« GRANDES GUEULES » RECHERCHÉES

Il y a un manque tant on slaque vite à la télé les tribuns désaxés. Un matin, j’ai dit « non » par téléphone à un nouvel appel de la télé de TQS, encore une fois l’on m’invitait à « gueuler » en ces débats d’après les nouvelles. « Non merci ! », car j’y voyais de l’artificialité. Amateur de polémiques depuis très longtemps, je me sentais installé sur une liste-maison à « grandes gueules » Ma peur ? Celle de devenir un autre gueulard « automatique » et peu importe le sujet, le vrai fond d’une querelle. J’avais assez donné. Toujours, je me souviendrai de cette recherchiste —pour TVA chez Cazin peut-être?— qui osa me dire : « M. Jasmin, un p’tit effort, je suis mal prise, j’ai personne pour débattre le « contre », soyez donc si-ou-pla, « contre l’avortement ».

Mon refus net d’y aller, bien entendu. À la radio, les Pasco et Proulx —moins criards et plus mesurés que les sinistres Arthur et Filion de Québec, aujourd’hui congédiés des ondes publiques— furent des pionniers en cette matière. La télé s’y est mis depuis quelques années. Je tiens comme absolument essentielles deux valeurs : l’indignation et l’admiration. Or, au domaine des querelleurs « de service » il n’y a que « l’indignation de « commande »; je ne mange plus de ce pain-là. Denise Bombardier a raison certes, la faculté de s’indigner manque trop en notre population frileuse et craintive face à ses droits.

Reste que la faculté de s’émerveiller n’est pas moins importante. C’est aussi, hélas, la grande absente; les médias s’excitent pour —surtout— ce qui va mal. Essayer de contacter un du monde médias et proposer: « Pourrait-on, en un panel, aller vanter en ondes les grands mérites de X. Ou de Y ? Leur valeur singulière, leur effet positif sur nous tous ? » Ce serait : Niet ! Rarement peut peut-on lire (presse), entendre (la radio), voir (la télé) des éloges à propos d’un progrès formidable. Lisez les « lettres ouvertes », que de farouches revendications de tous ordres. Y compris l’ordre folichon. Un monde de râleurs ? Hélas, oui. Et je ne suis pas sans péché là-dessus mais j’ai fini par mûrir, me lasser de cette position de « gueulard à tout crin ».

La foule aime ce genre de cirque ? Sans doue, il n’y a qu’à voir la tête heureuse d’un Guy Lepage quand lève une chicane en son studio des dimanches, il sait bien que le lundi, la querelle fera des manchettes et, partant, sa publicité. Ainsi on a pu observer l’amertume d’un Gilles Proulx aux « Francs-Tireurs » causant, tout navré, d’avoir été « jeté » par TQS —quand il dérapa à propos d’une jeune victime de viol. Que dire du cas lamentable d’un psy Mailloux, révélant une étude-bidon sur la génétique débilitante des Noirs ? Plus récemment, quoi penser de cet ex-maire de village, Gendron, qui injuriait bassement une jugesse qu’il déteste viscéralement.

En ce domaine des débats publics, il reste, à T.Q, avec Marie-F. Bazzo, ce forum civilisé avec plusieurs voix à ses micros et caméras. Dans l’affaire des « passe-droit » aux migrants à confessions multiples, un Paul Arcand s’entourait, lui aussi, d’une pluralité de voix discordantes. Ce qui fit un « moins bon » show forcément mais qui donnait de l’espace médiatique à tout le monde. Qui osera offrir un spectacle d’idées en disant au producteur (de radio ou de télé) : « Ce serait une table d’invités pour louanger unanimement telle découverte ou tel grand succès, telle réalisation importante ». Au panier et vite ! La foule sentimentale (cher Souchon) aime davantage les monstres, la foire d’empoigne.

Pour une meilleure « crotte d’écoute » il n’y a proclamer : « Ce soir, ne manquez pas à notre antenne, la rencontre explosive de quatre —ou six ou huit— très farouches « anti-Céline Dion », elle ou toute autre vedette incontestable. Les gradins se rempliront rapidement. Ou vous annoncez : « Débat public : pour et contre… », choisissant un sujet ultra hot car la démagogie contient un vaste choix de sujets. Bémol très embarrassant pour ces entrepreneurs en cirques et foires foireuses : très difficile d’embaucher de ces « gueulards candides », c’est ce qui fait que le public voit —et revoit— toujours les même la même dizaine (à peine !) de binettes. Ce court cheptel trop familier achève actuellement d’enfin comprendre : une réputation factice et encombrante. Aux foules abusées, on n’ose pas avouer que cette sorte de clowns se raréfie. Le bouffon des ondes, le canon-lousse, prend conscience, lui, qu’on l’utilise et qu’on le jette comme un vieux mouchoir sali dès sa première dérive.

Je refusai donc de jouer plus longtemps car j’ai le sens du ridicule. On ne me prendra pas, par exemple, à m’exclamer aux côtés de Madame Thibault : « Que le chef élu, André Boisclair, démissionne tout de suite pour avoir osé jouer le coco à la fictive tente de Bush et Harper ». Jadis un dadais, éditorialiste à Québec, écrasé ensuite par le ridicule, fermait sa semonce écrite par : « Et que Kroutchef se le tienne pour dit ! »

Pour moi : e finita la comedia !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *