NATIONALISME : BIENFAITS ET MÉFAITS

 Un correspondant à claudejasmin.com me relance car il a en horreur le nationalisme, à cause des dictateurs (Mussolini, Hitler etc.) en Europe (comme en Amérique du sud et ailleurs) qui utilisaient le nationalisme pour asseoir leur despotisme parfois écœurant. Une vérité irréfutable. Je me souviens de Gérard Pelletier, vieux camarade et mon patron à La Presse, brillant gauchiste catholique (il y en a), changé en « colombe de Pet » et qui était d’une méfiance extrême face à notre nationalisme, à cause du tyranneau conservateur Duplessis. Pourtant, on vit Pelletier défendre à fond la noble cause de l’Algérie algérienne. Selon lui, leur nationalisme était vital ! Il y a eu tous les nationalismes louangés dans les pays se décolonisant. Ces luttes amenèrent a aussi au pouvoir des despotes fous, je songe à « l’Afrique libérée ».

Une chose est sûre : en soi, le nationalisme peut être l’outil indispensable pour conduire une nation à la liberté. Des adversaires crient au devoir d’imiter les grandes nations : « il serait petit et chétif de parler encore « nation » au moment de la mondialisation. » Ils oublient le puissant nationalisme des États-Unis. Ou de la France. Les drapeaux sortis, la main sur les cœurs, les trémolos aux hymnes, dès qu’il y a menace en la patrie, octobre 2001 par exemple ou bien ce LePen soudain se rapprochant du pouvoir.

Il y a ici six Québécois sur dix, d’avantage probablement, qui sont nationalistes. C’est essentiel, nécessaire, à mon avis, c’est normal aussi. De farouches anti-liberté nationale osent dirent : « Restons liés aux Canadians car il faut être gros (be big estie !) pour mieux réussir. Je dis toujours à ces aveuglés : « Alors pourquoi ne pas nous joindre aux USA, nos puissants voisins d’en dessous ? » Silence, chaque fois !

La menace d’un despote, d’un tyran est toujours un risque. Pour le Québec, le Canada ou les USA. J’ai confiance en la démocratie, en la saine résistance des nôtres, si un tel manipulateur s’amenait. Voyez, au sud, la montée des Démocrates face au régime Républicain abusif sous la gouverne erratique du va-t-en-guerre, W. Bush. Qui achève.

Nous formons une toute petite nation —2 % sur le continent— qui a le droit selon la chartre de l’ONU de se gouverner elle-même. Librement. Sinon, bientôt nous serons une sorte d’ethnie parmi toutes les autres dans ce Canada qui grossit en population sans cesse. Quelle force, quel atout politique aurons-nous alors un jour si nous devenons un 15 % de la population canadienne ? Or, nous sommes plus de 80% au Québec, nous sommes une majorité.

Comment comprendre les batailleurs du fédéralisme? Il y a « la peur de la liberté », selon le sociologue brillant Cyrulnic. Oui, « une peur », car la liberté, disait-il, est la fin des protections « de l’autre », de la tutelle infantilisante, la fin d’une autorité aliénante mais bien confortable. J’ai des amis fédéralistes, nous discutons souvent, je veux toujours le faire avec calme, en toute chaleur humaine. En 1970, mon propre père craignait, détestait les propos nationalistes d’un René Lévesque et ses alliés. Dont j’étais.

Voilà donc presqu’un siècle (depuis 1961 et le RIN) que je lutte pour notre liberté. Voici maintenant que le parti politique qui porte « ma » cause est réduit à bien peu. On me questionne depuis le 26 mars : « Pas découragé ? » Mais non. La Grèce, pour prendre un exemple, a combattu presque 10 fois cent ans pour enfin obtenir sa souveraineté entière, pas vrai ?

Je ne crois pas du tout à une aussi longue attente pour le Québec. Je suis sûr et très certain que cela va advenir. Quand ? Ça ! Je respecte ce (trop long) délai, je sais la fragilité d’un peuple abusé, d’une nation —reconnue par un Harper— à qui l’on prêche les vertus d’une domination soft. C’est un autre fait très têtu : l’assujettissement des nôtres est tissé de compromis selon les saisons politiques. Il n’y a pas « en face » de pouvoir dur, raciste avoué, de lois cruelles. Chaque fois qu’il y a une poussée grave de nationalisme, on voit les adversaires lâcher un peu pus de corde. C’est tout cela qui rend la batille indépendantiste si difficile à livrer.

Lors du référendum (volé) en 1995, ce sera pourtant la panique, ce sera l’incommensurable gaspillage d’argent —Option-Canada et « les commandites »— par Ottawa. Quand je me dis pourquoi donc, comment cela se fait-il qu’il n’y a pas de supporteurs de la liberté québécoise chez les intellectuels anglos ? Je n’ai pas une autre réponse que celle-ci : « Ce Canada sans le Québec deviedrait rapidement une simple annexe étatsunienne. Un fait têtu cela aussi. Car hors des minces chapelles « nationalists » (à Toronto) le peuple canadian tout entier est « américanisé » et jusqu’à l’os. La culture —populaire, magazines, cinéma, télé, etc.— est absolument « All-american » Questionnez les lucides hors-Québec, ils vont vous l’avouer, admetre cete « colonisation galopante » Alors c’est : « Faut garder Québec pour nous différencier ». Vérité embarrassante je le sais mais réalité.

« TIT-CLAUDE DANS FOSSE AUX LIONS »

   Je suis un vieux gamin. Je ne vieillis pas. Ne riez pas, c’est encombrant parfois ce trait de caractère. On peut gaffer, bêtement. Que je vous raconte ma visite à ce grand « studio 42 » de Guy-A. Lepage. Tu t’amènes là un jeudi soir comme un « artisse » avec un veston chic sur l’épaule. Offre d’une loge avec ton nom imprimé sur la porte. Oh ! Avant la séance de maquillage  —« oui, je vais vous mettre un peu de mascara sur vos cils ! »— un lobby et une longue table remplie de victuailles. Du café fort. Personne ne fait attention à vous. Plein de monde attentif, calepins ouverts, qui surveille un écran. Rédacteurs, recherchistes, adjoints. J’y vois Lenormand qui jase. Enfin, un régisseur se pointe : « Venez, c’est votre tour ». Frissons. Peur et hâte d’en finir au fond.

  Lepage était venu me voir une minute durant une pause commercial : « Je sais que tu peux causer une heure sur une seule question, retiens-toi car j’ai, pour toi, une cinquantaine de questions, okay ? » Oui, compris, pas de « cassette » et soyons spontanée. Coulisses. Murmures. Un cri : « Silence partout ! » Public silencieux. Lepage, goguenard sans cesse,  présente le vieux gamin  : « Il est ceci et cela et… « un vieux fatiquant ». Bang ! J’y fonce. Oublier que deux millions d’yeux vont vous  regarder, éviter ainsi le trac. Signal du régisseur qui vous tenait le coude, faut affronter. Trop brève présentation de mon nouveau roman « Chinoiseries », c’est le jeu. Lepage tient ses cartons et bombarde. Pas le temps de réfléchir. Faut rétorquer du tac au tac. Danger ! Je le sais. Tenter de jouer la toujours bonne carte de l’humour. Ne pas se prendre au sérieux. Entendre rire et l’animateur et la petite foule en studio, ouf !

    Turcotte-le-fou, sympa, cherche piques et craques. Le jeu ça aussi. Un risque : tenter de le moquer en « provincial » et ça marche. Un jeu étrange, un ping-pong pour ne pas ennuyer le public. Vite, votre présence n’a bientôt plus rien à voir, hélas, avec votre nouveau roman. Bof !, mon horreur des « plugs ». Voici « la question qui tue » ,  je ne meurs pas du tout. Ça devient amusant. Mais oui, voilà le « vieux gamin » heureux. Et voilà que j’oublierai…quoi donc ?, la politesse et les bonnes manières. On ne se refait pas. Parler « vrai » et risquer de blesser. Hélas, derniers invités, Brière et Martin « pluggant » un spectacle pour illustrer un texte « fondateur de l’indouïste », disent-ils. Confus un peu, alors me voilà, bien effronté, jouant le ronfleur et puis émettant des doutes sur la pertinence de cette démarche. Gamin va !

     J’ai regretté cette facétie et tenté, un peu tard, de me reprendre. Le lendemain : avalanche de courriels. Des mécontents. Avec raison. Cela pour dire qu’on ne change guère : mes farces écolier, collégien. « Tit-Claude » envoyé souvent chez le préfet à Grasset, un jour mis à la porte du collège ! Mon barbier à Sainte–Adèle : « Paraît que Lepage invite au resto après le show ceux qu’il a apprécié seulement ». Oui, il m’a invité. Au Continental ! Trop fatigué. Minuit et demi, je roule « at home ». Voici les dieux punisseurs de l’insolent : coin Avenue du Parc cet Côte Sainte-Catherine, feu rouge et…panique !, plus de freins ! Aucun ! Sueurs froides. Je rentre dans une bagnole devant moi. Maudit feu rouge, un formidable bang ! Ouf !, rien de cassé des deux côtés. Que des pare-chocs démolis ! Amis lecteurs : voyez-vous la manchette : L’écrivain Jasmin tué Avenue du Parc en rentrant de « Tout le monde en parle ». Quelle perte « nationale » hein ? Même Martin et Brière désolés, non ? Et mes contempteurs aux anges ?

     Retour en studio : ça grouille dans tous les recoins, il y a une dizaine de caméras (oui dix !), on ne les voit pas ! Imaginez le labeur des monteurs. Chez vous, le dimanche, vous regardez les moments choisis. Verdict : pourquoi avoir coupé ceci ? Et cela ? Ce  moment quand vous parliez d’un passage bientôt à la télé de Pékin, à l’émission  Tou’l’mond’enpa’le » avec un Guy Hong Lepag’Hing ? Tant de rires en studio ! Aussi, pourquoi n’avoir pas coupé cette effronterie ? Lepage, avec raison, est seul maître de son jeu télévisé. Oui, se sentir dans la fosse aux lions, ne pas avoir suivi les conseils de mes beauf’ : « Va pas là, Claude, danger, pense aux Gendron, Mailloux, Proulx, Guy Fourmier ! » Marie-Pierre Barathon, dévouée relationniste à « Ville-Marie littérature » qui m’entendrait dire : « Non merci ! », quand des tas de créateurs en tous genres souhaitent tant cette visibilité herzienne du dimanche soir. Non ? Et puis quoi ? Allez au diable les dieux maudits, je ne suis pas mort.        

