CLAUDE VERMETTE VIVANT !

On vient d’apprendre la mort de Claude Vermette, fameux céramiste industriel. Un souvenir a surgi. C’était il y a très longtemps, c’était avant, bien avant, les éclats prodigieux de fors talents québécois reconnus à travers le monde : les Robert Lepage, les « Cirque du Soleil », les Céline Dion, les romans de Martel ou de Courtemanche. C’était un temps chétif et Vermette ne savait pas encore qu’il inventerait des céramiques en murales diverses de briques colorées, de carreaux variés, de tuiles sculptées.

Il n’était que le fils du petit boucher de Villeray (rue Beaubien). Il sortait du collège Notre-Dame où un petit frère enseignant, (Jérôme) très « miraculeusement » jetait des feux curieux dans certains esprits juvéniles. En 1950, un petit noiraud de mon âge, 20 ans, maigrichon, rêveur enthousiaste, m’invitait dans sa cave, mal changée en atelier. Il y avait de la bière et du vin rouge, il y avait des énergumènes trépigneurs, des jeunes Mousseau, Filion, et Cie. Le poète Giguère, qui encore ?, qui s’imaginaient follement, tous, un avenir radieux dans la pauvreté de cet antre bétonné.

Claude Vermette, en autodidacte curieux, me quêtait candidement, étudiant à l’école du Meuble, des formules de base pour l’argile à modeler, pour des émaux nouveaux à accorder. Lui mort tout récemment, je me suis souvenu. Je me souviens de sa joyeuse trépidation, de sa foi en un avenir de designer quand un certain Québec duplessiste, si conservateur, balbutiait son destin encore obscur et, péniblement, ouvrait timidement des brèches aux petits jeunes Vermette du territoire. Claude finira pas se forger une forte réputation, signera des fresques de terre cuite, de grands ouvrages muraux. Jusque dans le métro tout neuf de 1966. Seize ans passaient depuis sa cave de bohèmien. Le hasard fit qu’il fut un de nos voisins des rives du lac Rond à Sainte-Adèle. Nous le savions en mauvaise santé et une affiche « À vendre » apparut un jour. Vint une autre annonce, celle de sa mort et j’ai eu envie de lui dire « Repose en paix maintenant ex-gamin de Villeray , fils de petit boucher de coin de rue, illustre rejeton du Frère Jérôme, qui parvint à se faire un nom prestigieux.
Bon paradis, Claude !

Claude Jasmin
écrivain (Sainte-Adèle)

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