L’IMPORTATION D’ÉMIGRANTS

UN NOUVEAU COLONIALIME ?
L’IMPORTATION D’ÉMIGRANTS

« Être apatride, un grand malheur » selon Dostoïevski. Oh oui ! Il y a des êtres éprouvant le besoin de se déraciner, un amusement de jeunes bourgeois inconscients qui renient avec superbe les racines. Parfois c’est la honte face à un pays sans aucun prestige. Et puis il y a l’ambition : réussir à Paris, à New-York. Chantons: « Chagrin d’exil dure un moment mais « american dream » dure toujours. » Il y a donc des jeunes bobos nantis, qui jouent les « citoyens du monde », des « gâtés pourris » de la jet set qui, nigauds, diront : « Mon pays c’est la terre entière ». Vieillis, on les voit rentrer chez eux pour fouiller avec ardeur leurs racines abandonnées.

Pour le commun des mortels, c’est un grand malheur que de devoir abandonner sa patrie. Le doué Dany Laferrière, Haïtien exilé, profitant ici d’une discrimination positive à incessants voyages subventionnés avec acceuil dans un grand quotidien (La Presse), va très fréquemment rédiger (culpabilisé ?) sur « sa patrie abandonnée » ! Fatal. Normal. Les racines sont fortes. Certes, menacés, pour survivre, certains doivent absolument oublier l’adage fameux du « Aucune terre n’est si douce que celle où l’on est née » (Louis de Ratisbonne ).

Mais la patrie première, celle de leur enfance, de leur jeunesse, reste inoubliable. Devoir s’intégrer à une autre nation ne doit pas être chose facile, pour personne. Déraciné je ne réussirais pas mieux que quiconque. On a vu ce fait têtu dans nos ghettos montréalais lors des finales du soccer, récemment.

Ô racines ! C’est un lent travail l’intégration. Complexe. Cahoteux. On le voit sans cesse aux actualités :dans ces « cités » haïes autour de Paris jeunes casseurs nés pourtant en France. L’émigration organisée, ciblée souvent, parlons sans langue de bois, est devenu une curieuse solution. Pas seulement pour importer de la main d’œuvre à bon marché (ouvrages dédaignés, taches méprisées, besognes humiliantes— mais aussi pour corriger la dénatalité.

Ô Canada ! La dénatalité ? Ici, où se répand le règne du niais consumérisme, de l’hédonisme égotiste, tout cela qui fait que l’on refuse la venue des enfants… vite, cette solution crasse : recourir à l’émigration. « De quoi parlez-vous les trop sensibles ? Fuck le déracinement douloureux. Ils souffrent pas, ce sont des corvéables à merci ! » Oui, je l’affirme, c’est devenu un nouveau colonialisme, pas moins méprisable, j’insiste : un colonialisme nouveau. Ne craignons pas le mot, pas plus que le fait. Un colonialisme hypocrite, masqué, pas moins dégueulasse que le colonialisme de jadis. Un « colonialisme inversé » disant : « Fin de nos dominations des pauvres, nous n’irons plus les « exploiter », nous allons les importer. Une nouvelle marchandisation des humains qui amène le piétinement, la négation, l’enterrement des racines. On entendra : « On va finir par les assimiler tous ces « étrangers », on est majoritaires, non ? Quel leurre ! Attitude dégoûtante de colonialisme, avec victimes innombrables, voyez les tenaces résistances que l’on observe, nous tous, les gras durs occidentaux. S’amène alors la délinquance en ces ghettos nocifs, engendrée par ce néo-colonialisme.

Après la guerre de 39-45, l’exploitation ignoble tombée, les nations développées ( profits engrangés) refusaient d’aider efficacement ces pays libérés : « Qu’ils se débrouillent sans nous, ces ingrats ! » Et ce sera les endettements, scandaleux fléau actuel, mal connu, qui retarde tant de pays du Tiers-Monde. Pas question de vrai humanisme en ce temps-là. Que non ! « Quoi ? Partager nos savoirs avec danger de nous appauvrir, quoi ?, exporter généreusement nos technologie, nos progrès. Non, il y a mieux : les importer en masse, expatrier ces démunis de la terre. »

