LE ROCK : MUSIQUE OU DU BRUITAGE RYTHMÉ ?

(lettre ouverte à La Presse)

Hugo Dumas, un vieil homme veut savoir. Je vous lis toujours et je trouve votre mot —« musique »— à propos de rockeurs. Vous pouvez m’aider car depuis longtemps je m’interroge sur toute cette musique (en est-ce ?) appréciée par mes cadets. jeunes. Je viens à vous respectueusement et sincèrement et j’espère la même chose de votre part. Hélas, je ne fus pas initié, jeune, à ce qui se dit « la musique sérieuse, la grande musique », ne me voyez donc pas en esthète. Cette musique à « boom boom » qui se épand comme lierre n’est pas de la musique, pas à mes oreilles. Jeune adolescent, aimant danser, on en était (pour le « slow » collé) à Franky Laine et à Jonhny Rae et au boogie-woogie. Une musique populaire « made in USA, mur à mur.

Nos parents collaient aux « harmonies » des Tino Rossi et Georges Guétary, aussi aux Jean Lalonde et Fernand Robidoux. Ou Lucille Dumont. Plus tard, apprenti-artiste, ce sera des découvertes, pas question d’un Elvis Presley. Vif attachement donc pour les surdouées Brassens, Ferré. Surtout Brel. Avec de la poésie, des mots audibles, des airs fameux et sans l’enterrement de la prose au profit des guitares électriques et des tambours. Il y eut aussi, notre fierté : le grand Félix Leclerc. Cette « pop music », toute en français, nous suffisait, nous comblait. Terminés pour nous, enfin, les roses romances du fameux Corse de nos parents par trop sentimentaux. Nos étions de modernes, nous !

Jeune adulte, mon jeune fils me fit découvrir ces célèbres « Beatles » de Londres, ses idoles. J’appréhendais un « début de la fin » de quelque chose. Désormais, la jeunesse irait vers —de plus en plus— de bruitage. Adieu « ma » musique populaire ! Vous le savez ce sera l’invasion progressive des groupes bruyants, ceux d’ici compris. Au vieux Forum, un hasard m’amena à un concert —ce mot pour ça— de « Black Sabbath », la découverte de…l’horreur. Nos jeune gens adoptaient donc volontiers le « bruitage », pas la musique. Il y aura des pauses bienvenues tel « Beau dommage » ! Il y aura du rock « écoutable », une Diane Dufresne, une Marjo, avec de bonnes « tounes » aux mots qui importent. Voilà donc, en 2007, que l’on fête sans cesse ces bruyantes clabauderies, qu’on louange les juvéniles matassins, jeunesses pâmées, foules de mérétricules, fans à trépignements grotesques.

Musiques de bruitages, tonitruantes le plus souvent. Jeune homme, répondez-moi ? Ces amateurs à puériles succussions claquètent fort mais leurs œufs me semblent si éloignés de ce qui se nomme « musique populaire ». Avec le rap et le slam, on peut au moins entendre ce qui se dit. Que vous en semble ? Les publicitaires dociles —un Cormier ou un Brunet— de ce genre a-musical sont-ils tous essorillés ? Les oreilles existent aussi pour entendre des harmonies, fussent-elles neuves et audacieuses. Le vieil homme s’interroge : va-t-il finir ce temps du bruit brut ? Reviendra-t-il le temps d’une poésie populaire forte avec des accompagnements musicaux adéquats et normaux ? Il y a si peu de Lapointe-aux-forêts, hélas ! Me direz-vous que je devrai attendre « la semaine des quatre jeudis » ? Rassurez-moi un peu, je vous en prie. Ai-je le droit d’espérer que, dans un garage ou un sous-sol de banlieue, un groupe jeune cherche à continuer, autrement certes, le beau genre de « Beau dommage » ?

Claude Jasmin

Écrivain

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