LA MORT DE JACQUES HÉBERT

Sincères condoléances à toute sa famille. J’ai connu ce dynamique jeune bourgeois, fils de médecin, Jacques Hébert. Un type épatant, courageux, enthousiaste, très ouvert au progrès et décidé à combattre « certaines » noirceurs québécoises, car il n’y a jamais eu, ici, de « Grande noirceur », cette foutaise fut une exagération faisant l’affaire d’esprits au  gauchisme très pressé, au sauvage, ingrat et aveugle anticléricalisme comme automatique. Ce jeune Hébert dirigeait un hebdo fort utile, hélas à public confidentiel, « Vrai ».Avec d’autres jeunes progressistes, j’y collaborai un peu avec joie.

Un bon jour, un fameux jour, un riche imprimeur de la rue Amherst, Edgar Lespérance, lui installait en toute confiance une maison d’édition. Naissaient alors les indispensables Éditions de l’Homme. Jacques, reporter transformé en éditeur, y fabriqua des livres, parfois utiles, souvent essentiels, qui dérangeaient l’establishment conservateur très souvent. Par la suite, je le vis se métamorphoser, sans grands moyens pourtant, en éditeur indépendant. Rue Saint-Denis, sa maison suractive, –avec un lancement tous les mercredis un temps-  se nommait « Les éditions du Jour ». Ce fut le vrai commencement d’un monde du livre enfin très vivant grâce à lui. Y travaillèrent un André Major, un Victor Lévy-Beaulieu. En 1968, Hébert accepta mon manuscrit « Rimbaud mon beau salaud » et le ré-éditait même. Rares à l’époque, Hébert était un éditeur qui versait rapidement nos royalties.

Cet homme actif habitait à Beloeil dans un neuve coopérative verte, là où naquit son fils devenu bon romancier. Jacques, on le sait, s’engagera par la suite dans des mouvements qu’il fondait, où la jeunesse retrouvait de l’idéal, des apprentissages intéressants. Fidèle à son ami de jeunesse, l’anti-nationaliste Pierre Elliot-Trudeau, il joignit la lutte -à Cité Libre et au Parti libéral fédéral- contre le renouveau nationaliste, tel celui du groupe Parti-Pris, ce sera, hélas, une brutale rupture avec plusieurs. Je le regrettais tant cet homme avait du cran, du panache. C’est le moment d’affirmer que ses compagnons de lutte, esprits forts aux tempéraments fervents, auraient pu contribuer à faire advenir encore plus rapidement un nouveau Québec. Quand je discutais avec eux, avec Jean Marchand lors de la célèbre grève de Radio-Canadien en 1958, avec Gérard Pelletier, mon patron de presse en 1961, je découvrais qu’ils étaient, ces aînés, marqués à jamais par l’haïssable duplessisme. Rien à faire : pour eux, notre nationalisme très social-démocrate pourtant et clairement laïc, allait tôt ou tard sombrer dans un néo–duplessisme.

Quoi qu’il en soit, Jacques Hébert restera une figure de batailleur important.

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