DU DANGER DE « PASSER » À LA TÉLÉ

Les gens disent « passer » à la télé, pour une invitation à un talk show. Cocasse expression ? En effet, c’est « passer » comme dans « Vous qui passez sans me voir », une toune de jadis. On m’invitait à « Tout le monde en parle » et dans mes entourages un énervement en tous genres : « N’y va pas ! TU devrais refuser ! Va pas là, Claude ! T’as vu pour Doc Mailloux, Maire Gendron, Fou Fournier ? »

J’étais amusé, un peu intrigué. Quoi, Guy Lepage est-il un vicieux, un maniaque ? Un tendeur de pièges seulement ? Je constatais qu’il portait ce visage pas trop sympa, ce masque, cela pour beaucoup de gens. À mon âge, j’ai « passé » un peu partout, depuis Michèle Tisseyre (en 1960) jusqu’à Réal Giguère, Marcotte et Michel Jasmin ! C’était, c’est, le parcours nécessaire à la promotion d’un livre frais édité. Des recherchistes se démènent fort pour vous obtenir un « passage » chez ces animateurs. Dire « non merci » ? Refuser cette publicité (gratuite) alors que le monde lit si peu ? Alors que les médias sont si avares en espace face à la littérature-qui-se-fait ? Folie, non ?

Pas d’illusions certes, un tel « passage » peut être futile, absolument vain, parfois. Si « les dieux de l’improvisation » vous sont favorables à cette heure de « passage » pour « Tout le monde en parle », c’est l’assurance que plus d’un million de spectateurs vont savoir qu’un autre roman québécois est en librairies. Pensez-vous qu’une foule ira courir se le procurer ? Ne rêvons pas. « N’y va pas, piège ! », me répétait-on. Allons, les fouilleurs d’archives de Guy Lepage peuvent bien tomber sur des déclarations « dangereuses », et après ? Il faut assumer cela. Qui, d’un certain âge, ne regrette pas certains malencontreux emportements de jadis ? Qui ?

Embarrasser systématiquement son invité n’est pas, je le crois, le tableau préféré de Lepage. Comme moi, il ne vise qu’à ne pas être ennuyeux, il y va du succès de sa série, non ? C’est aussi mon motto, le grand théâtreux Louis Jouvet avait placardé la coulisse de son théâtre avec une grande affiche : « Il est interdit d’ennuyer le public. » Et pour cela, oui, il faut bien titiller son audience, sortir s’il le faut des ingrédients qui n’ont plus rien à voir avec le sujet de l’invitation : un roman récent. Mais quoi ?, « je ne regrette rien », chère Edith Piaf. Rien de grave en tous cas. Rien de honteux. Si, par hasard, l’animateur fait surgir un lapin bien fringant de son chapeau de questionneur, je ferai face. L’humour est utile dans ces cas de « déterrage ». J’allais y recourir volontiers, me disais-je.

Bref, c’est donc la découverte, une fois de plus, de la méfiance des gens. « Passer » à la télé serait un grand risque. En campagne électorale, c’est en effet l’angoisse. Le jeun bizarre de faire tomber un candidat. On le voit à chaque élection. Mais un écrivain n’a pas à flatter « tout le monde », à se faire aimer à n’importe quel prix. Je ne me « présente » pas, nulle part, je n’ai aucune « ligne de parti » à guetter, je ne cherche pas à ramasser le plein de votes, moi. Je dis ce que je pense. Je ne calcule pas. Je me fiche ben de déplaire. Et tant pis si mon attitude franche m’amène des adversaires, j’en ai toujours eu.

Cela dit, un fou !, j’espère à chaque « passage » —radio, télé ou presse écrire— captiver des gens, les amener à me lire. Si je rate le « pitch » de mon bouquin chez Lepage ou ailleurs, je devrai en payer le prix. C’est inévitable. On n’en meurt pas. Je n’ai pas à perde, un poste de psy dans un hôpital ou une tribune téléphonique « payante » à TQS ! Je n’ai rien à perdre tout en sachant qu’une « mévente » grave du livre en librairie pourrait me conduire, hélas, à un refus lors du prochain manuscrit chez mon éditeur.

Bravement, l’invité docile s’amène donc en studio, il y a la séance de maquillage, les conseils du régisseur, le plan exposé du déroulement… et « veut veut pas », « prêt pas prêt », « trac pas trac » , c’est le signal. Une voix tonne : « Silence partout ! Dans cinq, quatre, trois… » En face de vous il y a « le maître du jeu » et vous n’y pouvez rien : Première question, feu à volonté ! À vous de répondre, à vous de bien renvoyer la balle. Un tennis connu. Auteur libre, vous n’êtes plus seul, roi et maître devant la page blanche, non, vous êtes celui qui « passe » à la télé. Mais oui, soyons modeste, quelqu’un viendra « après » vous comme il y a eu quelqu’un « avant » vous. Carrousel connu. Justement « vous passez » bien, mal pas trop pire ! Invoquez « le dieu hasard ». Souhaitez un bon « face à face » mais sachez qu’il n’y a ni loi, ni recette. Plein de publiés, injustement inconnus souvent, ou même méconnus parfois malgré des ouvrages solides, qui voudraient bien y « passer ». Profitez donc de votre chance tout en sachant qu’une entrevue tout à fait réussie est le fait des circonstances. Roulette de casino, un jeu donc ? Mais oui.

