DAWSON : UN SUICIDE « VISUEL »

Cette affaire-Dawson ? Ce fut à la radio et à la télé un bain, une immersion totale, de… franglais, patois curieux, sabir cocasse. Charabia parfois. Restons étonnés : il y a quelques décennies, nous aurions (nous les 82 % de la population) écouté des propos in english only. Il y a donc petit progrès ? Oh oui ! Au moins, ces « séparatistes » de l’ouest « baragouinent » notre langue (celle de 82 % de la population autour d’eux, répétons-le). Ce jour-là, soudain, il n’y avait plus rien qui se passait dans le monde. Silence et paix à Bagdad et en pays-talibanesque. Au Darfour du Soudan , arrêt du massacre islamiste ! Bizarre !

Soudain, la terre entière n’avait plus aucun poids, il n’y avait que ce délirant suicidé de 25 ans, venu de son bungalow tranquille de Laval, quittant son site lugubre à l’ordinateur, descendu en ville, en quartier « bloke », dans son « char », bien entraîné ( en salle de tir !) bien armé.

Et qui tue pour se faire tuer.

On a tout su qu’il faisait des appels clairs (tuez-moi vite) en ce sens aux policiers accourus. Drame de cinq minutes ? Oui, un suicide, rien de plus. Suicide déguisé, bien mal déguisé, en attentat. La folie. Une folie muette. La folie d’en finir avec la vie quand on a 25 ans. En ce moment même, un garçon « pas comme les autres » se sent rejeté. Cela pourrait finir mal. Qui veut jouer ou « faire ami » avec ce maigrelet, ce « barnicleux », ce boutonneux, ce gros tas. Ou ce cure-dent chétif ? Qui ? Personne. L’instinct grégaire, si essentiel en enfance, bafoué. Rejeté, cet enfant entre dans un monde de solitude. Certains —riches lectures, patientes recherches, en fuites utiles— feront des créateurs étonnants. Mais d’autres songeront à …se tuer !

Rue de Lanaudière, rue Sauriol, jadis, j’observais le flot des écoliers et je voyais bien, dans son coin, l’isolé, le jongleur, le « celui qui n’a pas d’amis ». Oui, certains y trouveront une force, mais d’autres… hélas. Au collège Dawson donc, surgissait nul autre qu’un suicidé. Très armé, hélas. Ce jeune Gill, jeune homme solitaire, dérivait dans une zone folle. Où l’on tire sur tout ce qui bouge : cassettes répandues de ces jeux puériles et morbides. Ce matin-là, il sort de son antre, il en a assez des images mécaniques, rechargeables, il veut du vrai : assez de « représentations », il a besoin du « jeu de la vraie vie », juste un peu de vie réelle… Le temps de se faire abattre. Pas même cinq minutes ! Les médias accourraient et on a vu le grand cirque habituel. La planète entière réduite à un coin de rue « proche de chez vous ».

Tout le monde dit « raisonnable » a besoin de « sens », du « pourquoi » face à l’irrationnel ? Mais il n’y avait rien à comprendre. Si cela se fait encore dans un mois ou dans un an, ce sera la même histoire et, hélas, quelqu’un (ou plusieurs) se trouvera là au mauvais moment. Là où ? Dans la mire d’un suicidaire comme ce Lavallois Gill. Oui, sur le noir chemin d’un désaxé. Rien de plus enrageant que ce genre de mort. À la tristesse se fige le mystère. Il fallait ne pas être là au mauvais moment, bête comme ça. La vie ainsi se pose parfois un masque insolite. Ce sera les larmes, les cris de stupeur, l’angoisse face à ce destin à visage d’énigme. Un psychosé s’arme et c’est la mort.

La survie ?, une loterie, in-si-gni-fi-ante ? À la lettre ? La détresse des parents s’imagine facilement : ton enfant est parti… à l’école, au collège —à Polytechnique un jour !—, y passe soudainement l’atroce silhouette d’un jeune fou furieux, d’un désespéré à la noire lingerie, d’un très grave déprimé. D’un rejeté quoi qui étouffait de solitude.

Bang !

Ton cher enfant est tué. Panique, cris de douleurs, larmes salées. Tout de suite après : tous à nos lucarnes herziennes. Agora gigantesque. Arène familière. Gigantesque amphithéâtre émietté (la télé). On installa vite, vite, à l’antique, un neuf grand drame grec. Comme toujours, on a vu et entendu l’inévitable chœur (médiatique), gémir, répéter, raconter, fouiller, creuser, montrer, illustrer, insister, resucer et ressasser ! Un théâtre vivant ou un faux ? Vite joué, cinq minutes, rideau !, c’était terminé. Alors on grattait, on exploitait. Et on imaginait, supposait, ratiocinait aussi, faute de mieux. N’y avait-il pas du sang frais sur un mur de Dawson ? Tous voyeurs ces jours-là, oh oui ! La chorale-à-caméras et à-micros tentait de raconter les tenants et les aboutissants. Hélas, ça n’avait aucun sens, c’était une fatalité (le fatum grec ). C’est sans doute ce qui faisait l’anxiété de ces grands enfants qui tremblaient et pleuraient dans nos salons. Un « rejeté », un « programmé-sauce-dite-goth (cette niaiserie infantile), un autodrogué à « l’instinct de mort » encouragé, qui a obtenu des fusils pas trop cher, qui quitte son « home » de Fabreville, saute dans sa bagnole, se stationne proche d’un collège…et puis invite carrément les gendarmes à l’éliminer. Dès le bungalow, la mort, sa funeste alliée, marchait à ses côtés. On voit pas ça à la caméra.

2 réponses sur “DAWSON : UN SUICIDE « VISUEL »”

  1. Bonjour monsieur Jasmin,

    J’ai remarque ce silence dans l’information, tout a coupe, Bang! C’est College Dawson et encore College Dawson.
    Quelle tristesse ce jeune homme, cette solitude morbide…comme tout cela peut dont nous rendre coupable, il y avait certainement quelque chose a faire….
    Suis-je realiste???
    Je ne sais pas, mais chose certaine j’ai un coeur!!!!

    Bonne journee et merci encore une fois pour vos textes!

  2. Oui, le traitement médiatique me donne des haut-le-coeur. Oui, le drame est (tous azimuts) épouvantable, intolérable, incompréhensible… moi je n’en peux plus de voir la caméra fixer les larmes, les soubresauts,la misère…
    j’ai 45 ans, je ne me souviens plus comment était la vie autour de moi quand j’étais ado… mais la détresse existait, pour sûr!!! on s’en sortait comment ?
    Se pourrait-il que la mort soit trop accessible et la vie trop peu accessible ???
    en tout cas, il faudrait faire quelque chose…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *