ROSAIRE DANS SA CABANE

Nous lisons des études, des projets, pour les itinérants, ces misérables de 2007 qui couchent à la belle étoile. Ou dans des cabanes de carton. Un article récent dit : « Une « homme de la rue » coûte cher à l’État ». Un jeune de mon entourage me dit : « Papi, dans ton temps, ça existait pas ça, ces pauvres bougres perdus, sans feu ni lieu ». Je l’ai détrompé. Juste au coin de ma rue -Jean-Talon- il y avait Rosaire.      On disait « un vagabond. » Rosaire était une attraction dans le quartier. Vêtu à la diable, ce gaillard rodait partout comme en galopant. Dans nos ruelles, il fouillait les poubelles, quêtait aux portes des restaurants, des cinémas, la main tendue. Ou sa casquette. Gamins, nous en avions un peu peur, l’apercevant, tard, nous faisions « un grand détour » comme chantait Félix.

Rosaire était une loque humaine mais..il était toujours joyeux ! Quel mystère pour nous ! Il possédait un harmonica et en jouait volontiers, c’était un risible chevalier, misérable mais sans la triste figure. Il souriait constamment, un sourire bizarre, une grimace, un rictus qu’il s’était forgé pour ne pas effrayer les badauds. Pourtant, dans ces années 1940, nulle aide, aucune organisation caritative, pas de ces « asiles de pauvres » comme on en trouve maintenant. Rosaire ne coûtait rien à L’État. Nous n’arrivions pas à comprendre comment une situation aussi éprouvante pouvait le garder dans sa perpétuelle bonne humeur.

À cette époque, on voyait beaucoup de « champs vacants » comme on disait, et beaucoup d’immenses placards publicitaires, avec lampes à leurs faîtes, de grandes  « annonces » montées sur des échafaudages à certains coins de rue avec, au bas, la signature « William Thomas » ou « Claude Néon ». Angle sud-ouest de Saint-Denis et Jean-Talon, Rosaire y avait confectionné son gîte. Dans cette menuiserie bancale, entre les poutres de bois, dans le dos des gravures géantes d’accortes filles aux bras tendus des produits à promouvoir, Rosaire dormait ! Cabane de vieux prélarts, de morceaux de moquettes mis aux vidanges, des guenilles pendantes, son refuge pitoyable nous mystifiait. Il arrivait que la Ville fasse un ménage et emporte tout son attirail de misère. Patient, jamais découragé, Rosaire recommençait sa maison branlante derrière… William-Thomas !

Dans ce grand « champ vacant », la belle saison venue, nous allions, étroit sentier de « piquants » -chardons- avec des pots aux couvercles troués, pour piéger des papillons. Aussi des guêpes, des taons. Rosaire, de son « domicile fixe » pas bien loin, observait ces enfants-chasseurs de bestioles, on lui criait : « Joue ! Joue Rosaire !» Il nous souriait, sortait sa musique-à-bouche volontiers. Le petit bonheur alors !

Plus de cinquante ans plus tard, devenu grand-père, un bon matin, très très tôt, j’amenais mes petits-fils dans le Vieux-Montréal, espérant qu’ils découvrent, loin de leur Ahuntsic confortable, des itinérants. Ce fut une expédition instructive. Mes gamins aperçurent ces étranges silhouettes dépenaillées, qui sortaient d’on ne savait trop où, en chair et en os, plutôt en os. Les uns fouillaient les ordures des restos-à-touristes pas encore ouverts, d’autres se lavaient le visage, les bras et le torse dénudé, dans une fontaine publique. On en vit un, à mine patibulaire, les deux pieds dans une sorte d’abreuvoir à chevaux de caléchiers.

Ah, voir cela !,  les enfants étaient muets, stupéfaits, yeux écarquillés, bouches ouvertes. Leur bonheur de ce triste exotisme, aussi une sorte de naïf émerveillement : quoi, comment, des citoyens survivaient ainsi, dans la pénurie la plus totale ? Ce fut une « leçon de choses » qui m’importait.

Au retour, j’ai raconté mon Rosaire des années 1940, sa branlante cabane derrière les grands placards -toujours à refaire-  son harmonica et… sa joyeuse mine perpétuelle  malgré tout. Aussi j’ai conté les candides cruautés, les tours pendables des taximen du coin de ma rue. Par exemple en invitant notre Rosaire, tout excité, à prendre le téléphone de leur poste accroché à un poteau pour des appels « arrangés ». On invitait notre vagabond à se présenter, « avec votre instrument », à l’Hôtel Windsor en vue de rencontrer un généreux mécène. Aucun chauffeur acceptant pourtant de l’y conduire. Nous étions, enfants purs, scandalisés de ces cruautés d’adultes.

Dans cet article d’un colloque sur les SDF, un expert venu des USA parlait de « Les sortir de la rue », disant « Cessez de gérer bêtement le phénomène, trouvez un toit à chacun, ce sera moins cher en agences diverses. Ils sont moins de 10 % de la population ces vagabonds et 50 % des budgets de charité publique y passe ! Avec un logis à chacun, on passerait de $35, O00 à $13, 000 en dépenses ! » Certaines personnes disaient : « Impossible ce plan à l’américaine, il y a trop de réfractaires, ils tiennent à l’itinérance. » Je me suis demandé alors si mon Rosaire du coin de ma rue aurait accepté un tel logis. Il était de si permanente grande bonne humeur !

AS-TU DEUX MINUTES LÀ ?

Chanson de feu-Pauline, pas la prochaine jolie reine du PQ, Marois, la disparue, la passionaria nationale bien connue, la regrettée Julien. Ce qui me fait songer au mode -sois bref ou tais-toi- en vogue. Politiciens ou artistes, relationnistes en devoir, désormais tout le monde cherche à passer aux nouvelles. Pour y arriver, chacun doit trouver une formule toute courte. Claire et frappante. Trouver un « pitch » (disait Ardisson), un « lead ». Le Mario Dumont y est souvent habile. Les « attachés de presse » se creusent les méninges, pas facile de résumer, en une minute, une pensée riche, un projet fécond. Mission impossible souvent.     C’est la dure loi en médias, ce « as-tu deux minutes », et,  si possible, moins encore ? Comme moi, face à ces nouvelles en vitesse, plein  de spectateurs de télé qui se disent : « Bon, on en saura davantage demain avec les journaux ». Ce qui s’avère. Mais bon nombre de gens ne lisent pas les quotidiens.  Ce monde pressé se contente des brèves… radio ou télé. Et le club des « mal cités » grossit sans cesse. Les rapides  déclarations, triées, manipulées, « choisies » font du tort parfois.

Je viens de lire « Les corridors du pouvoir » du pauvre Alphonso Gagliano. Sans cesse, le « mal aimé de Gomery » râle du sort qu’on lui a fait « en médias ». Ici et là on lui donne raison. Cet ex-tout puissant « bras droit » de Chrétien plaide qu’on lui cachait des faits…encombrants. Qu’il a été victime de ses nombreux fonctionnaires, surtout du personnage Charles-Chuck Guité sans parler de Paul Martin qu’il peint en diable. Son livre fait comprendre mieux « la trépidation » en médias avec ses raccourcis aux dommages réels.

Rien à faire. Vous pouvez espérer tel sort et c’est sur tel ou tel propos que le public s’accrochera. J’ai vécu, fin mars,  une expérience cocasse. À « Tout le monde en parle », je rigolais en répétant, goguenard :  « Mes beaux-frères m’avaient bien dit  de refuser cette émission ». Or, on me répète sans cesse ce bout de phrase. Ce que j’avais déclaré sur un Boubou se tenant debout 24 heures en 24 ans…rien, mon « Trudeau avec son multiculturalisme voulant nous ranger en une simple ethnie (entre Ukrainiens et Portugais quoi ), rien aussi. Aucun rappel. C’est ma farce des « beaufs avertisseurs » qui était retenue. Ainsi va le train des médias pressés.

Un Guy Fournier « déconstipé » vante la défécation et il perdra un job prestigieux au CRTC. Un Gilles Proulx dérapant en ondes, même sort : jeté de TQS. Le psy Mailloux, même affaire, dehors ! Ces spontanés gueulards oubliaient bizarrement qu’une phrase malencontreuse peut faire chavirer une carrière.  La liste serait très longue, partout dans le monde,  de personnages publics tombés dans l’oubli à cause des médias. Avec de rares exceptions : un Sarco à « canaille » élu quand même président de la France.

On entend fréquemment désormais  : «  X, ou Y, n’a pas répondu à notre appel de commentaires », ou « on n’a pas retourné notre appel ». Eh ! Prudence utile ! Chat échaudé…

La femme ou l’homme public craint comme peste le piège de « la » déclaration intempestive mise en exergue aux bulletins de nouvelles. Cette loi-des-médias, comme obligatoire, de ne garder qu’un « pitch » fait naître non seulement l’autocensure automatique -la peur- mais le silence complet. Car un propos « de trop », une trop candide affirmation, une sincérité naïve déplacée et c’est… la trappe, c’est la fin des haricots.

Cette manière de réduire, de résumer drastiquement, de sortir hors-contexte une suite de propos, nous conduira, c’est inexorable, vers davantage encore de langue-de-bois. Les programmeurs de ces bulletins à la va-vite vont plaider : « On a pas le temps, nos précieuses minutes sont comptées. » Le célèbre « Just watch me » du Pet à « Mesures de guerre » est un bon exemple de « pensée résumée ». Ce bout de phrase improvisée à la porte d’un « scrum » fit de Trudeau, pour toujours, un va-t-en-guerre déboussolé.

Bon, il n’en va autrement partout dans le monde (sauf en ex-URSS jadis ) , cette réalité fait trembler les imprudents. Les esprits libres s’en fichent. Pas toujours. J’ai eu des invitations (calculées par des reporters en mal de querelles) à jeter de l’huile sur des feux fragiles, j’ai refusé chaque fois. La responsabilité est une chose inconnue chez les nouveaux venus, nouveaux élus. Des chefs (un Harper) veillent aux dérapages en imposant aux troupiers « la loi du silence ». Enrageant cela pour la meute des chasseurs de nouvelles éclatantes. Eh ! Le grand succès populaire de certains « columnists » (un Martineau) naît de cette vaste  absence des échaudés, leurs textes farouches comblent le vide des « silencieux ». Des humoristes en profitent aussi, et comment !, ces « fous du roi », cassent les tabous. Leur effronterie totale fait rire, illustre aussi la vacuité ambiante des planqués froussards. Avec de bonnes raisons, certes !

CONNERIES AMBIANTES ?

