Vivante animalerie ?

Hier soir, tard, sortie sur la galerie pour admirer la lune, face à face avec un raton laveur masqué de son joli loup noir ! Se sentant coincée, la bête fonce vers moi, recul prudent, rentrée en vitesse et rires moqueurs de la compagne face au grand tarla tout énervé ! C’est que je viens de la ville, je viens d’un monde où il n’y avait que de vulgaires moineaux sur les fils des poteaux , deux chiens de chasse enfermés dans une cour, des souris dans la cave, une grosse chatte tigrée bien encombrante. Et les poules caquetantes « à vendre pas cher » au marché Jean-Talon voisin.

Ici, au chalet, désormais, ce sera la découverte…de deux fidèles belles tourterelles tristes, d’un gras siffleux, marmotte familière du terrain, de rats musqués nageurs aux becs garnis de branches de saules, d’un fier canard —femelle revue avant-hier— tête haute, toujours suivie de sa ribambelle de canetons dociles. Que dire de cet étonnant gros héron vêtu de gris en camaïeu ? Reviendra-t-il nous visiter en fin d’été ? Que d’oiseaux variés à la campagne, ces jours-ci, un maman-merle nourrit ses petits dans leur nid sous la galerie et nous marchons sur la pointe des pieds !

Enfant de ville, je n’avais jamais vu ni le loup, ni l’ours, ni le renard ? Que des images dans des revues pour faire rêver le gamin-de-macadam ! Animaux sauvages : domaine inconnu. Que les vaches, veaux et cochons chez mon grand-père fermier. Un jour, visite au mini-zoo du Parc Lafontaine (aujourd’hui disparu) pour une dizaine de bêtes bien mal en point. Granby n’existait pas, aucun vaste Hemingford ! Rien. Le loup restait une image, odieuse bête déguisée en mère-grand pour manger les imprudentes fillettes à chaperons rouges !

Il n’y a pas si longtemps, Mont lou-garou, bruits effrayants, silhouette à peine visible d’un orignal et… ma fuite intempestive. Comme tant d’autres citadins, je raffole des documentaires « à fauves, à singes variés », à la télé. Enfant, comme tous les enfants, la moindre bête me captivait. Mes agenouillements sous le hangar de la cour découvrant à cinq ans de ces chenilles bizarres, ces cloportes, ces bibittes innommables, avec ou sans antennes, à huit pattes, à mille pattes, à carapaces, cachées dans des planches pourries que je retournais. Et ces papillons dans le champ vacant du coin de ma rue, ces bourdons, guêpes, abeilles que nous capturions dans des pots, mêlant cruellement les espèces pour les regarder se débattre entre elles. La cruauté des faibles ? Me souvenir d’un jour de canicule, rue Saint-Denis, une plaie d’Égypte ?, tenter d’écraser mille milliers de mouches-de-chaleur sur le trottoir et, un autre été, invasion haïe de sauterelles dans tout le quartier !

Je me souviens, premier chalet loué à Saint Placide, tant de grenouilles dans une baie, rainettes vertes, têtards, un filet de pêcheur pour les attraper et puis les observer dans une cuvette. d Je me souviens, bien plus tard, des milliers de p’tits ménés » frétillants proche de notre rivage à herbiers, Éliane, ma blonde fillette, toute échevelée, très occupée —avec un linge à vaisselle pour épuisette— à remplir de ces mini-perchaudes, ses vaisseaux de plastique colorés.

J’avais plus de cinquante ans quand le ciel dans sa bonté, hum !, me fit voir un bon jour la plus jolie des bêtes sauvages. Le benjamin de mes cinq petits-fils, Gabriel, avait apporté sa fronde « puisque nous allons marcher dans la vraie forêt, hein papi ? » C’était pas bien loin de chez lui, dans le Bois-de-Liesse, ou était-ce celui de Roxoboro ? Soudain, la beauté nous sauta aux yeux ! Un magnifique renard roux grimpé sur un rocher examinait « le vieil homme et l’enfant à la fronde » ! Notre silence, notre immobilité alors, hypnotisés ! Gabriel baissa sa fronde, plus question de chasser : « Papi, quoi lui donner à manger ? » Sortis du bois nous avions roulé vers un boucher du boulevard Gouin pour l’achat d’abats. Cinquante cents pour un grand sac. Revenus dans notre boisé, le si beau renard… disparu ! Nous avions répandus nos viandes sur des rochers, attente vaine, fin de cette image de rousseur radieuse. Revenu à la maison, Gabriel fera et refera la description d’une vision enchantée.

Ainsi, gens de ville, nous resterons nostalgiques d’un certain temps, enfoui dans nos gènes ?, d’une époque où les hommes avaient sans cesse autour d’eux des représentants du règne animal. Monde trop méconnu quand nous vivons dans le béton et le fer, les briques et l’aluminium.

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