6 réponses sur “DU DANGER DE « PASSER » À LA TÉLÉ”

  1. Ça faisait une mèche que je ne vous avais visité. Vous êtes toujours « à vif », je vois. Excellent ! « Passer » à la TV: vous avez parfaitement raison. En direct en plus, oui, c’est risqué, il faut de l’expérience pour s’y montrer à l’aise, ou du moins en avoir l’air ! En différé, c’est autre chose puisqu’on peut effacer et retoucher .
    Publicité grtos pour le dernier roman. Là encore, vous avez raison: pas question de la rater ! Surtout que c’est – presque – vous-même qui la faites.
    Au plaisir, je repasserai de temps à autre. Et je vais suggérer à mes lecteur(e)s de vous lire – car j’ai mon blogue maintenant.

  2. Bonjour monsieur Jasmin,
    J’ai fort apprécié votre passage à Tout le monde en parle, hier soir. J’admire votre verve et votre humour. Vous avez eu fière allure et vous en êtes fort bien sorti face à Lepage et Turcotte. Ne vous inquiétez pas, votre nouveau bouquin se vendra probablement bien, quoique peut-être moins auprès des amateurs des petits félins domestiques;-)

  3. J’ai écoute tout le monde en parle hier soir et je suis d’avis que vous n’auriez pas du y aller. Je comprends que vos beaux-frères vous connaissent mieux qu’un télé peut vous valoriser et la façon dont vous avez RONFLÉ en plein visage des invités suivants, alors que votre tour était passé, était simplement SAUVAGE et irrespectueux. Franchement pour un homme de votre âge, je croyais que ces interventions puériles digne d’un élève du primaire faisaient partie de votre passé. 2 artistes viennent nous passer une message de compassion, de tolérance et d’amour dans des temps les plus difficiles de notre époque et vous et monsieur la grand-yeule Martineau en avez profité pour  »ploguer vulgairement » votre débat sur les accomodements raisonnables. Question de faire encore plus sentir nos 2 artistes mal a l’aise la foule vous a applaudi. Ce que la peur de la différence peut faire à de vieux conservateurs qui ne désirent que les yeux soit tournés vers eux une seconde de plus. Je crois que vous êtes TOTALEMENT passé à côté du message et que seul un être égocentrique et hypocrite peut réagir de la sorte. J’èspere que les responsables derrière ce fiasco télévisuel sauront vous refuser le droit aux éventuelles promotions de votre livre en voyant que vous n’êtes pas capables de renvoyer que ce soit 10% du respect qu’on vous a démontré.


    À VICTOR PARÉ,
    oui, j’ai dérapé, et je le regrette. J’ai tenté par après de réparer ma gaffe non ?, un peu tard. Qui est sans défaut ?
    Je me surveillerai mieux dorénavant. Promis.
    C. J.

  4. Si vos beaux-frères ne voulaient pas que vous vous présentiez à Tout le Monde en Parle, ce n’était pas pour vous protéger de Guy A, MAIS POUR VOUS PROTÉGER DE VOUS-MÊME (compte tenu de votre habitude à vous mettre les pieds dans les plats et à vous pendre vous-même dès qu’on vous donne assez de corde pour le faire)!!

    Quelle outrecuidance, quel mépris dans votre attitude envers ces deux jeunes créateurs !

    Triste spectacle !

    Dommage, car votre entrevue s’était somme toute bien déroulée, mais vous n’avez pas pu vous empêcher de tout gâcher en tirant la couverte de votre bord, comme toujours …

    Finalement, vos beaux-frères avaient raison !!

    Clément Lachance

  5. Je ne vous connaissais pas avant votre intervention à tout le monde en parle. Cela a été désolant à voir!

    Écoutez vos beaux-frères la prochaine fois!

  6. Les dérapages à la télé sont choses communes,surtout de la part des vieux. Quand on patauge dans ces ages avancés, on ne se tourne plus la langue sept fois avant de parler ou agir.
    On prend pour aqui, que les gens nous connaissent et que nous avons été assez populaire, donc nous avons un certain droit de dirent des conneries ou d’agir comme un mal élevé et que les gens vont nous pardonner.
    Si tes parents avaient pu te voir, mon cher Claude est-ce qu’ils auraient été fiers de toi? Est-ce que tes enfants ou pire tes petits enfants étaient fiers de voir leur père ou leur papi agir ainsi?
    J’avais hâte de t’entendre car je suis un fan de Claude Jasmin. Hélas même nos idoles nous déçoivent parfois.

    C’est l’age que veut-tu.

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