LE BONHEUR ?

Depuis Socrate et avant…que c’est le moteur des vies. Le bonheur…je ne cesse pas de lire sur ce thème essentiel. C’est le vaste projet de tous. Le grand poète Gilles Vigneault se moquait : « Tout l’monde est malheureux tout l’temps ! » Faux et vrai. Certes, ça chiale dans les chaumières et souvent mais le bonheur reste la cible. Pleins comptoirs -chez le libraire- de livres sur cette quête, de la psycho-pop ou de savants essais. Le bon et facile conseil : soyez positif. Mode actuelle des « bonnes vibrations », d’envois « d’ondes bénéfiques. Y a du vrai.

Un certain Martin Selgman, aux USA, serait le père de cette vogue mondiale. Un diktat maintenant répandu comme lierre. Des profs tentent d’intégrer « le bonheur » à leurs cours. Une matière facultative ou un appât pour candides ? Qui ne souhaite pas être heureux ? Personne. Ils prêchent : Ayez des contacts, faites-vous des relations, « construisez-vous » un réseau d’amis… « Facile à dire » va conclure l’inapte au bonheur.

De quoi je parle ? D’un camarade de jeunesse qui était -qui est- inapte au bonheur. M. avait ça un réseau d’amis, nous, une bande d’aspirants joyeux aspirants-créateurs. Nous étions des enthousiastes, confiants en l’avenir, jeunes bohémiens empoignant un destin pourtant flou en 1950. Mais lui, M., rien à faire, il était inapte au bonheur. Je l’ai revu il y a peu, il n’a pas changé, il reste le grognon, le désespéré du monde, le malchanceux perpétuel. Il est une victime de la bêtise des gens. Un misanthrope farouche, un  imprécateur.

Inapte. Le réseau amical lui servait à rien. Aurait-il fallu qu’il s’inscrive à ce bizarre collège chic de Londres, Wellington, à $ 50,000 par année ? Foutaise. « Être bien sans sa peau », essentiel, dit un savant behavioriste USA. Vite dit, facile à dire.

Tenez, voilà que l’on recommande dans les écoles le massage entre enfants. « Touchez-vous les uns, les autres », nouvel évangile du jour. Des pratiques pour enfants de notre Occident confortable. Bonnes pour les gamins du misérable Darfour ? Hum ! Ou dans ces camps de réfugiés désespérés du monde en chamailles ? Doutons-en. Voyez-vous le gentil instructeur commander : « Les petits, écrivez une ou deux bonnes chose qui vous soient arrivées cette semaine ? » Seigneur !

Allez-vous rire ? Me promenant, je vois dans des voitures de poupons des mines radieuses, tel enfant qui sourit volontiers au moindre guéli-guéli. D’autres ? Petits êtres, hélas, aux visages fermés, durs, renfrognés. Aptes et inaptes ? J’imagine, je prévois « une nature », j’y lis chaque fois un destin. De bienheureux ou de malheureux. Méthode empirique et peu scientifique sans doute. Je l’espère.

L’ami M., lui, a mal vieilli, ou plutôt est resté le même. À notre rencontre il a repris exactement sa litanie, son lamento : « Le monde est con, les gens sont bornés, il n’y a rien à faire. »

Si je tente de lui infuser un minimum d’optimisme c’est : « Pauvre niais, naïf stupide, aveugle. » J’ai l’impression d’une complaisance. Jouer ainsi la perpétuelle victime le soulage. De quoi ? De ce mal insidieux qui l’habite. Je le plains. Je l,Aui quitté malheureux. Il n’y a rien à faire, me disais-je, avec l’inapte au bonheur. Sur un divan d’analyste, découvrirait-il sa faille, les sources de sa nature noire ? C’est cher de se transformer en analysé, et ça peut être très long. Je pourrais parier que pour M. cela aussi, « la psychanalyse », c’est des conneries.

Il y a l’auto-analyse. Certains y arrivent. Ça ne coûte rien.

C’est ma pratique. Étant devenu mon propre rédacteur sur mes bibittes, grattant mon passé (sans cesse mon enfance), mon présent, aussi mon avenir mes illusions, mes projets en cours. Je me soigne quoi. Il n’y a jamais de guérison totale, je le sais fort bien. Comme tout le monde, je cours après le bonheur. S’agit-il de ne pas être trop ambitieux ? Je le crois.,. De ne pas fixer la barre trop haute. Je le pense. Mon ex-petit camarade, M., a rêvé ingénument d’être un fort, un illustre, un héros. Comme lui, évidemment, aux portes de la vie on  s’imaginait un Malraux, un Camus, un Sartre, un Picasso, un Braque ou un Matisse. Échec ? Oh oui ! Se contenter alors d’un rôle social plus modeste relevait du bon sens. Se consoler de n’être pas un génie est facile pour des esprits raisonnables. M. ne s’en console pas ?

Alors, vous voulez le bonheur ? Prenez donc vos exactes mesures, soyez contents d’être ce que vous êtes. Simplisme ou voie utile pour être heureux ? Je suis content d’être encore en vie, encore amoureux. De revoir bientôt le spectacle inouï de la nature virant « sang et or ». M. dirait-il, « à quoi bon ce spectacle ? »

« MAIS VOIR UN AMI PLEURER », (Brel)

Il pleuvait. Un samedi matin bien gris. Dans l’église, sur un podium,  une urne. Funèbre. Dedans, Julien, un ami mort, un ami de jeunesse. Dernière rencontre. L’épousée, veuve, pleure. Ma compagne pleure. Je me retiens car « un homme » ne pleure pas, c’est tout entendu. J’ai mal, si mal pourtant.

J’assiste à l’enterrement  d’une partie de mon passé, d’un temps révolu, celui d’une petite troupe de vaillants et preux mousquetaires quand nous avions vingt ans. Que nous étions excédés par une société puritaine, fragile, à l’identité incertaine « dans un pays incertain », cher Jacques Ferron. L’on s’agitait fort tous les quatre. Oui, quatre comme dans « Les trois mousquetaires. »

Michel, Roger, Guy et moi. Et, lui, dans une urne, Julien ? Lui, le cinquième membre, « à part », différent de nous les futurs artistes puisque Julien achevait ses études classiques lui, et s’en ira en droit, à l’université, lui. L’unique futur « professionnel » dans notre bande, resté fidèle malgré tout à ses camarades « les rêveurs ». Bravant nos parents anxieux :   « Vous serez sans métier sérieux, vous vous préparez un avenir de misère ». Nous enragions puisque, c’est tout vu, nous allions transformer cette pseudo-culture niaise qui nous entourait, nous abrutissait, nous empoisonnait. Nous serions des Malraux, des Picasso québécois, c’était Borduas, « le congédié »,  qui avait raison, oui, oui, il fallait abattre toutes les cloisons et vivre libre !

Puis vint la séparation, chacun s’enfonçant dans sa vie d’adulte. D’abord trouver un job, puis trouver une femme… enfin avoir des enfants. La vie ordinaire. Finis les belles soirées à discuter sans fin du sort du monde entier, finis les projets flous, finis les desiderata révolutionnaires. Devoir désormais, comme on dit, « gagner sa vie. » Julien deviendra l’avocat chez Bell Téléphone, Michel deviendra réalisateur, Roger, un graphiste émérite et Guy, un illustrateur et caricaturiste. Moi, je serai le « secrétaire », le scribe acharné du Villeray d’antan.

Samedi matin, je les vois arriver, mes anciens amis, qui entrent dans l’église un après l’autre. Le « vieil homme » revoit d’autres vieux ! Et le plus sensible des quatre est celui qu’on croyait le plus dur… ô voir un ami pleurer ! Les ex-preux chevaliers ont tous les larmes aux yeux, Julien s’en va ! Le premier ! On sait alors que c’est « le début de la fin » et que notre tour s’en vient, que la camargue maudite est là, à nos portes ?

L’automne de nos existences s’annonce par cette urne mortuaire sous cette nef d’église, ce samedi de pluie. Comment bien rédiger la « chronique de nos morts annoncées », cher Marquez ? Nous voyez-vous, réunis au buffet « post mortem » dans la cave, après la messe aux morts, arrimés à nos souvenirs. Des mots nostalgiques, des bribes de notre jeune temps, souvenirs folichons. Julien était ceci. Et cela. Ce fou de théâtre à vingt ans n’a plus jamais porté les masques de nos essais scéniques, il a choisi une toge. Un théâtre salarié, confortable. Renégat ? Défroqué ? Mais non, banalement, le devoir de responsabilité. Combien sont-ils, anciens rêveurs, à s’en aller maintenant, après l’exil dans la vie ordinaire ?

