TOUTE VIE EST UN ROMAN ?

« Toute vie est un roman ? », c’est le titre d’un de mes bouquins récents illustrant un dialogue que j’entreprenais avec ce que j’imaginais « une simple ménagère » et qui se révéla une femme d’esprit, brillante, pétillante : Michelle Dion de Sherbrooke. Vers 1988, j’avais songé à me faire l’éditeur de « récits vécus » car je venais de lire, émerveillé, la vie de Marguerite Lescop, une femme vaillante et étonnante. J’ai toujours aimé « l’art naïf ». Je sors tout juste de la lecture d’une sorte de gros album titré « Je ne fais que passer », signé Jean Tremblay. Un comptable retraité habitant maintenant le Sommet Bleu. Tremblay prouve encore une fois que, mais oui, « toute vie est un roman ».

Une proche voisine, infirmière retraitée, Raymonde Lagacé, racontait sa vie, il y a peu de temps. Je lui fis, avec plaisir, une préface. Pimpante autobiographie illustrée par son album de famille, une captivante fresque d’éphémérides. Ces livres d’amateurs ne jouissent pas d’une grande diffusion mais on peut imaginer facilement « le trésor » que c’est pour parents, amis et voisins. Désormais, et cela va aller en s’agrandissant, suffit de quelques cours de création littéraire —qui pullulent— et plein de gens auront ce désir —besoin viscéral ?— de narrer l’itinéraire de leur existence. Avec courage —il en faut— celui de raconter aussi les échecs, les chagrins, gros et petits, les moments sombres d’une vie. De tels récits intimes captivent un public restreint forcément. C’est une sorte de « testament » qui n’a pas de prix pour les descendants.

Jean Tremblay a grandi dans mon cher Villeray, puis, diplômé comptable, il ira s’installer longtemps sur la Côte Nord. Quand Baie-Comeau se transformait en centre industriel suractivé. Ensuite, couple Tremblay qui se fracture, ce Jean devient « père monoparental », trois jeunes garçons. Il revient « en ville » pour faire une deuxième carrière à Hydro-Québec. L’Adèlois qu’il est devenu maintenant parsème son récit d’anecdotes, les unes inévitablement banales mais d’autres fort piquantes. Arrivé au « grand âge », il reste un sportif solide et un voyageur curieux, aussi un nouvel amoureux comblé.

Nous lisons —moi par le hasard de ma biblio Claude-Henri Grignon— un tel récit par une curiosité d’abord ordinaire. Et voilà qu’ici et là on se sent concerné. Une situation cocasse nous frappe, un désagrément nous captive, un moment de bon bonheur nous ravit. Ainsi nous pénétrons dans l’intimité d’un inconnu et nous constatons de nouveau que « tout vie est un roman ». Des milliers de Jean Tremblay ont vécu cette sorte d’existence, c’est entendu, pourtant celui-ci décidait de « coucher tout cela sur papier » et y a mis aussi (on est en 2007) des tas de photos personnelles. Voilà un autre « conte de la vie ordinaire ». Cette vie que l’on sait fugace, qui file à toute vitesse, que l’on sait « condamnée à une fin ». Terrible loi commune, seule justice immanente ! Avant de « partir », terrible fatalité, une telle narration d’un quidam, d’un loustic, forme un pan de plus pour savoir d’où nous venons les uns les autres. Tant de ces récits finiront par former un patrimoine utile, immense mosaïque. Les archives populaires des nôtres.

Comme nous aurions aimé —moi en tous cas— pouvoir lire « la vie » d’un papa décédé(le mien mort en 1987), celle d’une maman (la mienne née en 1899). Ces chers « disparus » hélas dont on cherche vainement à comprendre de quoi fut faite leur vie. Enfant, jeune fille, jeune mère.

Hier encore, j’examinais, scrutais, des photos anciennes de ma mère, jeune fille, —de « studios » parfois. Je tentais, un peu vainement, d’imaginer ses sentiments… une moue, un sourire, une attitude bizarre ou un décor naturaliste, une robe sophistiquée, un lieu inconnu de moi. Tous nous tentons de relier, de rallier, les maillons de notre chaîne génétique, non ? Pour ses proches, cet album de Tremblay titré « Je ne fais que passer »
fournira des explications, des arguments, les motifs de tel virage, de telle décision, de tel ou tel important moment. « Un homme parmi les hommes » (Sartre) décide de publier —souvent à compte d’auteur— le circuit de son existence et voilà des enfants, des petits-enfants qui auront un fameux grimoire. Pratique pour…se souvenir. Avec les progrès de l’imprimerie moderne et ses facilités inouïes, il est devenu relativement facile de constituer de telles précieuses archives familiales. Que l’on en profite. Lagacé ou Tremblay, tant d’autres, décident donc de laisse des traces, vieux manège connu depuis les âges antiques, ce besoin intense de poser sa main sur un mur de la grotte (à Lascaux). Mieux, voici des visages, des sites, des sourires et des rires, des compagnons, des amitiés, voici le vitrail illuminé au grand complet, tout cela qui dit : « j’ai vécu ». Comme on lisait jadis sur un mur de sa ruelle : « Kilroy was here ».

SUR L’AIR : « À SAINTE ADÈLE, P.Q. »

Le village natal du célèbre avare de Grignon semble « magique », il a donné de bien jolies chansons. De Félix Leclerc à Ferland. On ne compte plus les artistes qui l’adoptent, jadis comme de nos jours. C’est au coin du resto Le Petit Chaudron qu’un génie unique en paysages fauvistes, fit une chute gravissime, tomba de son vélo chargé de toiles vierges, garni de pinceaux et de boites de tubes. Marc-Aurèle Fortin, venu de Sainte Rose, hélas, refusa tout examen. Séquelle, dit-on : il se fera couper une jambe !

C’est à Sainte-Adèle que LaPalme, peintre et caricaturiste, composa une fresque inouïe sur le bitume, de haut en bas de la côte Morin. Étonné, le Times de New-York en publia la photo ! Dans les années 40 et 50, Sainte-Adèle contenait un Centre d’art actif avec (pour adultes et jeunes) cours de peinture, de céramique, de danse et de théâtre. Et concerts. Et un « salon du livre » dans le curling du Chantecler. C’était un village vraiment magique.

Les temps changent. Je lis les excellents billets de Pilote —« Génération fuckée ? »— et Dallard —« Les imbéciles » invincibles, mes jeunes collègues sont fort inquiets, à raison, des noires « fresques » télévisées illustrant une certaine jeunesse. Des trentenaires, filles et garçons, d’une irresponsabilité sociale navrante et puante, « Les Invincibles » et « La Galère ».

On en est rendu très loin de mes portraits candides de « La petite patrie ». Quel beau grand progrès ! L’autre matin, filant vers mon « Le Calumet » du bas de la Morin pour tabac et journaux, je vois à des coins de rue, de nos ados néo-punks aux déguisements de voyous. Ils attendent, sac au dos, leur autocar jaune pour l’école secondaire, tristes silhouettes qui font mal aux yeux du « vieil homme », on le comprendra. Un autre matin, cortège d’écoliers qui grimpent la Morin derrière une jolie prof souriante. Enfance heureuse, où vont-ils, visiter ma chère école hôtelière de la rue Lesage, ou aux locaux à loisirs sous l’église ?

Ces binettes d’enfants réjouis doivent-elles obligatoirement se muer en caricatures dès la fin du primaire ? Par besoin grégaire bête ? Mode funeste. ET, plus tard, deviendront-ils des jeunes hommes « cons invincibles », des jeunes femmes désaxées en « Galère » ? Une chroniqueuse (M.-C. Lortie), elle aussi, se pose de graves questions. Comme tout le monde elle observe ces fillettes à peine pubères qui s’affichent en précoces « guidounes ». De jeunes allumeuses invitant des pédophiles ? Lortie n’arrive pas à comprendre —et le vieil homme donc !— la lâcheté des jeunes parents actuels qui acceptent ces singeries si désolantes, lamentables; c’est le vol d’enfance ! « Quoi ? Les temps changent », me dit l’indifférent. Il n’aime pas l’enfance, c’est clair. Interdire :un mot nazi ! Tolérer : le mot de passe. À Sainte-Adèle P.Q. comme en métropole, règne donc l’entretien du fatal jardin engraissant des futurs « Invincibles » et des « Galériennes » déboussolés. Tristesse.

