BOMBE ATOMIQUE CHEZ VOUS ?

(Lettre ouverte au Devoir, de Claude Jasmin)

BOMBE ATOMIQUE CHEZ VOUS ?

M. l’éditeur,

J’ai lu avec grand intérêt l’article de François Brouseau parlant d’une bombe atomique tombée sur New-York… Ou Chigago, ou Montéal ? Il a bien raison, l’Iran ou la Corée du Nord, la possédant un jour, pourraient se contenter en effet de rejouer le jeu de l’Équilibre de la Terreur comme jadis URSS vs USA. Il dit vrai : le danger pourrait venir d’un groupe de fanatiques mettant la man sur un peu d’uranium ou de plutonium. Ni Brousseau ni moi ne souhaitons stimuler les ardeurs des Bush et augmenter la psychose « bardons-nous de gardiens et barrières » mais…

En 1975, j’avais lu « La bombe chez vous » du physicien atomiste Teller Teller (qui fut actif à Los Alamos). Repenti, plein de culpabilité, Teller publiait donc un récit documenté sur un fait : « n’importe qui se rendant dans une biblio importante dénicherait comment se fabriquer une bombe atomique, chose devenue quasiment une « recette » et facile d’emploi. Ce qu’il craignait ? La facilité à voler de l’uranium ou du Plutonium. Teller avait fait son enquête soignée sur les stocks bien mal gardés, sur les fréquents voyages en camion de ce matériau hautement dangereux. Il en était scandalisé. Son bouquin me fit rédiger un roman : « Revoir Éthel » où, en 1976, un révolté-de-carrière souhaitait faire sauter le stade aux J.O. de Montréal.

Faible en science, je comprenais tout de même qu’avec un bol à salade et quelques ingrédients bien choisis, une minuterie et bang ! 70, 000 spectateurs seraient morts irradiés ! Aussi l’hypothèse de votre journaliste Brousseau évoquant un fou-de-Allah, ou tout autre illuminé, muni d’une telle bombe atomique qu’il lâcherait sur une mégapole des USA est donc absolument plausible.

Hélas !

Claude Jasmin

Écrivain, Ste-Adèle.

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QUE LIRONT LES ENFANTS DE NOS PETITS-ENFANTS ?

(Un texte inédit pour le mensuel « Le Québécois »)

Toute nation a droit à son pays. À son entière liberté. Tôt ou tard le Québec sera un pays comme les autres et un neuf manuel racontera « notre histoire » aux enfants du pays. Qui peut penser qu’en ce livre d’histoire l’on passera sous silence les noms des gens qui « collaboraient » avec les adversaires de notre liberté ? La trahison formera de bien lourds chapitres, c’est à n’en pas douter.

Les noms des publicitaires richement « stipendiés » pour empêcher notre souveraineté —ceux d’Option-Canada (1995) ou des « Commandites »— n’auront que quelques lignes car l’historien doit aller à l’essentiel. Quelle honte ce sera pour les descendants des politiciens quand les étudiants liront :

« Dans les années 1960, les adversaires de notre liberté se moquaient des jeunes patriotes québécois. Un tribun, Pierre Bourgault, malgré des dons d’orateur inouïs, arrivait mal à ctte époque à convaincre des foules d’indifférents. Son jeune mouvement pour notre indépendance —le RIN— piétinait. Mais, dans les années 1970, la lutte allait se faire avec des hommes aux notoriétés indiscutables —lire plus loin nos chapitres sur R. Lévesque, C. Laurin, etc.—, des gens d’une salutaire grandeur. Désormais, on allait secouer rudement les ennemis de notre liberté, les adversaires de notre souveraineté et ce sera le début d’une sorte de guerre implacable entre Ottawa et Québec.

Hélas, des Québécois vont se muer en farouches prédicateurs de statu quo, par exemple un Trudeau, un Chrétien, s’acharneront à « collaborer », pas d’autre mot, avec les établissements anglos. À Québec même, même « collaboration ». Plusieurs de ces politiciens, répétons-le, étaient pourtant des Québécois. Ils utiliseront tous les vieux arguments connus pour effrayer les plus fragiles des nôtres. Non sans succès hélas !

Ce sera une suite de campagnes électorales aux arguments d’une incroyable bassesse. Ces traîtres (pas d’autre mot) à notre nation en arriveront à utiliser volontiers de l’argent public, dilapidant le trésor national —une partie donc de nos économies de solidarité— pour freiner notre inévitable émancipation.

Par exemple, lors d’un référendum, en 1995, des moyens antidémocratiques furent de mise —en masse— et ce sera carrément un vol. Une sorte de viol (pas d’autre mot). De puissants moyens d’une propagande publicitaire dégoûtante. Lire plis loin les chapitres « Option-Canada » et « Enquête du juge Gomery ». Cinq millions en argent public s’ajoutèrent clandestinement au cinq millions autorisés par la loi électorale, argent sale mis entre les mains des « refuseurs de notre liberté ». Le Non à notre souveraineté de 1995 s’en trouva donc augmenté illégalement et notre victoire indubitable fut métamorphosée en échec, ce « vol » de démocratie —bien indiqué par un Jacques Parizeau— est marqué désormais au fer rouge, une immonde tromperie.

Aujourd’hui nous nous devons donc mémoriser les noms de tous ces scélérats, de Pierre Trudeau le premier, Jean Chrétien ensuite, Paul Martin, jusqu’à Stéphane Dion … La liste des « vendus » québécoise », hélas, est fort longue, pour notre plus grande honte.

Un chef du parti Conservateur, Stephan Harper, élu à Ottawa en 2005, sera l’avant-dernier politicien à tenter de contourner notre patriotisme. Malgré des concessions mineures (mal calculées) il va échouer lui aussi comme on le sait maintenant.

Tout jeune Québécois se doit donc de retenir les noms des combattants de notre liberté. Elle illustre que ces traîtres à notre liberté —déracinés chez eux— y trouvaient des intérêts exactement vénaux pour la plupart. Leurs batailles d’arrière-garde —que maintenant l’on sait livrées vainement— se faisaient d’une façon mesquine en vue de hochets purement matérialistes.

L’Histoire nous enseigne donc une fois de plus que rien ne peut empêcher la liberté d’une nation, qu’à la fin les masques tombent, que les retardateurs de souveraineté échouent tôt ou tard, enfin, que cette entreprise néfaste est toujours un combat perdu.

« Héros » des establishments au moment des luttes liberticides ils furent changés en vils agents de la servitude imposée. Les chapitres qui suivent font connaître à fond les noirs desseins de ces hommes —et quelques femmes— osant défier notre nécessaire combat.

Pour les innocents descendants de ces traîtres, l’historien préférerait taire les noms de cette horde de renégats mais l’Histoire nous refuse ce silence. Lisons donc les péripéties de ces funestes félons…

Voilà. Le jeune lecteur lira et… n’en reviendra pas. Les petits enfants des Chrétien, Dion, Bourassa, Charest et compagnie rougiront, auront-ils envie de changer de nom. En 2007, y songent-ils parfois ces fieffés combattants de notre liberté ?

Je suis bien heureux de n’avoir pas dans ma lignée de ces encombrants « collabos ».

RÉSISTANCE ET ASSIMILATION ?

M. l’éditeur, puis-je répondre brièvement à votre correspondant de Toronto, M. Gordon McIvor, qui, il y a peu, se scandalisait de rencontrer trop de Québécois souitchant à l’anglais alors qu’il dit se bien débrouiller en français. Ignore-t-il donc deux faits têtus ? Un : longtemps —et encore, il le prouve— nos Québécois étaient dominés (au magasin Eaton, partout) par nos unilingues anglos d’ici.

Tous ces descendants de nos colonisateurs, installés au Québec depuis des siècles souvent (« Rhodésiens », disait René Lévesque), bafouaient carrément la langue de la majorité. Deux : le Québécois vit en Amérique du nord envahi (médias, films, chansons rock, etc.) par 300 millions de english speakers, dont nos étatsuniensphiles, cela conduit à notre fragilité, M. McIvor.

Si nos anglos d’ici vivaient ce que nous vivons, s’ils étaient 6 ou 7 millions installés (exilés) au milieu d’une France de 55 millions d’habitants, ils subiraient le même sort. « L’Empire USA » allié naturellement aux 25 millions de Canadians forme sur ce continent une force d’attraction culturelle terrifiante et c’est un miracle —cette épuisante bataille dure encore aujourd’hui— un Québec français, notre résistance fait l’admiration des Européens. Ils y voient un fait inouï !

Mais, hélas, plein de « demi-assimilés » en médias (les Cormier, Brunet et Cie) jouent sans cesse les publicitaires, dociles courroies de transmission, face à cette toute puissante culture populaire ( bien entendu, riche en talents divers). Jamais un mot sur les talents de culture espagnole, italienne, allemande, etc. Ces inconséquents se tirent dans le pied en ignorant qu’un jour leurs lecteurs « aliénés » iront carrément aux sources (USA) et que cela grugera rapidement leur tirage, fera fermer leurs journaux, revues, etc.

Claude Jasmin

Écrivain, Ste Adèle.

« GO NORTH, YOUNG MAN ! »

Actualités : la Rupert à dompter. Contre péage chérant au autochtones. Des écolos pur et durs y vont de la niaiserie du retour au sauvage, ces « anti-progrès » bêta ! Montent en moi des souvenirs : Fin d’hiver, 1993, l’aéroport de Dorval, à 52 ans, mon premier voyage au Grand Nord. Dire qu’il y a longtemps l’intrépide, le vaillant Québécois, D’Iberville, y voguait toutes voiles dehors. Pourquoi ce séjour ? Là-haut, ce sera bientôt l’inauguration des turbines gigantesques. Dernière chance donc pour voir « les entrailles du monstre » car inondation totale sous peu en ce site de la rivière La Grande.

Notre hâte à toute l’équipe du CJMS-des-matins avec Arcand en jeune anchorman. L’avion fonce dans les nuages, au dessus de Rouyn, reste quoi ?, la distance Montréal-Gaspé. Radisson, tout le monde descend. Un froid vif en ce vaste paysage de toundra arctique. DE chétives collines aux quatre horizons. Des forêts, ici et là, d’épinettes chétives. Vaste silence de cette contrée aux allures sibériennes. Une « familiale » nous conduit au célèbre barrage.

Bientôt, tout recommencera avec le harnachement de la Rupert, il y aura flottes de machineries, dynamitages, travaux gigantesques, une armée de travailleurs y dénichera des emplois.

On nous offre de visiter d’abord un village tout neuf —puisque l’on y a déménagé des amérindiens (Cris) d’une île inondée ! Coups frappés, rideau pour à LG –2. Voir donc Chisasibi : plein de neufs petits cottages avec au seul carrefour, un mini-centre commercial. Un « magasin général » au désordre « général », les fournitures offertes sont en tas, empilages au sol ! Des tablettes restent vides. « Eh ! C’est leur culture, ce bric à brac informe, que voulez-vous ? », dit note guide. Dans les petites cours-arrière, des tentes typiques, inutilisées. « Eh ! Un relent de nostalgie », dit le guide. Peu de gens dans ces quelques rues : « Ils sont tous partis chasser et pêcher, c’est une bonne saison ».

Retour aux bâtiments de la centrale et visite, dehors, de ce très « pharaonique escalier » en paliers pierreux et bétonnés par où vont s’engouffrer les eaux. Je suis bouche bée devant cet ouvrage inédit. Nous descendons sous terre, découverte d’une vaste cathédrale, lieu inouïe ! Examen de ces machines à changer l’énergie en courant électrique. Ce temple gargantuesque sera donc le ventre invisitable du monstre.

Nous sommes tous très silencieux, l’ouvrage humain de ces ingénieurs québécois force le respect. Allons manger : immense cafétéria pleine de travailleurs de tous rangs, je songe à Marc Barrière, mon gendre et webmestre ( claudejasmin.com) jadis « ouvrier d’occasion » ici, lors des travaux premiers. Je songe aussi à la formidable chanson de Georges Dor, classique inoubliable : « Si tu savais comme on s’ennuie… »

Nous constatons une gaieté brute chez ces hommes. Une sorte de joie brouillonne se ressent au-dessus de toutes ces têtes… en train de manger, des cris fusent, de joyeuses interpellations, des rires gras, l’impression d’un camp de robustes scouts au dynamisme palpable. L’impression d’un boulot accompli dans un plaisir palpable par ces « exilés », heureux du gagne-pain, providentiel sans doute pour plusieurs, la promesse tenue de feu-Robert Bourassa !

Nous dormirons dans des sortes de maisons mobiles étroites mais pourtant garnis de toutes les commodités ordinaires. En fin de journée, excursion —cannes à pêcher fournies— sur la rivière, en canots automobiles avec faciles prises de truites pour la plupart ; ce fut comme un fable évangélique : ça mord sans cesse. Nous mangerons ces poissons frais, à faire frire le même jour, à la cafétéria. Il y a, voisin, un grand bar-café, musique tonitruante, hélas, comme partout désormais et encore leurs cris et leurs rires. Très peu de femmes de ce côté du monde, elles sont courtisées, fleuretées, appréciées et… tiraillées. Tant de mâles !

Au petit matin, tribune ouverte, nos micros, haut-parleurs installés, l’équipe d’Arcand diffuse pour les montréalais et les commentaires en ondes pleuvent. J’y vais d’une ode descriptive emphatique. Ampoulée ?, inévitablement, vu ces inhumaines installations en une contrée exotique pour nous. Ce fou bouleversement —dire aussi « « bousculement »—, « anti-naturaliste » forcément et si loin, bien loin de nos « navigateurs en fourrures », ces pionniers.

Voyage terminé, retour à Radisson. Beaucoup de Cris, ils voyagent beaucoup dorénavant. C’est notre retour vers notre civilisation, ordinaire. avec, dans mon cœur, les souvenirs gravés à jamais de ce Grand Nord. là où les hommes venus des grandes villes osent mettre la sauvagerie au service du sud, de nos conforts urbains. C’est en imaginant la Rupert endiguée, —domptée à son tour— que m’est revenu en mémoire cet album d’images ineffaçables.

POUR VOUS, UN CONTE INÉDIT : « UN ÉLÉPHANT ÇA TROMPE… »

Dans notre ruelle, derrière le cinéma Château, le garage du notaire était toujours vide, ses portes grandes ouvertes. Une cachette de plus pour nos tueries à cow-boys. J’avais dix ans, je revenais de l’école ce jour de mi-juin et, quand je passe devant le garage, je n’en crois pas mes yeux ! Un éléphant s’y trouve ! Un vrai éléphant ! Est-ce que Tarzan va m’apparaître ? Suis-je transporté par Mandrake-le-magicien en Inde ? J’ai un peu peur. L’énorme bête semble me fixer. Deux yeux d’une grande douceur, à longs cils. Un regard presqu’humain. Me voilà comme paralysé. Je regarde autour, rien, le silence, pas âme qui vive !

Suis-je le jouet d’une hallucination ? À la récréation du matin, j’ai mangé un plein sac de drôles de bonbons, acidulés, inconnus, une nouveauté vendue 5 cennes chez la p’tite vieille Forgette en face de l’école de la rue De Gaspé, rue du même nom. Ai-je une vision, l’estomac détraqué ? L’éléphant bouge. À peine, un pas vers moi, sa trompe balance et ma peur grandit. Envie de crier, d’appeler à l’aide, « au secours ». Et puis non, pas de panique, c’est une réalité, il est bien là. Je me secoue, c’est « mon » éléphant à moi. J’arrache des poignées d’herbes le long d’une clôture, lui offre mes mains remplies. La grosse bête recule, rentre sa trompe entre ses jambes de devant, va coller son gros derrière au mur du fond garni d’un calorifère métallique.

Je dois vite me trouver un témoin. Un besoin viscéral de partager une si merveilleuse découverte. Revenu à l’école, qui voudra me croire si mon témoignage n’est pas appuyé ? Personne et on rira de moi tout le reste de l’année. Je gueule en direction de l’étage de la maison voisine où loge mon ami tit-Yves. Je m’époumone en vain. Personne n’en sort. Oh ! madame DiBlasio sort sur sa galerie pour secouer sa vadrouille. Je lance : « Il y a un éléphant dans le garage ! » Elle se penche vers moi, dit : « Ah oui mon p’tit bonhomme ? Et un lion aussi, un tigre-du-bengale peut-être ? » Elle secoue sa poussière et rentre en rigolant.

Envie de refermer doucement les portes pliantes. Mais…oser m’approcher, la peur. Un tel mastodonte pourrait piquer une crise, foncer sur moi, m’écraser comme une petite pinotte. Ma peur. L’éléphant soudain s’accroupit sur ses jambes de devant, puis de derrière, se laisse tomber comme une montagne de chair. Plof ! Le voilà assis sur le sol cimenté en me fixant toujours de ses yeux… qui me semblent maintenant un brin affolés. Comment le rassurer ? Prenant mon courage à deux mains, je m’approche, entre dans le local, et, tremblant, je tente de lui flatter la tête. Une peau rêche, d’un gris luisant. Je remarque qu’il a des pompons jaunes noués aux pattes.

Il semble calmé un peu, baisse sa grosse tête. Voilà qu’il agite ses gigantesques oreilles et je recule aussitôt, un coup de vent terrible ! Il ouvre la gueule, bâillement ! Un trou rougi ! Je vais lui jeter mon herbe arraché mais il n’en mange pas un seul brin ! Dédain ?, il pose sa grosse tête sur ses pattes de devant, ferme les yeux. Diable, il va s’endormir ? Ai-je le temps d’aller chercher quelqu’un, une de mes sœurs, ma mère ? C’est décidé, je referme lentement les portes. Me voilà avec un fameux trésor. Je vais collecter des sous, je ferai voir « mon » éléphant, je serai fêté, admiré, je deviendrai riche. On parlera de moi dans tout le quartier, dans toute la vile, comme du « vaillant garçon qui a capturé un éléphant », qui est bien à lui ! Il y aura des files dans ma ruelle, on viendra de partout.

Avant de m’en aller, je me hausse pour bien revoir la bête à travers les vitres du haut des portes. Il est bien là, je ne rêve pas, il est là, immobile, couché. Je cours vers mes parents. Ma mère : « Toujours en retard, où traînais-tu encore, tu as failli manger froid ». Elle me sert de ses saucisses avec des patates en purée. Comment annoncer ma prise fabuleuse ? J’avale une première bouchée et j’ose : « J’ai un éléphant vivant dans le garage du notaire. » Silence de mes sœurs, de maman. Tous me regardent comme si j’étais un grand malade, un fou. Marielle éclate la première : « Oh toi ! Encore tes séances avec des bébelles de guenille, c’est ça ? » Je dis calmement, me retenant de m’exciter : « Non, non ! Un vrai éléphant, vous allez pouvoir le constater après le repas. »

Ma mère, indifférente, va ouvrir la radio sur l’armoire à vaisselle, c’est son heure pour « Francine Louvain, bonjour ! », son feuilleton préféré. La voix de l’annonceur, grave : « Nous nous excusons auprès de nos auditrices et auditeurs mais une nouvelle vient de nous parvenir : Au « Cirque Joy » qui s’installait au parc Jarry, on a perdu un éléphant. La police est à la recherche de la bête qui s’est échappée tôt ce matin de son enclos improvisé. Si quelqu’un voit cet éléphant, qu’il veuille bien communiquer aussitôt avec la police de Montréal. Nous reprenons notre programmation habituelle. »

La famille a changé de regard, m’observe. Je suis un involontaire héros ? Se secouant, ma mère file rapidement vers le téléphone du couloir. Adieu ma popularité subite dans ma ruelle, ma gloire, mon enrichissement. Adieu !

Nous étions nombreux autour du garage et madame Di Blasio vient vers moi pour s’excuser, me caresse la nuque. Des voiture de police, sirènes hurlantes, ferment la ruelle aux deux extrémités. Un lourd camion, marqué « Cirque Joy », s’amène. Un vieux monsieur s’informe à des voisins, on me montre du doigt, il fonce sur moi, me dit : « Mon garçon voici dix billets gratuits pour venir voir notre cirque. Merci pour tout ». ET quand j’ai vu deux dompteurs faire monter « mon » éléphant dans leur camion, j’avais mal au cœur, les saucisses ne passaient plus. La nouvelle s’était répandue, alors, en classe, le maître a dit : « Mes petits amis, nous allons prendre quelques minutes et notre jeune héros du jour va nous raconter sa prise d’éléphant ». Je suis monté fièrement sur la tribune sans trop savoir par où commencer.

« GRANDES GUEULES » RECHERCHÉES

Il y a un manque tant on slaque vite à la télé les tribuns désaxés. Un matin, j’ai dit « non » par téléphone à un nouvel appel de la télé de TQS, encore une fois l’on m’invitait à « gueuler » en ces débats d’après les nouvelles. « Non merci ! », car j’y voyais de l’artificialité. Amateur de polémiques depuis très longtemps, je me sentais installé sur une liste-maison à « grandes gueules » Ma peur ? Celle de devenir un autre gueulard « automatique » et peu importe le sujet, le vrai fond d’une querelle. J’avais assez donné. Toujours, je me souviendrai de cette recherchiste —pour TVA chez Cazin peut-être?— qui osa me dire : « M. Jasmin, un p’tit effort, je suis mal prise, j’ai personne pour débattre le « contre », soyez donc si-ou-pla, « contre l’avortement ».

Mon refus net d’y aller, bien entendu. À la radio, les Pasco et Proulx —moins criards et plus mesurés que les sinistres Arthur et Filion de Québec, aujourd’hui congédiés des ondes publiques— furent des pionniers en cette matière. La télé s’y est mis depuis quelques années. Je tiens comme absolument essentielles deux valeurs : l’indignation et l’admiration. Or, au domaine des querelleurs « de service » il n’y a que « l’indignation de « commande »; je ne mange plus de ce pain-là. Denise Bombardier a raison certes, la faculté de s’indigner manque trop en notre population frileuse et craintive face à ses droits.

Reste que la faculté de s’émerveiller n’est pas moins importante. C’est aussi, hélas, la grande absente; les médias s’excitent pour —surtout— ce qui va mal. Essayer de contacter un du monde médias et proposer: « Pourrait-on, en un panel, aller vanter en ondes les grands mérites de X. Ou de Y ? Leur valeur singulière, leur effet positif sur nous tous ? » Ce serait : Niet ! Rarement peut peut-on lire (presse), entendre (la radio), voir (la télé) des éloges à propos d’un progrès formidable. Lisez les « lettres ouvertes », que de farouches revendications de tous ordres. Y compris l’ordre folichon. Un monde de râleurs ? Hélas, oui. Et je ne suis pas sans péché là-dessus mais j’ai fini par mûrir, me lasser de cette position de « gueulard à tout crin ».

La foule aime ce genre de cirque ? Sans doue, il n’y a qu’à voir la tête heureuse d’un Guy Lepage quand lève une chicane en son studio des dimanches, il sait bien que le lundi, la querelle fera des manchettes et, partant, sa publicité. Ainsi on a pu observer l’amertume d’un Gilles Proulx aux « Francs-Tireurs » causant, tout navré, d’avoir été « jeté » par TQS —quand il dérapa à propos d’une jeune victime de viol. Que dire du cas lamentable d’un psy Mailloux, révélant une étude-bidon sur la génétique débilitante des Noirs ? Plus récemment, quoi penser de cet ex-maire de village, Gendron, qui injuriait bassement une jugesse qu’il déteste viscéralement.

En ce domaine des débats publics, il reste, à T.Q, avec Marie-F. Bazzo, ce forum civilisé avec plusieurs voix à ses micros et caméras. Dans l’affaire des « passe-droit » aux migrants à confessions multiples, un Paul Arcand s’entourait, lui aussi, d’une pluralité de voix discordantes. Ce qui fit un « moins bon » show forcément mais qui donnait de l’espace médiatique à tout le monde. Qui osera offrir un spectacle d’idées en disant au producteur (de radio ou de télé) : « Ce serait une table d’invités pour louanger unanimement telle découverte ou tel grand succès, telle réalisation importante ». Au panier et vite ! La foule sentimentale (cher Souchon) aime davantage les monstres, la foire d’empoigne.

Pour une meilleure « crotte d’écoute » il n’y a proclamer : « Ce soir, ne manquez pas à notre antenne, la rencontre explosive de quatre —ou six ou huit— très farouches « anti-Céline Dion », elle ou toute autre vedette incontestable. Les gradins se rempliront rapidement. Ou vous annoncez : « Débat public : pour et contre… », choisissant un sujet ultra hot car la démagogie contient un vaste choix de sujets. Bémol très embarrassant pour ces entrepreneurs en cirques et foires foireuses : très difficile d’embaucher de ces « gueulards candides », c’est ce qui fait que le public voit —et revoit— toujours les même la même dizaine (à peine !) de binettes. Ce court cheptel trop familier achève actuellement d’enfin comprendre : une réputation factice et encombrante. Aux foules abusées, on n’ose pas avouer que cette sorte de clowns se raréfie. Le bouffon des ondes, le canon-lousse, prend conscience, lui, qu’on l’utilise et qu’on le jette comme un vieux mouchoir sali dès sa première dérive.

Je refusai donc de jouer plus longtemps car j’ai le sens du ridicule. On ne me prendra pas, par exemple, à m’exclamer aux côtés de Madame Thibault : « Que le chef élu, André Boisclair, démissionne tout de suite pour avoir osé jouer le coco à la fictive tente de Bush et Harper ». Jadis un dadais, éditorialiste à Québec, écrasé ensuite par le ridicule, fermait sa semonce écrite par : « Et que Kroutchef se le tienne pour dit ! »

Pour moi : e finita la comedia !

LA POLICE PARTOUT EN « AGENT PROVOCATEUR » ?

Bizarre, on ne sait plus trop rien sur ces arrestations, à Toronto, de jeunes « supposément islamistes » dangereux. Il y a eu ces arrestations, très publicisée et puis… tout est silence. Louche ? Oh oui ! Et pas un seul journaliste pour faire du suivi, médias, presse paresseuse ? Oh oui. Voici un nouveau cas flagrant de provocation policière : André Noël (La Presse) raconte que cinq garçons mineurs furent infiltrés, étant tous soupçonnés d’être de « jeunes planificateurs d’attentats à la bombe ». Leur avocat, Me. Block pose la bonne question : « policiers sans badge en infiltrés ? Pour « encourager » au mal ces jeunes gens ? » Une autre affaire à suivre.

On songe au policier de la SQ infiltré parmi les grévistes du Manoir Richelieu, qui fabriquait des bombes. Il y a eu bien d’autres cas dont cet agent de la RCMP, Samson, avec sa bombe lors de la grève de Steinberg. Du temps du premier FLQ, il y eut ce triste sire, un certain Lanciault, un simple délateur ou un agent infiltré celui-là ?, qui « donna » tous ses jeunes camarades felquistes ? La liste pourrait facilement s’allonger. Il y a que la police de tous ordres a souvent grand besoin de justifier les frais énormes —avec notre argent public— qu’elles entraînent.

Alors quoi ? C’est le calme partout, bien, on va y voir : « organisons nous-mêmes » les dangers… avec des pseudo-groupes en dangereux comploteurs, installés par la police elle-même. Pour ce faire, au lieu d’infiltrer « on ne sait où », faisons donc ce sale ouvrage : faire naître « artificiellement » des jeunes comploteurs. Facile, tant de jeunes idéalistes révoltés —non sans raison souvent— se voyant impuissants tomberont dans ces « panneaux », ces honteux traquenards policiers. Aux USA, et au Canada suiveur, depuis ce septembre noir des deux Tours, l’on « profile » tout ce qui est araboïde, un racisme étatique navrant. Et ouvrez les cages !

Alors, quel reporter nous donnera des nouvelles des 15 « jeunes islamistes dangereux » arrêtés à Toronto il n’y a pas si longtemps ? En ce moment, sur Internet circulaient il y a peu des messages d’un nouvel FLQ. L’on guette la suite mais qui peut nous assurer que cette « machine terroriste » n’est pas, une fois de plus, l’ouvrage des polices ? Un jour de 1980, après le premier référendum perdu, rencontrant par hasard un apprenti-révolutionnaire, jeune cégepien qui ne savait pas ma révulsion pour le terrorisme futile en société démocratique, me confia être, avec quelques compagnons, en train de former une cellule armée clandestine. Je lui dit : « Jeune homme, prenez garde, il y a la police infiltrée, un jeune policier « camouflé » qui manœuvre votre projet ». Mon jeune révolté parut tout surpris et je n’entendis plus jamais parler de lui.

Vers 1947, jeunes collégiens, sur-excités sans cesse par la farouche haine anti-duplessiste des adultes libéraux, enragés de constater leurs faiblesses en éternels rouspéteurs anti-despote —nous lisions de féroces attaques dans Le Devoir— avec quelques camardes, nous parlions de monter à Québec avec, oui, un revolver. Romantisme de nos quinze ans ! Un copain, fils de gendarme, en possédait un. Nous nous voyions, pauvres naïfs, en héros louagés, des justiciers promis à la gloire des libérateurs ! On gueulait : « Il faut venger le peule soumis et abusé, il faut agir, assez des vains parlottages, vite, passons à l’action. Puis, réalité incontournable, vint le temps des examens, alors nous remettions cet ouvrage « mortel » à… plus tard. Salut amis Lemay, Jérôme, Laurence ! Candeur : ce « coup » planifié était évidemment de « salut public ».

De tous temps, des jeunes gens généreux songent à gravement hypothéquer ainsi leur venir. C’était bien avant les terrifiants très jeunes « kamikazes » en Palestine ou en Irak. Nous avions le plus grand respect, de l’admiration pour les terroristes. En Israël bafoué du temps de « Begin-le-tueur », le terroriste de la cause sacrée. Ou du temps du valeureux Jean Moulin en sa fabuleuse « Résistance française » aux occupants boches. Nous chantions volontiers : « Ami… joue du couteau, de la grenade… tuez vite, entends-tu dans la plaine les noirs corbeaux… » Tuer était la solution. Le poète Rimbaud, presqu’un enfant, souhaitait tuer lui aussi, arrivant tout feu tout flammes » de ses tranquilles Ardennes et plongé volontairement dans la terrible Guerre de La Commune, 1871. Savait-il bien que la police infiltrait partout ces révoltés de Paris, qu’ils étaient nombreux à se « déguiser » en révoltés ? Il y a la prévention normale et il y a « les policiers provocateurs », un fléau.

« À C’T’HEURE ON FAIT PEUR AU MONDE ! »

Parlons de « L’industrie —c’en est une— de la peur ». Petit enfant, il y avait une grande peur et mon papa pieux ne cessait de nous faire peur avec les horribles communisses : « C’est l’ApocaLypse ! » Le despote Duplessis avait fait son job d’intoxication des esprits. Puis, à l’adolescence, s’amena chez moi une autre grande peur : les bombes atomiques. S’il faisait trop froid ou trop chaud, s’il y avait tant de guêpes ou trop de maringouins, papa : « Ça mes enfants, c’est les bombes atomiques ! » Voici la nouvelle peur régnante : le réchauffement de la planète.

Tout le monde est pour la vertu, moi comme les autres nous aimerions ralentir ces émanations gazières dans notre atmosphère. Mais nos modestes actions et autres moyens sont une risée. Hélas le plan-Kyoto est une farce (selon Allègre) et nos efforts sont vains : la Chine —et l’Inde bientôt— réduira à néant notre infime « bonne action ». Phénoménale industrialisation à l’horizon. La Chine sera sous peu une fabuleuse puissance, tout le monde en convient, elle va polluer « énormément ». C’est son tour non ? Allez donc recommander là-bas que cet empire en essor cesse ses progrès, reste planté dans ses retards ! Reste à investir mais sérieusement dans des remèdes efficaces. Dont les véhicules mus par électricité ou énergie solaire, éolienne, etc.

J’achève de lire un « roman » excitant, le récit réaliste de l’état actuel du monde. Un homme de science (ex-ministre de l’éducation en France), Claude Allègre, raconte lucidement ce qui se passe. Il n’a rien des preachers du nouveau clergé écologique. « Le défi du monde » (Fayard éditeur) indique la voie à des solutions optimistes. On y fustige les noirs sermonneurs à la mode, les Cassandre de métier, les prophètes de malheur qui font florès. Les médias raffolent des catastrophes appréhendées, ça fait va vendre de la copie. « Le défi du monde » qui enrage « les industriels de la peur » est un instructif dialogue, celui d’Allègre avec Denis Jeambard, essaïste et directeur du magazine L’Express en France. Exemple : le fameux José Bové « pro-retour-à-la-terre », y est dénoncé avec des chiffres, des faits, surtout de la science, comme un dangereux ignare, un inoffensif candide ! Sans verser dans l’optimisme béat, sans négliger certains dangers réels, Allègre montre sa confiance —inaltérable— dans les recherches des scientifiques. Que cela fait du bien en ce temps de catastrophisme à tout crin.

« Une nouvelle religion » prolifère donc ces temps-ci avec ses curés payés —subventionnés—pour nous faire trembler du haut de leurs chairs laïques. Morbides masochistes, curés dont le moto est : « À soir on fait peur au monde » . Pour palier à cette psychose actuelle, le duo affirme qu’il n’y a, mais oui, qu’un seul remède fécond : investir dans la recherche. Le populaire Pierre Foglia publie que « nous, consommateurs gavés » devenons de fieffés hypocrites « au bord de l’hystérie »; embarrassé comme nous tous par la mode « interdictions », il affirme que la seule santé à préserver est « la mentale ». Vrai.

Un nouveau Marc Labrèche devrait-il crier « La fin du monde dans deux minutes » ? Oui, si on en croit des savants atomistes (ceux du B.A.S). En 60 ans, ils ont changé l’heure de « la fin du monde »… 18 fois ! Pénibles Cassandre, ils disent maintenant : « C’est dans deux minutes à notre horloge du temps humain. » Et-ce lubie, leur enfermement à eux ? Les bombes atomiques (ô vieux papa, es-tu content ?). La menace —l’Iran, la Corée du Nord— c’est le seul sujet de leur panique ciblée ! Roulez les presses, approchez cameramen et preneurs de son : on va vendre de la copie ! Il sera donc minuit bientôt… docteur Folamour ?

Êtes-vous tannés, écœurés, de ces noirs sermons ? Alors lisez « Le défi du monde » , découvrez la saine confiance en l’humanité, en ses novateurs savants, chercheurs trop lents bien entendu. Écoutez la certitude raisonnable (optimisme, confiance) de ces deux hommes : « Oui, les hommes —de science— vont résoudre les graves problèmes actuels, tout comme ils ont su régler tant de problèmes effroyables (maladies graves etc.) par le passé. » Ces auteurs, ennemis de la sinistrose ambiante, disent bien notre oubli désolant de ces graves menaces pourtant abolies à jamais— celles des tempos passés. Un seul exemple, ils affirment avec raison qu’il n’y a jamais eu si peu de « morts au combat » actuellement. Un fait têtu. Songeons au siècle précédent avec ces dévastatrices tueries incroyables lors des deux grandes guerres. « Le défi du monde » fait donc défiler les succès, des progrès inouïs. Extrêmement bien informés, Allègre et Jeambard, n’ignorent rien, ni de l’Irak ou du Darfour, pourtant ils savent « raison garder», parviennent à nous purger de la bêtise de croire que nous sommes tous fichus. Optimiste de nature, je dis : Grand merci !

UN VISAGE DU RACISME ?

J’écris en écho au sujet de « notre » racisme sondé avec un amateurisme grave par la firme Léger et Léger. Il y a une douzaine d’année, grand ramdam dans nos paroisses :voilà qu’un hebdo de Miami moquait cruellement les nôtres en long séjour hivernal rituel. Nous lisions : « Qui sont tous ces Quebecers ? Tous, des grosses bedaines buveurs se goinfrant de bière ». Un gros titre raciste ? Avec des commentaires méprisants. Ce fut, au pays, la réaction viscérale. Un scandale.

En 1993, commentateur le matin avec Arcand à CJMS, la direction m’expédie dare-dare et illico…là-bas, tous frais payés. Durant une semaine d’hiver je faisais au micro, chaque matin, un rapport objectif des « blessés ». Tout en devant constater —oui ou non— « les bedaines » et les flots de houblon ! J’en profitai pour me faire bronzer chaque fin d’après-midi. Évidemment je fis mon pèlerinage et à Hollywood (Fla) et à Sunny Island, deux lieux chéris des nôtres..

Habitué de Fort Lauderdale plus au nord et de St-Peterburg, à l’ouest de la péninsule bien-aimé des frileux « early birds » —du côté du golf du Mexique—, je constatais quoi ? Deux ghettos. Oh oui, à Hollywood surtout, vous êtes tout à fait au Québec, pas un mot dans la langue de Shakespeare. C’était étonnant. Chez ces aînés —pour la plupart— je vis certes des bedonnants en masse mais aussi des sveltes, des « en pleine forme », et nulle part, la bière coulait à flots. Dans des sacs, des frigos, beaucoup de vin blanc ! Du rose pétillant aussi ! Et des « en cas » faits d’autre chose que hot-dog, hamburger et pizza. Nous mangeons mieux. Sur ces belles plages, la pétanque rivalisait avec le shuffle board !