FOLIE : S’EXILER SANS S’EXILER

Imaginons un fort groupe de Québécois, craignant pour leur avenir ou leur sécurité, qui s’exileraient, s’installeraient ailleurs. Vive la liberté ! Nos émigrants québécois forment donc une énorme « petite patrie », une sorte de gros ghetto. Mettons en Espagne ou en Italie ? N’importe où, disons, à cause d’affinités, de tempérament latin, à Mexico. Voilà que bientôt tous ces Québécois « partis » forment en cette terre d’exil un groupement important, tout comme ici, nos expatriés, Grecs, Juifs, Portuguais, etc.

Tout baigne ? Euh…

Voilà que nos Québécois s’ouvrent des institutions variées ben à eux par nostalgie et un refus de s’intégrer, une frayeur de perdre les racines. Ils s’ouvrent donc des écoles « québécoises » et réussissent à arracher des subventions, un certain support auprès du gouvernement du Mexique (tiens donc, pour se ménager les votes). Arrivés au Mexique —disons depuis 1930, la grande Crise aidant— voilà qu’en 2007, un petit coin de Mexico en est tout enquébécoisé. Poutine et ceintures fléchées ! Voilà un fort groupement humain vivant à Mexico comme on vit au Québec. Gigues et reels, « tabarnacos » et chansons d’antan. Tout à fait comme en « une Petite Italie » ou un gros « Chinatown » agrandi, populeux, fructueux… jusqu’à un certain point.

Or, voilà que des Mexicains se lèvent pour dénoncer cette situation, et regrettent ce gros ghetto de « Canadiens-français », leur « apartheid » volontaire. Ils montrent du doigt toutes cette immense communauté québécoise qui refuserait la moindre assimilation. Un Mexicain, leader politique important, s’active farouchement et annonce qu’il va bien falloir que ces émigrants du Québec décident carrément : « s’ils aiment-ils leur pays d’adoption ? Si le Mexique leur est un adversaire ? S’ils veulent, oui ou non, devenir des Mexicains à part entière ? S’ils vont continuer de vivre en exilés éternels ? S’ils vont continuer longtemps à refuser leur pays d’adoption ? »

Plus grave, maintenant leurs enfants, et petits-enfants, tous nés au Mexique disent désavouer ce sentiment d’être perçus comme « des étrangers », comme des citoyens aliénés. Ces jeunes Québécois —plusieurs manifestent bruyamment — affirment souffrir de cet isolement anormal car ces jeunesses se sentent de plus en plus des Mexicains. Alors ils protestent face à ces parents « enfermés » en ce Petit Québec nostalgique ! Les médias du Mexique en font un tapage s’agrandissant. Oui, ces jeunes enragent d’être vus comme « d’éternels » émigrants. Ils en ont assez des « racines » des anciens, de ces fêtes à la québécoises, célébrées, vantées, chantées, fêtées entre eux par leurs « vieux ». Ils déplorent vivement —à la sortie de leurs écoles « québécoises »— de se sentir « des étrangers », ne pas mieux être mêlés aux combats du Mexique actuel, aux tendances modernes, aux neuves orientations, à ces projets « d’union » sud-américaine en friche avec tous les pays du sud, leurs voisins, Brésil, Bolivie, Chili, Argentine, sur ce continent.

Bref, ils se révoltent en constatant amèrement que l’on a empêché, retardé, leur normale et nécessaire intégration. Ces descendants de Québécois se savent des Mexicains désormais et ils accusent leurs ancêtres québécois d’avoir installer un mur stupide, des barrières effrayantes, qui font qu’on les considère comme des émigrants alors qu’ils sont nés là. À qui la faute ? « À nos vieux », disent-ils unanimement, à une sorte de mépris haïssable du pays adopté, à un sentiment de supériorité. Disons le mot à un racisme plus ou moins conscient. Oui, le mot est lâché : racisme !

On a compris que j’illustre le comportement de trop de nos communautés visibles ou moins visibles, que je veux dénoncer (comme Lysiane Gagnon ) ces écoles que l’on subventionne, grecques, juives, arméniennes, etc. De façon idiote, avec notre argent publique, nous entretenons de ces ghettos néfastes et nous nuisons gravement à ces jeunes « nés ici », cela, hélas, en hypothéquant gravement leur épanouissement. Nous favorisons ainsi souvent, « l’étatsunisiation » de ces jeunesses. Car le Québec jamais perçu en « pays », il reste les USA, pissant et riche voisin impétueux. Nous retardons ainsi la nécessaire et normale intégration.

Des lucides, des sages, Juifs et Grecs par exemple, devraient souhaiter l’abolition de ces subventions à de dangereuses écoles « séparatistes », s’ils aiment leurs enfants. Sinon, un jour, « les enfants de leurs enfants » accuseront amèrement ces « nostalgiques », ces bizarres émigrants refusant le fait têtu « d’avoir émigré un jour il y a très longtemps », d’empêcher qu’ils se sentent des Québécois « à part entière » et très capables de participer à nos débats nationaux; ce qui est leur droit strict. À bas donc tous ces enfermements écoliers nocifs, soutenus lâchement par nos gouvernements québécois peureux, plus grave, indifférents aux prochains malheurs « des enfants des enfants » des anciens exilés. Cela dit « Viva Mexico ! »

UN GRAVE MENSONGE ?

