GUY FOURNIER A RAISON

L’humoriste Fournier, ami de Dame Frulla, vient de crier que le roi est nu ? En effet, le nationalisme, le patriotisme québécois, s’est formé dans une entreprise fédérale : Radio-Canada. Inutile de pousser les hauts cris et ne jouons pas les vierges offensées. C’est une réalité : le « réseau français » de Radio-Canada fut le berceau, le nid fécond de la modernité québécoise. Aussi de la fierté nationale. Trudeau le savait et fit une niaise colère: « On va mettre la clé dans la porte de Radio-Canada ». Je l’ai dit un jour à Bernard Derome en ondes : « La révolution dite tranquille est née, pas avec Lesage et ses acolytes, mais à « Radio-Canada français. » Je n’ai reçu aucun démenti tant la chose est vérifiable.

De la même manière, une autre entreprise fédérale, l’Office national du film », fut aussi un ferment du nationalisme. Plein de Pierre Perrault ont travaillé à mousser ce courant salubre, inévitable. Scandalisez-vous les fédéralistes ou étouffez-vous de rire les patriotes d’aujourd’hui, mais, c’est dans deux entreprises organisées à Ottawa que travaillèrent les valeureux combattants d’un Québec nouveau, d’un Québec vu comme une patrie, comme un pays. Évidemment il fallait jouer d’astuces, être prudents comme des serpents, retors comme des renards mais ce fut une lutte relativement facile, savez-vous pourquoi ? On pouvait compter sur le fait têtu que l’autre nation ne verrait rien, car l’autre nation ne nous regarde pas (ni nos films, ni nos productions télévisées), ne nous lit pas, ne sait rien de ce que nous sommes. Et oui, vice versa !

Ainsi la sortie idiote du temporaire Président-Guy-Fournier n’est qu’un vent retardataire qui pue le désir de propagande. Or il est cuit, son mandat terminé, Fournier sera jeté dehors car il vient de se mettre à dos tous ses vrais patrons, qui, eux, sont des agents actifs du « ONE NATION, ONE COUNTRY ». Le comique Fournier a parlé d’une vingtaine d’années de sournoiserie. Erreur, cela dure depuis des émissions anti-Duplessis, anti-vieux-nationalisme, comme Radio-Collège. Depuis surtout 1953 et le formidable départ de la télé française ici. Et aussi depuis l’installation de l’ONF en français sur Côte-de-Liesse à Montréal. Il ne faut pas y voir une machine diabolique bien huilée. Tous ces premiers « ouvriers » de la québécitude ont voulu simplement nous illustrer, ils faisaient un job normal qui allait des « raquetteurs », à nos « zouaves » pontificaux » jusqu’aux joyeux membres de la très célèbre « Famille Plouffe ». Ajoutez à ces incarnations « nationales » ultra-populaires tout un paquet d’émissions dites sérieuses où l’on débattait d’une société québécoise à bâtir. Cet himalayen effort pour nous définir collectivement dure donc depuis un demi-siècle, mon pauvre niais de Tit-Guy !

Évidemment, maintenant, les dirigeants fédéralistes ouvrent les yeux mais il est trop tard. L’inévitable ouvrage est fait : nous formons une nation différente de l’autre, la Canadian ». Il n’y a pas de ponts, pas de liaisons, notre peuple ignore les artistes de l’autre pays et ils nous ignorent aussi. C’est pas « deux solitudes », cette scie idiote, pas du tout, c’est deux nations. D’une part il y a cette « pauvre-riche » CBC, sans guère de vrai public qui coûte cher, 660 millions en argent public) et d’autre part, il y a Radio-Canada,330 millions en fric de contribuables… qui est désormais battu régulièrement par les foules à TVA, à TQS, et dans certains canaux spécialisés.

Alors, rigolons donc du constat très en retard de M. Le Président en crise subite à la radio de Moncton. Sachons que, désormais, la télé dite publique, et je le regrette, n’en mène plus bien large. Stephen Harper et ses acolytes conservateurs —ignares ou lucides face aux vains effets propagandistes— vont bientôt sabrer dans le budget annuel des deux réseaux. C’est une très facile prédiction.

Répétons-le, grâce aux « réseaux français » et de la SRC et de l’ONF, le pays de Québec est venu au monde. Les pionniers, parfois involontaires, de cette « résistance », les uns très audacieux, les autres plus timorés, ont fait un fantastique travail. Le fédéralisme est une bonne idée, et pratique. Il se fera harmonieusement le jour où Ottawa, bleu ou rouge, finira par admettre loyalement qu’il y a cet autre pays nommé Québec. Moi, comme tant d’autres souverainistes, je ne serais pas du tout « anti-fédéraliste » quand cessera l’artificiel foutoir du « Canada-Building », et que cessera le racisme désolant du « Quebec-Basching ». Un jour deux pays « différents et amicaux » formeront-ils une vraie fédération ? Je le souhaite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *