AIMER LES MAUDITS BLOKES ?

Ce fut long. Maintenant j’aime bien nos chers blokes. Oui, ce fut long. Gamin, comme un peu partout en ville, c’était les chicanes connes, les vicieuses attaques, les furieuses batailles. Contre le gang à Collin, le gang à Gordon. Dans nos ruelles, on enrageait candidement, manichéens, contre ces maudits blokes de la paroisse Holy Family au nord de la Plaza St-Hubert. Plus tard, s’enlisait encore, toujours, cette haine féroce des « maudits anglais ». C’était un sentiment un peu confus, qui nous venait en forte part de notre manuel d’histoire ? On nous enseignait la perfidie des conquérants et nous avalions une potion qui nous devenait un poison. Le feu au cœur ! Le comportement des colonisateurs britanniques n’était que logique. Les Français de France envahissant un Canada tout en anglais n’auraient pas agi autrement. Ils auraient voulu constamment assimiler —de gré ou de force— les premiers colons, les diluer. Nous étions trop jeunes pour comprendre ce fait patent.

Comme il est facile d’errer. Mais oui, un racisme, une francophobie évidente, animait les « maudits anglais ». Ainsi, nous organisions un certain midi de 1960 un féroce sit-in au restaurant Murray proche de Radio-Canada, là où on refusait de nous servir en français. Pas un seul mot. Cette manif fit « la une » des quotidiens. Tenez, à cette époque, un réalisateur anglo au milieu d’une équipe de 10 francos, ne prononçait pas un seul mot de français ! Je fis une esclandre et, d’abord on me menaça : « la porte ! » Et puis, vite, on reconnut le bon sens et ce fieffé réalisateur nous délégua sa scripte aux réunions dite de production. Des jeunes vont-ils croire pareil racisme ? Voilà des sources de notre longue colère, jadis.

Les temps ont changé. Il y a eut les bombes des jeunes patriotes du FLQ clandestin. De généreux impatients. Qui risquaient leur propre avenir. Ce sera la délation et puis les emprisonnements. Pendant qu’ensuite l’on observait les soudaines « normales » promotions des nôtres —avec annonces payées dans les journaux— pas un seul promu songeait à envoyer au moins des oranges à ces jeunes mis aux cachots. À cause de la peur, la justice s’installa peu à peu. Puis, il y eut la victoire des nationalistes en 1976, un choc salutaire et ce sera la fin significative des humiliés muets, le début « des têtes levées » enfin. On sait que l’arrogante minorité fut bien obligé d’évoluer, d’ouvrir les yeux, ils étaient, veut veut pas, des minoritaires. Au référendum —volé par l’argent fédéral— de 1995, six des nôtres, sur dix, votaient en faveur de l’indépendance. Les quatre autres francophones ? Ils s’associant donc aux québécois anglos-de-souche et à leurs intégrés automatiques, les allophones. Que Jacques Parizeau baptisa « les ethniques ».

On a le devoir de respecter ceux qui croient encore au fédéralisme malgré l’échec de Meech et autres preuves de l’aveuglement des Canadians. Aujourd’hui on voit le Rouge chef Charest la main dans la main avec le Bleu chef Harper. Normal. Correct. Ce qui cloche aujourd’hui ? C’est de voir tant d’indépendantistes chipoter sur les faiblesses d’un jeune chef. C’est une honte pour moi de voir mon camarade l’écrivain Victor-Lévis Beaulieu tourner le dos au jeune Boisclair pour soutenir un adversaire mou, Mario Dumont, admirateur des Jeff Filion. C’est une trahison. D’une lourde bêtise. Dès 1970, René Lévesque, avec bon sens, rassemblait « pour la cause » un monde disparate. Des gens de droite comme de gauche. Alors, quel est le nom de cette impatience ? Trahison. Après l’installation d’une patrie, viendra normalement les nécessaires clivages entre conservateurs et libéraux québécois. Droite et gauche. Après pas avant.

Le vire-capot, quel qu’il soit, devient un traître à la cause, objectivement. Depuis quand le cortège militant, en marche pour la liberté nationale, doit-elle absolument contenir, avoir à sa tête, un chef parfait, impeccable, sans aucun défaut ? Foutaise et grave connerie. Les véritables résistants, Dieu merci, comprennent qu’il y n’y a que la victoire électorale, démocratique, qui est « le » but. Le seul. On voit trop de ces nationalistes puristes très occupés à des calculs d’une mesquinerie dangereuse, tout ligotés par des niaiseries —drogue d’un temps, homosexualité— et qui se cherchent un « messie » improbable, ce mythe infantile, un leader plus que parfait. Le mot « nation » M.Harper, ne me suffit pas. Je voterai pour un pays. Pour une patrie. Donc pour André Boisclair.

7 réponses sur “AIMER LES MAUDITS BLOKES ?”