Des observateurs patentés répandent un grave mensonge. Quel mensonge ? À les entendre (les Jeff Simpson, Éric Montpetit et Cie), il y a, au Canada, dix débats en faveur d’une certaine « souveraineté ». Faux. Mensonge. Beaucoup de Québécois croient à ce bobard. Cela fait l’affaire « politique » de plusieurs. Voyons clair : oui, il y a dix provinces mais il n’y a qu’une seule nation de langue anglaise, coast to coast. Tous très unis de Halifax à Vancouver. Questionnez ceux qui voyagent à travers les provinces, ils le constatent bien. Ce mensonge entretenu est une astuce de fédéralistes : faire croire qu’Ottawa fait face à « dix » gouvernements assoiffés de souveraineté et pas seulement à un Québec braillard. Un grave mensonge !

    Le Québécois doit bien savoir qu’en ce pays canadian tous acceptent que son solide et unique gouvernement est à Ottawa. Cela est admis, incontestable. Une seule province, l’Ontario, fait des vagues depuis longtemps. Ajoutons désormais l’Alberta. Pourquoi ? À cause des richesses, anciennes à Toronto et toute nouvelles, bitumineuses, dans le far west. Mais  les neuf provinces ont à cœur le succès du gouvernement central. Pour eux tous « national ».

     La manipulation politique « fédéraliste » consiste donc à faire croire aux Québecois que tout le Canada combat Ottawa; une fausseté. Pour faire illusion, répéter  sans cesse aux mécontents: « Québécois, oui, vous avez des alliés contre 

Ottawa d’un océan à l’autre. Une fumisterie. Pour banaliser notre  lutte pour la souveraineté. Un Mario Dumont —imitateur du retors Duplessis— vient de se changer en Chevalier de l’Autonomie. La farce : le Canada anglais ne voudra jamais accéder à ses revendications de ce  « Québec libre dans un Canada fort », sauce Dumont. La joke de Deschamps réactualisée ?  Les échecs de Meech comme de Charlottetown l’ont  prouvé et pour toujours. Un commentateur de Toronto, franc, s’écrie face à l’ADQ : « Vaut mieux faire face aux indépendantistes ». Il parle vrai ce Canadian. Normalement « nationaliste ». Eux tous ont « une » patrie, « un » seul pays, « une » seule capitale nationale, « un » seul vrai gouvernement à Ottawa. C’est correct, normal car ils forment l’autre nation.  

       Le mensonge mieux révélé ferait s’écrouler les manœuvres des adversaires du Québec indépendant. Fera comprendre aux nôtres qu’il n’y a pas du tout « débat de dix nations ». Cette fourberie a fait son temps. Oui, les régions riches — l’Ontario et l’Alberta— livrent sporadiquement des batailles de gros sous. Classiques querelles de partages de fiscalité, des batailles égocentriques. Ce qui n’a rien à voir avec leur fidélité à un Canada. Leur pays aux us et coutumes, de langue et de culture anglaise, à la vraie souveraineté « nationale ». Leur seul vrai combat ? Tenter de briser « l’étatsunisation » du Canada. Une immense bataille ! Comme nous, ils s’unissent, liés par leur langue. Alors, vive ce Canada uni et vive un Québec, un jour, pas moins uni.  

Claude Jasmin
écrivain, Sainte-Adèle
(30) 

LETTRE OUVERTE À M. TONY BLAIR

LETTRE OUVERTE A M. TONY BLAIR
Claude Jasmin
écrivain

Monsieur, on peut comprendre qu’un étranger puisse ignorer l’histoire du Canada. Il n’en reste pas moins que cet étranger —de bonne foi peut-être— doit être très prudent quand il veut illustrer « un cas chez lui », l’indépendantisme de L’Écosse, par un cas lointain, Toronto plus fort que Montréal. Cas dont il ignore visiblement les tenants et aboutissants.

Déclarer, comme vous l’avez fait, que Édimbourg en Écosse deviendra un Montréal amoindri, du seul fait qu’il y a combat chez vous pour l’indépendance est une fausseté. Une erreur historique qui a fait sourire les gens d’ici.

Il n’y avait aucune « lutte nationale » importante, active, quand Montréal cessa peu à peu d’être « la métropole du Canada ». Pour rester tout de même la métropole du Québec.

N’importe quel historien sérieux —au Canada comme en Angleterre— aurait pu vous éclairer et vous empêcher de dire une bêtise. Toronto était une bourgade quand le Canada de 1867, date de la naissance de la Confédération, s’installait. Oui, cette ex-petite ville de l’Ontario a grandi rapidement, c’est évidemment une réalité. Elle était située géographiquement —par rapport à Montréal— pour gagner. Un fait important : Un très avantageux « Pacte de l’auto », signé avec les USA, fut un des puissants moteurs de l’important accroissement industriel ontarien. Ce fut une sorte de « boom » indiscutable, inévitable. Il y a eu que le middle-west étatsunien entra en vive concurrence avec les États des bords de l’Atlantique. La ville de Chicago rivalisa activement, bien pleinement, avec les actives villes de New York, Boston et allii.

Ce ne fut donc pas trop long que la jeune ville de Toronto —« voisine » de ce bouillonnement économique— en fut fort favorisée. Cela ne tarda pas longtemps pour que Montréal, pâtissante, située à l’est du phénoménal « boom », fut amoindri économiquement. Mais il lui restait son essentiel et dynamique port, le dernier en aval du fleuve Saint-Laurent. Viendra, fin des années 1950, le fabuleux projet du creusage d’un canal nommé « La voie du Saint-Laurent », Cela porta à Montréal un coup fatal. On l’oublie top facilement.

Monsieur Blair, vouloir relier comme cause de « dé-métropolisation » de Montréal le fougueux nationalisme des Québécois, à partir de 1970, et avec son projet indépendantiste, relève d’un ignorance crasse. Je regrette d’avoir à vous le dire. C’est un abus de discours politique considérable en vue de ralentir le normal mouvement des Écossais. Ils luttent, eux aussi, pour une patrie souveraine. Honte à vous, monsieur Blair ! Votre déclaration est une fumisterie.

Ce n’est pas avec une telle imposture, une aussi sotte comparaison —« Édimbourg-Montréal »— que vous pourrez empêcher la venue d’un pays qui fut trop longtemps une simple province assujettie à Londres. De nombreux Montréalais —toujours en cette métropole du Québec— s’écrient avec moi : « Vive l’Écosse libre ! »

Cet appui public, qui ira s’agrandissant n’en doutez pas, sera connu et publicisé en Écosse, tôt ou tard. Appui qui, modestement, va contribuer à supporter ceux qui luttent en Écosse, et ailleurs, toujours pour la liberté de toutes les nations. Bataille approuvée implicitement dans la constitution de l’Onu. Ce droit de chaque nation à se gérer librement elle-même.

À bon entendeur, monsieur Blair, salut !

DU DANGER DE « PASSER » À LA TÉLÉ

Les gens disent « passer » à la télé, pour une invitation à un talk show. Cocasse expression ? En effet, c’est « passer » comme dans « Vous qui passez sans me voir », une toune de jadis. On m’invitait à « Tout le monde en parle » et dans mes entourages un énervement en tous genres : « N’y va pas ! TU devrais refuser ! Va pas là, Claude ! T’as vu pour Doc Mailloux, Maire Gendron, Fou Fournier ? »

J’étais amusé, un peu intrigué. Quoi, Guy Lepage est-il un vicieux, un maniaque ? Un tendeur de pièges seulement ? Je constatais qu’il portait ce visage pas trop sympa, ce masque, cela pour beaucoup de gens. À mon âge, j’ai « passé » un peu partout, depuis Michèle Tisseyre (en 1960) jusqu’à Réal Giguère, Marcotte et Michel Jasmin ! C’était, c’est, le parcours nécessaire à la promotion d’un livre frais édité. Des recherchistes se démènent fort pour vous obtenir un « passage » chez ces animateurs. Dire « non merci » ? Refuser cette publicité (gratuite) alors que le monde lit si peu ? Alors que les médias sont si avares en espace face à la littérature-qui-se-fait ? Folie, non ?

Pas d’illusions certes, un tel « passage » peut être futile, absolument vain, parfois. Si « les dieux de l’improvisation » vous sont favorables à cette heure de « passage » pour « Tout le monde en parle », c’est l’assurance que plus d’un million de spectateurs vont savoir qu’un autre roman québécois est en librairies. Pensez-vous qu’une foule ira courir se le procurer ? Ne rêvons pas. « N’y va pas, piège ! », me répétait-on. Allons, les fouilleurs d’archives de Guy Lepage peuvent bien tomber sur des déclarations « dangereuses », et après ? Il faut assumer cela. Qui, d’un certain âge, ne regrette pas certains malencontreux emportements de jadis ? Qui ?

Embarrasser systématiquement son invité n’est pas, je le crois, le tableau préféré de Lepage. Comme moi, il ne vise qu’à ne pas être ennuyeux, il y va du succès de sa série, non ? C’est aussi mon motto, le grand théâtreux Louis Jouvet avait placardé la coulisse de son théâtre avec une grande affiche : « Il est interdit d’ennuyer le public. » Et pour cela, oui, il faut bien titiller son audience, sortir s’il le faut des ingrédients qui n’ont plus rien à voir avec le sujet de l’invitation : un roman récent. Mais quoi ?, « je ne regrette rien », chère Edith Piaf. Rien de grave en tous cas. Rien de honteux. Si, par hasard, l’animateur fait surgir un lapin bien fringant de son chapeau de questionneur, je ferai face. L’humour est utile dans ces cas de « déterrage ». J’allais y recourir volontiers, me disais-je.

Bref, c’est donc la découverte, une fois de plus, de la méfiance des gens. « Passer » à la télé serait un grand risque. En campagne électorale, c’est en effet l’angoisse. Le jeun bizarre de faire tomber un candidat. On le voit à chaque élection. Mais un écrivain n’a pas à flatter « tout le monde », à se faire aimer à n’importe quel prix. Je ne me « présente » pas, nulle part, je n’ai aucune « ligne de parti » à guetter, je ne cherche pas à ramasser le plein de votes, moi. Je dis ce que je pense. Je ne calcule pas. Je me fiche ben de déplaire. Et tant pis si mon attitude franche m’amène des adversaires, j’en ai toujours eu.

Cela dit, un fou !, j’espère à chaque « passage » —radio, télé ou presse écrire— captiver des gens, les amener à me lire. Si je rate le « pitch » de mon bouquin chez Lepage ou ailleurs, je devrai en payer le prix. C’est inévitable. On n’en meurt pas. Je n’ai pas à perde, un poste de psy dans un hôpital ou une tribune téléphonique « payante » à TQS ! Je n’ai rien à perdre tout en sachant qu’une « mévente » grave du livre en librairie pourrait me conduire, hélas, à un refus lors du prochain manuscrit chez mon éditeur.

Bravement, l’invité docile s’amène donc en studio, il y a la séance de maquillage, les conseils du régisseur, le plan exposé du déroulement… et « veut veut pas », « prêt pas prêt », « trac pas trac » , c’est le signal. Une voix tonne : « Silence partout ! Dans cinq, quatre, trois… » En face de vous il y a « le maître du jeu » et vous n’y pouvez rien : Première question, feu à volonté ! À vous de répondre, à vous de bien renvoyer la balle. Un tennis connu. Auteur libre, vous n’êtes plus seul, roi et maître devant la page blanche, non, vous êtes celui qui « passe » à la télé. Mais oui, soyons modeste, quelqu’un viendra « après » vous comme il y a eu quelqu’un « avant » vous. Carrousel connu. Justement « vous passez » bien, mal pas trop pire ! Invoquez « le dieu hasard ». Souhaitez un bon « face à face » mais sachez qu’il n’y a ni loi, ni recette. Plein de publiés, injustement inconnus souvent, ou même méconnus parfois malgré des ouvrages solides, qui voudraient bien y « passer ». Profitez donc de votre chance tout en sachant qu’une entrevue tout à fait réussie est le fait des circonstances. Roulette de casino, un jeu donc ? Mais oui.

DE VILLERAY À OUTREMONT EN PASSANT PAR BORDEAUX !

J’ai signé un long texte sur « Outremont aujourd’hui » dans un bel album illustré, publication de notre Société d’histoire d’Outremont. Je pourrais en rajouter. Que j’aime les écrivains qui se font les chantres des leurs petites patries. On sait que j’ai voulu illustrer durablement mon Villeray natal et que Tremblay le fit efficacement pour « son » Plateau. Du temps d‘avant la « gentrification bobo » du lieu. Jean Hamelin, Pierre Petel aussi, tentèrent de bien « marquer » Hochelaga-Maisonneuve. Ce quartier si bellement « peint » par Marc-Aurèle Fortin. Arthur Gladu publia un fort bon témoignage sur « son » village, rasé hélas, en bas du Faubourg-à-melasse, lieu aboli où se dressa Radio-Canada. J’oublie le titre hélas !

J’avais lu « la petit patrie » (un autre titre oublié) de Massouf, ce fameux écrivain égyptien mort récemment, un prix Nobel. Son livre racontait son enfance et quelle surprise d’y retrouver des rues, des ruelles, des enfants au jeu, des marchands ambulants, une faune pas loin du Nil et pourtant toute semblable à la mienne. Même joie de lire aussi sur un quartier parisien, Belleville. Mosaïque fervente avec de guillerets voyous, une murale nostalgique d’un observateur à la fidèle mémoire. Comme ce fut une joie de « voir » —on lit pour voir— un « marais » parisienn, celui de Pennac avec ses grouillants habitants, sa tribu des Malaussènes.

Je songe à illustrer un jour Bordeaux, le vieux. Lise Bissonnette —qui y habite maintenant une maison rénovée boulevard Gouin— a commencé à le faire avec son trop bref « La flouve ». J’y ai habité une quinzaine d’années. De 1962 à 1978. Quittant mon Bordeaux pour Outremont, je découvrais encore une sorte de gros village, je constatais qu’Outremont n’était pas cette « réserve de snobs », de mondains sur-instruits, tant moqué. Pas du tout. Outremont, dès 1986, me parut un lieu fort convivial avec, tout autour, rue Van Horne, rue Laurier, rue Bernard, ses marchands utiles, ses écoles, ses parcs, ses vieux arbres partout. Des « villageois » modestes à l’est, rue Lajoie, rue Ducharme. J’y dénichais une vie active, rien à voir avec un chic « ghetto » silencieux et verrouillé, fermé aux autres, Fin pour moi du « cliché » facile, du stéréotype répandu méchamment.

Bordeaux en une prochaine proie littéraire ? Oui. Une vaste zone, méconnue, son hôpital « De la merci », ses beaux terrains verts aux alentours. La vieille gare de chemin de fer (« Québec all abord ! ») et cette petite île Perry, encore sauvage en 1970. Île où je découvrais avec mes deux jeunes enfants les ruines… d’un moulin à bois ! Autre vaste terrain de jeu —pas encore changé en parc— ce long espace en jachère qui partait de la rue Salaberry pour s’offrir, au delà de la rue Sauvé, jusqu’aux entrepôts, déserts alors. Hangars rouillés qui verront la métamorphose d’un modeste marché, de nos jours, devenu vaste centre commercial tout le long du boulevard L’Acadie.

Mes chers « champs vagues » le long de la voie ferrée où s’ébrouaient mon fils et ses petits copains. Ici et là, à l’orée du printemps, des marais surgissaient et les gamins du temps se faisaient des radeaux improvisés pour des navigations inouïes. Rentraient le samedi pour souper en lavette ! Bordeaux avec son « noyau » historique, son école St-François de Laval, l’église centrale, la rue Viel aux commerces essentiels. Et, autour, des champs à perte de vue. C’était « La petite patrie » des Richard, là où le célèbre Maurice, enfant, patinait déjà bien sur un « rond » de fond de cour. Sa station des pompiers, au nord, la vieille bâtisse des sœurs de Saint Joseph rue Bois-de-Boulogne, leur hospice, la maternelle et autres services. Ce Vieux-Bordeaux et jolies vieilles maisons typiques, cette « auberge » disparue dont la plaque de lettres de bois collées est visible encore. La piteuse croix de chemin.