          Non mais… est-ce qu’on va constater encore longtemps de ces commentaires (en médias divers) hypocrites ? Ça relève ou du mensonge calculé, ou bien de l’ignorance bornée. Au choix. Des exemples ? Le Marissal (La Presse) qui nous sort encore cette scie niaise, cette connerie crasse : « les deux solitudes ». Foutaise. Va-t-on une bonne fois pour toutes abandonner ce « fion » de feu-Machin-Chouette ! UNE BÊTISE. Il n’y a pas deux solitudes par ici. Pas du tout. Il y a deux nations. Est-ce qu’on cause « solitudes » quand on parle des différences  disons de l’Italie et de l’Espagne ? Non, il s’agit de deux nations. Souvent, très souvent imperméables culturellement l’une à l’autre. Et c’est bien normal.       Le chroniqueur Marissal perd son temps (et le nôtre) en voulant démontrer (encore ?) l’ignorance des Canadians face aux Québécois. Il est mécontent, enrage même. Il y voit du mépris et il cite des faits. Et après ? Ce mépris, et tout le reste, vient justement du fait qu’à Ottawa on  refuse de constater ce fait têtu : il y a deux nations. Pitoyable de lire ces fédéralistes qui souhaitent une bonne entente parfaite. C’est une lubie. Ces attardés enragent chaque fois que les Canadians fessent sur nous (le « Globe » par exemple). Il y a une francophobie farouche, perpétuelle. Qui ne s’apaisera que le jour où il y aura deux pays, un pour chaque nation. Le jour où les quatre aveuglés (sur dix) cesseront de croire à un Canada juste, uni, égalitaire.

      Sinon, ce sera l’incessant « braillage » des Marissal et compagnie qui vont en se lamentant : « Maudit que nos chers voisins, les Canadians, ne nous comprennent donc pas ! » C’est risible ! Je viens de lire le livre récent de Gordon Fraser. Sans qu’il le veuille, Fraser-le-commissaire-aux-langues, en énumérant les cochonneries historiques sinistres de la fédération de jadis, collabore merveilleusement à convaincre davantage que les « Anglois » furent de fieffés salauds envers nous. Lisez ça, c’est fort édifiant ! Défilent dans l’ordre les efforts racistes tenaces pour nous diluer, nous assimiler, selon les vœux de Lord Durham. Ça part de 1840, 1867 et ça va jusqu’au proprio du Parc Bel;mont, Pet, et son « multiccul » pour faire de nous une ethnie à installer un jour (welcome migrants !)  entre Portugais et Ukrainiens ! Nous restons 82 % de la population ! C’est raté le sinistre projet rouleau-compresseur fédéralisant, comme on sait. Oui, merci bonhomme Fraser, involontaire énumérateur du racisme anglo.

      Les Marissal sont incapables de vérité, de franchise lucide. Certes, ils sont « aux ordres », ce sont des mercenaires bien payés pour « tourner autour du pot ». Qui est : la paix viendra avec la nation -mauvaise coucheuse, réticente, chialante- qui a besoin d’un  pays indépendant ». Point final. Ils ne sont pas des esprits libres, il doivent se taire et concocter de ces « papiers » tortueux et ramener cette fadaise des  « deux solitudes ».

      Tenez, si cet ex-échevin bravache de Westmount pouvait réussir à fonder son parti anglais ! Quelle délivrance ce serait. Ce serait la mort certaine des Libéraux à Québec puisque,  on le sait bien, c’est avec les votes de  ces « blokes » du West Island, et autres îlots anglois, que des Jean-John Charest (fils de Red Charest) se font élire à Québec. Cet innocent avec son projet d’un parti-séparatiste anglo (sauce Alliance-Kouaybec) rendrait le ciel québécois clair et net. Ce serait bien terminé l’actuel geignard anglo : « Maudit Charest qui a pas nommé assez de ministes anglos ! » La cruelle (!) déception de cette minorité  sur-protégée. Privé de leurs votes, plus jamais de Charest au pouvoir ! Terminé l’aide automatique des anglos. Et de leurs assimilés !  Délivrance ! On devrait, indépendantistes, envoyer des oboles, et généreusement, pour que naisse ce parti bien à part, Non ?

      Tout se tient. Tenez, il n’y avait qu’à lire l’étonnant article de Marc Cassivi questionnant (La Presse) une cinéaste de Toronto. Madame Sarah Polley, franche, démontrant  noir sur blanc, extrêmement clairement, le grave problème culturel du Canada. Une jalousie du Québec culturel  s’y déployait totalement. Une fois de plus, l’interviou faisait comprendre, et très lucidement, que Québec forme une nation, un pays différent. Déçue, abattue, Polley étale une réalité très gênante : Les Canadians se fichent bien du Canada ? Quoi ? Eh oui, elle déclare carrément qu’ils n’ont cure de leur cinéma Canadian, qu’il n’y a pas de support organisé, que leurs films préférés et leurs vedettes bien aimés sont « USA only ». Bref, qu’ils sont tous des Étatsuniens », à part entière. Ainsi et sans le vouloir bien entendu, Cassivi et Polley font cette démonstration accablante : le Canada n’est rien d’autre qu’une chétive colonie des USA. Un recoin de leur marché impérial. À part ces intellos des universités canadians, résistants valeureux, qui s’arrachent la peau pour s’inventer une culture canadian. La masse est rivée, enchantée, friande, illuminée, soumise aux magazines, spectacles -« rock music » inclus- télévisions, radios, cinéma compris, MADE IN USA.

