FOLIE : S’EXILER SANS S’EXILER

Imaginons un fort groupe de Québécois, craignant pour leur avenir ou leur sécurité, qui s’exileraient, s’installeraient ailleurs. Vive la liberté ! Nos émigrants québécois forment donc une énorme « petite patrie », une sorte de gros ghetto. Mettons en Espagne ou en Italie ? N’importe où, disons, à cause d’affinités, de tempérament latin, à Mexico. Voilà que bientôt tous ces Québécois « partis » forment en cette terre d’exil un groupement important, tout comme ici, nos expatriés, Grecs, Juifs, Portuguais, etc.

Tout baigne ? Euh…

Voilà que nos Québécois s’ouvrent des institutions variées ben à eux par nostalgie et un refus de s’intégrer, une frayeur de perdre les racines. Ils s’ouvrent donc des écoles « québécoises » et réussissent à arracher des subventions, un certain support auprès du gouvernement du Mexique (tiens donc, pour se ménager les votes). Arrivés au Mexique —disons depuis 1930, la grande Crise aidant— voilà qu’en 2007, un petit coin de Mexico en est tout enquébécoisé. Poutine et ceintures fléchées ! Voilà un fort groupement humain vivant à Mexico comme on vit au Québec. Gigues et reels, « tabarnacos » et chansons d’antan. Tout à fait comme en « une Petite Italie » ou un gros « Chinatown » agrandi, populeux, fructueux… jusqu’à un certain point.

Or, voilà que des Mexicains se lèvent pour dénoncer cette situation, et regrettent ce gros ghetto de « Canadiens-français », leur « apartheid » volontaire. Ils montrent du doigt toutes cette immense communauté québécoise qui refuserait la moindre assimilation. Un Mexicain, leader politique important, s’active farouchement et annonce qu’il va bien falloir que ces émigrants du Québec décident carrément : « s’ils aiment-ils leur pays d’adoption ? Si le Mexique leur est un adversaire ? S’ils veulent, oui ou non, devenir des Mexicains à part entière ? S’ils vont continuer de vivre en exilés éternels ? S’ils vont continuer longtemps à refuser leur pays d’adoption ? »

Plus grave, maintenant leurs enfants, et petits-enfants, tous nés au Mexique disent désavouer ce sentiment d’être perçus comme « des étrangers », comme des citoyens aliénés. Ces jeunes Québécois —plusieurs manifestent bruyamment — affirment souffrir de cet isolement anormal car ces jeunesses se sentent de plus en plus des Mexicains. Alors ils protestent face à ces parents « enfermés » en ce Petit Québec nostalgique ! Les médias du Mexique en font un tapage s’agrandissant. Oui, ces jeunes enragent d’être vus comme « d’éternels » émigrants. Ils en ont assez des « racines » des anciens, de ces fêtes à la québécoises, célébrées, vantées, chantées, fêtées entre eux par leurs « vieux ». Ils déplorent vivement —à la sortie de leurs écoles « québécoises »— de se sentir « des étrangers », ne pas mieux être mêlés aux combats du Mexique actuel, aux tendances modernes, aux neuves orientations, à ces projets « d’union » sud-américaine en friche avec tous les pays du sud, leurs voisins, Brésil, Bolivie, Chili, Argentine, sur ce continent.

Bref, ils se révoltent en constatant amèrement que l’on a empêché, retardé, leur normale et nécessaire intégration. Ces descendants de Québécois se savent des Mexicains désormais et ils accusent leurs ancêtres québécois d’avoir installer un mur stupide, des barrières effrayantes, qui font qu’on les considère comme des émigrants alors qu’ils sont nés là. À qui la faute ? « À nos vieux », disent-ils unanimement, à une sorte de mépris haïssable du pays adopté, à un sentiment de supériorité. Disons le mot à un racisme plus ou moins conscient. Oui, le mot est lâché : racisme !

On a compris que j’illustre le comportement de trop de nos communautés visibles ou moins visibles, que je veux dénoncer (comme Lysiane Gagnon ) ces écoles que l’on subventionne, grecques, juives, arméniennes, etc. De façon idiote, avec notre argent publique, nous entretenons de ces ghettos néfastes et nous nuisons gravement à ces jeunes « nés ici », cela, hélas, en hypothéquant gravement leur épanouissement. Nous favorisons ainsi souvent, « l’étatsunisiation » de ces jeunesses. Car le Québec jamais perçu en « pays », il reste les USA, pissant et riche voisin impétueux. Nous retardons ainsi la nécessaire et normale intégration.

Des lucides, des sages, Juifs et Grecs par exemple, devraient souhaiter l’abolition de ces subventions à de dangereuses écoles « séparatistes », s’ils aiment leurs enfants. Sinon, un jour, « les enfants de leurs enfants » accuseront amèrement ces « nostalgiques », ces bizarres émigrants refusant le fait têtu « d’avoir émigré un jour il y a très longtemps », d’empêcher qu’ils se sentent des Québécois « à part entière » et très capables de participer à nos débats nationaux; ce qui est leur droit strict. À bas donc tous ces enfermements écoliers nocifs, soutenus lâchement par nos gouvernements québécois peureux, plus grave, indifférents aux prochains malheurs « des enfants des enfants » des anciens exilés. Cela dit « Viva Mexico ! »

7 réponses sur “FOLIE : S’EXILER SANS S’EXILER”

  1. Il existe un tel ghetto québécois.
    C’est en Floride.
    700,000 québécois annuellement, et 150,000 permanents.

    Toutes les entreprises privées y offrent leurs services en français. Mais tous les services publiques, étatiques, et écoles, sont strictement qu’en anglais.

    On protège sa culture et sa langue là-bas.

  2. Votre exemple est faussé par votre propre ghetto moral, Monsieur Jasmin. Venez donc prendre une marche à Côte-des-Neiges. Venez me dire aussi que vous n’admirez pas les Acadiens de Louisiane qui ont persisté pendant si longtemps à parler Français. La vérité de base que vous évacuez, c’est que les immigrants d’ici, sont, pour la plupart arrivés parce qu’ils fuyaient un contexte socio-économique ou politique pénible, voire dangereux. Votre colonie québécoise fictive au Mexique n’aurait que les Mario Dumont et Claude Jasmin du Québec à fuir. Vous ne tenez aucun compte, sans nuance, comme c’est trop dangereusement le cas de nos jours, de la vaste majorité d’arrivants qui souhaitent transmettre leur culture et leur langue à leurs enfants, parcequ’elles constituent une richesse, un lien avec leurs racines. Ce qui n’empêche nullement ces mêmes parents à pousser leurs enfants à participer et à s’intégrer à la vie du Québec.
    J’ai choisi de vivre avec mes enfants à Côte-des-Neiges. Je leur raconte la chasse-galerie et nous sommes de bons chrétiens. Mes voisins sont Juifs orthodoxes, Portugais, Polonais… Nous transmettons et partageons nos cultures respectives, la plupart du temps, en français. Ce ne sont pas des accomodements raisonnables, ni de la tolérance, c’est de l’amour, du respect, de l’intérêt. Le désir que nos enfants soient plus riches moralement, spirituellement, avec une culture moins étriquée. Personne ne veut quitter le pays qui l’a vu naître à moins de circonstances extrêmes ou d’un exceptionnel besoin de changement (je pense à mes voisins Français!). Si vous déplorez tant l’immigration, mettez donc vos énergies au bon endroit: en dénonçant notre propre indifférence et celle de nos gouvernements à agir pour faire que chaque état du monde soit un lieu où il fait aussi bon vivre qu’à Côte-des-Neiges.

  3. Bonjours M. Jasmin,

    J’admire votre exemple de communauté ethnique minoritaire. Il fait référence au contexte actuel des « accommodements raisonnables » de manière impeccable. Le meilleur exemple serait sans doute les « jeux gay » (Outgames), qui prône le ségrégationnisme envers les personnes homosexuelles en renforçant la xénophobie générale. Votre texte représente non seulement les regroupements d’ethniques ou sociaux, mais aussi toute cette crainte face au néolibéralisme et à cette nouvelle mondialisation qui acculture les peuples par nos enfants, enfants qui, plus tard, crieront peut-être à la révolte, se sentant peut-être plus étasuniens que leurs parents, peut-importe le pays d’origine…

  4. Ceci n’est pas un commentaire.

    Pourriez-vous changer « regroupements d’ethniques ou sociaux » pour « regroupements ethniques ou sociaux » dans mon texte s’il vous plaît? ( faute de frappe ).

    David Gourde

    Merci, c’est corrigé –
    le webmestre

  5. Bonjour M. Jasmin,

    Votre texte sur le « ghetto québécois » d’outre-mer tout comme vos commentaires à l’émission « Tout le monde en parle » ne sont que verbiage d’un adolescent accroché aux valeurs des années référendaires sous monsieur Parizeau.

    Vous aurez intérêt à voyager et vivre dans les souliers d’autrui M. Jasmin.

    Veuillez excuser mon ingérence dans les affaires québécoises.

    Acadiennement vôtre,

  6. En tant que fille d’immigrante, je me permet de dire que vous ne comprenez pas, mais pas du tout, l’étendue de l’immigration. C’est dommage cette incapacité à ne pas tenter de comprendre son prochain. D’ailleurs, suite à votre passage à TLMP, j’ai été très déçue de votre attitude face aux invités de marque, Martin et Brière. On voit que le respect se perd malheureusement…

  7. Bravo pour votre passage à TLMEP, M. Jasmin.
    Enfin quelqu’un qui dénonce le multiculturalisme canadian à Radio-Canada. Michaelle Jean le dénoncait aussi devant le Congrès Juif de Montréal trois mois seulement avant que Paul Martin la convainc d’en devenir le symbole vivant en échange d’un poste prestigieux (G.G.).
    Comme vous l’avez dit à l’émission, Trudeau a conçu cette horreur dans le but de réduire le peuple québécois à une simple minorité ethnique canadienne comme les autres. Mais n’oubliez pas qu’elle fait aussi de nous LA majorité ethno-culturelle du Québec. Et Harper, en rajoutant cette semaine que le Canada fut fondé en français, en fait de notre ethnie-culturelle le peuple fondateur.
    Ce qui, selon les règles de l’ONU, nous confère les prérogatives en droits des peuples fondateurs-majoritaires sur les autres communautés ethniques de l’état québécois.

    Mais à entendre de M. Martineau des signes d’ouverture à cette réalité qui est toujours bien solide dans les régions, il est permis d’espérer qu’un jour prochain ce peuple québécois reprendra le respect qui lui est légitimement dû.

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