Tous ces témoins du temps des « cageux », de ces « flotteurs » de bois coupé, venus de l’ouest, de la rivière des Prairies. Elle servait de chemin fluide aux bûcherons et draveurs des années 1800. Tout ce monde de travailleurs arrêtés net à Bordeaux à cause des rapides violents, en face, justement, de Laval-des-Rapides. Plus tard, le grand barrage d’Hydro-Québec, à l’est de la rue Papineau changeait à jamais le paysage marin de Bordeaux. Tout cela se fit brasser mais la célèbre prison, elle, ne bouge pas avec son architecture imposante. Une neuve autoroute, la 15, pour le centre-ville et pour les Laurentides, cassa la ruralité. Alors tomba la pluie de chics bungalows, s’édifiait le Nouveau-Bordeaux à split-levels luxueux. Un modeste centre commercial s’y nicha où l’on trouve Pierre Monet, un libraire suractivé. Oui, un jour, je rédigerai « Bordeaux revisité ».

AIMER LES MAUDITS BLOKES ?

Ce fut long. Maintenant j’aime bien nos chers blokes. Oui, ce fut long. Gamin, comme un peu partout en ville, c’était les chicanes connes, les vicieuses attaques, les furieuses batailles. Contre le gang à Collin, le gang à Gordon. Dans nos ruelles, on enrageait candidement, manichéens, contre ces maudits blokes de la paroisse Holy Family au nord de la Plaza St-Hubert. Plus tard, s’enlisait encore, toujours, cette haine féroce des « maudits anglais ». C’était un sentiment un peu confus, qui nous venait en forte part de notre manuel d’histoire ? On nous enseignait la perfidie des conquérants et nous avalions une potion qui nous devenait un poison. Le feu au cœur ! Le comportement des colonisateurs britanniques n’était que logique. Les Français de France envahissant un Canada tout en anglais n’auraient pas agi autrement. Ils auraient voulu constamment assimiler —de gré ou de force— les premiers colons, les diluer. Nous étions trop jeunes pour comprendre ce fait patent.

Comme il est facile d’errer. Mais oui, un racisme, une francophobie évidente, animait les « maudits anglais ». Ainsi, nous organisions un certain midi de 1960 un féroce sit-in au restaurant Murray proche de Radio-Canada, là où on refusait de nous servir en français. Pas un seul mot. Cette manif fit « la une » des quotidiens. Tenez, à cette époque, un réalisateur anglo au milieu d’une équipe de 10 francos, ne prononçait pas un seul mot de français ! Je fis une esclandre et, d’abord on me menaça : « la porte ! » Et puis, vite, on reconnut le bon sens et ce fieffé réalisateur nous délégua sa scripte aux réunions dite de production. Des jeunes vont-ils croire pareil racisme ? Voilà des sources de notre longue colère, jadis.

Les temps ont changé. Il y a eut les bombes des jeunes patriotes du FLQ clandestin. De généreux impatients. Qui risquaient leur propre avenir. Ce sera la délation et puis les emprisonnements. Pendant qu’ensuite l’on observait les soudaines « normales » promotions des nôtres —avec annonces payées dans les journaux— pas un seul promu songeait à envoyer au moins des oranges à ces jeunes mis aux cachots. À cause de la peur, la justice s’installa peu à peu. Puis, il y eut la victoire des nationalistes en 1976, un choc salutaire et ce sera la fin significative des humiliés muets, le début « des têtes levées » enfin. On sait que l’arrogante minorité fut bien obligé d’évoluer, d’ouvrir les yeux, ils étaient, veut veut pas, des minoritaires. Au référendum —volé par l’argent fédéral— de 1995, six des nôtres, sur dix, votaient en faveur de l’indépendance. Les quatre autres francophones ? Ils s’associant donc aux québécois anglos-de-souche et à leurs intégrés automatiques, les allophones. Que Jacques Parizeau baptisa « les ethniques ».

On a le devoir de respecter ceux qui croient encore au fédéralisme malgré l’échec de Meech et autres preuves de l’aveuglement des Canadians. Aujourd’hui on voit le Rouge chef Charest la main dans la main avec le Bleu chef Harper. Normal. Correct. Ce qui cloche aujourd’hui ? C’est de voir tant d’indépendantistes chipoter sur les faiblesses d’un jeune chef. C’est une honte pour moi de voir mon camarade l’écrivain Victor-Lévis Beaulieu tourner le dos au jeune Boisclair pour soutenir un adversaire mou, Mario Dumont, admirateur des Jeff Filion. C’est une trahison. D’une lourde bêtise. Dès 1970, René Lévesque, avec bon sens, rassemblait « pour la cause » un monde disparate. Des gens de droite comme de gauche. Alors, quel est le nom de cette impatience ? Trahison. Après l’installation d’une patrie, viendra normalement les nécessaires clivages entre conservateurs et libéraux québécois. Droite et gauche. Après pas avant.

Le vire-capot, quel qu’il soit, devient un traître à la cause, objectivement. Depuis quand le cortège militant, en marche pour la liberté nationale, doit-elle absolument contenir, avoir à sa tête, un chef parfait, impeccable, sans aucun défaut ? Foutaise et grave connerie. Les véritables résistants, Dieu merci, comprennent qu’il y n’y a que la victoire électorale, démocratique, qui est « le » but. Le seul. On voit trop de ces nationalistes puristes très occupés à des calculs d’une mesquinerie dangereuse, tout ligotés par des niaiseries —drogue d’un temps, homosexualité— et qui se cherchent un « messie » improbable, ce mythe infantile, un leader plus que parfait. Le mot « nation » M.Harper, ne me suffit pas. Je voterai pour un pays. Pour une patrie. Donc pour André Boisclair.