  1. J’ai bien aimé votre papier « Aimer les maudits blokes »… Concernant la récente sortie de VLB, ce n’est pas qu’il ait été dur avec le PQ de Boisclair et le Bloc qui m’a dérangé. Au contraire, cela ne pouvait que faire du bien aux souverainistes de se faire brasser la cage par un indépendantiste. Mais, ce qui m’a le plus déçu – surtout que je suis accroc de la littérature québécoise comme c’est pas permis… ainsi j’ai quasiment tous les livres de VLB, dont le dernier sur Joyce – c’est qu’il donne son appui à Mario Dumont. Franchement ! Sans vouloir casser du sucre sur le dos de Dumont, je suis d’avis que le chef de l’ADQ qui, comme naguère le vizir Iznogoud, a toujours aspiré à devenir calife à la place du calife (il en rêvait dès le secondaire, disait-on dans un portrait qui lui était consacré, paru il y a quelques années dans le magazine L’Actualité), n’a pas la trempe d’un homme d’État. Certes, il est jeune, mais il a des allures de mononque. Je suis moi-même trois fois grand-père (j’ai 53 ans), mais je trouve les idées de Dumont dépassées et je trouve ce monsieur un peu trop opportuniste (je l’ai dit plus haut: il en rêvait dès le secondaire). Comment VLB peut-il appuyer l’ADQ ? Au nom des régions (je suis moi-même régionaliste et je ne tombe pas dans le piège) ? Si au moins Mario Dumont citait du VLB de temps à autre dans ses discours (mais j’en doute), je pourrais conclure à un renvoi d’ascenseur. Enfin, même si cela semble changer de propos, je trouve qu’à cette époque où la francophonie est tout autant qu’hier menacée de disparaître en Amérique du Nord (après le sort réservé aux Franco-Américains, d’où était issu Kérouac le vagabond; après le sort réservé aux minorités francophones hors-Québec, d’où était issu Gabrielle Roy), il est DÉPLORABLE qu’un auteur québécois puisse ne pas réaliser l’importance de soutenir – même, et surtout, avec l’énergie du désespoir – l’indépendance politique du Québec. Si au moins VLB avait donné son appui à Québec Solidaire, qui est souverainiste, j’aurais compris. Mais l’ADQ, mené par un arriviste aux idées de mononque… cout’donc, que je me suis dit à part moi, j’espère que VLB n’a pas recommencé à boire, à moins (autre supposition) que son départ appréhendé des Trois-Pistoles l’affecte à ce point qu’il ne sache plus quoi dire. Concernant VLB, je ne suis pas encore découragé… mais juste déçu. Un de vos lecteurs…

  2. Le texte de Claude Jasmin et le commentaire de Jean-Pierre Durand sont excellents.

    Je crois que VLB est assez brillant pour comprendre qu’il a fait un faux pas en appuyant « mononc Mario l’autonomiste gonflé à l’hélium ».

    Depuis une semaine, André Boisclair fais une excellente campagne et il fait avancer l’idée de l’indépendance.

    Jean Charest, le « partitionniste masqué », doit être battu le 26 mars.

  3. Salut Claude
    Au piloris VLB imagine il a osé prendre partie pour un autre que Boisclair c’est une infammie, à la potence selon Jasmin, on ne faisait pas mieux sous Staline. Les anglais sont tous des mécréants et des colonisateurs invertébrés et ceux qui votent contre le PQ sont des homophobes de la pire espèces. Hors de l’église point de salut. Tourner le dos au jeune Boisclair dit Jasmin c’est une trahison. Sur ce je suis d’accord ce n’est pas prudent. Moi les gens qui traitent ceux qui ne sont pas d’accord avec eux de traitre. J’ai des amis de toutes les allégeances et c’est bien ainsi. Jasmin va prendre une bière avec VLB et embrassez vous, pas trop quand même.
    Amen

  4. Bonjour monsieur Jasmin. Ayant écrit moi-même un livre où je parle de batailles entre mes frères et les flos anglos, dans les années quarante, je vous comprends. Cependant, c’est plus fort que moi, certains anglos : je n’aime pas! Je n’aime pas non plus ce qui arrive avec Robin Philpot. Un homme qui a écrit Le référendum volé, ne peut qu’être une bonne personne compréhenseive.
    Doris

  5. Bonjour à vous, en bref je voterais pour Boiclair si son parti le laissait aller sans lui taper sur les doigts. Il est chef ou pas. Il a fait quelques sorties que j’ai bien aimé mais on l’a rabattu…c’est dans le métier que l’on apprend et le reste(parti) ne suit pas. Comme dans la vie de tous les jours « on se souviens », on se rappelle du passé, fait, pas fait, aurait du faire mais il faut avancer sinon pas de progrès. On a l’air cloué sur place a gaver de belles paroles. Pour être une nation, non seulement de nom, il faut l’autonomie économique, à part les richesses déjà vendues.???

  6. Je ne suis pas d’accord avec votre définition de la traîtrise. Ainsi en 1995, 6.3 québécois francophone sur 10 a voté pour se donner un pays. Et 3.7 québécois francophone sur 10 se sont associés aux anglos et aux ethnies pour empêcher les 6.3 d’avoir un pays. Parizeau a toujours eu raison de sa déclaration. Mais il a oublié de dire et cela fallait le deviner que les 3.7 furent des traîtres.

  7. Monsieur Jasmin,

    Pourriez-vous corriger ce qualificatif qui porte une majuscule fautive ?

    Un écrivain québécois ! Un Québécois écrivain.

    Salutations cordiales : j’ai déjà enseigné votre « Pleure pas, Germaine », excellent roman qui, à l’époque, dans la collection de Godin, voisinait deux ouvrages de l’Admirable Docteur (deux majuscules « incontournables » pour ce grand auteur.

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