LA VERTE IRLANDE EN 1920 !

Un film, signé du cinéaste doué Ken Loach raconte. Que sait-on des Irlandais jadis soumis, envahis au nord —Ulster purulent— par les « goddam blokes » ? Peu de choses en général. L’empire britannique, plus puissant à l’époque que l’empire Étasunien actuel, contrôlait avec maintes astuces —« ô perfide Albion »— ses colonies. Cela sur tous les continents du monde. Jusqu’à nos portes on le sait trop. L’Irlande, sa voisine, île moins développée que l’Angleterre, était sa colonie la plus proche quand on excepte le pays de Galles et l’Écosse. Des Écossais tentent actuellement d’obtenir leur souveraineté totale. Il y a, là aussi, les « collabos » et plein d’Écossais nerveux, peureux, qui doutent d’eux, qui sous-estiment leur capacités, comme ici, qui s’auto méprisent.

J’ai parlé souvent du « racisme inversé ». Il s’agit d’un pénible manque de confiance en soi. Ce « racisme inverti » se nourrit des petites gens, des citoyens des classes moyennes, qui continuent toujours à craindre « la liberté ». Oui, plein de Québécois qui ont pu s’en sortir, qui parviennent à une sorte d’épanouissement personnel, disent : « Ne touchons à rien, ne brassons pas la cage. » Et adieu le patriotisme ! Un film raconte, « Le vent se lève », son titre en français et son réalisateur, Loach, un Anglais mais à l’esprit libre, se fait férocement tabasser par les gens de droite. Ces conservateurs menteurs à Londres. Où l’on veut, bien entendu, faire passer Ken Loach pour un traître.

Le film parle d’un vent de 1920 (« The Wind that Shakes the Barlwey » en anglais) qui est un violent courant d’air pour la lutte en faveur d’une Irlande sans tutelle aucune. On sait la fin heureuse de l’histoire aujourd’hui, nous connaissons la bonne prospérité de cette ex-colonie. Que j’aime ces pages d’histoire en images. Elles donnent toujours envie de se mieux renseigner et je cherche des livres sur cette fabuleuse longue bataille irlandaise. Rien à faire, un film est limité dans le temps. Une longue saga, une télé série ne suffirait pas à narrer adéquatement ces longues années pour gagner la liberté. Un film reste cependant un efficace et fort moyen pour informer les masses. Le cinéma est un art populaire. Partant, un cinéaste est pris par ce métier de…résumer, de couper les coins carrés. Inévitable cela. L’historien chevronné haussera les épaules, aura, avec raison, des reproches à faire.

Il n’empêche que ce « Le vent se lève » est un album de « photos animées » fort bien fait. Je défie tout spectateur de ne pas être chaviré par la force aveugle, brutale, déployée par la soldatesque britannique afin de tuer dans l’œuf l’action libératrice des révolutionnaires de la «verte erin ». Des scènes illustrent la modestie des ames des patriotes face aux moyens puissants mis en œuvre pour assassiner la jeune liberté irlandaise. Une sauvagerie s’y déchaîne. La réponse irlandaise aux sauvages assauts anglais contient aussi d’atroces images. Il n’y a pas combat à la loyale, la colonie n’a pas son armée de métier. On y voit donc du terrorisme. Comme il y a eu du terrorisme chez les Juifs voulant fonder Israël, ou en France quand les Résistants combattaient les occupants nazis. Rien à voir avec le terrorisme des intégristes « fous d’Allah » car la sauvagerie des islamistes de Ben Laden n’expédiait pas des avertissements aux New Yorkais avant septembre 2001 !

La sauvagerie des libérateurs irlandais n’en fit pas moins des carnages sur son territoire « à libérer » et on ne sera pas surpris de voir des nationalistes irlandais prudents et calculateurs capables de semer la pagaille. Ce sera la classique opposition entre les pactiseurs bons ententistes et les révoltés. Avec l’affreuse conséquence (à la fin du film) d’un frère contre son frère ! De là des scènes déchirantes, l’amorce d’une guerre civile, ce qui fait bien l’affaire (les affaires) des dominateurs de Londres. Évidemment que le Québécois de 2007 fera des rapprochements. Mais, en 2007, aucun danger d’explosifs, de pièges d’une fatalité totale, de tueries calculées. Dieu merci, pour obtenir la fin de notre subtil assujettissement, il y a les élections libres et un parti-patriote bien organisé. La lutte des indépendantistes québécois n’a absolument plus rien à voir avec cette Irlande de 1920. De nos jours, l’adversaire de notre liberté québécoise se sert non pas de mitrailleuses mais des connivences des possédants, vénaux, entrepreneurs en tous genre, gros commerçants intéressés, médias aux proprios « collabos », enfin de la riche publicité négative très moderne. Aussi : le vol organisé, scandaleux, avec l’argent du trésor public comme on le sait.

Personne ne regrettera ces époques de sang répandu, des images du film de Loach sont quasiment insoutenables. Tout le monde est heureux de constater que notre bataille se livrera via la démocratie et les voix dans les urnes. Mais en 1920, l’Empire ne tolérait pas la démocratie. Au critique Lussier, Ken Loach a parlé de lui comme d’un Résistant et il a dit ce mot en français. Il souligna que « la vérité a des droits », que cela plaise ou non aux amateurs de « déni » Ici, de la même façon, les aveuglés de notre relative colonisation (domination confortable certes ) sombrent dans le déni. Il s’aveuglent en continuant de croire que les Canadians qui, majoritairement, siègent à Ottawa finiront pas céder du terrain. Par accepter une vraie confédération. Allons, nous serons bientôt sans pouvoir aucun (un 18 % puis un 12 % de la population canadienne) alors que nous sommes 94 % au Québec.

Nous formons la seule nation française en ce continent. La seule. Nous avons besoin —et droit selon l’ONU— à nous gérer nous-mêmes. En 1960, on a vu des jeunes patriotes impatientés entrer en clandestinité et faire exploser des bombes. Un demi-siècle plus tard bien des choses ont changés, l’insécurité s’est amoindri un peu et nous ne verrons jamais, tant mieux, ce « vent qui se lève » avec ses torturés, ses cadavres, ses meurtres et, bouleversant, ce frère qui fait tirer à bout portant ce frère attaché au poteau des colonisateurs. Il faut s’en réjouir.

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