LE BONHEUR ?

Depuis Socrate et avant…que c’est le moteur des vies. Le bonheur…je ne cesse pas de lire sur ce thème essentiel. C’est le vaste projet de tous. Le grand poète Gilles Vigneault se moquait : « Tout l’monde est malheureux tout l’temps ! » Faux et vrai. Certes, ça chiale dans les chaumières et souvent mais le bonheur reste la cible. Pleins comptoirs -chez le libraire- de livres sur cette quête, de la psycho-pop ou de savants essais. Le bon et facile conseil : soyez positif. Mode actuelle des « bonnes vibrations », d’envois « d’ondes bénéfiques. Y a du vrai.

Un certain Martin Selgman, aux USA, serait le père de cette vogue mondiale. Un diktat maintenant répandu comme lierre. Des profs tentent d’intégrer « le bonheur » à leurs cours. Une matière facultative ou un appât pour candides ? Qui ne souhaite pas être heureux ? Personne. Ils prêchent : Ayez des contacts, faites-vous des relations, « construisez-vous » un réseau d’amis… « Facile à dire » va conclure l’inapte au bonheur.

De quoi je parle ? D’un camarade de jeunesse qui était -qui est- inapte au bonheur. M. avait ça un réseau d’amis, nous, une bande d’aspirants joyeux aspirants-créateurs. Nous étions des enthousiastes, confiants en l’avenir, jeunes bohémiens empoignant un destin pourtant flou en 1950. Mais lui, M., rien à faire, il était inapte au bonheur. Je l’ai revu il y a peu, il n’a pas changé, il reste le grognon, le désespéré du monde, le malchanceux perpétuel. Il est une victime de la bêtise des gens. Un misanthrope farouche, un  imprécateur.

Inapte. Le réseau amical lui servait à rien. Aurait-il fallu qu’il s’inscrive à ce bizarre collège chic de Londres, Wellington, à $ 50,000 par année ? Foutaise. « Être bien sans sa peau », essentiel, dit un savant behavioriste USA. Vite dit, facile à dire.

Tenez, voilà que l’on recommande dans les écoles le massage entre enfants. « Touchez-vous les uns, les autres », nouvel évangile du jour. Des pratiques pour enfants de notre Occident confortable. Bonnes pour les gamins du misérable Darfour ? Hum ! Ou dans ces camps de réfugiés désespérés du monde en chamailles ? Doutons-en. Voyez-vous le gentil instructeur commander : « Les petits, écrivez une ou deux bonnes chose qui vous soient arrivées cette semaine ? » Seigneur !

Allez-vous rire ? Me promenant, je vois dans des voitures de poupons des mines radieuses, tel enfant qui sourit volontiers au moindre guéli-guéli. D’autres ? Petits êtres, hélas, aux visages fermés, durs, renfrognés. Aptes et inaptes ? J’imagine, je prévois « une nature », j’y lis chaque fois un destin. De bienheureux ou de malheureux. Méthode empirique et peu scientifique sans doute. Je l’espère.

L’ami M., lui, a mal vieilli, ou plutôt est resté le même. À notre rencontre il a repris exactement sa litanie, son lamento : « Le monde est con, les gens sont bornés, il n’y a rien à faire. »

Si je tente de lui infuser un minimum d’optimisme c’est : « Pauvre niais, naïf stupide, aveugle. » J’ai l’impression d’une complaisance. Jouer ainsi la perpétuelle victime le soulage. De quoi ? De ce mal insidieux qui l’habite. Je le plains. Je l,Aui quitté malheureux. Il n’y a rien à faire, me disais-je, avec l’inapte au bonheur. Sur un divan d’analyste, découvrirait-il sa faille, les sources de sa nature noire ? C’est cher de se transformer en analysé, et ça peut être très long. Je pourrais parier que pour M. cela aussi, « la psychanalyse », c’est des conneries.

Il y a l’auto-analyse. Certains y arrivent. Ça ne coûte rien.

C’est ma pratique. Étant devenu mon propre rédacteur sur mes bibittes, grattant mon passé (sans cesse mon enfance), mon présent, aussi mon avenir mes illusions, mes projets en cours. Je me soigne quoi. Il n’y a jamais de guérison totale, je le sais fort bien. Comme tout le monde, je cours après le bonheur. S’agit-il de ne pas être trop ambitieux ? Je le crois.,. De ne pas fixer la barre trop haute. Je le pense. Mon ex-petit camarade, M., a rêvé ingénument d’être un fort, un illustre, un héros. Comme lui, évidemment, aux portes de la vie on  s’imaginait un Malraux, un Camus, un Sartre, un Picasso, un Braque ou un Matisse. Échec ? Oh oui ! Se contenter alors d’un rôle social plus modeste relevait du bon sens. Se consoler de n’être pas un génie est facile pour des esprits raisonnables. M. ne s’en console pas ?

Alors, vous voulez le bonheur ? Prenez donc vos exactes mesures, soyez contents d’être ce que vous êtes. Simplisme ou voie utile pour être heureux ? Je suis content d’être encore en vie, encore amoureux. De revoir bientôt le spectacle inouï de la nature virant « sang et or ». M. dirait-il, « à quoi bon ce spectacle ? »

2 réponses sur “LE BONHEUR ?”

  1. C’est ma théorie : si on vise trop haut et que l’on attend d’être rendu à cette hauteur pour être heureux , on se donne pas beaucoup de chance .Mais lorsque je préconise cette philosophie on me répond que c’est la réaction de quelqu’un qui n’a pas réussi à atteindre la gloire et le succès supposés essentiels au bonheur …..???

  2. Bonjour,

    Je vous remercie pour vos billets toujours intéressants. Le bonheur, c`est facile pourtant, il s`agit d`avoir ne serait-ce qu`une seule passion. Et d`être né dans une société comme la nôtre est déjà un grand bonheur pour qui le réalise. Mais c`est vrai qu` il faut être intelligent pour être heureux.

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