VOTRE ARGENT PAR LES FENÊTRES ?

On est pas des chics bandits en « grey flannel suit » pour cacher notre fric de contribuables solidaires dans des îles du sud. Non, vous et moi, on crache volontiers du fric pour la santé et l’éducation. Et, citoyen chanceux j’en cracherais davantage pour faire s’épanouir tous ces « suds » pauvres et retenir ainsi, dans leur patrie, tous ces migrants qui se font apatrides —« le plus grand des malheurs », selon Dostoïevski.

Y a-t-il du gaspillage éhonté même au domaine culturel ? Oh oui hélas, dans ce rayon, la culture, qui m’est familier, c’est plein de « notre argent » de contribuables abusés —fourrés— qui est jeté par les fenêtres. L’excellent critique Martin Bilodeau —autre scandalisé avec raison— raconte cette dilapidation de nos économies confiées à des fonctionnaires-en-cinéma. Bien savoir ceci d’abord : vous demandez-vous où se cachent tant de pseudos-créateurs aux carrières inabouties ? Réponse : ils jouent les juges. Ils se réfugient en « experts » un peu partout dans les officines de nos agences culturelles. Ces has-been précoces ramassent ainsi du pognon et décident, font le tri des projets, donnent le « OK » à des conneries le plus souvent. Un seul exemple ? Les fameuses « enveloppes » de cash pour notre cinéma dit commercial. Il s’agit pas de « pinottes », il s’agit de millions et millions de nos impots et taxes virant en lamentables gaspillages. Il y a eu « Nouvelle France », le flop, il y a « Duo », autre échouerie, il y a « Roméo et Juliette », « une ânerie, dit Bilodeau » et la liste qu’un reporter devra dresser est fort longue.

Ah, si j’étais ministre !, je ferais le grand ménage. L’argent public irait à deux catégories de candidats. Un, les solides, les forts, les consacrés qui ont donné des preuves évidentes et reconnues de talent. Bref, les sérieux, les doués. Et deux, les jeunes personnes débutantes. Il faut donner leur « première chance » aux aspirants, au moins une fois. Tout ce qui végète, taponne, tatillonne, bégaie, redonde, qui sont des médiocres perpétuels, dehors ! La porte ! Car il y a un vaste « marécage » de noms surfaits dont il faut nous débarrasser. Nettoyons cette écurie où se ruent des avortons-artistes, ambitieux aveuglés. Ce serait une économie de « fortunes » en argent public, je vous jure.

Comment juger ces (deux) sortes de projets de films ? Facile, pas besoin de ratiocineurs, savants stériles, mais non, on organise une loterie selon le budget de tel agence. Oui, oui, un tirage au sort. Car… Car la réalité est terrifiante : nul ne sait ce qui sera bon, bien fait, étonnant au bout du compte, le film tourné, monté, mis en boite. Personne ne peut deviner. Ça fait mal à savoir mais c’est un fait têtu. Les pros francs et sincères vous l’avoueraient. La création est un mystère ! Rien à voir —produit fini— avec la lecture de l’encombrante paperasse, la bible, les vantardises du rédacteur de scénario la main tendue. Sur le papier c’est « ceci », un chef d’œuvre bien entendu, rendu en salle, ce sera « cela », un navet. De la merde ! Ou, au contraire, chiche et pauvre sur papier, richissime de sens à l’écran. On a vu ça et très souvent !

On ferait de cette manière l’économie des multiples réunions, surtout de ces « ordres-de-réécrire ». On a vu des échecs à très haute échelle alors que ces p’tits juges-à-la-con faisaient ré-ré-écrire dix, quinze fois même, tel et tel scénario. Quel journaliste ira enquêter là-dedsus ?, ce serait un scandale gigantesque. En art, il faut s’y résigner, il n’y a pas de règle, pas de chemin sûr, pas de recette, pas de gammique. Tel scénario inquiétant à lire, bizarre, original, apparemment « mal foutu », à dangereux risque, peut se transformer en cours de tournage en un film unique, magnifique, neuf de ton, extraordinaire. C’est bien connu et c’est très enrageant cette « dure réalité » pour les financiers —privés ou d’État. Mais rien à faire.

Alors quoi ? Au chômage tous ces comités d’experts-de-mes-deux-fesses, tous ces jurys illusionnés, à Téléfilm comme à la Sodec. Ces ex-artistes déchus, pairs jaloux, tatillons qui courent le cachet ou le jeton-à-séance-payante, oui, dehors ! On accorde donc de l’aide à tous ceux qui se sont fait un nom important car il est essentiel d’encourager les carrières éprouvé et aux jeunes nouveaux venus. Les autres, au panier ! Refuser —comme on l’a fait— une subvention à un Denys Arcand ou à un Robert Lepage c’est d’une bêtise grave, un affront, une insulte. Ce sont les Jutra (un temps rejeté à cette foire des p’tits juges !), les Perrault, les Falardeau, les Brault —et j’en passe— qui devaient être stimulés, supportés, sans cesse encouragés. Certes, un Jean Beaudin peut errer à l’occasion mais comme il a fourni amplement des preuves de dons rares, il doit pouvoir continuer à s’exprimer au monde du 7 ième art. C’est justice. Tant d’autres tacherons qui pataugent péniblement, très laborieusement et que l’on garde en une vie artificielle, par copinage, bon contact, bien réseauté, disons le mot, par complaisance. Retenons-nous de donner des noms tant c’est triste.

Ces juges, « courageux anonymes », sont, la majorité, des fossoyeurs de « la culture qui se fait ». Bien entendu, il n’en va pas autrement ailleurs, peinture, théâtre, littérature, musique. Là comme ailleurs, vaines réunions de ces jurys-de-cuistres, de « doctorants-spécialistes », une bande d’impuissants tout à fait stériles, de théoriciens obtus, de singes-savants qui plastronnent via un vague statut d’archidiacres-ès-culture. Quand un tout nouveau-venu, gars ou fille, dès son premier film, fait la preuve d’un fort talent, on garde son nom pour « la prochaine loterie ». Et s’il nous a pondu une croûte infâme, fin des entretenus perpétuels, adieu ! « Y a de la place en usine », clamait une chanson. Ah, si j’étais ministre !

VIVE STEPHANE DION ? OUI.

Jadis ça criait : « je crains les Grecs », plus tard : « je crains les Romains », depuis longtemps : « je crains les Étatsuniens ». Ici ? « Je crains Harper ». Je constate que plein de nos nationalistes consentiront —bientôt les élections— à voter Bleu. « Misère humaine », répétait un populaire personnage de Riddez, « Viande à chien », marmottait sans cesse à Sainte-Adèle, l’aimable avare.

Stephen H. est un homme patient et dangereux. Son projet est clair :orienter Ottawa vers « moins de pouvoir ». Bonne idée pense le loustic niais. Le grand public du « marais » politique, les « pas trop informés », ignore ce plan-Harper :moins de gouvernement a un sens clair, veut dire « moins de partage des richesses », à bas la compassion, à bas l’écologie et vive la liberté. La liberté de qui ?, celle des puissants.

Un seul exemple ? « Paul en Europe », un album pas encore mis en B.D. Ce « Paul et Paul en Europe », c’est les Desmarais, père et fils, qui propulsent en avant (lisons La Presse !) le Harper. Ils ont abandonné le Québec, les voilà importants actionnaires chez « Total » en France —cinquième puissance pétrolière au monde— et chez « Gaz de France » (privatisé). Power-Great West sont actionnaire aussi —tiens, tiens— de « EnCana ». EnCana, la toute puissante pétrolière en Alberta (la patrie de S.H.).

Ce dessein du « gang à Harper » est celui ordonné par les gras nababs, tous des ennemis des ÉTATS. Ce machin —l’État de nos élus — qui, seul, peut freiner le sauvage capitalisme. Oui, l’état est notre seul et dernier rempart actuellement contre la sauvage globalisation tous azimuts. Oubliez, braves nationalistes mous sur le point d’être abusés, les gestes de façade. Qui vont se multiplier. Pauvres « chaperons rouges » c’est pour vous posséder, vous amener aux urnes prochaines, y trouver une majorité tant espéré chez les aux Bleus d’Ottawa.

Trudeau fut un héros face à ce magouilleur de droite, il faut maintenant le reconnaître et même s’écrier : vive Stéphane Dion ! Nos candides « pro-Harper » au Québec ignorent le Harper « d’avant le dessein actuel » quand il fut —bien avant le Dion aux ordres de Chrétien—, le tout premier rédacteur « en clarté ». Harper, ex-anti-Meech et Charlottetown, ex-anti-Loi 101 forcené, ex farouche « pro-partition » du Québec, n’a pas changé. Pas du tout, Harper a saisi qu’il lui faut à n’importe quel prix des députés québécois. pour cela, il sort volontiers ses cadeaux —à la « nation »—, ses compromis et ses promesses.