PORNO : MÉFIANCE ?

Inutile d’épiloguer sur un fait têtu, la porno se répand désormais. Jadis, les ados curieux, devaient chercher longtemps pour voir des nudités. Maintenant un simple clic de souris sur l’ordi et l’offre au voyeurisme se présente. Loin des pudibonderies d’antan, du mode prude des anciens « protestants » frustrés qui arrosaient de menaces folichonnes le moindre écart sur ce plan, il reste une réalité.

Entre le triste voyeur compulsif, plus ou moins honteux en sortant du recoin aux images XXX de son vidéo-club et le maladif voyeur dépensant ses temps de loisirs en naviguant sur des sites pornos, restent des individus, mâles surtout, lamentablement coincés. Ils sont à plaindre tous, le scrupuleux excessif et le soi-disant « libéré ». Il n’y a aucune liberté vraie soit à fuir comme peste la moindre cuisse dénudée soit à s’emprisonner dans la manie navrante du voyeur, de l’abonné systématique aux images « cochonnes » faites de copulations mécaniques.

Il y a un piège et il est bien connu des misérables piégés qui ne peuvent plus décrocher de cette pâture néfaste. C’est le bon mot : un piège. Des « malades » en voyeurisme l’admettent volontiers, il n’y a qu’à questionner (comme je l’ai fait) des soigneurs aux prises avec ces victimes, devant décontaminer des adeptes de porno, des thérapeutes nouveaux en sont navrés. C’est qu’au « monde de la porno » il y a surenchère, il y a un besoin inévitable du « toujours plus ».

C’est donc absolument un piège, une sorte de tunnel où l’on coule inexorablement. J’ai constaté la chose. Un jour, un camarade de travail débutait dans ce marécage avec de simples « films à voyeurs » ordinaires. Peu à peu, il glissait dans des formes plus crues. La surenchère. À la fin, il vivait en vue de ce « toujours plus », fait de stocks immondes, mélange de pédophilie et de bestialité. On le retrouva suicidé dans sa baignoire un samedi matin. C’était un garçon brillant, fort capable en scénographie, promis à une carrière fructueuse. Son dérapage le fit sombrer dans cela que je nomme « piège ».

Certains jeunes, la plupart je l’espère, ont de l’instinct. Important cela, l’instinct. Accidentel ou non, dès la première approche en porno, ils devinent pourtant ce gouffre lamentable, ils refuseront carrément d’y glisser et ils vont fuir cette planète nauséeuse. Ah, qui dira l’importance de l’instinct ? En être dépourvu est un grand malheur. L’intelligence seulement ne suffit pas dans ces affaires de mœurs. Ami lecteur(e) si tu as ouvert une porte à cette lie, à cette porcherie, à cette forme d’inhumanité —là ou les émotions sexuelles humaines, les sentiments humains, les rapports amoureux humains sont bafoués— si tu as mis un pied, un œil, dans cette faiblesse morale du voyeurisme, referme vite cette porte, il s’agit, crois-moi, de bonne santé mentale ordinaire.

À quoi, à qui, sert cette florissante industrie mafieuse du sinistre voyeurisme ? Au laideron ? Au grave handicapé ? À celui qui est dépourvu de tout charisme physique, à celui qui ne sait rien de la séduction essentielle face à l’autre sexe ? À ce paresseux crasse, incapable du moindre effort pour conquérir sexuellement « l’autre »? Au très grand timide impuissant ? Sans doute.

Mais le jeune citoyen qui souhaite l’accouplement sain, et si merveilleux, doit posséder cet instinct. Celui qui lui crie : « piège ! » Une cage et sans espoir de sortie. Collégiens des années 40, un mini-vignette de la Vénus de Milo, nue sans bras !, dans son petit Larousse illustré, nous était une naïve promesse de bonheur « manuel ». C’était un temps fou, celui où des prédicateurs en robes noires affolaient nos jeunes consciences et, prévenaient-ils : « la masturbation allait nous rendre sourds ! »

Bien sûr, on rit de ces époques de noirceur. Mais le progrès (!) fait que de très jeunes enfants sont soumis désormais aux lamentables concoctions voyeuristes de producteurs dégénérés. D’un excès l’autre, voici donc le temps des « détournements de mineurs », il conduit à la névrose, au moins, aussi, comme pour ce camarade perdu, à la psychose, mot qui veut dire « folie ». La clinique pour déments attend ses adeptes. Oui, il y a « la folie pornographique », un ravage actuel, un fléau répandu qui dénature l’amour physique. « Il rend l’homme semblable à la bête », comme disait les anciens prêcheurs en alcoolisme ? Exactement. La porno pop —à louer, à vendre, gratuite sur Internet— évacue le plaisir vrai de la sexualité, le profond plaisir des sens, celui qui vient avec l’éternel et vérifiable mélange des sens et des sentiments entre deux amoureux. Il est facile de l’affirmer et sans l’ombre d’un doute; jeune homme, l’imprudent sans instinct qui s’entiche de voyeurisme le regrettera toute sa vie.