DES FLEURS SUR DU FUMIER ?

(lettre ouverte)

Il faut donner raison en bonne part au Mario Roy de La Presse du samedi 17 février : oui, davantage de films ( de télé, de chansons, de théâtre aussi ?) pour davantage de films fameux. En effet, c’est une réalité, de belles fleurs peuvent surgir du fumier généreusement répandu. Il y a que ce fait têtu illustre donc que plus un pays fabrique des produits culturels, plus on y trouvera de « fleurs ». Ainsi, plus un pays est gros, riche, puissant en moyens de production, plus ce pays dominera ? Vous avez, de cette façon incontournable, l’explication de l’ahurissante force, par exemple, des États-Unis, envahisseur de tout l’Occident en culture populaire, régnant partout via ses bons films, chansons. La France, par rapport au Québec, jouit aussi du fait d’un grand pays aux capacités budgétaires incomparables avec le Québec.

Décourageant pour tous les pays « sans grands moyens » ? Non, car il y a des exceptions. Un petit pays peut devenir le maître d’œuvre admiré partout, sur le plan du… cirque. Utile de nommer cette exception ? Encore ? Un homme de théâtre, né dans une petite ville, Québec, devenant un modèle admiré en créations théâtrales originales, applaudies partout dans le monde :Robert Lepage. Ou une chanteuse, du village de Repentigny, qui parvient au faîte de l’univers féroce de la chanson populaire, connue par son seul prénom désormais.

Roy parle de créer « du foisonnement », son mot. Est-ce une invite à une sorte de gaspillage de fonds publics afin de voir surgir quelques forts talents ? Pourtant une série de nouveautés, en télé, cet automne n’a pas entraîner, hélas, un bien grand public, c’est connu. Alors quoi ? Il y a qu’il faut du talent et pas seulement le foisonnement. Alors, « tourner et tourner encore dans tous les genres et pour tos les publics » (Mario Roy) n’est pas une recette bien solide ma foi.

Claude Jasmin
écrivain
Sainte Adèle

Une réponse sur “DES FLEURS SUR DU FUMIER ?”

  1. Dernièrement j’ai fait parvenir au Devoir une lettre en rapport avec Hérouxville.
    Botus et mouche cousue, comme dirait Dupont-Dupond. J’ai cru comprendre, suite à ;a lecture de votre article d’aujourd’hui, que l’ esprit de tolérance s’exerce allègrement contre tout québécois qui ose s’insurger contre « la différence » si chère à trudeau.
    Voici mon texte. À défaut d’une réaction positive ou négative de la part des « commissaires du Peuple » de ce journal, je serais bien heureux de connaître votre opinion . Quelle que soit votre réaction, elle ne pourra que m’encourager à persévérer dans le meilleur des cas ou à prendre mon trou dans le pire. Anyway, ce sera mieux que ce silence infini .

    Le Québec multiculturel face au Québec d’autrefois.

    Michel Coron

    Un bref rappel de la mémoire collective du Québec aiderait peut-être à comprendre l’agacement éprouvé par nombre de citoyens francophones du Québec devant des mesures d’exception réclamées par certaines minorités immigrantes.

    Je ne prendrai pour exemple que l’insistance de ces dernières à afficher de façon ostentatoire leur appartenance religieuse. Ce qu’il faudrait dire et répéter, c’est qu’il y a à peine 50 ans, le Canadien français catholique était tenu d’observer un ensemble de règles rigides de comportement religieux qui ne le cédaient en rien à celles de ces minorités. Qui aujourd’hui souhaite redevenir ce qu’il était ?

    Pour s’en convaincre, ouvrons un album de photos des années 40, 50 ou 60. On y verra en tout lieu des religieuses portant voiles et cornettes, des frères ou des curés portant soutane, des fillettes ou des garçons en sombres uniformes, des femmes de tous âges portant voile, voilette ou chapeau . Bref, pour reprendre la phrase de Denise Bombardier, on vivait une « enfance à l’eau bénite » et ce pour toute la vie. Il fallait cacher ce sein ou ce genou et quant au reste, il fallait le dissimuler afin de ne pas déplaire à Dieu ou au curé et ainsi être en état de péché mortel, ce qui menait à une exclusion de la communauté chrétienne de ce temps-là et de celle de l’au-delà. C’était le Québec de la grande noirceur . Nous faisions partie de la « Priests Province ». Les cloches sonnaient l’Angélus, on paradait à la Fête Dieu. Il fallait, même, lors des élections provinciales, que le candidat mentionne son appartenance à la Ligue du Sacré Cœur. Pauvre René Levesque ! Il était le seul en 1960 à ne pouvoir faire état de telles allégeances. Il fut l’un des premiers à oser braver l’opinion d’alors et à offrir sa compétence plutôt que ses croyances.

    De 1960 à 1970 une transformation radicale des mentalités s’est opérée qui nous rendait égal au citoyen de l’Ontario, des U.S.A. ou de la France. De façon originale, le Québec affirmait vouloir « profiter de la vie ». Évidemment, on ne pouvait jouir de la vie et continuer à « se sacrifier » à faire des enfants. On s’est dit : « Soyons accueillants et recevons ces immigrants qui crèvent de faim dans leur patelin » . Ils sont venus en grand nombre , ces porteurs d’eau nouvelle mouture Or, voilà que ces gens venus d’ailleurs qu‘on peut croiser dans le métro emportaient dans leur bagage des us et coutumes qui ressemblent étrangement à tout ce que nous avions jeté par-dessus bord en 1960. Ce zèle ostentatoire pas si différent de notre propre messianisme d’antan, voilà qu’on nous le lance au visage. Voilà que ce que nous jugions rétrograde allait nous ramener brutalement à des souvenirs de grande noirceur, vécus ou racontés entre deux verres de bière.

    Est-il déraisonnable de penser que personne au Québec n’a le goût de se remettre à conduire les yeux dans le rétroviseur ? Viser droit devant, c’est quoi ? Avancer malgré les intégrismes toujours prêts à monter à l’assaut. Aboutir à un état laïc qui sait rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. On aura enfin atteint ce que certaines contrées persistent à combattre. Il y a tout lieu de s’inquiéter lorsque certains de ceux qui débarquent ici présument en savoir plus que ceux qui ont bâti leur savoir avec une bêche et une fourche, une école du rang puis un collège et une université.

    Il fallait que les dévots de l’intégrisme, immigrant ou non, sachent que ce qu’ils claironnent dans la grande ville sonne faux dans nos campagnes. Ce que Mario Dumont dit de façon maladroite peut-être, c’est que le Québec n’est pas une nation sans histoire et qu’elle sait parler haut et fort au dessus des velléitaires de toutes sortes qui voit une tempête lorsque surgit le vent du large. Il fallait que quelqu’un dise tout haut ce qu’on pense tout bas.

    Le Québécois a gagné la paix en s’adaptant à des valeurs qui n’étaient pas les siennes au point de départ. On demande la même chose de ceux qui ont choisi de vivre ici. Doit-on se taire comme autrefois ? La paix à tout prix est le plus sûr moyen de mener à la guerre, disait Emmanuel Mounier en parlant de Munich.

    Michel Coron

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