LA PAILLE ET LA POUTRE

(lettre ouverte)

Un jeune écrivain, Patrick Senécal (croisé en Salons du livre, fort sympa), se dit scandalisé (avec raison) par le voyeurisme éhonté des reality-shows. Or, un article sur sa récente ponte nous apprend que le « scandalisé » fonce dans les obscénité les plus crasses, insurmontables quasiment, laisse entendre l’interview ! Bien curieux cette façon de juger un secteur de la télé people dégradante et d’apprendre que son bouquin nouveau glisse dans une sorte d’appel à un voyeurisme pas moins dégradant.

Pour s’attirer à tout prix un gros lectorat, un auteur a le droit (son choix) de patauger dans le morbide et la scatologie. Voici donc un jeune romancier qui tente de fustiger l’évident abaissement de certains concepteurs d’une télé pour jeunes participants pathétiques et voyeurs pathologiques. Qui fustige violemment les producteurs et les diffuseurs de ces grossiers spectacles et qui, volontiers, fait publier du polar à crudités féroces. À scènes burlesques, « à la limite du tolérable », me semble relever d’une hypocrisie ahurissante.

Quand on veut mettre sur le marché un ouvrage littéraire de cette sorte, on doit avoir la décence logique de se taire sur les actuelles dérives télévisuelles. Pour collaborer un peu efficacement au moindre assainissement des ondes publiques, un écrivain à intérêt à publier une rédaction à intrigue capable de participer à un humanisme minimum, non ?

Claude Jasmin, écrivain, Sainte Adèle.

LE ROCK : MUSIQUE OU BRUITAGE RYTHMÉ ?

(lettre ouverte)

Un vieil homme veut savoir. On trouve le mot —« musique »— à propos de rockeurs. Qui pourrait m’aider. Depuis longtemps je m’interroge sur cette musique (en est-ce ?) appréciée par mes cadets. Je viens à vous, écouteur attentif, respectueusement, j’espère la même chose de votre part. Hélas, je ne fus pas initié, jeune, à ce qui se dit « la musique sérieuse, la grande musique », ne me voyez donc pas en esthète.

Cette musique à « boom boom » qui se répand comme lierre n’est pas de la musique, pas à mes oreilles. Jeune adolescent, aimant danser, on en était —pour le « slow » collé— à Franky Laine et à Jonhny Rae. Et, pour remuer, au boogie-woogie. Une musique populaire « made in USA, mur à mur. Nos parents, eux, collaient aux « harmonies » des Rossi et Guétary, aussi aux Jean Lalonde et Fernand Robidoux. Ou Lucille Dumont.

Plus tard, apprenti-artiste, ce sera des découvertes —mais pas question d’un Elvis Presley. Vif attachement donc pour les surdouées : Brassens, Ferré. Surtout Brel. Avec de la poésie populaire, des mots audibles, des airs fameux. Sans l’enterrement actuel de la prose au profit des guitares électriques, des tambours. Il y eut aussi, notre fierté : le grand Félix Leclerc.

Cette « pop music », toute en français, nous suffisait, nous comblait. Terminés pour nous, enfin, les roses romances du fameux Corse de nos parents par trop sentimentaux. Nos étions des « modernes », nous ! Jeune adulte (années 60) mon jeune fils me fit découvrir les célèbres « Beatles » de Londres. Ses idoles. J’appréhendais un « début de la fin » de quelque chose. Désormais, la jeunesse irait-elle vers —de plus en plus— de bruitage. Adieu « ma » musique populaire ! Vous le savez ce sera l’invasion progressive de groupes fort bruyants, ceux d’ici compris. Au vieux Forum, un hasard m’amena à un concert —ce mot pour ça— de « Black Sabbath » : la découverte de…l’horreur. Nos jeune gens adoptaient donc volontiers le « bruitage », pas la musique.

