À PROPOS DU « GRAND » ROBERT » ! et POURQUOI LIRE ?

(LETTRE OUVERTE)
À PROPOS DU « GRAND » ROBERT » !
Envie de chicaner ce surdoué ? Oui. Face au très grand succès, d’habitude il convient de se taire. Plus prudent ? Les critiques semblent intimidés par l’unanimité des loges (méritées). Sortant du TNM, de son « Projet Andersen », j’étais admiratif, nullement ému. Le « grand Robert » y démontrait une fois de plus son formidable sens du gadget scénographique, l’amusant chien invisible au bout de sa longue laisse visible, par exemple. Admiratif aussi de son sens du « timing » avec écrans, porteuses à rideaux, plancher roulant, éclairages songés. La forme, oh oui ! Mais le fond ?

Avons-nous le droit de questionner ce prodigieux inventeur ? Son récit sur le célèbre danois, Andersen, est faible, inexistant. Sa réputation internationale (méritée) a fait que ses commanditaire se taisent et disent « oui » à n’importe quel charabia. Tant pis pour la biographie ! Tout en admettant l’utilité des écrans (cinéma, télé, projections fixes ) au théâtre, proclamons que toutes ces images cinétiques pourraient servir un vrai texte. Ne refusons pas les créations collectives (à trois pour son Andersen), admettons le work in progress même. Reste que ce portrait mosaïste sur « la vie Andersen » est faux, partiel, inopérant, inadéquat. Du toc. Oui, comme tout le monde, je suis sorti du TNM très admiratif de la machine (ex-machina !) et très déçu du propos.

Ce n’est pas la première fois. J’ai vu avec plaisir la plupart de ses ouvrages visuels mais peut-on imagier le sort flamboyant que ferait « le grand Robert » —imagier inouï— avec un texte classique ? Par exemple, un Tchékhov ? Ou un grand texte contemporain, un Arthur Miller, Pinter, Albee. Ou un Marcel Dubé, un Tremblay ? Ou encore avec un jeune aux premières « preuves » déjà solides ? Bien mieux qu’au cinéma (et à la télé donc !), le théâtre est le lieu éminent pour la pensée, la parole. Lepage file, sans aucun état d’âme, vers la performance, partant, vers l’applaudissement facile des foules friandes de gadgets. C’est son choix actuel. Bien évidemment. Est-ce permis de regretter vivement qu’un si fort talent reste soumis à des textes embryonnaires, minces souvent, toujours anecdotiques, c’est s’auto-mépriser, se mal évaluer !

Lepage n’a pas à craindre l’intellectualisme, il est d’une tempe bien incarnée, il saurait donner une allure neuve, audacieuse, à de vrais textes. Dans son ex-caserne à Québec, le « grand Robert » devrait réfléchir à ce qu’il produit, se contentera-t-il d’aller toujours plus loin, « plus haut », avec ses projecteurs, ses tapis qui roulent, des trappes, des filins d’acier ? Son brillant —maigre de fond— collage-commérage sur Andersen, à peep-show, à parodie de Parisien, à téléphones variées, à diapositives diverses, papillonne, ne bouleverse personne. Il stagnera en exploitant des « gamiques ». Sa vive « intelligence des planches » mérite mieux que cette crainte des œuvres littéraires. Qui, comme moi, admettra que face aux artifices on est jamais touché, pas ému vraiment, si on est admiratif. Béat comme devant un grand cirque ou un excellent show équestre. Viendra-t-il un temps neuf chez lui hors des acrobaties ? Je l’espère et même j’y crois.

Claude Jasmin
Sainte-Adèle


(LETTRE OUVERTE)

POURQUOI LIRE ?

Entendu tout récemment à la radio publique : « Je lisais ça et me suis dit « quelle bonne histoire ! », il faut que j’en fasse mon prochain film ! » Mots du jeune et doué cinéaste, Jean-Marc Valée. Bizarre affirmation aussi, non ? Une réalité ?

Dit-il : « pourquoi lire ?, ou « qui lira donc cette fameuse histoire ? » À peu près personne ? Alors, oui, le cinéma, seul, peut rendre « public », un fameux roman. Voilà « la nouvelle réalité » de la littérature ! Un roman c’est combien, maximum, mille lecteurs ?

Et, ainsi, le livre-roman n’est donc plus qu’un scénario offert ? C’est cette situation étrange qui fait que les romanciers (jeunes ou vieux) publient comme en vain et croisent les doigts, espèrent qu’un cinéaste aimera fort son dernier roman. Le film tiré de son roman lui donnera accès au « grand public », mais pas son livre !

Voilà pourquoi il y a mince file à son kiosque d’un Salon du livre quand il y aura queue abondante aux marquises lumineuses des cinémas. Eh ! Est-ce triste ? Reste aux écrivains du livre d’abandonner « les histoires », en saga ou non ? Milan Kundera disait : « le bon, le vrai roman, est celui qu est inadaptable au cinéma ». Apprentis-auteurs de romans, Pensez-y bien !

Claude Jasmin
écrivain, Sainte-Adèle.

2 réponses sur “À PROPOS DU « GRAND » ROBERT » ! et POURQUOI LIRE ?”

  1. Je suis tout-à-fait d’accord avec vous. Cela est fort triste. Il y a tant de choses à découvrir en empruntant cette voie…Celle de la lecture, évidemment! Il s’agit d’un acte à la fois personnel et partagé…Malheureusement, il nous faut admettre que les «romans» conçus dans l’espoir d’une adaptation cinématographique sont souvent dépourvu de «magie»…

    Alors voilà! J’aime lire. Ce matin, par exemple, je me suis gatée par la lecture d’une dizaine de poèmes/chansons de Michel Conte. De forts beaux textes où l’espoir et l’amour s’expriment avec grâce. C’est mon avis en tout cas!

    Bonne journée!

  2. Bonjour Monsieur, Jasmin,

    Ayant lu votre « Pourquoi Lire ? » ce matin dans mon Soleil quotidien, je l’ai immédiatement découpé pour aller le retranscrire sur mon blogue. Je trouvais fort pertinent votre opinion à ce propos, parce qu’étant en contact avec quelques jeunes auteurs d’ici, qui eux aussi écrivent sur des blogues (comme à peu près 100,000,000 autres) et parce que l’on s’intéresse de temps en temps à ce  » phénomène  » de  » l’adaptation spontanée des nouvelles histoires des pays du Plateau  » !! N’en déplaise à notre cher VLB, dont je suis bien évidemment depuis longtemps  » amateur(e) professionnelle « . Il reste que ce que vous constater ici, depuis l’immédiateté de ce nouveau  » problème  » qui peut causer de minces files aux différents kiosques des jeunes auteurs en mal de scénario, que ça peut être aussi un fort beau problème que d’avoir à choisir entre un roman de Guillaume Vigneault et une courte nouvelle de Marie-Hélène Poitras (prenez Annie Proulx et son Brobeback Montain ou encore Paul Haggis avec sa fille à 1 million de $$$. Il y a beaucoup d’auteurs ici, mais tous ne possèdent pas le talent nécessaire malheureusement pour écrire de  » bonnes histoires « . J’écoutais Fred Pellerin hier soir à l’émission de madame Beaudoin qui lui avouait bien candidement qu’il ne faisait » que raconter des histoires « ; mais il faut bien qu’il les ÉCRIVE alors SES saprées histoires. Comme quoi l’Écriture mène à tous les bals, quand il s’agit d’y faire valser ensemble les mots…et le talent. » Merci pour cette courte, mais intense intrusion dans le monde des auteurs…

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