« GO NORTH, YOUNG MAN ! »

Actualités : la Rupert à dompter. Contre péage chérant au autochtones. Des écolos pur et durs y vont de la niaiserie du retour au sauvage, ces « anti-progrès » bêta ! Montent en moi des souvenirs : Fin d’hiver, 1993, l’aéroport de Dorval, à 52 ans, mon premier voyage au Grand Nord. Dire qu’il y a longtemps l’intrépide, le vaillant Québécois, D’Iberville, y voguait toutes voiles dehors. Pourquoi ce séjour ? Là-haut, ce sera bientôt l’inauguration des turbines gigantesques. Dernière chance donc pour voir « les entrailles du monstre » car inondation totale sous peu en ce site de la rivière La Grande.

Notre hâte à toute l’équipe du CJMS-des-matins avec Arcand en jeune anchorman. L’avion fonce dans les nuages, au dessus de Rouyn, reste quoi ?, la distance Montréal-Gaspé. Radisson, tout le monde descend. Un froid vif en ce vaste paysage de toundra arctique. DE chétives collines aux quatre horizons. Des forêts, ici et là, d’épinettes chétives. Vaste silence de cette contrée aux allures sibériennes. Une « familiale » nous conduit au célèbre barrage.

Bientôt, tout recommencera avec le harnachement de la Rupert, il y aura flottes de machineries, dynamitages, travaux gigantesques, une armée de travailleurs y dénichera des emplois.

On nous offre de visiter d’abord un village tout neuf —puisque l’on y a déménagé des amérindiens (Cris) d’une île inondée ! Coups frappés, rideau pour à LG –2. Voir donc Chisasibi : plein de neufs petits cottages avec au seul carrefour, un mini-centre commercial. Un « magasin général » au désordre « général », les fournitures offertes sont en tas, empilages au sol ! Des tablettes restent vides. « Eh ! C’est leur culture, ce bric à brac informe, que voulez-vous ? », dit note guide. Dans les petites cours-arrière, des tentes typiques, inutilisées. « Eh ! Un relent de nostalgie », dit le guide. Peu de gens dans ces quelques rues : « Ils sont tous partis chasser et pêcher, c’est une bonne saison ».

Retour aux bâtiments de la centrale et visite, dehors, de ce très « pharaonique escalier » en paliers pierreux et bétonnés par où vont s’engouffrer les eaux. Je suis bouche bée devant cet ouvrage inédit. Nous descendons sous terre, découverte d’une vaste cathédrale, lieu inouïe ! Examen de ces machines à changer l’énergie en courant électrique. Ce temple gargantuesque sera donc le ventre invisitable du monstre.

Nous sommes tous très silencieux, l’ouvrage humain de ces ingénieurs québécois force le respect. Allons manger : immense cafétéria pleine de travailleurs de tous rangs, je songe à Marc Barrière, mon gendre et webmestre ( claudejasmin.com) jadis « ouvrier d’occasion » ici, lors des travaux premiers. Je songe aussi à la formidable chanson de Georges Dor, classique inoubliable : « Si tu savais comme on s’ennuie… »

Nous constatons une gaieté brute chez ces hommes. Une sorte de joie brouillonne se ressent au-dessus de toutes ces têtes… en train de manger, des cris fusent, de joyeuses interpellations, des rires gras, l’impression d’un camp de robustes scouts au dynamisme palpable. L’impression d’un boulot accompli dans un plaisir palpable par ces « exilés », heureux du gagne-pain, providentiel sans doute pour plusieurs, la promesse tenue de feu-Robert Bourassa !

Nous dormirons dans des sortes de maisons mobiles étroites mais pourtant garnis de toutes les commodités ordinaires. En fin de journée, excursion —cannes à pêcher fournies— sur la rivière, en canots automobiles avec faciles prises de truites pour la plupart ; ce fut comme un fable évangélique : ça mord sans cesse. Nous mangerons ces poissons frais, à faire frire le même jour, à la cafétéria. Il y a, voisin, un grand bar-café, musique tonitruante, hélas, comme partout désormais et encore leurs cris et leurs rires. Très peu de femmes de ce côté du monde, elles sont courtisées, fleuretées, appréciées et… tiraillées. Tant de mâles !

Au petit matin, tribune ouverte, nos micros, haut-parleurs installés, l’équipe d’Arcand diffuse pour les montréalais et les commentaires en ondes pleuvent. J’y vais d’une ode descriptive emphatique. Ampoulée ?, inévitablement, vu ces inhumaines installations en une contrée exotique pour nous. Ce fou bouleversement —dire aussi « « bousculement »—, « anti-naturaliste » forcément et si loin, bien loin de nos « navigateurs en fourrures », ces pionniers.

Voyage terminé, retour à Radisson. Beaucoup de Cris, ils voyagent beaucoup dorénavant. C’est notre retour vers notre civilisation, ordinaire. avec, dans mon cœur, les souvenirs gravés à jamais de ce Grand Nord. là où les hommes venus des grandes villes osent mettre la sauvagerie au service du sud, de nos conforts urbains. C’est en imaginant la Rupert endiguée, —domptée à son tour— que m’est revenu en mémoire cet album d’images ineffaçables.

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