HASARDS ET CIRCONSTANCES

En ce moment même, combien d’aspirants (et apprentis) créateurs sont fébriles, en attente d’un « oui » ? Le « oui » d’une galerie d’art, d’un orchestre, d’une compagnie de disques, d’un producteur de cinéma ou télévision. Le « oui », d’un éditeur ?
Impossible de connaître le chiffre. Sans cesse, que d’appels reçus pour un soutien, une recommandation. Des jeunes créateurs (filles et garçons désormais), frais projet sous le coude, guettent un moyen d’entrer dans cette « ronde ». Ce petit bal des concrétisations. Partout ils trouvent des tamis, des filtres, des comités d’acceptation avec plein de jurés-en-jury capricieux.

Quoi faire, comment, pour accéder à un peu de lumière ? J’affirme, que le succès est, le plus souvent, un hasard. Hon ! Oui, jeunes (et moins jeunes) déçus : il n’y a aucune recette, aucun truc, pas une seule astuce. Hélas, de bons jeunes talents resteront inconnus, vieille « histoire de l’art » avec de déplorables exemples. Un Van Gogh mort pauvre n’est qu’une des pointes de banquises innombrables. Croyez-vous que le cinéaste Arcand savait le succès de son « Déclin… » ? Mais non. Sans doute franc, il l’admettra. Les juges (SODEC, TÉLÉFILM, etc.) sont inutiles. Mais les machines (d’État) administratives, en ont besoin pour la paperasse. Jeunes gens, c’est une loterie le succès. Encore hon !

Il n’y a aucune règle. Un film (ou un livre, un disque, une expo, a du succès et c’est un hasard, un mystère. Le créateur « chanceux » ne peut l’expliquer. En entrevues, on le verra décortiquer son ouvrage élu, fier, tenter de justifier le… hasard.
Un ouvrage d’art fonctionne et un autre « pas ». C’est une leçon de réalité têtue difficile à avaler. Écoutez-les : « Comment un hasard ? J’ai tant bûché, j’ai tant travaillé ». Foutaise. Moralisme de façade. À ce gagnant-du-hasard on peut répliquer que M. X ou Mme Y, aussi, a sué comme un(e) dingue et qu’il (elle) est resté (e)comme on dit « sur le carreau ». Théorie du Hasard Heureux qui sera furieusement condamnée. Par tous ces hypocrites qui par métier —profs divers, conseillers à la noix, lecteur salarié, juré-bidon à jeton payant— répandent qu’il n’y a que l’effort, les sueurs, les reprisages sans fin, le sot adage du « cent fois sur métier…l ».

Moi je dis souvent au rejeté tout ulcéré par un premier échec : « Abandonnez vite votre projet malchanceux (bien sûr, il est fameux !) et, vite, faites-en un nouveau, ne vous accrochez pas. Car j’en ai trop connu de ces braillards au grand-ouvrage-de-génie. Ouvrez une chemise, jetez-y ce premier essai, retroussez vos manches et « jouez » de nouveau ! C’est une loterie. Soyez fertiles, jeunes gens, montrez rapidement une autre facette de votre talent. Il est futile de chialer, tout écrasé, vautré, sur son unique « avorton malgré soi ». Avec la venue de toutes ces écoles pour apprentis créateurs, nous avons maintenant des flots d’ouvrages en chantier. L’offre culturel dépasse la demande.

Je sais trop bien qu’il y a plein d’ouvrages de jeunesses douées ne parvenant pas à la publicité minimum qu’ils mériteraient, à la moindre reconnaissance publique. C’est injuste certainement. C’est une loterie capricieuse. Ceux qui auront le courage d’être constant, avec la faculté essentielle de savoir se retourner, de présenter un nouvel ouvrage, de continuer à pondre malgré l’ombre tenace, de foncer sans cesse malgré la malchance, voire l’injustice bien entendu, ceux-là finiront bien par obtenir sinon la consécration au moins un minimum de notoriété.

Oui, pas un semaine sans un appel à l’aide. On cherche vainement ce qui se nomme un bon « contact », un utile « tuyau », une préface élogieuse, signée par un « connu ». On cherche le bon mot de passe, un « sésame » qui n’existe pas. J’insiste, avec courage, décrochez de ce premier objet refusé (et trop bien aimé), inventez un nouvel ouvrage. Re-brassez les dés ? Oui, changer la donne. C’est une loterie le monde de la création. Une roulette de casino. N’écoutez pas les stériles menteurs, ces jurés impuissants, ces ratés-de-carrière récupérés pour des comités farfelus avec leurs pieux conseils. Fuyez les illusionnistes à propos magistraux, vissés à leur petit job-en-jury et qui vont prêchant, payés au mot, « ce qu’ils ne peuvent faire eux-mêmes ». C’est une loterie. C’est le hasard qui finira par vous dire « oui ». Soyez souples, très légers, ne marinez plus en rancœur inutile, ne maudissez plus ces bornés. Une perte de temps car ces « mouches de coche » sont déjà ailleurs à triturer avec superbe, à soupeser ce qui mérite —ou non— l’aide, le coup de pouce, la subvention. Râler ne vous avancera à rien, inventez un nouveau projet pour cette satanée loterie, c’est votre salut.

Une réponse sur “HASARDS ET CIRCONSTANCES”

  1. bonjour M.Jasmin.

    J’ai 45 ans, marié depuis 15 ans avec une charmante femme,je suis père de deux enfants de 12 et 10 ans. Je vous connais, comme bien du monde, pour vous avoir vu et entendu au petit écran. J’ai toujours apprécié votre fougue et l’audace de vos propos,ce que je vois peu ou pas aujourd’hui dans les médias du Québec.
    je viens de lire la moitié d’un petit livre intitulé:
     » écrire pour l’argent et la gloire  »
    toujours fidèle à l’image que j’ai de vous, vous lire est vivifiant (pour moi ) et tellement transpirant de vie, d’à propos et de  » vraie vie  » merci.
    Je suis tombé sur ce livre par hasard parce que j’ai commencé à écrire un roman et ,bien sûr, je me suis em-bourbé dans mon histoire et je me suis mis a rechercher des pistes pour m’aider.
    Pour ce qui concerne  » HASARDS ET CIRCONSTANCES  » votre lucidité fataliste, va dans le même sens que « écrire pour l’argent et la gloire ». Disons que vous me faites comprendre qu’on doit aimer. Aimer écrire en premier et écrire pour rêver…dans mon cas en tout cas.
    merci encore
    au plaisir de vous lire encore

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