LETTRE OUVERTE À M. TONY BLAIR

LETTRE OUVERTE A M. TONY BLAIR
Claude Jasmin
écrivain

Monsieur, on peut comprendre qu’un étranger puisse ignorer l’histoire du Canada. Il n’en reste pas moins que cet étranger —de bonne foi peut-être— doit être très prudent quand il veut illustrer « un cas chez lui », l’indépendantisme de L’Écosse, par un cas lointain, Toronto plus fort que Montréal. Cas dont il ignore visiblement les tenants et aboutissants.

Déclarer, comme vous l’avez fait, que Édimbourg en Écosse deviendra un Montréal amoindri, du seul fait qu’il y a combat chez vous pour l’indépendance est une fausseté. Une erreur historique qui a fait sourire les gens d’ici.

Il n’y avait aucune « lutte nationale » importante, active, quand Montréal cessa peu à peu d’être « la métropole du Canada ». Pour rester tout de même la métropole du Québec.

N’importe quel historien sérieux —au Canada comme en Angleterre— aurait pu vous éclairer et vous empêcher de dire une bêtise. Toronto était une bourgade quand le Canada de 1867, date de la naissance de la Confédération, s’installait. Oui, cette ex-petite ville de l’Ontario a grandi rapidement, c’est évidemment une réalité. Elle était située géographiquement —par rapport à Montréal— pour gagner. Un fait important : Un très avantageux « Pacte de l’auto », signé avec les USA, fut un des puissants moteurs de l’important accroissement industriel ontarien. Ce fut une sorte de « boom » indiscutable, inévitable. Il y a eu que le middle-west étatsunien entra en vive concurrence avec les États des bords de l’Atlantique. La ville de Chicago rivalisa activement, bien pleinement, avec les actives villes de New York, Boston et allii.

Ce ne fut donc pas trop long que la jeune ville de Toronto —« voisine » de ce bouillonnement économique— en fut fort favorisée. Cela ne tarda pas longtemps pour que Montréal, pâtissante, située à l’est du phénoménal « boom », fut amoindri économiquement. Mais il lui restait son essentiel et dynamique port, le dernier en aval du fleuve Saint-Laurent. Viendra, fin des années 1950, le fabuleux projet du creusage d’un canal nommé « La voie du Saint-Laurent », Cela porta à Montréal un coup fatal. On l’oublie top facilement.

Monsieur Blair, vouloir relier comme cause de « dé-métropolisation » de Montréal le fougueux nationalisme des Québécois, à partir de 1970, et avec son projet indépendantiste, relève d’un ignorance crasse. Je regrette d’avoir à vous le dire. C’est un abus de discours politique considérable en vue de ralentir le normal mouvement des Écossais. Ils luttent, eux aussi, pour une patrie souveraine. Honte à vous, monsieur Blair ! Votre déclaration est une fumisterie.

Ce n’est pas avec une telle imposture, une aussi sotte comparaison —« Édimbourg-Montréal »— que vous pourrez empêcher la venue d’un pays qui fut trop longtemps une simple province assujettie à Londres. De nombreux Montréalais —toujours en cette métropole du Québec— s’écrient avec moi : « Vive l’Écosse libre ! »

Cet appui public, qui ira s’agrandissant n’en doutez pas, sera connu et publicisé en Écosse, tôt ou tard. Appui qui, modestement, va contribuer à supporter ceux qui luttent en Écosse, et ailleurs, toujours pour la liberté de toutes les nations. Bataille approuvée implicitement dans la constitution de l’Onu. Ce droit de chaque nation à se gérer librement elle-même.

À bon entendeur, monsieur Blair, salut !

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