il recommande de rester « calme et modéré ».Sa question centrale : « Le Québec étant devenu enfin une société prospère, ça donnerait quoi l’indépendance ? »

Et si le brillant Louis Bernard dit que « C’est l’étape naturelle et finale », Pratte ose affirmer : « Que ce ne serait que poser une vaine cerise inutile sur un beau sundae », ses mots (p 50) ! Ensuite, hélas, le voilà adoptant des arguments de peur : Le Canada, étant à l’enviable 10 ième rang de l’OCDE, un Québec devenant pays souverain, passerait au 25 ième rang. Alors, écrit-il, qui nous représentera dans le monde, au Quatar par exemple (p. 52) ? Il va plus loin dans la niaiserie : « Quelle pouvoir de chasse ridicule si le Québec n’a plus —dans le partage des avoirs— qu’un seul F-18 (p.75) ». Chasse à qui, à quoi ! Sans rire, cela l’inquiète !

À la page 57, il admet que nos émigrants viennent d’abord en « Amérique » (entendez aux USA) et qu’ils détestent donc de devoir s’intégrer à nous, une minorité. Puis, advenant notre souveraineté, il déplore notre coupure avec le pétrole de l’ouest alors que Chine et Inde vont devenir des clients si importants.

Il récuse cet abandon « albertain », favorise les larges unions des provinces (des états) sinonmenace-t-il, « perte de puissance ». Pourquoi pas alors ne pas nous fondre (nous unir) totalement avec les USA ?

Enfin, il jette sa carte fatale : « Le Canada sera furieux et farouche car coupé en deux ». La peur ! Toujours, les menaces. Soudain, il nous reproche d’ignorer le brillant Gordon Lightfoot ! Mais quoi, un Gilles Vigneault est-il reconnu chez les anglos ? Fait têtu : Il y a deux nations, deux cultures. Un bon point il reconnaît que c’est la peur —à nos frontières— des Amerloques voisins qui a fondé « la tolérance » envers nous ! Aïe, le noble motif ! Autre accès de lucidité ? Feu Trudeau s’opposant furieusement aux accords du Lac Meech a été une grave nuisance. Il va même jusqu’à railler une Michaele Jean et sa « fin des deux solitudes (p.89) ».

Surprenant : le procès-Gomery ? Bof, !, rien de scandaleux, « la pub politique, dit-il, cela se fait depuis Duplessis ». Pire ? Tous les médias seraient pro-souveraineté. Alors là, franchement… À la toute fin, Pratte souhaite « de l’émotion » en nouvelle histoire du Canada et il vante ces Jocelyn Létourneau (de Laval university), experts en révisionnisme. Ainsi Pratte nous raconte ces patriotes rebelles de l’Ontario en 1837, qui furent de fiers républicanistes anti-monarchistes », comme « de vils truands (son mot) montés des USA pour venir semer la discorde ».

Voyez–vous venir cette sauce « nouvelle histoire » ? Nos « Canadiens errants bannis de leur pays » (la chanson), exilés quand ils ne furent pas pendus, se battaient pour rien quoi. Ces vilains « sauciers » sont de même farine que ceux qui, en Europe ces temps-ci, tentent de vanter les merveilleux bienfaits des colonisations en Afrique. Ou en Indochine. Ou encore ceux qui osent répandre l’idée que « l’esclavagisme a permis la formidable musique de jazz ! »

Paradoxal, contradictoire auteur ? Malgré ses aveux sur l’illégitime argent fédéral et les émigrants changés vite en voteurs, c’est le soir du quasi « 50-50 » en 1995, entendant Parizeau dire la vérité, qu’il se convertira à Ottawa for ever.

Face au jeune chef André Boisclair à qui il répétait ( lors d’une rencontre de presse) « le Québec est devenu prospère grâce à la fédération » et qui osa lui rétorquer : « Eh bien, on fera mieux encore », Pratte est tout horrifié. Celui qui admet avoir voté « oui » à un Québec libre en 1980, a donc jeté son rêve au feu en 1995 et craint ce Québec sans ambassadeur au Quatar et avec un seul chasseur F-18 pour nous défendre ( de qui ?).

Oui, il faut respecter l’adversaire mais on a le droit d’exiger qu’il défende mieux la cause fédéraliste, non ?

Une réponse sur “RESPECTER UN ADVERSAIRE ?”

  1. Cher M. Jasmin,

    J’avoue qu’il est bien difficile de faire abstraction que Pratte est le « mercenaire de Power Corp. » et que de toute façon qui que l’on soit on sera toujours « catalogué », mais faut tout de même constater que les « forces souverainistes » ne sont guère impressionnantes non plus actuellement! Regardons les choses en face:

    1. Duceppe, qui se mord les doigts de n’être pas allé à Québec quand c’était le temps et qui est maintenant pris dans un cul-de-sac en appuyant Harper (au grand dam de ses copains du P.Q.), par crainte de se retrouver en élections précipitées…

    2. A Québec, « l’Homme invisible à la langue de bois » sans crédibilité qui sert de chef (en passant, à peine « plus populaire »(!) que Charest selon les derniers sondages du Devoir, sans même encore être élu!) et qui se retrouverait soudainement premier ministre par la « peau des dents » après avoir été « déplumé » au profit des « Solidaires » par ceux qui ne peuvent le blairer, peu importe la raison…

    3. Le déclenchement d’un référendum « rapide et gagnant » (naturellement!) arraché par la « peau des fesses » (pour changer de peau…) et, par conséquent, un Québec « légalement indépendant », mais sans réel pouvoir de négociation et de reconnaissance par le communauté internationale! Et M. et Mme Tout-le-Monde qui en subit comme toujours les conséquences pendant que nos « braves élites à discours », s’en sortent (comme toujours, encore une fois…) quitte à se retirer bien à l’abri dans « leurs vignobles françaises » (hum! hum!).

    Ah oui! c’est vrai, j’oubliais…nous aurions toujours Michaelle Jean pour venir nous consoler d’être comme Haiti…un pays « indépendant » mais « dans la marde »!

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