Malheur actuel: l’arrachement favorisé. Une recette honteuse des nantis, la « finale solution » des fainéants repus que nous sommes. Un fascisme light. Ce sera donc l’offre d’exil vanté, publicisé, ciblé aussi, en prospectus « full colors » dans les ambassades. Jadis, au port de La Rochelle, on mesurait les muscles des esclaves, maintenant, installation de nouveaux tamis aux filtres intéressés. On accepte les « un peu mieux » instruits, les « un peu mieux évolués », les « pas pire » quoi. Et les rejetés de ce beau mirage « organisé » dans les consulats, s’organisent tant bien que mal. Alors on dresse des murs, des barbelés, des miradors, des camps. Mais ces « élus » vont mal, ont mal, à Berlin comme à Londres, à Paris comme à Madrid (misérables du Maroc à la nage !) ou à Los Angeles (flux des « tout nus » du Mexique).

De cette situation découlera le fatidique : ils résistent à l’intégration mais continuons de profiter lâchement de ces vastes réservoirs à cheap labor. Nous sommes devenus, nantis, des nouveaux négriers ! Comment stopper ces carnages du déracinement nous tous des pays développés, du G-8 ? En allant vers eux, chez eux, avec des moyens efficaces, solides, sérieux, partout, en Afrique comme en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est. Collaborer vigoureusement à ce qu’ils s’en sortent. Effacer ces terrifiantes dettes calamiteuses. Et surtout, mettre fin à ce sale néo-colonialisme qui est l’IMPORTATION d’êtres humains. N’est-ce pas le pire des colonialismes ? Comment stopper au plus vite, ces odieux déracinements qui assassinent les âmes et qui, perpétuellement, font résonner le lamento:  » On ne veut pas de nous vraiment !, « Je suis incapable de m’intégrer, on me refuse ! », « Trop difficile à supporter votre racisme rampant » », etc.

Partagera-t-on mon opinion ? Déraciner des personnes en les amenant à immigrer c’est les tuer dans leur âme ! Petite lueur d’espoir : il se peut qu’à Paris comme à Montréal, un jour, les petits-enfants des enfants des émigrants s’intègrent harmonieusement. Il faut l’espérer. Le mal est fait pour tant d’exils. On va insister : mais notre dénatalité ? Ma réponse : Si une nation ne se reproduit pas normalement, qu’elle crève ! Tant pis pour elle et son hédonisme égocentrique, son individualisme forcené. Qu’elle disparaisse, la décadente, c’est tout ce qu’elle mérite.

Car c’est une solution extrêmement malsaine que d’inviter à s’expatrier « les misérables de la terre ». C’est un ignominieux camouflage que cette « question dénatalité », dégoûtante cette invitation, inciter les démunis du monde entier à abandonner leur culture, leur langue bien souvent, les us et coutumes chéris, les parentés bien-aimées au lieu de vouloir y installer les bons moyens de développement. Ces déracinements les rendent « normalement », nostalgiques, malheureux, blessés. Et forcément font naître ces malheureux ghettos.

Expatrié, je serais malheureux moi aussi; il avait bien raison, j’y reviens, le Dostoïevski exilé un temps, en affirmant : « Le plus grand des malheurs est d’être apatride ! » Ici même, en 1755, le sinistre Monkton le savait pour punir nos patriotes acadiens : « En Australie, en Australie, chiens de Français ! » Aux bastingages d’un immense vaisseau qui dérive, il me semble parfois entendre chanter en pleurant tous les déracinés du monde : « Si tu vois mon pays, mon pays malheureux…va dire à mes amis…que je m’ennuie d’eux…»

Une réponse sur “L’IMPORTATION D’ÉMIGRANTS”

  1. Bravo pour ta continuelle evocation de ce theme important des « souteneurs culturels » (beau terme, Claude !) et de leurs guidounes a la Laferriere, etc.
    G. Tod
    PS : On a refait les iles-de-la-Madeleine (3eme fois !) il y a quelques semaines pendant une semaine. Quelles merveilles ses bijoux (quoique les Madelinots se plaignent un tantinet que les maudits gros Montrealais batissent un peu trop surtout au Cap-aux-Meules ! Trop cher ce pont Confederation ! 40$$$$ Chu a Healdsburg en ce moment dans la Californie pour rester un boutte avec ma mere (88 ans). Je rentre sur Concord dans quelques jours, puis un petit voyage a Quebec, puis retour en Louisiane pour encore une annee d’enseignement. Bon ete a toi, Claude !

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