Pour arriver au grand but de ses souteneurs —les Paul et Paul (Desmarais) et consorts. On lui a fait comprendre qu’il faut jouer « le grand ami » d’un Québec partiellement-souverain. Qu’un ou deux innocents gnochons de son parti claquent sa porte, rien de grave. Insistons : en finale, seule la victoire d’un Canada « affaibli » livré aux gros businessmen enfin libérés et pouvant s’enrichir en paix. Sans trop d’impots, sans règlements encombrants (adieu écologie !), cela seul compte.

Harper-le-pieux travaillait pour une pétrolière (« Imperial » à Edmonton), son père aussi (« Imperial » à Toronto), son gourou était Hayek le néo-libéraliste sans vergogne. Comprenez-vous enfin ses alliances avec les Buchiens au sud ? Deux milliards de nos impots y furent engloutis en 2006. Et bientôt 23,000 nouveaux soldats iront là-bas. On va engager davantage de RCMP —pour guetter des Arar ?—, à la Défense, crachons un milliard du trésor public par année. On cachera ( no TV-kodaks !) le retour des coffres-à-morts. Bande d’hypocrites, si mon neveu Claude y passe je m’engage à aller cracher au visage du ministre responsable.

Cette guerre c’est « de la politique par d’autres moyens », disait Clausewitz. Guerre au terrorisme ? Foutaise. « W » n’a pas envahi ses alliés, ni l’Arabie saoudite ni le Pakistan qui abritaient les membres du réseau Al-Qaïda. Alors ? La drogue ? En Afghanistan c’est 52 % du PIB. Les fanatiques Talibans avaient stoppé l’opium. Maintenant c’est 87 % de la production mondiale. Président-Karzaï —bombardé des USA— un narco-chef ? Le pavot finançait la guerre contre les communistes (1979), le pavot finance les « œuvres » de la Cia et les Chefs de guerre. Un secret de polichinelle !

Un seul hic : pour un Canada mieux associé aux USA, il y a ce maudit Québec —société viscéralement anti-impérialiste depuis toujours, 1914, 1939. Trop distincte, nuisance. Alors le bonhomme Harper a eu un ordre de mission : mettre ce satané Québec dans son grand sac bleu. Ordre de qui ? Par exemple d’un Tom D’Aquino, le patron-du-patronat, l’homme « le plus puissant du pays » et qui est associé à ses pairs des USA, Richard Perle, Paul Wolfowitz. Faut-il filer doux ? Les USA est un gros client, c’est 86 % des importations. Aussi on ne veut plus de Laurier ni surtout de Trudeau qui osait vouloir filtrer les investissements-USA. Mulroney-le-bleu —via le libre-échange—, a calmé le jeu en sécurisant à jamais le commerce nord-sud. Sables bitumineux welcome ! Voilà donc un autre Bleu, ce Harper et qui se couche. Beurk ! Alors vive Dion ? Oh oui !

Les farcesques images du gros con à Gérard Laflaque en font hélas un bon gros con naïf ! Quelle erreur, quelle tromperie mon Chapleau ! Harper est un valet mais brillant. Bien organisé. Le lobby juif du Canada le tient aussi pour fort utile, Harper fit vite voter —le premier au monde— le blocus anti-Palestinien lors de leurs élections récentes, gage de bonne conduite du laquais. La madame Rice va-t-en-guerre dirigeait chez « Chevron », Cheney, lui, fut président de pétrolière, ô Texas ! Suiveur-Harper fit nommer Gwyn Morgan, un multimillionnaire créateur de l’albertaine pétrolière EnCana, « Président de la « Commission des nominations publiques ». Rions… jaune ! Le malin et clairvoyant sinistre Kissinger, a parlé : « Qui contrôle l’énergie contrôle le monde ». Clair comme ça ?

La guerre du religieux « W » c’est, un: les réserves, deux : le passage des oléoducs à or noir. Deux seules choses. C’est 1$ le baril en Irak —aux réserves les plus importantes au monde—, moins cher que chez l’ami Arabie-Saoudite, bien, on ira en Irak, de plus, comme Poutine en 2002 qui recula, voilà ce dictateur Saddam H. qui songeait lui aussi à passer à l’Euro quittant le dollar US. Ah bin non ! On y va ! Votez Harper et ce sera la fin de l’État. (Pour en savoir encore lire « Le vrai visage de S.H. », par Pierre Dubuc.)

« NOËL DANS LE CHINATOWN »

Conte pour le FM 98,5 (avec Paul Arcand) lu par l’auteur vendredi matin, 22 décembre 2006

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[audio:http://www.claudejasmin.com/fichiers/noel-2006-chinatown2.mp3]

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Je regardais par la fenêtre tomber tant de neige. Dans une heure ou deux, devoir me rendre dans la sacristie de Ste-Cécile et mettre ma petite soutane rouge d’enfant de chœur, m on beau surplis de fine dentelle et m’emparer d’un flambeau de velours avec, j’espère, un lampion bleu.

J’ai hâte. J’aime la chorale du père de Tit-Claude Léveillée au jubé, la lumière partout, la crèche élaborée devant l’autel à St-Joseph, l’orgue puissant qui va fracasser la nef. Ma mère —l’argenterie frottée brillait— écoutait à la radio la belle voix de Duquesne parlant d’un caporal dangereux, Adolph Hitler.

Maman achevait de dresser sa table pour le réveillon avec, au centre, une belle carafe en verre taillé avec du vin rouge « St-Georges », des chandeliers s’installaient. Et maintenant, à la radio, la Charlotte-putain de Richepin braillait : « Faites-moi trouver un portefeuille bien garni…

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RUMSFELD FUIT ET CASTRO MEURT ?

Pour ne pas mourir idiot, je lis des cahiers « affaires », bien ficelés le plus souvent et j’y glane des informations étonnantes, éclairantes, me faisant découvrir « la dure réalité à étreindre », selon l’expression du poète Rimbaud qui —adieu poésie— s’en alla brasser des « affaires » en Éthiopie du nord, au Harrar. Mais je lis encore bien davantage sur les actualités. Aux USA, le petit père Rumsfeld se sauve de la White House — la « Rome » contemporaine— la queue entre les jambes, adieu Pentagone chéri ? À l’affiche : « guerre civile » saignante en Irak bientôt. Alors milliards « en argent du peuple » gaspillés en vain.

Ces bombardeurs sur les deux tours de New York en 2001 ? Pas un venu d’Irak, ou de l’Afghanistan, ces kamikazes musulmans, fanatiques instruits, étaient originaires d’Arabie saoudite ou d’Égypte. Et Bush, qui le savait, envahissait l’Irak ! Eh ! 2007 s’annonce mal. L’écrivain-philosophe, BHL, avait publié (son livre sur le journaliste décapité, Pearl) : « Le Pakistan est le nid capital de tout ce qui se brasse. » Alors les clandestins à Le Caire, à Ryad et chez notre « autre ami » qui règne au Pakistan ? « Pas touche et on alla chasser les Talibans qui se regroupent actuellement, l’on partait capturer le dictateur Saddam Hussein ». Silence dans les estrades !

« Castro se meurt », qu’ils disent à Washington. Wishfull thinking ? Viennent de partir pour La Havane, rencontrer frérot Raoul, 16 parlementaires des USA, des amerloques parlables qui sont anti-embargos, anti-blocus. Plein de Jos Blow pourront aller se faire bronzer aux jolies plages cubaines « à bon marché » bientôt ? Quoi encore ? quoi ?, on jongle chez les conseillers futés de « La » Capitale-d’Occident à faire ami-ami avec la méchante SYRIE et le venimeux IRAN. Eh oui, car il y a « la » question vitale, le nœud gordien de toutes ces chamailles assassines: Israël. Faut donc « slaquer la poulie » aux araboïdes de ce proche Orient, permettre aux « forts » (Iraniens, Syriens) de mener le jeu en paix relative. Mais à Ryad-la-pourrie ça grogne de ce projet, vous pensez bien. Sunnites énervés par l’idée de ces Chiites rassurés, réunis et calmés. Hum…

Ô Palestine, enclaves, religions, factions, murs et colonies…là comme partout : la division. Hamas versus Fatah ! Querelles sans fin ? Eh Seigneur ! Des « frères ennemis ». Classique des classiques. Depuis les débuts du monde, vieilles lamentations depuis les premiers philosophes grecs ! Le monde ne changera donc jamais ? Tenez, rien ne va plus entre mon propre frère et moi, pénible public aveu que je fais là mais qui m’ouvre les yeux. Regardons dans nos cours hein ? L’amour est un beau projet monsieur Jésus le Nazaréen… que l’on fête de nouveau ces temps-ci… sans changer jamais. Ma honte !

Notre cour ? Ici, au Québec, le chef élu, John-fils-de Red Charet, échec total avec ses deux promesses :
1-régler la santé et,
2- diminuer la fiscalité.

Fin de mandat, sa note de bulletin ? Zéro. Pas grave. Faisons des élections en 2007. Et faisons de nouvelles promesses. À Ottawa ? Même affaire, même business, allons en élections en 2007. Et l’autre, le Boisclair, pas clair de noeuds, qui vient de proclamer avant de partir en congé : « Il faut soulager la fiscalité des entreprises ». Hein ? Quoi ? Signe avant-coureur évident quand on veut s’attirer le soutien (indispensable n’est-ce pas ?) des financiers, des développeurs, des entrepreneurs. Des bons gros bourgeois. La grande bonne foule ? Elle n’a même pas les moyens de payer des impots. S’en balance-t-elle de payer « moins » d’impôts. Tu parles, Charles ! Alors voter (vainement) pour Dame David ? Mais oui.

Je vous souhaite une bonne nouvelle année, lectorat bien-aimé. Et Bye-bye 2006 !

« Comment va le monde ? », titrait un auteur. Bin…ça dépend. Un voisin anxieux guette sa… fin, je le connais, l’aime, l’encourage. Moi je sors de la clinique de mon village, du bureau de mon toubib. « Examens positifs. Tout baigne, bravo ! », qu’il me dit ! Des ailes, j’avais ce midi-là dans le Chemin Pierre-Péladeau ! Saint-Pierre, son nom. Un vrai gardien de paradis çà. La santé pour quoi faire ? Pour écrire des chroniques, pour peaufiner ce neuf roman à publier en février (« Chinoiseries » chez VLB), aussi pour lire les bons livres des autres, voir du solide cinoche, de la télé captivante (si rare). ET…aimer mieux encore ma compagne de vie. Surtout cela. Pour aussi, rester informé, oui, ne pas mourir idiot. Enfin, souhaiter me rapprocher de mon frère unique. Je m’y engage. Sinon ? Sinon « farme ta yeule » sur les chicanes de la planète, sur la querelle entre Juifs et Palestiniens.

En primeur les lecteurs de ce blogue peuvent lire le premier chapitre du prochain roman de Claude Jasmin « CHINOISERIES » qui sera publié en février 2007 chez Sogides .
[ RÉSUMÉ: un enfant de six ans rêve d’aller en Chine retrouver un oncle en mission et l’enfant devenu un vieil homme malade se débat aux portes de la mort. ]

LETTRE OUVERTE À « L’ARCHANGE » GABRIEL !

Cet ange biblique, mon cher Gabriel, apprécié par tous les monothéistes de cette terre, —Hébreux, Mahométans et Chrétiens— semble un fameux messager. Je te vois aussi comme un messager…en musique. Je t’ai donc revu ce mardi soir, cor cuivré en bouche sur la scène de la Salle Pierre-Mercure avec une grande joie. Tout autour, tes jeunes camarades, filles et garçons, la belle jeunesse !, nous envoyait de fameuses bourrées, une musique de souffles réunis. Que des vents ! Et quels bons vents, quels jolis vents, la chanson.

Et il « ventait » joliment devant nos portes (d’eustache), dirait Villon. À la fin du concert, encore mon vif regret d’être si peu initié, si peu instruit en musique. Mon époque chétive se privait en arts. J’étais absolument fasciné par toutes ces bouches bien ajustés capables de former ce bruitage divin. Que de pipeau, hautbois, flûte, clarinette, tuba et quelques coups de tambours et cymbales, un peu de piano au fond, merveilles ! Tous ces pavillons levés d’argent ou dorés, je rêvais au ciel, à un joli paradis de livres de prières, mon cher jeune archange.

La musique ! Ah, la musique ! Tu as choisi d’étudier cet art d’enchantement à l’Uqam, c’est une voie royale qui exige aussi, je t’observais agrippé à ton cor brillant, une sacrée discipline. Je n’y arriverais pas moi, vieil homme libertaire. Quel miracle étonnant que cette harmonie, ce symphonique bruitage, tous ces efforts pour nous faire entendre ces extraits des grands créateurs de jadis.