Il y aura des pauses bienvenues tel « Beau dommage » ! Il y aura du rock « écoutable », une Diane Dufresne, une Marjo, avec de bonnes « tounes » aux mots qui importent. Voilà donc, en 2007, que l’on fête sans cesse ces bruyantes clabauderies, qu’on louange les juvéniles matassins, jeunesses pâmées, foules de mérétricules, fans à trépignements grotesques. Musiques de bruitages, tonitruantes le plus souvent. La chanson meurt ? Jeune homme, répondez-moi ? Ces amateurs à puériles succussions claquètent fort… mais leurs œufs me semblent si éloignés de ce qui se nomme « musique populaire ».

Avec le rap et le slam, on peut au moins entendre ce qui se dit. Que vous en semble ? Les publicitaires dociles —un Cormier ou un Brunet— de ce genre a-musical sont-ils tous essorillés ?

Les oreilles existent aussi pour entendre des harmonies, fussent-elles neuves et audacieuses. Le vieil homme s’interroge : va-t-il finir ce temps du bruit brut ? Reviendra-t-il le temps d’une poésie populaire forte avec des accompagnements musicaux adéquats et normaux ? Il y a si peu de Lapointe-aux-forêts,hélas !

Me direz-vous que je devrai attendre « la semaine des quatre jeudis » ? Rassurez-moi un peu, je vous en prie. Ai-je le droit d’espérer que, dans un garage ou un sous-sol de banlieue, un groupe jeune cherche à continuer, autrement certes, le beau genre de « Beau dommage » ?

Claude Jasmin
écrivain

« VISUALISER » OU SE « PRÉ-VOIR » ?

Julie Fréchette cause à la radio. J’écoute. Elle vante une technique de réussite : la visualisation. On doit être capable de se pré-voir. De pré-visualiser un fait rêvé, une réalité à atteindre et hop ! Miracle, cela se produit ! Je connais des adeptes de cette…philosophie (?). C’est si simple : suffit de se « pré-voir » donc. Une fidèle correspondante me dit : « Oui, c’est efficace, il n’y a qu’à désirer fort, très fort, une chose et vous l’obtenez ».

Or, aux Jeux Olympiques, tous les candidats aux médailles font sans doute ce rêve éveillé et, merde !, il n’y aura qu’un seul gagnant, on le sait. Qui gagne ? Celui ou celle qui a « pré-vu » le plus fort ? Je crois que le plus simple est de recommander aux rêveurs d’y tenir, d’y songer sans cesse, de s’y accrocher. Ainsi, certes, on peut croire que l’on se met des « chances » de son côté. Cela s’arrête là. La « visualisation » —« moi en lauréat »— relève autrement du monde des fétiches, du monde des légendes urbaines.

Quand un chanceux, une chanceuse, me dit qu’il n’est pas du tout étonné de sa chance, qu’il avait « prévu » par « visualisation » sa victoire (à quoi que ce soit), je me dis que, simplement, il y tenait mordicus, qu’il y pensait sans cesse. Rien de plus. Sa « visualisation » c’est du bidon. Dans des situations où il n’y a aucune concurrence —je songe à un grand malade, un cancéreux— si le rêveur est seul dans son désarroi, sur un lit d’hôpital, il est bien certain qu’un esprit confiant, positif, optimiste, rempli d’espérance forte, d’énergie mentale, aura de meilleures chances de guérir. En ces cas, oui, le désespoir, le « laisser aller », l’abandon passif à son pauvre sort, n’a rien pour faire advenir une guérison. Rien à voir avec la visualisation au fond. Tout à voir avec la volonté qui peut en effet influencer, changer, transformer un métabolisme. C’est une vérité constatée souvent.

Tout cela dit, il faut admettre un fait : celle ou celui qui « rêve » à un meilleur sort, qui jongle incessamment à un meilleur sort, ou à un destin qu’il cajole —« je veux absolument devenir peintre un jour, ou musicien, ou médecin »— fait bien de s’y accrocher, d’y penser avec ferveur. En effet, ce projet de vie, d’avenir, caressé sérieusement, jamais abandonné un seul instant, se réalisera fort probablement.

En résumé, disons que tout être humain qui a un beau projet, un plan chéri, un rêve d’avenir (prochain ou lointain), fait bien d’y tenir farouchement. Notre monde est rempli de procrastinateurs, de velléitaires, de personnes sans désir profond, sans grande confiance. Là est la réalité, hélas. Là se trouve le lot de tant de destins ordinaires, de sorts plus ou moins pénibles.