Vers quel horizon de jeunes chimères sont partis en nuages nos incessantes querelles -à la Casa Italia, rue Jean-Talon ? Nos furieuses engueulades, nos projets pour une vie culturelle stimulante ? Aujourd’hui même, combien sont-ils, filles et garçons, mieux instruits, qui échafaudent de vagues projets ? Qui ont peur, comme nous avions peur en 1950 pour nos beaux rêves d’avenir. Voir un ami pleurer rue Maisonneuve au coin de Clarque, voir un ami pleurer à cause de la subite désertion, du cher Julien, « le théâtreux », se faisant appeler « maître » dans des bureaux austères. Rideau, « entre dans l’éternité, va dormir en paix « compagnon des mauvais jours » (Prévert). Va-t-en, pars, abandonne tes anciens jeunes camarade des folles soirées quand nous nous imaginions pouvoir transformer la vie quotidienne en un chapelet inouï à toutes les affiches de l’art.

Samedi, nous nous regardions, en larmes, qui sera le suivant ? Nous savons que le chemin s’achève. Silence sur nos échecs, nos ambitions bafouées, nos chagrins, la déception face à nos illuminations rimbaldiennes à vingt ans. Des ratés ? Même pas, nous avons tenté de survivre sans nier stupidement qu’il fallait « étreindre la dure réalité » selon le cri d’Arhur-le-voyant descendu de ses Ardennes pour changer la vie. Oui, nous sommes à terre, malgré nous enracinés et cela n’a pas empêché de nous remémorer notre jeunesse de bohémiens pauvre « aux yeux plus grands que la panse. »

La vie ici a changé pour le mieux. Jeunes gens d’aujourd’hui, aux regards vifs, ayez une petite pensée pour tant de jeunes fous qui, en 1950, juraient qu’ils allaient y travailler. Dépêchez-vous de créer, la vie, vous l’ignorez, c’est un train à très grande vitesse, vous verrez.

  

LES JUIFS DEHORS ?

Je m’étais frotté aux Juifs « pieux » en arrivant dans Outremont en 1988. Ma surprise actuelle ? Habitant les Laurentides la plupart du temps, voilà que je redécouvre ces encombrants Juifs fondamentalistes. Leur racisme tout en douceur ? Les actualités racontent au grand public des incidents en nos collines, parfois bénins, parfois plus graves. Exemple : à Val David, à Val Morin, des incendies douteux chez des Juifs qui installent des synagogues dans des chalets. De la grogne face aux déchets mal ramassés, accumulés, chez ces Juifs imprévoyants.

Ou bien, cette clôture de broche de fer faisant une sorte de « réserve juive » en un domaine récemment acquis, qui fut un ex-hôtel, au bord d’un joli lac. Tout cela finit par exhaler des odeurs d’antisémitisme.

Aïe ! Hier encore, un loustic, bon chrétien blanc, interrogé par une télé dira :« Il y a qu’on les connaît pas bien. Ils auraient avantage à se mieux faire connaître ». Oh, voilà le hic ! Ces « religionnistes » farouches ne tiennent pas du tout à… échanger ! À communiquer avec nous. À se mêler le moindrement « au vain peuple » qui les entoure. Un racisme cela ? Mais oui.

Ces cloisonnages insensées en 2007 entre Québécois sont volontaires. Et très regrettables. Dès 1988, dans un hebdo d’Outremont, j’ai blâmé ce ghetto consenti, j’ai regretté, blâmé publiquement, cette sorte d’apartheid juif. Mon article fit des remous à l’époque. C’était un sujet ultra-tabou en 1988. Maintenant, tiens, « tout le monde en parle ». Évidemment nous parlons d’une sorte de juifs : les fondamentalistes, les « très pieux », qui se traduit par « Hassidim ».

Rien à voir avec mes chers marchands juifs, ashkénazes qui bargouinant le français, ceux de la PLaza Saint-Hubert, enfant, quand ma mère aimait tant aller négocier furieusement chez Greenberg ou Wise Brothers.

Récemment, à la radio du 98,5, j’ai de nouveau recommandé à ces « très pieux » de s’ouvrir une contrée à part, exactement comme firent très intelligemment les « puritains » en Pennsylvanie, les Hammich.

Car il est insupportable d’être entouré par des gens qui ne vous voient pas, qui ne vous parlent pas, qui refusent tout contact humain normal. Des voisins chez qui on décèle aucune sorte de solidarité, pas la moindre trace de convivialité.

Leur refus obstiné de se mêler à nous, 85 % de la population les entourant relevait d’une sorte de dédain, de mépris, en tous cas c’est ainsi que fut perçu ce refus têtu et raciste de s’intégrer le moindrement. N’importe quelle majorité, partout dans le monde, s‘en trouverait carrément insultée, non ?

Mon père, comme « le premier » André Laurendeau, ou le patriote abbé Groulx en son temps, comme tout le monde de cette époque en fait, était antisémite. D’un antisémitisme mou, soft, flou, innocent et sans conséquence grave. Une sorte de consensus plutôt idiot.

« Ils ont tué le Christ », entendait-on. En Europe c’était exactement la même chose. Viendra l’horreur incommensurable du féroce génocide nazi qui a remis bien des pendules à la bonne heure, Dieu merci !

C’était donc, le mépris automatique, irrationnel, du Juif, une ignorance bon enfant donc. En découlera forcément, à l’occasion, des cas graves de racisme. J’ai vu de ces anciennes et effrayantes pancartes, posées pour les plages d’un lieu de villégiature, made in Sainte-Agathe : « NO DOG, NO JEW ». Comme il y a eu aussi l’action politique visiblement, indiscutablement, antisémite. Entreprise ignoble menée par un Adrien Arcand et ses sbires et que finançait Ottawa, oui, oui ! Cela avant et au début de la guerre de 1939.

On nous montra de l’index collectivement chez des adversaires du nationalisme, du patriotisme. « Sales Canadiens-Français », déclarèrent hypocritement nos charmants voisins du Canada! Mais des documents déterrés ont fait, vite et bien, voir que des antisémites virulents se multipliaient aussi partout chez nos « purs » anglois, en Ontario comme partout ailleurs dans la chère Confédération. Un premier ministre, King, dira « None is to many » quand des réfugiés du nazisme cherchaient désespérément à nos frontières des ports d’accueil. Le Canada restait verrouillé !

Or, face à ces dérapages -parfois à cause des provocations involontaires de Juifs- en Laurentie, voilà que l’on peut entendre ces temps-ci, de nouveau, nos adversaires « historiques » répandre l’accusation classique : intolérance de ces goddam frenchmen.

Foutaise oiseuse, il est arrivé que désormais les nôtres ont fini par prendre conscience de faits ordinaires et normaux : nous sommes « chez nous », nous sommes une majorité, nous avons un pays, le Québec, et nous formons, oui, oui, oui, une nation.

Les assimilés ou demi-assimilés -comme on dit les demi-civilisés », cher Harvey- enragent. Ce redressement national si salutaire, indispensable, fait que des ghettos fermés et embarrés font figure de « résistants bornés » à une réalité très claire. Ghettos juifs hassidim compris ! Des citoyens lucides voient clairement qu’il y a quoi donc ?, un rejet et c’est insultant ce refus; c’est un refus qui se nomme très justement « intolérance ».

Ce qui se passe actuellement par exemple, à Saint-Adolphe d’Howard, illustre parfaitement la nouvelle donne. Ces « très pieux », collés « à la lettre » à la thora et au talmud, ré-éditent leur maudite « fermeture » aux autres, nous tous.

Essayant d’amoindrir cette situation « raciste », on vient de voir un aimable et doux rabbin s’expliquant lourdement face à un reporter francophone (on est au Québec !) en anglais ! Voilà où le bat blesse davantage. Impossible donc de trouver un porte-parole parlant la langue de la majorité pour un réseau public d’ici ? C’est pire qu’une incongruité, c’est une gifle. Ces Juifs sont sourds, en 1998, j’avais appelé à un leader de cette vaste secte religieuse pour qu’il nous éclaire et éclaire surtout les siens. Quoi ? 20 ans plus tard rien n’a changé.

