LE ROCK : MUSIQUE OU BRUITAGE RYTHMÉ ?

(lettre ouverte)

Un vieil homme veut savoir. On trouve le mot —« musique »— à propos de rockeurs. Qui pourrait m’aider. Depuis longtemps je m’interroge sur cette musique (en est-ce ?) appréciée par mes cadets. Je viens à vous, écouteur attentif, respectueusement, j’espère la même chose de votre part. Hélas, je ne fus pas initié, jeune, à ce qui se dit « la musique sérieuse, la grande musique », ne me voyez donc pas en esthète.

Cette musique à « boom boom » qui se répand comme lierre n’est pas de la musique, pas à mes oreilles. Jeune adolescent, aimant danser, on en était —pour le « slow » collé— à Franky Laine et à Jonhny Rae. Et, pour remuer, au boogie-woogie. Une musique populaire « made in USA, mur à mur. Nos parents, eux, collaient aux « harmonies » des Rossi et Guétary, aussi aux Jean Lalonde et Fernand Robidoux. Ou Lucille Dumont.

Plus tard, apprenti-artiste, ce sera des découvertes —mais pas question d’un Elvis Presley. Vif attachement donc pour les surdouées : Brassens, Ferré. Surtout Brel. Avec de la poésie populaire, des mots audibles, des airs fameux. Sans l’enterrement actuel de la prose au profit des guitares électriques, des tambours. Il y eut aussi, notre fierté : le grand Félix Leclerc.

Cette « pop music », toute en français, nous suffisait, nous comblait. Terminés pour nous, enfin, les roses romances du fameux Corse de nos parents par trop sentimentaux. Nos étions des « modernes », nous ! Jeune adulte (années 60) mon jeune fils me fit découvrir les célèbres « Beatles » de Londres. Ses idoles. J’appréhendais un « début de la fin » de quelque chose. Désormais, la jeunesse irait-elle vers —de plus en plus— de bruitage. Adieu « ma » musique populaire ! Vous le savez ce sera l’invasion progressive de groupes fort bruyants, ceux d’ici compris. Au vieux Forum, un hasard m’amena à un concert —ce mot pour ça— de « Black Sabbath » : la découverte de…l’horreur. Nos jeune gens adoptaient donc volontiers le « bruitage », pas la musique.

Il y aura des pauses bienvenues tel « Beau dommage » ! Il y aura du rock « écoutable », une Diane Dufresne, une Marjo, avec de bonnes « tounes » aux mots qui importent. Voilà donc, en 2007, que l’on fête sans cesse ces bruyantes clabauderies, qu’on louange les juvéniles matassins, jeunesses pâmées, foules de mérétricules, fans à trépignements grotesques. Musiques de bruitages, tonitruantes le plus souvent. La chanson meurt ? Jeune homme, répondez-moi ? Ces amateurs à puériles succussions claquètent fort… mais leurs œufs me semblent si éloignés de ce qui se nomme « musique populaire ».

Avec le rap et le slam, on peut au moins entendre ce qui se dit. Que vous en semble ? Les publicitaires dociles —un Cormier ou un Brunet— de ce genre a-musical sont-ils tous essorillés ?

Les oreilles existent aussi pour entendre des harmonies, fussent-elles neuves et audacieuses. Le vieil homme s’interroge : va-t-il finir ce temps du bruit brut ? Reviendra-t-il le temps d’une poésie populaire forte avec des accompagnements musicaux adéquats et normaux ? Il y a si peu de Lapointe-aux-forêts,hélas !

Me direz-vous que je devrai attendre « la semaine des quatre jeudis » ? Rassurez-moi un peu, je vous en prie. Ai-je le droit d’espérer que, dans un garage ou un sous-sol de banlieue, un groupe jeune cherche à continuer, autrement certes, le beau genre de « Beau dommage » ?

Claude Jasmin
écrivain

Une réponse sur “LE ROCK : MUSIQUE OU BRUITAGE RYTHMÉ ?”

  1. Oui, le « boom-boom » peut être une musique. Que ce soit le rock, ou tout autre « courant » musical au nom bizarre, il y a toujours des petits genies qui sauront sortir quelque chose d’interressant de ce qui peut avoir l’air, à première vue, d’un jeu de massacre. Par exemple, la guitare électrique est à première vue une hérésie ou l’on va saturer le signal de l’amplificateur (exactement l’inverse de ce dont tout audiophile rêve). Et pourtant, un guitariste comme Van Hallen arrive a en tirer une musique que je trouve très interressante. C’est bien souvent au niveau purement instrumental que l’on trouve de belles choses. Je vous concède qu’au niveau des paroles ça laisse généralement à désirer et que parfois on se demande si on ne se paie pas notre tête – il existe même des logiciels capables de créer au hasard des « mélodies à boom-boom » qui ressemblent étrangement à ce que l’on nous sert parfois.
    Mais ne vous inquitez pas : la musique populaire aura toujours sa place, les mauvais bruits vont être oubliés comme il en a été pour tout les styles de toutes époques. Le temps est le meilleur filtre à bruit, ce qui fait que l’on peu encore du Brel… et que l’on a oublié Patrice et Mario (que ma grand-mère ecoutait encore il n’y pas si longtemps en 78 tours).

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