Nous entrons dans un sujet délicat :la plupart des jeunes gens sont élevés dans un climat de mollesse et l’on enseigne le plus souvent aux jeunes qu’il y a comme un fatum. La fatalité du « rêve pas trop », du « la vie n’est un sombre passage ». Existences de platitude comme inévitable, insurmontable. Cette bêtise, ce « né pour un petit pain » québécois qui a hanté nos prédécesseurs. Tout un peuple stigmatisé en « porteurs d’eau et en scieurs de bois », on s’en souvient. Doutons qu’un Laliberté (Cirque du Soleil), un Robert Lepage ou, au domaine populaire mondialisé, une Céline Dion, doit sa forte réussite à une simple visualisation, ce serait trop simple.

Ce qu’il faut enseigner, inculquer, aux jeunes n’est rien d’autre que ceci : « tu as un solide désir, tu entretiens un plan d’avenir, tu « rêves » très fort à tel ou tel domaine des activités humaines ? C’est bien, c’est primordial, il n’y a plus pour toi, mon jeune, qu’à t’y tenir et quasi férocement, à force d’attiser chaque jour ce desiderata, d’arroser cette plante précieuse —il y en a tant qui rêvent à rien, à rien d’un peu précis— tu parviendras un jour à la réalisation (au moins partielle) de ton rêve.

A-t-on assez fustigé le jeune rêveur ? A-t-on assez répandu l’idée sotte du « vois pas trop grand », « vise pas top haut » ? À maudire ce « garde les deux pieds sur terre » signifiant « lâche donc toute ambition, ou ce « la vie sur terre n’est qu’une vallée de larmes », cette niaise chanson d’un catholicisme venimeux et qui fit trop longtemps de notre société un troupeau de moutons dociles. On m’a reprocher, et souvent, de « faire rêver » des jeunes de mes alentours, c’était « une grave erreur de ma part », me répétaient des parents, des amis, des voisins. Quoi ? De faire luire un avenir potable, c’était un prêche dangereux ? Eh bien, je ne le regrette pas. La volonté tenace de certains jeunes fera qu’il y aura quelques élus à une vie pas trop moche. Ce ne sera pas des chanceux, non, non, ce sera des volontaires bien accrochés à un rêve accessible.

JUSTIN TRUDEAU EN ONTARIO ?

(lettre ouverte)

Le jeune Trudeau, qui a refusé la notion de « nation  » aux Québécois, veut gagner un poste politique ici au Québec. Diable ! Pourquoi ne se présente-il pas parmi les gens de l’autre nation, la seule selon lui ? Ses chances d’un avenir politique, c’est plus que certain, seraient bien meilleures. D’autant plus que les Canadians garent un souvenir d’ordre  » mythique  » de son papa. Ils voteraient volontiers pour le rejeton du  » Grand homme libéral  » bien-aimé, non ? Dans Papineau, ce nord-est de notre  » métropole nationale  » n’a rien de sûr pour le jeune négateur de  » la nation québécoise  » selon même Harper. Masochisme ? Inconscience ? Courte vue ?
Mystère en tous cas. Car dans Papineau il y a encore pas mal de nationalistes, la partie-Villeray par exemple. Non, vraiment, s’il veut poursuivre l’ouvrage fédérateur du père, le jeune  » aspirant politicien  » devrait vite abandonner son rêve impraticable et choisir un compté ultra-rouge-canadian. On a publié que son chef Stéphane Dion ne le veut pas en ses sûres terres rouges, il lui reste donc, n’importe où, dans le vaste Canada hors Québec. Québec où désormais le mot  » nation  » ne mord plus, jeune homme.

Claude Jasmin
écrivain
Sainte Adèle

DES FLEURS SUR DU FUMIER ?

(lettre ouverte)

Il faut donner raison en bonne part au Mario Roy de La Presse du samedi 17 février : oui, davantage de films ( de télé, de chansons, de théâtre aussi ?) pour davantage de films fameux. En effet, c’est une réalité, de belles fleurs peuvent surgir du fumier généreusement répandu. Il y a que ce fait têtu illustre donc que plus un pays fabrique des produits culturels, plus on y trouvera de « fleurs ». Ainsi, plus un pays est gros, riche, puissant en moyens de production, plus ce pays dominera ? Vous avez, de cette façon incontournable, l’explication de l’ahurissante force, par exemple, des États-Unis, envahisseur de tout l’Occident en culture populaire, régnant partout via ses bons films, chansons. La France, par rapport au Québec, jouit aussi du fait d’un grand pays aux capacités budgétaires incomparables avec le Québec.