       Tout cela pour dire, et redire, qu’il n’y a pas « deux solitudes », foin de cette baliverne, il y a deux nations, deux pays. Et, par conséquent, une seule issue normale : que vienne, que vive le Québec libre ! (30)   

                                  

           

               

        

CAPRI OU OTTAWA C’EST FINI…

Oui, « Capri », c’est un air connu. Duceppe et son Bloc doivent cesser de brailler. Les fédéralistes Alain Dubuc et compagnie ont cent fois raison de moquer ces vaines lamentations. Face aux corrections annoncées du Harper, il faut dire la vérité : notre ancien pouvoir à Ottawa c’est fini. Le chef conservateur, Stephen Harper, a bien raison de vouloir augmenter la députation des anglophones. C’est un fait têtu. C’est une connerie de crier à l’injustice, amis du Bloc braillard. C’est un mensonge, il n’y injustice, il y a une réalité. Nous sommes et nous serons de moins en moins nombreux dans cette fédération.      Au Québec, oui, nous sommes et nous serons pour toujours une nation majoritaire et pas ailleurs. Il est temps cher Tit-Gilles de songer à « paqueter ses petits ». Et de quitter la place. Avec la « porte grande ouverte » aux émigrants, les autres provinces -et l’Ontario surtout-  ont droit à une représentation en sièges adéquate. C’est tout à fait la démocratie. Bravo M. Harper et continuez votre bel ouvrage de démocratie juste. À nous, Québécois, de bien comprendre les enjeux.

Il y a longtemps nous étions, Canadiens-français,  combien aux communes, 40 % ?, plus encore ? C’était au temps du début de cette fédération imposée par « des Pères fondateurs ». Un beau « portrait » peint, désuet désormais. Ce pourcentage a baissé sans cesse. À 30 % d’abord ? Maintenant un petit 25 % des sièges ? Demain, dans pas longtemps, ce sera un mince 15 sur cent aux Communes ? Dans 40 ans, ce sera quoi, 12 % ou 8 % ?

Imaginez notre pouvoir alors ? Dérisoire. Nul. Les moins nationalistes des nôtres doivent se réveiller et admettre cette réalité. Comprendre qu’il n’y a plus en ce début de 21 ième siècle, aucun avenir solide à Ottawa. Oui, Capri, ou Ottawa, c’est fini. M. Harper va y voir et il fait bien. Tous ces cris d’indignation sonnent faux. Il y a neuf (9 !) provinces et une seule (le Québec) n’arrivera jamais à jouer un rôle de taille. Jamais. C’est la fin du vieux rêve d’harmonie des deux « races » réunies, beau songe utile du temps jadis. 1867, c’est bel et bien enterré. Décrochons le tableau idyllique quand nos chefs des deux langues se félicitaient (in english only) d’une belle et joyeuse confédération, « coast to coast », promise aux plus grands desseins. Au panier ! Ou au musée !

Même en augmentant (on ne sait trop comment ) notre natalité déficiente, jamais une seule province ne pourra arriver à jouer un rôle fort à Ottawa. Pas avec, en face, cette constellation de provinces anglophones (sans parler des Territoires). Deux provinces grandissent et fort rapidement, l’Alberta et la Colombie britannique, la bataille était perdue d’avance. Les bons « pères » de 1867 ne voyaient pas si loin. On a maintenant les yeux ouverts : le projet-Harper, c’est vraiment le début de la fin.

À Québec le chef libéral, Charest, fédéraliste, perd son temps en se joignant aux protestations niaises en se joignant à l’ADQ et au PQ. Simagrée et mensonge. Dubuc dit vrai : « c’est justice ». Elle enseigne à tous les Québécois lucides de sortir d’Ottawa en vitesse. Tous. Le père Duceppe en premier ! En grognant comme un con, contre la justice évidente de M. Harper, il se fait hypocrite, anti-démocrate. En politicien honnête, Duceppe doit se lever et faire ses adieux, en toute dignité. Dire : « On a compris. Adieu ! Nous partons au nom de la démocratie car ce grand Canada doit rester un pays normal, avec une représentation normale, juste. Adieu ! Désormais, nous serions des minoritaires, tout à fait impuissants. Rentrons chez nous, là où nous contrôlons notre avenir, notre destin.

Il ne le fera pas ? Bien, il fera le jeu imbécile de nos adversaires. Il va continuer ce rôle de vain chialeur. De rouspéteur inutile. Dans quelques années, le ridicule sera entier. Ils sont 330 anglos face à 75 francos, une farce, nous serons bientôt davantage minorisés. Face à un projet de loi nocif aux Québécois, le QuébÉcois se lèvera et on l’écoutera distraitement puis une voix tonnera : « Bon, passons au vote maintenant ». Bang ! Tais-toi donc, bonhomme, tu n’es plus maître dans cette maison !

LA FIN DU PARTI LIBÉRAL AU QUÉBEC ?

Qui me répondra ? Va-t-on assister bientôt à la mort politique du parti de Jean Charest ? De nos anglos songent à un « fort » bien à eux, capable de faire mieux que feu Alliance Québec et feu le Pari égalité. On sait que « sans » nos anglos et leurs assimilés le Parti libéral du Québec se retrouvait battu aux dernières élections. Voici donc M. Allen Nutik voulant fonder un « parti québécois anglo » ! Oui, il aurait ses 5 (ou 7) députés élus mais son groupe se retrouva avec le PLQ dans l’opposition. Et à jamais. On peut imaginer le PQ et L’ADQ se concertant et ayant grande envie de subventionner, et grassement, clandestinement, ce neuf projet nommé « Affiliation Québec ». C’est un très sûr moyen si ce AQ virtuel se concrétise -enlevant le vote unanime traditionnel- pour les nationalistes de rester pour toujours la seule alternative pour le pouvoir à Québec. Ce sera pour longtemps « autonomistes versus souverainistes ». Adieu le PLQ ! Je me trompe ? Je ne crois pas que ce soit du wishful thinking mais un fait bien têtu, la réalité.

Claude Jasmin

Sainte Adèle

EST-CE LE DÉBUT D’UN TEMPS NOUVEAU ?

Y a-t-il si longtemps, il y a eu deux adolescentes s’armant de pistolets à plomb dans une école « chic » de la métropole. Simple et pratique pour avoir le silence : on les jeta à la porte. Voici que presque tous les élèves d’une école, où étudie l’enfant de l’un de mes petits-fils, ont un fusil dans leur case cadenassée ! Hier, on a trouvé dans le cabanon aux ballons, un cadavre, celui d’une bien jolie ado de cette école. J’ai causé avec mon petit-fils devenu un parent  effondré, atterré comme tant de jeunes parents. Je questionne : « D’où vient cette violence ? Comment cela a-t-il commencé ? Quelles sont les racines de cet état de fait singulier ? »       Le fils-de-mon-fils ne savait trop quoi répondre. Et moi non plus. On cherchait. Est-ce un certain cinéma violent et si populaire, une certaine télé encombrée d’incessantes actions meurtrières, de tueries barbares ?  Est-ce l’effet de tous ces jeux électroniques où, là aussi, les problèmes se règlent toujours rapidement, à coups de fusil; très efficacement, par la force ? On cherchait, lui et moi. Nous examinions les us et coutumes des années 1980 et 1990. Déjà cette multiplication d’images sanguinaires, la montée effarante de tous ces furieux et sauvages combats. Spectacles » recherchés, tant appréciés des jeunes, quand le manichéisme le plus simpliste fait florès, comme encore aujourd’hui. À cette époque ils étaient tolérés, vantés même, fort bien publicisée. Notre candeur niaise ! Notre innocence veule : « Bof, pas de danger, c’est des jeux, du spectacle et nos jeunes enfants savent distinguer le faux du réel. À bas toute censure ! ». Un aveuglement bien commode, une lâcheté fort courante ?

Mon petit-fils grandi, responsable normalement, finit par m’avouer qu’il se sent plutôt coupable. Que nous aurions pu, tous, ceux de ma génération comme ceux de la sienne, mieux savoir protester, dénoncer avec vigueur la venue de toutes ces modes néfastes. Et surtout leurs fabricants cupides. Il est tard, très tard, cette grande fille assassinée que l’on a vu, à la télé, sur un brancard fatal, dans un sac de morgue, ferait donc partie intégrante d’une civilisation actuelle moche. « Quoi, déclara un jeune loustic à la télé : elle aussi avait son fusil dans sa case cadenassée, non ? »

C’est « sa » fille et il pleure : « Comment ça se fait donc, grand-papa, qu’on n’a pas su voir venir ce très sale « temps nouveau » en 2005, en 2010 ? » C’est bientôt 2025. « Comme tout le monde, que je lui ai dit, en ce temps-là on voulait tant sembler « large d’esprit », bien modernes, capable de nous adapter à la jeunesse. Ce besoin de ne pas passer pour de vieux schnocks, des froussards conservateurs, des timorés, de sales réactionnaires, méfiants pathologiques ? » J’ai pleuré avec lui. Un reportage, janvier 2010, dans L’Actualité, sonnait pourtant l’alarme en  illustrant  cruellement que cette jeunesse actuelle dérivait vers les fatidiques « règlements de conflits » avec la  manière expéditive : des fusils. « Mais oui, lui dis-je, je m’en souviens, il y eut un début de panique, quelques reportages de télé navrants, quelques molles mises en garde par des psys patentés, et puis l’on refermait les yeux : « Cette vague sinistre allait s’épuiser tôt ou tard ».

Mais non, ce mode-de-vie -dans nos écoles et collèges-  libertaire, anarchique, égocentrique, déshumanisé, alla en augmentant. Maintenant, aujourd’hui, il y a cette morte, comme il y a eu, l’an dernier, la tuerie effroyable après un simple match de hockey, comme, le mois dernier,  il y a eu ces deux cas sinistres, un duel mortel, effrayant romantisme désaxé , loin, en province. C’est parti en grande « ce temps nouveau ».

Ce noir « conte d’anticipation », espérons qu’il n’aura pas lieu.  Mai quoi faire ? Qui vend librement des pistolets à des filles de 13 et 14 ans et quel parent autorise encore volontiers à de jeunes enfants le visionnent de films archi-violents, celui de cassettes à jeux meurtriers ? Tous les parents ?

Claude Jasmin

Écrivain

Sainte-Adèle

LE CIRQUE DES MORTS ÉCORCHÉS !


Surgissent désormais des millions et des millions d’écrivains « naturels » via les blogues, calpins-jouraux,  sur internet ! Sacré retard car c’est les images qui triomphent partout. On a publié « La société de spectacle » -feu-Guy Debord) il y a longtemps, ce fut une sorte de prophétie. Suiveur, le théâtre actuel ne peut plus se passer de projections, des écrans. Mauvais signe. Les mots, la pensée, la parole ?  Dépassé tout cela.

Robert Lepage de Québec, vanté, très louangé partout, fait appel constamment à de brillants  effets scéniques visuels, à des gadgets et des fameux. Succès garanti. Voyez aussi le triomphe du Cirque du Soleil. Le cinéma et la télé sont encore « un peu » constitués par les images… et le son. N’importe qui peut constater que « la parole » donc la pensée, se glisse très souvent à un rang secondaire. Les modernes effets visuels s’en mêlent, et pas seulement pour les sujets d’anticipation, « gothiques », « fantastique ».