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Gabriel, jeune enfant, je te voyais bien en amusant « Amadéus », galopin énergique qui acceptait déjà de s’asseoir, oui, de mette « cul sur chaise » pour déchiffrer, décoder tes premiers cahiers bourrés de noires notes… quand, dehors, les appels à jouer au soleil te faisaient signe. Maintenant, à 20 ans, tu es sur ce chemin radieux de faire entendre les prodigieuses sonorités assemblés par des génirs, Mozart, Wagner et compagnie ! Une compagnie géniale, tu le sais bien désormais. Gabriel, si tu avais vu ce mardi soir la lumière dans les yeux d’Éliane, ma fille, la fierté de Marc, ton père, vissé à son caméscope au fond de la salle. Et mon plaisir. Ce chemin adopté ne sera pas facile, je suppose que tu le sais.

Un peu partout, en ce moment même, des jeunesses dynamiques et naïves —dans un garage ou dans un sous-sol— cherchent à composer des bruits inédits à coups de batterie, de guitares très électriques. Au royaume de la musique les domaines sont nombreux. C’est un besoin sauvage qui vient de très loin, du tam-tam des primitifs, des flûtes antiques, des harpes très anciennes. Tu fais partie intégrante des « fous de musique » qui tentent sans cesse de propager la « grande » musique. Cela honore ton grand-père de te savoir enrôlé dans cette pacifique armée à la conquête des oreilles fines.

Cher jeune corniste, je t’ai vu former avec quatre autres camarades un modeste quintette de « vents ». Je sais aussi que tu participes à un modeste orchestre à Westmount et l’été à une « fanfare venteuse » dans ma chère Petite Italie mais que, étudiant, —le salaire d’un gagne-pain oblige— tu vends, entre tes heures de cours à l’Uqam, des souliers, pas loin de ton université, rue Sainte-Catherine. Dans ma ruelle derrière le cinéma Château, à la fin des années 1930, je formais des fanfares enfantines me servant des flûtes et des tambours chinois venus du magasin de chinoiseries de papa rue Saint-Hubert. Défilés cocasses, processions loufoques, harmonies de guingois qui amusaient fort les commères sur leurs galeries. Grandi, j’ai bifurqué vers les écritures comme tu sais mais j’ai gardé cette fascination pour tous ceux qui, comme toi, apprennent, savent symphoniquement ensoleiller le monde autour d’eux.

Continue l’archange ! Sans la musique, Gabriel, la vie serait tiède et moche, l’existence prendrait souvent des couleurs misérables. Je t’ai dit être accablé par une surdité qui augmente lentement, c’est un chagrin de fin de vie. Un de plus. Mais ce mardi soir —avec ma prothèse au fond d’une trompe d’eustache— tu m’as donné, cher petit-fils, un plaisir merveilleux, merci pour cela. Quand tu seras vieux à ton tour, tu seras devenu un « professionnel » au milieu des musiciens, indispensables enchanteurs, moi je serai « mort mon frère » et « l’autre Gabriel » dans l’Eden promis aux croyants, pour se moquer de moi, me prêtera la cithare chinoise du hangar. Celle sur laquelle je grattais des improvisations d’un amateurisme à faire hurler les chiens du voisin, rue Saint-Denis.


Ndw | Liens utiles

  • Site Web du quintette à vents Les Cinq Sens fondé par Gabriel
  • LA MUSIQUE ? V’LÀ LE BON VENT ! – décembre 2005
  • « ON THE ROAD » AVEC UNE TROMPETTE ! – été 2004
  • « SI VOUS AIMEZ PAS LE QUÉBEC, QUITTEZ-LE ! »

    Je veux paraphraser « le ministre de la police » en France, ce Sarco —maintenant candidat à la présidence contre Ségolène Royal. Ultimatum bien con à mon avis. On a le droit de détester son pays, d’adoption ou non. Au temps du dictateur soft Duplessis, nous étions nombreux —heureusement— à détester le pays québécois. Ce sont des esprits libres qui firent basculer ce régime d’un écœurant conservatisme. Le « qu’ils retournent donc dans leur pays » était la niaise scie des poltrons xénophobes. La liste serait longue de nos émigrants libéraux qui critiquaient volontiers nos arriérations des années ’40 et ’50. Ils furent d’utiles rouspéteurs, croyez-moi les jeunes.

    Je lis du Richard Martineau inquiétant :« il y a l’aéroport Trudeau grand ouvert pour ces râleurs ». Une dérive rare chez un bonhomme le plus souvent lucide. Ainsi, face à certaines exigences de nos « nouveaux venus », on est tenté de crier : stop !, et je favorise certainement l’intégration des émigrants car il y a des cas d’exagération mais il n’en reste pas moins vrai que —« toute civilisation étant mortelle »— face à des installations nouvelles n’importe quel pays du monde y trouve de l’intérêt. Personne ne peut nier le plaisir de découvrir us et coutumes nouveaux, tout le monde va reconnaître qu’il y a un réel plaisir à nous frotter à la découverte « des autres ».