Décourageant pour tous les pays « sans grands moyens » ? Non, car il y a des exceptions. Un petit pays peut devenir le maître d’œuvre admiré partout, sur le plan du… cirque. Utile de nommer cette exception ? Encore ? Un homme de théâtre, né dans une petite ville, Québec, devenant un modèle admiré en créations théâtrales originales, applaudies partout dans le monde :Robert Lepage. Ou une chanteuse, du village de Repentigny, qui parvient au faîte de l’univers féroce de la chanson populaire, connue par son seul prénom désormais.

Roy parle de créer « du foisonnement », son mot. Est-ce une invite à une sorte de gaspillage de fonds publics afin de voir surgir quelques forts talents ? Pourtant une série de nouveautés, en télé, cet automne n’a pas entraîner, hélas, un bien grand public, c’est connu. Alors quoi ? Il y a qu’il faut du talent et pas seulement le foisonnement. Alors, « tourner et tourner encore dans tous les genres et pour tos les publics » (Mario Roy) n’est pas une recette bien solide ma foi.

Claude Jasmin
écrivain
Sainte Adèle

LE ROCK : MUSIQUE OU DU BRUITAGE RYTHMÉ ?

(lettre ouverte à La Presse)

Hugo Dumas, un vieil homme veut savoir. Je vous lis toujours et je trouve votre mot —« musique »— à propos de rockeurs. Vous pouvez m’aider car depuis longtemps je m’interroge sur toute cette musique (en est-ce ?) appréciée par mes cadets. jeunes. Je viens à vous respectueusement et sincèrement et j’espère la même chose de votre part. Hélas, je ne fus pas initié, jeune, à ce qui se dit « la musique sérieuse, la grande musique », ne me voyez donc pas en esthète. Cette musique à « boom boom » qui se épand comme lierre n’est pas de la musique, pas à mes oreilles. Jeune adolescent, aimant danser, on en était (pour le « slow » collé) à Franky Laine et à Jonhny Rae et au boogie-woogie. Une musique populaire « made in USA, mur à mur.

Nos parents collaient aux « harmonies » des Tino Rossi et Georges Guétary, aussi aux Jean Lalonde et Fernand Robidoux. Ou Lucille Dumont. Plus tard, apprenti-artiste, ce sera des découvertes, pas question d’un Elvis Presley. Vif attachement donc pour les surdouées Brassens, Ferré. Surtout Brel. Avec de la poésie, des mots audibles, des airs fameux et sans l’enterrement de la prose au profit des guitares électriques et des tambours. Il y eut aussi, notre fierté : le grand Félix Leclerc. Cette « pop music », toute en français, nous suffisait, nous comblait. Terminés pour nous, enfin, les roses romances du fameux Corse de nos parents par trop sentimentaux. Nos étions de modernes, nous !

Jeune adulte, mon jeune fils me fit découvrir ces célèbres « Beatles » de Londres, ses idoles. J’appréhendais un « début de la fin » de quelque chose. Désormais, la jeunesse irait vers —de plus en plus— de bruitage. Adieu « ma » musique populaire ! Vous le savez ce sera l’invasion progressive des groupes bruyants, ceux d’ici compris. Au vieux Forum, un hasard m’amena à un concert —ce mot pour ça— de « Black Sabbath », la découverte de…l’horreur. Nos jeune gens adoptaient donc volontiers le « bruitage », pas la musique. Il y aura des pauses bienvenues tel « Beau dommage » ! Il y aura du rock « écoutable », une Diane Dufresne, une Marjo, avec de bonnes « tounes » aux mots qui importent. Voilà donc, en 2007, que l’on fête sans cesse ces bruyantes clabauderies, qu’on louange les juvéniles matassins, jeunesses pâmées, foules de mérétricules, fans à trépignements grotesques.

