PAPA EST À QUÉBEC ?

« Quoi, papa est à Québec, où ça ? », me dit ma sœur au téléphone. Je dis : « Pas n’importe où, du côté de la Grande-Allée, au bord du fleuve, dans le puits d’un escalier prestigieux, tout illuminé, mis en vedette ».

Elle n’en revient pas. Incroyable en effet que ce papa casanier qui n’allait jamais nulle part —qui n’était même pas allé à Québec— ce sédentaire retraité, qui modelait l’argile de ses assiette insolites émaillée dans son modeste logis de Villeray, soit affiché dans un musée prestigieux à Québec, au beau milieu d’un vaste parc historique, installé dans une institution vénérable ?

Qui aurait pu deviner qu’Édouard Jasmin, modeste tenancier d’une gargote, verrait ses ouvrages de céramiste-du-dimanche servir de complément à une instructive expo du célèbre Clarence Gagnon ? Apprenant cette nouvelle, mon amie Françoise Faucher me dit : « Alors, qu’est-ce que ça vous fait, ce papa si modeste à qui on rend hommage à Québec ? Il vous faut l’écrire, le publier. » En effet. Déjà petit enfant, j’étais épaté de ce papa capable de dessiner —de représenter— n’importe quoi autour de nous, un magicien !

La trâlée venue, il a bien fallu que papa oublie ses velléités d’artiste pour la nourrir. Ce sera pour de longues décennies ce besogneux à la Jacques Galipeau que l’on a vu à la télé des dimanches soirs. Illustration fidèle de papa quand Galipeau incarna , et si efficacement, ce petit restaurateur enfermé à cœur de jour dans son sous-sol de la rue Saint-Denis proche du cinéma Château. Il y a très loin de cette pauvre « petite patrie » au Musée national des beaux-arts de la Capitale nationale.

Les enfants élevés, partis, mon père fermait enfin son petit caboulot, se remettait à sa passion de jeunesse. Un jour de 1975, mon père eut la chance de se trouver un admirateur éminent, Léopold Foulem, un Acadien exilé en métropole. Foulem deviendra son découvreur enthousiasste, son tout premier collectionneur et son publiciste émérite. Ce professeur de céramique a donc su convaincre Jonh R. Porter, directeur du MNBAQ, d’acquérir 13 ouvrages de cet autodidacte insolite. Certes, papa avait fini par se forger une enviable réputation ici comme à Toronto ou Vancouver et jusqu’à New York où la renommée galerie Garth Clark l’exposa au lendemain de sa mort en mai 1987, hélas.

Les gens du Comité des acquisitions furent sans doute fort séduits par ces bizarres gravures (en ronde-bosse) de glaise. C’est l’ouvrage d’un artiste dit naïf tout à fait singulier. Allez vite au Parc des Champs de Bataille pour découvrir dans le voisinage du fameux Clarence Gagnon, 13 plateaux de candeurs colorées dont les enfants et les petits-enfants de la-trâlée-d’Édouard sont si fiers aujourd’hui.

Une réponse sur “PAPA EST À QUÉBEC ?”

  1. M. Jasmin, c’est beau d’avoir une passion et de la transmettre. J’apprécie bien vos écrits et votre blogue. Je vous écoutais à la radio et j’ai beaucoup d’admiration pour ce que vous faites. J’aimerais beaucoup que vous mettiez vos comptes de Noel en version audio. J’ai essayé votre lien, mais le fichier mp3 est introuvable.

    J’ai aussi une passion, celle de la photo, bien que je sois ingénieur. J’aimerais un jour pouvoir la développer à plein parce que c’est elle qui m’anime.

    Mon blogue: http://www.photojpl.com/blog/

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