EST-CE LE DÉBUT D’UN TEMPS NOUVEAU ?

Y a-t-il si longtemps, il y a eu deux adolescentes s’armant de pistolets à plomb dans une école « chic » de la métropole. Simple et pratique pour avoir le silence : on les jeta à la porte. Voici que presque tous les élèves d’une école, où étudie l’enfant de l’un de mes petits-fils, ont un fusil dans leur case cadenassée ! Hier, on a trouvé dans le cabanon aux ballons, un cadavre, celui d’une bien jolie ado de cette école. J’ai causé avec mon petit-fils devenu un parent  effondré, atterré comme tant de jeunes parents. Je questionne : « D’où vient cette violence ? Comment cela a-t-il commencé ? Quelles sont les racines de cet état de fait singulier ? »       Le fils-de-mon-fils ne savait trop quoi répondre. Et moi non plus. On cherchait. Est-ce un certain cinéma violent et si populaire, une certaine télé encombrée d’incessantes actions meurtrières, de tueries barbares ?  Est-ce l’effet de tous ces jeux électroniques où, là aussi, les problèmes se règlent toujours rapidement, à coups de fusil; très efficacement, par la force ? On cherchait, lui et moi. Nous examinions les us et coutumes des années 1980 et 1990. Déjà cette multiplication d’images sanguinaires, la montée effarante de tous ces furieux et sauvages combats. Spectacles » recherchés, tant appréciés des jeunes, quand le manichéisme le plus simpliste fait florès, comme encore aujourd’hui. À cette époque ils étaient tolérés, vantés même, fort bien publicisée. Notre candeur niaise ! Notre innocence veule : « Bof, pas de danger, c’est des jeux, du spectacle et nos jeunes enfants savent distinguer le faux du réel. À bas toute censure ! ». Un aveuglement bien commode, une lâcheté fort courante ?

Mon petit-fils grandi, responsable normalement, finit par m’avouer qu’il se sent plutôt coupable. Que nous aurions pu, tous, ceux de ma génération comme ceux de la sienne, mieux savoir protester, dénoncer avec vigueur la venue de toutes ces modes néfastes. Et surtout leurs fabricants cupides. Il est tard, très tard, cette grande fille assassinée que l’on a vu, à la télé, sur un brancard fatal, dans un sac de morgue, ferait donc partie intégrante d’une civilisation actuelle moche. « Quoi, déclara un jeune loustic à la télé : elle aussi avait son fusil dans sa case cadenassée, non ? »

C’est « sa » fille et il pleure : « Comment ça se fait donc, grand-papa, qu’on n’a pas su voir venir ce très sale « temps nouveau » en 2005, en 2010 ? » C’est bientôt 2025. « Comme tout le monde, que je lui ai dit, en ce temps-là on voulait tant sembler « large d’esprit », bien modernes, capable de nous adapter à la jeunesse. Ce besoin de ne pas passer pour de vieux schnocks, des froussards conservateurs, des timorés, de sales réactionnaires, méfiants pathologiques ? » J’ai pleuré avec lui. Un reportage, janvier 2010, dans L’Actualité, sonnait pourtant l’alarme en  illustrant  cruellement que cette jeunesse actuelle dérivait vers les fatidiques « règlements de conflits » avec la  manière expéditive : des fusils. « Mais oui, lui dis-je, je m’en souviens, il y eut un début de panique, quelques reportages de télé navrants, quelques molles mises en garde par des psys patentés, et puis l’on refermait les yeux : « Cette vague sinistre allait s’épuiser tôt ou tard ».

Mais non, ce mode-de-vie -dans nos écoles et collèges-  libertaire, anarchique, égocentrique, déshumanisé, alla en augmentant. Maintenant, aujourd’hui, il y a cette morte, comme il y a eu, l’an dernier, la tuerie effroyable après un simple match de hockey, comme, le mois dernier,  il y a eu ces deux cas sinistres, un duel mortel, effrayant romantisme désaxé , loin, en province. C’est parti en grande « ce temps nouveau ».

Ce noir « conte d’anticipation », espérons qu’il n’aura pas lieu.  Mai quoi faire ? Qui vend librement des pistolets à des filles de 13 et 14 ans et quel parent autorise encore volontiers à de jeunes enfants le visionnent de films archi-violents, celui de cassettes à jeux meurtriers ? Tous les parents ?

Claude Jasmin

Écrivain

Sainte-Adèle

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