Si vous lisez un scénario actuel ce sera la découverte de pages entières où l’on décrit « ce qu’il y a « à faire voir ». À montrer hors d’un maigre dialogue. Ainsi va le monde du spectacle. Ainsi le veut le grand public ? Se gaver d’illustrations ? Comme dans les « comics strips » des petits enfants. Régression ? Infantilisation ? Puérilisme ? Oui. Adieu Jean Racine, adieu Paul Claudel ou les grands classiques grecs ou russes ! Vieux schnok que je suis ?

Des résistants -« des réactionnaires », bien  entendu- s’attirant des petits publics en osant faire fi du règne des images, ils sont des groupuscules de nostalgiques de la parole écrite puis récitée, cela hors les grands moyens scénographiques et ces sempiternels écrans. C’est qu’il y a -ça n’est pas dit- l’envie de gagner l’univers. Pour ce faire, il y a d’abord la langue étatsunienne, passe-partout efficace. Voyez certains neufs romans québécois avec des prénoms in english, des situations se déroulant aux USA, mode qui crie : « Oyez USA, je suis à vendre ! »

Et il y a le cirque. Sans un seul mot, une idée profonde, une réflexion humaine. Plein de nos Guy Caron, ou Laliberté qui décidaient : « fuck notre langue et notre culture à faire vivre, plus un mot en français, que des acrobates ! » Abolissons les satanées barrières linguistiques. Le monde entier applaudira des « performers » et à nous Las Vegas, Paris ou Los Angeles, Prague ou Moscou ! On recrute souvent en pays pauvres -Chine, Inde, pays de l’Est- des gymnastes brillants. Et pas trop cher. Place aux images ! Inventeurs de costumes inouïs, d’ambiances sophistiquées aux éclairages étonnants, passez à nos bureaux rue Jarry-est.

Écrivains, dramaturges en puissance ?…Euh, allez donc bloguer ailleurs ! On va attendre longtemps pour un nouveau Pierre Corneille ! Ou un nouveau Gélinas, Dubé, Tremblay, Bouchard. Ou, aux USA, un Faulkner, un Miller, un Tennessee William. Dans le monde entier les jeunes se ruent aux jeux électroniques, à toutes ces manettes à boutons C’est le  « vite, vitre, vite » et, grandis, ils iront voir ce cinéma au cinétisme trépidant. En vidéo ou en DVD. Penser, s’émouvoir en humanisme ? Non merci. Cirque-et-électronique dominent partout. Oui, mon pauvre William Shakespeare, en dehors de tout langage humain.

Examinez la presse: de joyeux petits carreaux colorés avec textes d’une brièveté qui augmente sans cesse. Tenez, au milieu du « tout à l’image » et du « rien à la pensée », voici un embaumeur allemand avec son exposition « payante » de morts écorchées. M. Von Hagens fait partie de cette planète « visual only ». Interdit dans un pays civilisé, la France, ici, ses cadavres jouissent d’une énorme publicité. Mais cet embaumé au vernis-polymer –la plastination selon Gunther- qui joue au ballon ou aux échecs, cette femme enceinte montrant son fœtus dégoutèrent profondément une Nathalie Petrowski qui n’a rien d’une bégueule puritaine. Elle y voit, tiens, « une perte d’humanité ». Un correspondant, Serge Bourassa, écrit : « Payer pour s’instruire ? », et, « Sensationnalisme morbide », aussi : « Les donateurs savaient-ils bien le côté commercial ? », et, « que pensent les parents des donateurs volontaires ? ». Lui aussi ose parler d’éthique. Je dis, voici « un pic », un sommet douteux, de l’actuel  monde-en-images », du spectacle contemporain. Je m’incline mais c’est pour vomir.

« POUR PIERRE CURZY »

Contrairement à mon jeune camarade l’écrivain V.-L. Beaulieu se rangeant sous la bannière du duplesssiste Mario Dumont, je suis pour la venue d’un parti carrément pour l’indépendance du Québec. Un parti rénové. Le PQ. Seul un nouveau venu peut changer efficacement l’image ancienne du P.Q., qui est -chaude actualité- en quête d’un neuf leader. Un chef qui serait un charismatique. Ni Pauline Marois, jadis femme admirable en gouvernement « provincialiste », acceptant hélas « le beau risque », ni Gilles Duceppe, « opérateur » efficace exilé à Ottawa, n’amèneront ce vent nouveau tant souhaité par tant d’indépendantistes. Il faut absolument parvenir à convaincre l’ex-directeur de l’U des A de se présenter à cette course à la chefferie. S’il accepte de se présenter je m’engage -avec tant d’autres n’en doutons pas- à travailler ferme à son élection, à sa victoire. Il est le seul candidat le plus capable de ranimer joyeusement la flamme attiédie. Lors d’une réunion récente -plus ou moins clandestine- d’une vingtaine de patriotes dans une salle de la SSJB, j’ai plaidé très fort en faveur d’un leader à dénicher qui saurait faire appel aux émotions, aux sentiments. Pas seulement à une idéologie calculatrice, démagogique, cartésienne, froide. À cette chaude séance, sans le nommer, c’est à Pierre Curzy que je songeais. Notre « nation » (selon Harper désormais) québécoise, -encore apatride hélas- aura son pays bien à elle quand viendra sur les hustings un leader qui aura le verbe d’un Pierre Bourgault, la chaleur communicative d’un René Lévesque (première manière), l’entêtement farouche d’un Jacques Parizeau. Pas avant. Pas autrement. Pierre Curzy possède toutes ces qualités.

M. Parizeau a eu tort de s’en aller alors qu’en réalité, on le sait tous maintenant – guettons le rapport du juge Grenier- nous avions gagné ce référendum « volé » de 1995. L’archi-prudent Lucien Bouchard a eu tort lui aussi de ne pas déclencher un référendum, il l’aurait gagné, S. Dion-le-partionnniste en convenait secrètement, vient-on d’apprendre. Le moment est donc venu -non seulement de reprendre le pouvoir avec un chef dynamique comme Pierre Curzy- mais aussi d’enfin nous gagner une patrie. Curzy saura gagner -avec émotions et sentiments- les faveurs de tous les nationalistes québécois. Il s’allierait même ces candides égarés, voteurs de l’ADQ, un parti engagé dans un naïf autonomisme pourtant bafoué avec Meech ou Charlottetown.

Avec Stephan Harper il y aura bientôt seulement 75 québécois aux Communes en face de plus de 2o0 fédéralistes canadians. Se tenant debout 24 heures en 24 ans d’activités politiques un Robert Bourassa écœuré, au moment de l’échec de Meech, osa son « Quoi qu’on fasse et quoiqu’on dise… » M. Parizeau, illusionné, alla lui serrer les mains. Un Pierre Curzy, lui, pourrait avoir l’honneur et la fierté d’aller au bout de la pensé de Boubou-le-mou. Pour voir arriver ce jour de libération nationale et la fin du « provincialisme » -donc de la gérance-à-tiraillements-perpétuels (sauce Charest)- appuyons ce renouveau fondamental, soutenons avec enthousiasme un Pierre Curzy.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

ESPRIT M’ENTENDS-TU ?

Passons aux aveux : comme tant d’autres, j’ai subi une phase disons de paranormalophile. Je lisais tout : sur les ovnis, sur la magie blanche et noire, sur les phénomènes dits paranormaux. Cela me prit vers 1969 -je traversais des moments durs suite à des revers en carrière de scénographe- et cela dura moins d’une décennie. J’ai assez vite compris que tous ces livres, en fin de compte, ne parlaient que des mêmes « rares » événements inexplicables. Éditions après édition, dans ce monde mystérieux certes, les auteurs ramenaient les mêmes, toujours les mêmes, grands faits inouïs. Alors, on se lasse.

Les mordus persistants peuvent dériver, cela peut conduire à des sectes folles et meurtrières, genre Temple solaire ! Le notoire psy, Guy Corneau, célèbre « fils manqué », serait un fidèle adepte de Pierre Lessard. Ce Lessard en séances (au nom de Rayon violet (!) , est le « conducteur » les enseignements, les révélations d’un… mort; un dénommé comte « de Saint-Germain », un aristocrate parisien des années 1700. Toc, toc, esprit es-tu là ? Entrant en transes -dans un local de la rue Fleury, spécifie la reporter Ouimet de La Presse-, cette pythonisse de Lessard en perd sa parlure d’icitte, changée en vieux français ! On charge : $ 20.00 et une centaine d’adeptes écoutent religieusement, durant deux heures. Tous les lundis soirs.

Pour $100.00, ce Lessard retrace vos vies antérieures ! Seigneur ! Jamais de rôles modestes, toujours des charges honorables et prestigieuses bien sûr, comme « vous fûtes amiral en Égypte »; on connaît la chanson. Pour $300.00, vous avez droit à une retraite, un séminaire. Corneau, admiratif du comte Saint-Germain ?, a dédicacé un livre à son « gourou » Pierre Lessard mais il craint, dit-il, cette association « Vous pourriez nuire à mon travail »…de psy populaire. Oh, oh ! Ouimet nous apprend que Corneau avec Lessard possèdent une montagne ($285,000.00) et six maisons à Sainte-Lucie des Laurentides, en haut de Val David. Des villageois affirment que ces gens « d’en haut » les « virent », ne se mêlent pas à eux, les gens « d’en bas » ! À Info-secte on dit que ces médiums, ou voyants, sont nombreux ici comme partout dans le monde, USA en tête -bonjour Shirley McLaine- qu’il a un demande pour l’ésotérisme. La mode dite de « chanelling-canalisation » fait florès depuis la vague californienne « nouvel âge ». L’animateur-radio, Jacques Languirand, fonda jadis une sorte de commune.

Le chroniqueur Yves Boisvert, informé, en fit ses choux gras, en moqueries cruelles. L’un parle avec accent chinois, un autre parle « dauphin », tant d’autres parlent avec… des anges ! Boisvert rencontra, en vacances sudistes, de ces « canalisés » conseilleurs empressés à soigner « les blessés de la vie », souvent très instruits et assez riches. Un commerce ? Oui. Un risque aussi. On a vu ces angoissé devenant des suiveurs aveuglés et capables de…suicides collectifs. Ici même, à Morin Height, comme on se souvient. Lisant Ouimet et Boisvert, je me suis souvenu de moi, à quarante ans, dans mon sous-sol bordelais, essayant « l’écriture et le dessin automatique » -bonjour jeune médium Mathieu Mannig- cherchant à entendre une voix d’éther sur un enregistreuse. Avec la radio synthonisée entre deux postes ! J’en ris aujourd’hui. Ce fut un échec, je n’étais pas médium du tout. Mauvais conducteur va !