Musiques de bruitages, tonitruantes le plus souvent. Jeune homme, répondez-moi ? Ces amateurs à puériles succussions claquètent fort mais leurs œufs me semblent si éloignés de ce qui se nomme « musique populaire ». Avec le rap et le slam, on peut au moins entendre ce qui se dit. Que vous en semble ? Les publicitaires dociles —un Cormier ou un Brunet— de ce genre a-musical sont-ils tous essorillés ? Les oreilles existent aussi pour entendre des harmonies, fussent-elles neuves et audacieuses. Le vieil homme s’interroge : va-t-il finir ce temps du bruit brut ? Reviendra-t-il le temps d’une poésie populaire forte avec des accompagnements musicaux adéquats et normaux ? Il y a si peu de Lapointe-aux-forêts, hélas ! Me direz-vous que je devrai attendre « la semaine des quatre jeudis » ? Rassurez-moi un peu, je vous en prie. Ai-je le droit d’espérer que, dans un garage ou un sous-sol de banlieue, un groupe jeune cherche à continuer, autrement certes, le beau genre de « Beau dommage » ?

Claude Jasmin

Écrivain

L’ANIMATEUR ÉRIC SALVAIL EN VIEIL ENFANT PERVERS ?

Le racisme, peut-être pas inconscient, du jeune animateur Salvail restera une très sale tache, honteuse. À son émission « On a pas toute la soirée », ce fut le ramassis de vieux clichés : les Français puent, ne se lavent pas, etc., Ce fut un sketch navrant et insultant. Cette grave dérive visuelle illustrait des préjugés d’une niaiserie grave. Et nous méprisait, tous les Québécois montrés comme des êtres supérieurs à ces « maudits » arriérés au pays où naquirent Rimbaud, Hugo, Baudelaire…et les Curie. Il y a une sacrée marge entre les moqueries d’un Thierry Ardisson face à notre accent et ces insultes télévisées. « C’était de l’humour, à ne pas prendre au premier degré », répondra TVA. Fausseté qui indique que l’on ne sait plus différencier injures bien connes et l’humour sain.

Un peu plus tard, on lisait que deux ados de Beauport au Québec, écoliers en niveau secondaire, se sont attaqués très vicieusement à un troisième. Brûlures, coups à la tête et aux organes génitaux, etc. La presse disait : « Ils furent retirés de leur école, la police enquête, des accusations vendront… » Freud parlait des très jeunes enfants pervers comme naturellement. Ici, il s’agit d’adolescents ! Des Français lisant les échos de cette cochonnerie diront-ils : « Tous les ados Québécois sont certainement des malades mentaux ! » Est-ce ainsi qu’amalgames, préjugés et « clichés » circulent ? Bien entendu il pourrait y avoir de ces ados pervers partout, en France comme ailleurs. Reste que la télé dite de divertissement, ce dimanche-là chez Salvail, a glissé dans une boue de la pire bêtise. Comme à Beauport, TVA aurait dû punir et sortir de son école sordide Salvail et ses scripteurs.

Claude Jasmin
écrivain, Sainte-Adèle

19 ANS PLUS TARD !

Déménageant de la rue Cherrier, je venais d’arriver dans Outremont en mai 1986 et j’aimais bien certains voisins toujours vêtus de noir, avec des chapeaux… noirs. J’avais des camardes, des connaissances, quelques amis juifs sépharades, venus du Maghreb, parlant français donc. Aussi des ashkénazes. Mes nouveaux voisins, dont ceux du « semi-détaché » où je logeais rue Querbes, m’expliquait-on, était des « très pieux », à la lettre des « hassidim ». Bien.

Ce ne fut pas long que je constatai que ces gens « pieux » évitaient de se mélanger à nous, les « goys ». À l’extrême. Je veux dire, pas même les salutations de bon voisinage ordinaire —salutations que je formulais en anglais puisque la grande majorité de ces religionnaires passéiste, pourtant nés ici, ne parlaient pas ma langue. Bref, ils ne me voyaient pas ! J’étais invisible. Plus bête : leurs enfants ne devaient pas me parler, ni répondre à mes normales tentatives de les apprivoiser un tantinet. Au moindre de mes sourires, convivialité humaine banale, ils se sauvaient, me fuyaient, moi en pestiféré quoi, des gamins élevés en « petits sauvages ». C’était, volontairement, l’auto-ghettoïsation.