Questionnés, mes objets de caricature rigolaient volontiers du fameux article diffamateur. Calepin aux doigts, je questionnais : « Racisme ? » On me dit « Oui, certainement. » Dans des villages de « campers », de « mobil homes », même humour. Mon séjour me fit prendre des notes en vue d’un roman qui allait se titrer : « Pâques à Miami », un bon succès de librairie (Lanctôt-éditeur). Dans ce récit baroque, folichon, j’en profitai pour décrire la joie, de « vivre l’hiver » à la bonne chaleur floridienne. C’était une réalité tangible : LE BONHEUR ! Avant le Mexique ou Cuba et la République, je viens de lire que « Miami et alentours » sont toujours le premier choix de nos migrants saisonniers. On peut y aller avec sa voiture et « ses petites affaires familières », avantage certes quand on s’exile des nos « frettes noères » pour 4 ou 6 mois.

Il y a la radio et la télé française, il y a même un hebdo en français là-bas et j’y allai pour constater les dégâts. La calomnie ? Bof ! On en riait sous cape. Il n’y avait qu’au Québec —chez ceux qui n’y vont pas— pour tant s’émouvoir de ces attaques-à-nation. Pas loin de mon « chic » motel Monaco, se dressait sur le sable un gargote fort sympa, « Chez Suzanne». Une jolie fausse hutte avec bar, tabourets et banquettesé À l’ombre, ingrédient apprécié. Que de joyeux lurons. Ma foi, j’étais sur la Cannebière et Marcel Pagnol aurait beaucoup aimé cette ambiance de joyeux drilles devisant sur tout et sur rien avec au juke-box, nos chansons populaires ! Bref, oui, mas oui, ce Miami-là était une sorte « d’annexe » du Québec. Me faisait me souvenir du Old Orchard des années 1950 quand j’y allais.

Tout cela pour dire que le racisme a mille visages. Mille formes. Partout, même à Miami. Ainsi, promenez-vous —comme je le faisais souvent quand deux de mes petits-fils y trouvèrent un logis pas cher— sur Queen Mary Road. À l’ouest de notre Oratoire. Vous aurez l’impression pas toujours désagréable de vivre « ailleurs ». Des anciens du quartier grognent un peu. Tenez, un ami parisien, bien intégré ici, revint d’un séjour à Paris, côté Canal Saint-Martin: « B’en, mon vieux, ce n’est plus ma ville ! Il n’y a partout que des Arabes du Maghreb ». Il était déçu. Il n’y a que deux vérités : oui, trop des nôtres s’aplatissent, Mario Dumont dixit. Oui, il faut abolir le multi-culturalisme de Pet installateur de ghettos —Londres nomme cela « le communautarisme » regretté..

J’ajoute enfin que s’il y a des tas d’effets formidables à se frotter à d’autres us et coutumes, c’est l’intégration normale et favorisée qui fera disparaître le relatif racisme (soft) de nos gens.

LISÉE EN ZOLA QUÉBÉCOIS !

(une lettre ouverte de Jasmin 🙂 


        L’ancien jeune conseiller de M. Parizeau vient de publier « J’accuse… Dion », —in « L’actualité », dernière livraison— une charge « épormyable ». Absolument cruelle. Abondamment cinglante. Contre qui ? Contre le tout nouveau chef des Libéraux d’Ottawa, M. Dion. Un papier rageur ! Incroyable dans un magazine « light » et « smooth » d’habitude. Diable ! Patron et direction acceptèrent donc de publier un tel brûlot ? Le chef Dion, à lire Lisée, c’est « le diable-en-personne » pour les Québécois !    

       Est-ce que l’ordre nouveau est « Faut faire ré-lire Harper ? » Oui car on sait bien que le monde des affaires (magazines compris) est favorable à « moins de gouvernement », « moins de règles ». Ceci explique cela. Et vas-y bon chien Lisée : attaque ! Mords-le ! Lisée —fait-il semblant ?— montre une ignorance crasse car M. Stephen Harper, et bien avant Dion en ministre, fut le très farouche héros du « Québec-bashing », l’anti-Québécois —sauce Alliance, sauce Reform Party, il fut anti-loi-101 par exemple, « anti-tout » ce qui pouvait satisfaire le « bon-ententisme » nationaliste des fédéralistes québécois.

        Oubli ou calcul ?

        M. Dion, sous Chrétien, fit installer sa funeste loi dite « de la Clarté » comme en suivant les arguments de M. Harper, visiblement c’est ce dernier qui l’inspirait. Assez de la « courte mémoire ». Il n’y a qu’à retrouver les déclarations du Harper d’avant sa chefferie, c’est facile pour tout journaliste, ça date d’il y a pas bien longtemps. On verra si j’ai tort de sortir mon lapin. À y réfléchir, l’on craint fort que notre Zola-le-petit, avec son agressif  « J’accuse… », a voulu complaire aux entrepreneurs, marchands, commerçants tous azimuts. Ah ! Tous très heureux avec ce régime (fragile en ce moment ) de l’anti-État. Or, l’État est le seul et unique rempart actuellement, et partout en Occident, contre les méfaits d’une globalisation néo-capitaliste sauvage. Face à ce dangereux « moins d’État » sauce-Harper, il faut s’écrier « Vive Stéphane Dion ! » Chassons du pouvoir fédéral le plus tôt possible Harper-le-bleu, apôtre zélé de l’ultra-conservatisme, de la totale liberté commerciale. Il en va de notre épanouissement démocratique, citoyens des classes moyennes. Certes, le chef des « Cons-serviteurs » a mis une sourdine (trompeuse) à sa pensée profonde et à sa croyance politique d’il y a pas bien longtemps; pourquoi donc ? Pour garder (et agrandir)  son pouvoir. Ensuite il entreprendra son action. Mais c’est un leurre, de la frime.

Claude Jasmin

écrivain, Sainte-Adèle