C’est une désolante comédie, une farce de pleutres, de voir les responsables des médias qui marchent sur des œufs, qui tremblent, qui se taisent ou qui minimisent les responsabilités juives. Ils sont dangereux pour les Juifs eux-mêrmes. Cachant leurs torts évidents, au foind des choses, ces « chieux » nuisent aux Juifs. Ils mentent, ils camouflent la réalité, entretenant ainsi un énorme mensonge.

Il en va de même chez tous les chefs politiques actuels. Cette peur ignoble montre quoi ? De la lâcheté. Elle fait voir une sorte de prudence qui pue. Ces attitudes de fieffés couards ne feront rien, rien du tout, pour réveiller les juifs « racistes » et leur intolérance. On a vu des attaques immondes par des organismes pro-Juifs -et qui nuisent tant aux Juifs- pour quelques phrases claires chez un Falardeau, feu-Bourgault, un Pierre Foglia ou un Richard Martineau -et tant d’autres- chaque fois c’était l’accusation facile « anti-sémite ». J’ai goûté à cette médecine empoisonnée en 1988. Nous ripostons au racisme car, chez ces francs parleurs, on connaît très bien la saveur surie du racisme et de l’intolérance, si longtemps nous avons été, Québécois, les victimes du racisme anglo, ce 10% de notre population quand nous étions à 90 % une majorité, à leurs yeux, invisible, non ? Ils jouaient les maîtres.

Oui, nous somme en un territoire hélas familier, ce temps n’est pas si loin, rappelez-vous. Sachez messieurs les Hasidim que nous reniflons très vite l’intolérance, cet aveuglement qui veut nous nier.

J’y reviens, il y a eu les nazis. Depuis cette injustice effroyable le Juif est devenu complètement paranoïaque. Il y avait de quoi, je m’empresse de le dire, car si les Québécois -bien pire encore que l’écoeuranterie de 1775 en Acadie- avaient subi l’innommable holocauste, nous serions paranoïaques nous aussi. Tous ! Et pour longtemps encore. « Pipi de chat » alors cette résistance des nôtres à leur ignorance si détestable, cette très volontaire ghettoïsation des Juifs à Val Morin ou à Saint-Adolphe ? Non, avertissement salutaire. Si vois n’aimez pas le Québec, quittez-le. En effet. Ça vaut pour ces 99 % qui votaient dans McGee congtre notre patrie à faire advenir. Ça vaut pour Côte « St-Luke » et environs.

Prenez bien garde, Juifs pieux, soyez un peu lucides, ce racisme en ces petits villages laurentiens ne vient pas de leurs habitants quiets, il vient de vous.

In english or in french… comprenez bien qu’il est devenu impossible en 2007 de vivre au sein d’une population donnée sans vous y intégrer le moindrement, au moins à un certain degré. Cela se nomme vivre en harmonie, cela se nomme humanisme normal, cela se nomme paix sociale, cela se nomme n’importe quoi mais nous ne voulons pas de ce « refus-cloturé ».

Mon ami Abitbol, un juif sépharade francophone, mon ami Jacques Neufeld, un Juif ashkénaze, tous me confiaient : « Que veux-tu, mon vieux, vous avez bien eu vos Bérets blancs fanatisés, un temps, pas vrai ? » Non, faux !, disais-je, chaque fois, ces ultra-pieux bérets blancs anachroniques, cette nostalgie vicieuse des « Gilberte », catholiques fondamentalistes comiquement anachroniques, eh bien, nous les combattions à maintes tribunes. Nous les fustigions. Nous nous en moquions allégrement. Nous les caricaturions et sans cesse.

Or, on ne voit guère de Juifs raisonnables -pas même ce plaideur juif brillant, Julius Grey- pour élever la moindre protestation face à ces orthodoxes a-sociaux.

Continuez de vous taire les hypocrites « B’naï and Brith » et Compagnie, cela rend un fort mauvais service à vos (faux) amis; vos compatriotes religieux se font bafouer en fin de compte, abuser par vos condamnations loufoques à notre endroit.

Cela fera qu’un jour, il pourrait y avoir explosion.

Ce que je regretterai comme tant d’autres.

Vous me relirez alors ? Il sera trop tard.


MORT D’UN AMI DE JEUNESSE

Vient de mourir, m’annonce La Presse, l’avocat Julien Plouffe, qui fut mon grand ami de jeunesse. Plouffe fut  le premier metteur en scène de Marcel Dubé pour « De l’autre côté du mur »,  sa première pièce. C’était à l’époque où il étudiait au collège Sainte-Marie, l’époque du papa zélé grand distributeur de La Presse dans Saint-Vincent Ferrier, notre « petite patrie ».        Julien qu’on appelait « Juju », pour gagner des sous, était vendeur de cornets de glace (aux 15 saveurs) chez le célèbre « Robil » de la rue Lajeunesse. Associé au fameux -et dévoué aux loisirs culturels- Père Lalonde de sa paroisse, Juju montait des pièces de théâtre, sa passion de jeunesse. Il m’avait fait  « Almaviva » dans un Beaumarchais et puis « un timide » dans Labiche. Nous étions une petite bande réunie sous la férule de feu le poète-professeur Lucien Boyer. Là, rue Saint-Denis, où Julien enseignait par les soirs.

Il deviendra avocat au contentieux de Bell téléphone et, plus tard, maire de Saint-Barnabé, au pays yamachichois de sa femme tant aimée, « la grande » Catherine. Village où, récemment, notre Juju organisa les retrouvailles du groupe dispersé. Je garde de Julien Plouffe un souvenir ému, j’offre toutes mes condoléance aux siens. Adieu vaillant et enthousiaste camarade de nos jeunes années, repose en paix.

Claude Jasmin

Écrivain, Sainte-Adèle

« MON » PIERRE BOURGAULT

« Moi on ne m’aime pas, madame, on m’idolâtre ou on me hait », voilà ce que disait Bourgault à l’auteure Francine Allard. À la suite de son dévastateur rejet par les chefs péquistes de René Lévesque, j’avais revu Pierre une fois. C’était rue Saint-Denis par un soir d’hiver, le croisant, il ne me voyait pas, visiblement, il ne voyait personne à cette triste époque.

Je découvrais sur ce trottoir, non plus le prodigieux orateur avec qui j’avais grimpé sur des hustings mais une sorte de vagabond. Démarche trouble, yeux rougis, regard absent, il fonçait droit devant lui dans un vent glacial, dans une neige tombant maigrement, un « soir d’hiver » nelliganien. Cette vision me rendit très triste; on disait que l’ex-chef du RIN, solitaire et dédaigné, dérapait en paradis artificiel. Rumeur ?

Un peu plus tard, il obtenait enfin un poste payé « à jetons de présence » pour le prestigieux Musée des Beaux-Arts et on colportait qu’il fut « recommandé » par nul autre que Robert Bourassa, un adversaire.

En 1969, l’encore chef du RIN -pour peu de temps- me rencontrant, square Saint-Louis, s’écria : « Mon salaud de Jasmin ! Judas ! » Enragé, il passa vite son chemin. J’avais mal, j’aurais voulu discuter, le convaincre peut-être… Pierre avait donc su, qu’à mon tour, j’avais participé à la fondation du neuf mouvement indépendantiste, le MSA du chef charismatique. Puis, le parti de Lévesque mis au monde, avec grand vent dans ses voiles, Pierre allait dissoudre le Rassemblement et joindre « le rassembleur ».

Comme Jacques Godbout, jeune étudiant en quête d’argent, Bourgault fut soldat. Du Canada ! Mon refus viscéral d’enrôlement quelconque et ma haine des uniformes… j’étais étonné. Besoin de servir, hum, de dominer ? En caporal, en colonel ? Ou bien un militarisme « d’occasion » (pardon Gabrielle Roy) pour un petit salaire ?

Lui acteur, régisseur ? En effet, il y eut un tout jeune Bourgault en aspirant acteur. Persévérant, aurait-il fait un comédien célèbre ? Sans doute. Par exemple, il obtint un petit rôle tourné en Gaspésie occidentale, aux Méchins, dans un feuilleton-jeunesse de Radio-Canada à l’ombre des Gisèle Schmidt et Gilles Pelletier.

Et puis… j’étais jeune scénographe, je le croiserai en « régisseur » de plateau vigilant, pour la même société fédérale. On le disait « fendant », faisant exécuter minutieusement les ordres de la régie. Mais je savais bien que le rôle d’un régisseur efficace se devait d’être autoritaire. Sinon… la pagaille !

1961. Voici mon Bourgault installé par Gérard Pelletier qui vient tout juste de s’engager à « La Presse » pour combattre le tout neuf « Nouveau Journal » de Jean-Louis Gagnon. Nouvelles rencontres fréquentes alors puisque Pelletier m’a dit « oui » en critique d’art. Bourgault militait maintenant dans un mouvement fondé à Morin Height : le Rassemblement. Les aînés sourient, songent à de défunts mouvements du même genre : « Jeune Canada », « Bloc populaire », etc.

En somme, pensent « les vieux », « une autre affaire sans avenir aucun ». Un midi, le jeune directeur du cahier à « rotogravures » s’amène guilleret dans notre salle de rédaction avec, au bout des bras, deux pages. Illustration d’une immense foule Pace du Vatican, à Rome. Hilare, il proclame : « Voilà ce à quoi je rêve pour le RIN, des masse rassemblées ! »

C’est cette année-là, qu’embrigadé volontairement par le penseur André D’Allemagne, j’accepte de jouer les orateurs pour ce RIN dont je n’ai même pas la carte de partisan. Un soir, à l’étage d’un traiteur de la rue Fleury, je lis au micro mon dix pages de texte. À la fin, Pierre m’accroche : « Claude, tu l’as pas. Faut pas lire. Faut parler librement. Tu as entendu, je viens de gueuler une heure avec dix lignes de notes sur mon paquet de cigarettes. On fumait beaucoup en ce temps-là. Voilà ce que tu dois faire ».

J’avais appris une bonne leçon. Surtout je découvrais « un culotté » bizarre, à la parole vigoureuse, capable de soulever une foule. Bourgault, en effet, faisait « le fendant » sans vergogne. Je venais de l’entendre fustiger les nôtres (et lui avec) : « Nous sommes un peuple de mous, de soumis fainéants, de peureux. Nous sommes des chiens couchés, des frileux qui avalons à genoux toutes les humiliations sans broncher comme de misérables colonisés… », etc. Je n’en revenais pas, ses auditeurs l’applaudissaient comme un tonnerre ! Rien à voir, on le voit, avec nos divers chefs actuels cherchant le consensus, soumis aux sondages, prêts sans cesse à louvoyer.

Catastrophe pour lui : « mon » Bourgault règnait tout seul au domaine de l’indépendantisme quand l’ex-ministre libéral, le plus populaire de la Révolution tranquille », le très charismatique René Lévesque, chassé par son chef Jean Lesage et ses sbires prudents, décide de joindre le combat pour la « cause sacrée ». Fin du royaume de Pierre. Ce sera la farouche et stérile lutte entre un puissant démagogue (au sens strict) et un calculateur ultra démocrate. On sait la pénible suite. Hâte de lire maintenant cette première biographie sur Pierre, que l’on dit « minutieuse », signé Nadeau.

EUX ET « NOUS » !

Landry comme Marois se posent de graves questions très publiquement. Il y a en effet débat : l’intégration des « eux » au « nous », ce « nous » qui dérange, ce « nous »  qui formons plus de 80 % du peuple québécois. Partout dans le monde, il n’y a pas ce problème. En Espagne comme en Italie, en France comme en Allemagne, 80% fait  que « la paix sociale » règne. Ici, au Québec où nous sommes une sorte d’îlot « étranger » il en ira toujours tout autrement. Si on a le sens de la durée, de la survie, il faut bien combattre. Combattre quoi ? Le fabuleux phénomène de « l’américanisation » galopante. Elle fait des dégâts partout, même à Paris, France.       Donc Marois comme Landry, et Charest comme Dumont, abordent ce thème délicat : le « eux », les nouveaux-venus, et le « nous », majoritaire et pourtant fragile à la fois. Les propos qui dérangent sont inévitables. Cela face, non pas seulement à la question « migrants au Québec », mais aussi sur leur résistance au français, qui est notre âme, notre raison de combattre. Il en va de notre survivance. Ce « nous », c’est un tout petit 2% de la population sur ce continent américain. Il faut donc parler carrément de « résistance » car il n’y a pas d’autre mot. Or voici une sénatrice, Hervieux-Payette, tout comme l’éditorialiste Pratte, très énervés. Ils condamnent un fait têtu : nous sommes en danger. Pour ces fédéralistes idéalistes chercher des moyens de stopper la très efficace séduction planétaire « anglo-saxonne », c’est bête !  Pour ces « bonententistes » bornés, c’est propos de racistes, de xénophobes ! Les voilà grimpés dans leurs rideaux jetant de cris d’horreur : « Marois excite les nôtres, Landry aussi jette du feu sur une huile malodorante.