    La vie vive favorise, autorise, les greffes variées. C’est la santé certains mélanges heureux. Ces ajouts acceptés enrichissent souvent une société, une nation. Les esprits ouverts, normalement curieux, ne sont pas des frileux, Dieu merci. C’est une peur —ah ! la peur des fragiles !— détestable que celle qui fait voir ces gens dédaigneux de la moindre nouvelle forme d’existence. Ces cris de mort à la sauce «y ont qu’à faire comme tout nous autres » cachent bien souvent cette fermeture et, poussée au paroxysme, invite à la stagnation, même au recul parfois.

    Pourtant, admettons-le, ces « venus d’ailleurs » nous apportent du neuf. Qui, ayant un peu d’âge, ne voudra admettre généreusement que Montréal comme le reste du Québec a profité avec plaisir d’enseignements bienvenus ? Partout, aux mondes de la cuisine, du spectacle, des arts et des sciences en général, les exemples feraient un merveilleuse longue liste.

    Je songe à nos Italiens de jadis dans mon quartier : mon père apprenait à faire son vin, à planter tomates et tabac dans la cour, ma mère à cuire autrement la poule au pot. Un Français, Buisonneau, venu de Paris, a semé ici un théâtre visuel différent qui fit croître de fameux jeunes « imagiers », les Robert Lepage et Cie. Qui n’aime pas manger dans un resto exotique et y découvrir des plats inconnus.

    Sommes-nous certains que, sans une curiosité normale et saine, tous nos jeunes exilés de jadis « en missions » chrétiennes en Chine ou ailleurs, auraient pu construire cliniques, asiles, écoles et collèges ? À l’autre bout du monde, Asie comme Afrique, des collectivités admettaient volontiers toutes ces installations venus de pays lointains, du Québec. La nature humaine est ainsi.

    Certes il y a le tourisme pour les bourgeois, si curieux des contrées éloignées mass il y a pour le peuple, « sédentaires obligés », les rencontres multiples à faire ici, chez soi. Ces ouvriers, humbles travailleurs, n’ont pas les moyens de prendre l’avion pour l’Égypte ou pour la Thaïlande mais ils savent d’instinct qu’ils feront des « voyages » étonnants en ne refusant pas les contacts avec tous ceux venus de pays aux antipodes. J’ai vu, jeune, changer mon pays, j’ai vu les premiers carafons de vin s’amener, les terrasses extérieures, des films qui n’étaient plus seulement « made in Hollywood »; dès l’après-guerre ce sera la venue excitante de « produits », de coutumes inhabituelles, des manières de vivre nouvelles, et cela n’a plus cesser. Cela nous a fait évoluer dans bien des cas.

    Il y a une néfaste tendance qui monte à mon grand regret, des cris injustifiables d’un nationalisme étroit. Bien entendu, les abus de certains ghettoïstes d’ici stimulent. Hélas, je sens aussi s’amener un vilain désir du « restons comme qu’on est », du « c’est à eux-zautres de s’adapter, on est che-nous », oui, monte une triste et rapetissante volonté de ne pas vouloir s’enrichir des apports des migrants. J’ai voulu que l’on se souvienne que « l’autre » est souvent nécessaire, enrichissant. Que l’on constate mieux que « nos » partis ailleurs, sont souvent acceptés. Il n’y a qu’à songer à nos « prestigieux installés » à l’étranger —à Paris ou à Londres, à Las Vegas ou à New York, en Chine ou en Afrique. Ils y font florès et remportent d’énormes succès, artistes connus et tant d’entrepreneurs moins connus. La xénophobie est un cul de sac.

    REVENIR DANS UN COFFRE DE BOIS ?

    Tous, nous regardons les actualités sans y être vraiment impliqués le plus souvent, moi comme les autres. Des soupirs, de l’ennui, de l’exaspération aussi, et puis on va au dodo ?

    Or, un lundi soir récent —méchante surprise— me voilà concerné. Et déconcerté. Il est là sur le petit écran, au bord d’un avion qui va partir. J’entend la déchirante chanson finale de Hair quand ca criait : « Claude ! » Il a son bagage, il part pour l’Afghanistan, c’est bien lui, mais oui, c’est Claude !

    « Un simple soldat », cher Marcel Dubé. De Val Cartier. Harper en décidait : fini le jeu du Casque bleu, du pacifique mainteneur de paix. La vraie guerre ! Notre Claude à nous, y va. Reviendra-t-il dans un coffre de bois ?

    Le cher neveu de « ma blonde » laisse une jeune épousée avec un enfant encore au berceau. J’ai connu un petit garçon blond qui aimait son Labrador, aimait voguer sur un Sun Fish loué au Chantecler sur notre Lac Rond. Aimait avaler en riant une rousse à la terrasse du carrefour adèlois, chez Dino’s, servie par la chère Denise. Studieux aussi, mon Claude, il décrochait un diplôme des HÉC, avait un peu de mal à se faire embaucher, se décida à aller jouer le comptable dans…l’armée du Canada. C’était avant le Harper-va-t-en-guerre !

    Peut-on imaginer la mère aux abois, Colette ? Le papa peu sentimental, Pierre, prof de science, qui craque au téléphone quand ma blonde, sa sœur, veut le réconforter ce lundi soir. Hélas, même maudit soir, à RDI, excellent utile documentaire mais très énervant sur… l’Afghanistan et ces Talibans plus fanatisés que jamais. Les blessés, les tués ! Merde, et moi, petit-bourgeois impuissant à mon pied-à-terre du Phénix d’Outremont, si triste.

    Je revoyais Claude Boucher venu cet été avec « la jeune mariée » pour nous faire voir son beau bébé-héritier, si heureux ! Il vient de quitter sa jolie banlieue de Québec pour ces montagnes scélérates du sud, Kandahar maudit qui camoufle d’aveuglés fondamentalistes.

    J’ai peur, je crains un de ces jeunes « fous d’Allah » au volant d’un bazou bourré de dynamites, voyageur anonyme qui s’approche de Claude, de ses jeunes camarades de Val Cartier. Boum ! La mort ! Quoi dire, faire, toucher du bois, prier, invoquer tous mes morts : « Protégez-le, protégez-le ! »

    J’entendais, chez Lepage, un dimanche soir, mon camarade scripteur, Avard, qui a visité une zone merdique d’Afrique, qui recommandait que l’on cesse de jouer les vains matamores à nos jeunes soldats, que l’on expédie nos forces, avec des Casques bleus, pour calmer les « rebelles » et ce gouvernement sanguinaire du Darfour. Là où un « nouveau-Rwanda » génocidaire se joue dans le sang répandu. Je ne saurais mieux dire. Le Pearson d’un Canada pacifique se retourne dans sa tombe.

    Claude, cet été, il y aura encore des voiliers à louer au Chantecler, mon lac Rond ne bougera pas d’une vague, l’été va chanter en harmonie avec mes rats musqués sous mon quai, le grand héron fou, les canards aux cous verts, les fidèles tourterelles, le colibri excité, le cardinal si rouge… toute cette beauté estivale une fois de plus…

    Je ne veux donc pas voir arriver à mon rivage une jeune veuve aux yeux rougis, ni ce bébé grandi qui serait orphelin de père. Alors je maudis ce Steven Harper-le-bleu, je maudis le pleutre allié du Busch —quand, maintenant, tous aux USA, lui disent son erreur de faux-croisé— oh oui, je le voue aux hégémonies ce cow-boy du « in god we trust » !

    Il faut qu’un proche parent soit parti aux portes du Styx pour que mon enragement trouve un point de chute très précis. Mon indignation a désormais un visage familier, aimé. Claude qui aime tant la vie, qui aime son chien, qui aime la belle ville de Québec —et la Corse où il alla en voyage de noces. Claude qui a une jeune famille, qui aimait bien rigoler avec « le vieil homme », le chroniqueur-écrivain, le chum de sa chère tante Raymonde.

    À quoi bon toucher du bois ou supplier ses défunts ? La dérive militariste du régime « con-serviteur » à Ottawa contentait tellement M. le Président des USA, un pieux « born again », n’est-ce pas ? « Born to kill », clamait un film ? À propos du Vietnam, tant de films effrayants, avec la fatale et humiliante déroute finale et aucune leçon à en tirer ? Cette guerre là-bas est un méga-Vietnam et on verra un jour des hélicos en pagaille ramenant les boys. Très prévisible. On ne combat pas des terroristes avec des tanks, quelle farce ! Je viens de lire ce matin la corruption totale à Kaboul, l’argent envoyé virant en continuels backshish.

    Ô Claude, cache-toi, prends garde, méfie-toi, sois prudent, reviens vite, un enfant mignon aura besoin d’un papa.