Je n’aimais pas ça, on le devine. Récemment à la télé, j’entendais Michel Côté, le comédien, raconter cette même horrible surprise quand il habitait rue de L’Épée. Après une année de vaines tentatives de « tout petits » rapprochements, carrément insulté, je fis un article. Je l’envoyai aux quotidiens d’ici. Refus de publier partout. C’était un sujet ultra tabou.

C’était avant janvier 2007 et la controverse actuelle. Du temps des dénis idiots, des silences malsains. Temps pourri de nos Tartuffe à « Recouvrez ce sein qu’on ne saurait voir ». Mais voilà qu’en novembre 1988, un hebdo d’Outremont (disparu aujourd’hui) accepte de publier ma vive protestation face à ce « séparatiste loufoque ». Oh la la, ce fut une vraie bombe alors que j’invitais des leaders hassidim de corriger cette situation malsaine. Dame Ouimet de La Presse, comme Sir Cauchon du Devoir, m’affubleront rapidement de l’étiquette infamante d’« antisémite » ! Cela fera aussi que des « pissous » du P.Q. du temps hésiteront à m’inclure comme aspirant-député du lieu. J’étais à leurs yeux un élément tout à fait indésirable.

Maintenant qu’on discute « séparatisme hassidim » partout sur les places publiques, avec grands reportages illustrés, vous pouvez imaginer comme je rigole. Il aura donc fallu attendre —pour un peu de courage et de liberté— une vingtaine d’année. 20 ans avant que les bien-pensants froussards se grouillent le cul. Pleutres, alors que nous formons 88 % de la population (chiffre récent de Lysiane Gagnon). Je répète qu’au départ ces chevelus et barbus « men in black » me faisait plaisir à voir qui déambulaient sans cesse dans nos rues, étoles au vent.

Je ne suis pas du tout réfractaire à l’exotisme, pas plus qu’à la variété d’individus dans une métropole. Ou dans un village trifluvien ! J’ai travaillé 30 ans à la scénographie télévisée du réseau publique parmi des créateurs de maintes nations où l’harmonie était de mise, c’était les Nations-Unis à la SRC. Ce cloisonnement surréaliste au cœur de la ville était nettement déplacé et j’avais titré mon article : « Y a –t-il un racisme juif à Outremont ? » Il y en avait un. Pour s’en convaincre il n’y a q’à lire la définition du mot racisme dans le petit Robert. Un chat n’était plus un chat, en 1988. La peur des mots. C’était une attitude de colonisés trembleurs indiscutablement.

J’ai payé cher il y a vingt ans, il y eut les simples moqueries mais il y eut aussi le mépris du « vilain raciste », les vicieuses attaques par mes contempteurs. Ils haïssaient la franchise. Qui, au fond, méprisaient ces gens « à part » et qui me grodaiwent disant : « Laisse les donc tranquilles. Nous, on fait comme eux-autres, on les regarde même pas. On fait comme s’ils n’existent pas, fais de même ». D’autres, antisémites camouflés, me disaient : « Bravo ! Enfin un qui élève la voix, eux et leurs cabanes à branches de cèdres, leurs grosses bagnoles, leurs flopées d’enfants encombrants. » Je fuyais ces vrais racistes trouillards.

Et puis, heureusement, le temps passa. Voici venu un mauvais moment, voici des réactions exagérées, la tempête xénophobe, les frayeurs injustifiées. D’une part, il y a ces « pères-noël », juges laxistes d’Ottawa aux permissions loufoques, d’autre part ce Mario Dumont « con-servateur » déphasé, exploiteur intéressé de ces turbulences. Enfin voici Jonh–fils-de-Red Charest, enterreur de problème. Il installe —pour toute une année— deux patients questionneurs en tournée. Il aurait été tout simple de produire un document officiel spécifiant très officiellement « l’État laïc », l’égalité des hommes et des femmes, etc. Non : c’est le politicien du « gagnons du temps ». Du « continuons à nous fourrer la tête sous le sable ». Des couards, des autruches, règnent à Québec.