Par curiosité, comme tant de gens, j’aimerais bien aller entendre jaser ce comte de Saint-Germain, mais non, je garde mon fric pour m’abonner à des revues scientifiques. J’ai la forte intuition que « le réel toujours étonnant » se découvre de ce côté des choses. Et puis, je l’avoue, foin des « directeurs de conscience », j’ai trop bien connu de ces guides parfois pervers, en soutanes à l’époque, quand j’étais collégien. Je plains les âmes tourmentées qui se cherchent un guide, une voix d’outre-tombe -en ce domaine, je préfère lire Chateaubriand- , pauvres grands blessés qui pourraient être mûrs, se laisser séduire pour une descente mortelle, comme ceux du funeste «Temple solaire ».

SAFARI AUX CHATS MARCOUX ?

      J’ai raconté, honteux,  nos chasses aux chats de ruelle, de gouttière, dans « Enfant de Villeray ». Chase furieuse à ces tristes matous errants, pelés, aux queues coupées parfois, aux oreilles rongées. Et sans collier aucun. À la fonte des neiges, l’air sentait leurs pisses fréquentes de l’hiver en allé, C’était ce que nous nommions des « chats marcoux ».

Je n’ai jamais su quoi répondre questionné sur cette appellation de « marcoux » ! En fin mars, à « Tout le monde en parle», j’ai osé raconté nos chasses et j’ai répété le terme. On se questionna longuement en coulisses. Or, André Ducharme, alter ego de Lepage, a fait une recherche. Eureka ! Enfin, je sais !

Scarron utilisait le mot « marcou » et le lexicographe Dionne écrit : «  Nos anciens faisaient des mots d’animaux à partir des saints : « matou » à partir de Mathieu et « marcou » à partir de Marc. » Un autre, Clapin , avance :
« Marcou se dit aussi d’un homme (un mac !) entretenu par les gages d’une ou des putes. Puis il cite Du Belley : « De nuit n’alloit point criant / comme les gros marcoux terribles/ en longs miaulements horribles. »

Mon Ducharme ajoute : « Marcoux pourrait être venu aussi du germanique « Marcwulf », fait de « marche » et de « loup ».  La racine « marca » a donné, me dit-il,  les Marquard, Lamarque et Marquis et l’élément « wulf » se retrouve dans Adolphe et Rodolphe.

Dans son courriel instructif, Ducharme m’explique aussi que Marcoux puisse être « marque de l’origine ». Car nombre de hameaux, villages et communes, en France, se nomment « Marcoux. »  Alors, je me suis souvenu d’une digne dame Marcoux, dans un resto, qui n’était pas contente de mon mot Marcoux pour désigner des chats de ruelle. Elle ne riait pas. Moi si.

Donc un sobriquet répandu dans ma jeunesse, « un chat marcou » restait encore pour moi juste une sale bête à chasser. Le désoeuvrement printanier faisait cela : à quoi, à qui nous en prendre entre l’hiver enfin terminé et l’été pas encore installé ? L’ennuie mère de tous les vices ?  Gamins remplis d’énergie, capables d’une candide cruauté, nous affilions bien pointues des manches de serpillières, nous en servant comme des lances « indigènes » fatales.

Dans « Enfant de Villeray », j’élabore sur l’odieuse technique de ces safaris… ridicules. Nous devenions alors des chasseurs aguerris, nos étions  nourris des bandes illustrées à bon marché. Ces effrayantes battues printanières (les filles se cachaient horrifiées) faisaient de nous de véritables Tarzan et la ruelle devenait une jungle fantasmé.

Aujourd’hui encore, j’ai honte de nos comportements. J’ai encore dans l’œil la totale frayeur des marcoux s’enfuyant épouvantés sous tous les hangars et j’ai encore dans l’oreille leurs miaulements d’épouvante. Je garde en mémoire aussi, les étonnants encouragements des voisines, de ma mère parfois : « Oui, tuez-les toutes, ces bêtes errantes. Ça sentira moins la pisse au prochain printemps. »

La permission de tuer ! « Éliminer un fléau », nous disions-nous. Nous en attendions même des récompenses, des friandises de choix. De nos jours, progrès normal, les petits garçons prennent garde de ne pas écraser une simple jolie chenille en déambulant ! J’ai vu de mes petits-fils, jadis, penchés en deux, recueillant avec piété un hanneton blessé, et même une « bibitte à patate » mal prise. Oui, ils protégeaient ce menu fretin !

Je n’osais pas me raconter en voyou, narrer nos farouches safaris de crainte qu’ils songent : « Notre bon papi a été un tueur sanguinaire. » J’ai bien changé. Je reste étonné de savoir qu’un homme puisse ajuster son fusil et abattre un chevreuil, un orignal. Je libère un petit oiseau mal tombé et je suis bien certain que, voyant « un marcou » nouveau roder par chez nous, je ne ferais rien pour l’empêcher de vivre sa vie de chat errant.

Près de mon rivage de lac, il en vient un , et souvent, ventru, le poil sali, sans collier, caricature de fauve qui, tout prudent, guette nos bosquets et leurs jeunes oiseaux.

Je l’observe chaque fois : la tête baissée, sa très lente et rusée démarche, très calculée. Le plus souvent mon gros marcou  brun rentre (mais où?) bredouille. Et j’en suis toujours bien heureux.

J’adore fréquenter les zoos et j’approuve ces safaris « en douceur », dans d’immense parcs nationaux d’Afrique avec des appareils-photo. J’ai changé.