Un Québec « moderne », selon la sénatrice, doit tolérer les migrants qui résistent à la francisation. Elle ne le dit pas crûment mais on devine sa pensée : « Laissez faire », tout ce qui compte c’est combattre la dénatalité, faire grimper le chiffre de la population québécoise. Peu importe s’il n’y a pas l’harmonieuse et essentielle intégration au « nous ». C’est d’une bêtise grave. André Pratte, lui, parle « d’une pensée glissante », dangereuse chez Marois et Landry. Il se scandalise que « le camp du nous » devienne le camp exclusif de ceux qui parlent français. Eh bien oui, c’est justement le nœud de la question. Il est farouchement opposé à cette bataille pour notre identité collective, c’est pourtant l’enjeu justement, la bataille qu’il faut gagner, non ?

Nos deux énervés ont raison et tort à la fois. Raison ? Oui, quand ils rigolent de voir les enquêteurs de divers ordres  s’agiter pour protéger le français en Charlevoix. Et tort ?Oui, quand ils font mine d’ignorer le vrai problème qui est dans la métropole du Québec. Les témoignages abondent là-dessus : Montréal est un gruyère et les fissures se multiplient. Les Taylor et Bouchard sont un cirque inutile quand ils sortent de Montréal. Vérité gênante. Montréal fait face à deux périls : le premier péril -il sévit depuis très longtemps- nos Grecs, nos Italiens, nos Portuguais, nos Juifs, refusent de faire partie vraiment du « nous ». De merveilleuses  exceptions ne peuvent cacher cette évidence. La majorité, « nous », ne comptait pas par ces nouveaux venus, tous, ils étaient venus au Québec comme on vient « in américa » et tous s’empressaient de s’anglifier. L’autre péril ?, celui des migrants récents. À leur tour, ils désirent en forte part faire partie de la culture régnante sur ce continent, géante, florissante, envahissante dans le monde entier, celle des amerloques.

        Si ces militants de la tolérance -tous azimuth- étaient sincères et lucides, ils reconnaîtraient cette encombrante  réalité montréalaise. Ils cesseraient de vouloir contredire les Marois, Landry et tant d’autres « résistants ». Mais non, face à l’inquiétude manifeste de ceux qui constatent l’érosion perpétuelle, ils se drapent dans le commode manteau d’une tolérance qui confine à l’imbécillité. Ils craignent quoi ? La chicane ? C’est une chicane normale dont on n’a bien le droit  de discuter les tenants et les aboutissants. La sénatrice sort des chiffres et elle applaudit au relatif succès des bons effets de la Loi 101 de Camille Laurin -loi qu’elle n’a certes pas défendue, loi grugée par la Cour suprême maintes fois. À ses yeux, c’est le « tout va bien désormais ». Non mais quelle autruche ! Il faut être sourde et aveugle pour ne pas voir l’envahissement anglo des migrants de Montréal. Nous allons devoir sans cesse et à jamais, nous protéger. C’est notre destin hélas.  À Montréal, il y a deux résistances, celle  du « nous » et celle du « eux », cette dernière est détestable, pernicieuse car elle est la résistance perpétuelle au français. Aux yeux de ces réfractaires au « nous », le français est comme un fait insolite, anormal en un continent où la vaste majorité -300 millions- s’expriment et vivent en anglais. Le combat est nécessaire.