BARBE-BLEUE, JÉSUS ET CENDRILLON !

(sur les enfants et la religion)

Ça y est : une grande querelle va péter ! Des sociologues patentés publient : « Cette chicane, à partir d’un village jusqu’à cette commission Bouchard-Taylor, nous vient, Québécois majoritaires, d’un regret collectif flou. De remords vagues d’avoir vite jeté la religion. » Plausible ? Les archi-prêtres Ouellette et Turcotte et même le jeune Lisée penchent de ce côté des choses.

Il y a la prise de conscience : nos migrants à Montréal conservent une continuité religieuse, résistent au laïcisme, sont fidèles à leurs racines religieuses. Cela a comme innervé une nostalgie religieuse, nous a plongés dans embarras : « Est-ce qu’on a bien fait de jeter notre héritage chrétien ? » Plusieurs en éprouvent une jalousie : « Des nouveaux venus s’offrent un meilleur statut identitaire. Et moi ? Mon identité française et catholique ? » Une gêne qui tournant à l’agressivité : « Qu’ils fassent donc comme on a fait. Qu’ils se débarrassent de leur religion ! »

Non ! Dans Montréal, ces minorités ethniques tiennent à garder une foi. Avec variété de temples indous, diverses mosquées, synagogues en tous genres, etc. Enrageant pour les anciens canadiens-français-catholiques ? Le chef de l’ADQ grimpe sur son tambour et bonjour les querelles, bienvenus les excités. On les a vu se défouler devant les deux intellos-confesseurs, où on a pu entendre de nos immigrants accrochés fièrement à leurs religions. Mais une réalité jamais abordée nulle part : les enfants !

Quoi, l’enfant ? Il n’est jamais « partie prenante » en ces affaires de religions qui le concernent. Il n’a qu’à se taire, à suivre papa et maman ? Brave jeune-papa-Mario s’installe ces temps-ci à une barricade, sa pancarte beurrée : « L’école et NOTRE religion chrétienne. » Quel flair politique ! Vous allez en avoir pour votre argent. Chef-Charest et sa ministre Courchesnes, sachant le motif gagnant-gagnant crient : « Sale démagogue ! » L’ADQ s’en fout royalement car l’ADQ sait bien que c’est le bon bout d’un bon bâton. Ce sera la victoire, vous voulez gager ? La cheffe Marois le sait, le sent, accorde ses violons : « Oui, une bêtise que ces cours sur TOUTES les croyances de l’Univers ! »

Ça va flamber, 2008 s’annonce chaud ! Mario Dumont a même osé se moquer du sorcier « maringouin » et voilà l’indigènes-de-service très choqué par ses railleries, c’est parti, Grand Bal « spirituel » à l’Affiche de l’Assemblée nationale. « On va mêler nos chers petits, néfaste aplatissement, égalitarisme sot, équarrissage honteux. On va les instruire de légendes niaises emmêlées avec des mythes profonds, chantons : « il n’y a qu’ un seul Dieu qui rège dans les cieux ». On va jeter dans cette marmite le Bouddha et Jésus ? Manitou et Allah ? » Alors Mario siffle la fin de cette folichonnerie pédagogique, cette macédoine indigeste.

Les enfants, eux, attendent la fin de la chamaille et devront avaler la concoction ? L’enfants est prisonnier de ses parents, devient Protestant ou Catholique, Musulman ou… Hassidim ! Le jeune enfant est candide et crédule. Comme on dit, il « ajoutera foi », même au « Maringouin ». Mon Brel qui chantait : « Si c’était vrai…la crèche, le bœuf et l’âne, les rois mages !» Enfant, on croyait que l’horrible Barbe-Bleue existait. Je croyais à Cendrillon, au canot volant de la Chasse-Galerie, aux récits merveilleux comme aux terrifiants. À une vierge enceinte et aussi à Superman et à Tarzan. J’ai cru à ce Jésus marchant sur l’eau.

L’enfant écoute cette « grande personne » sur sa tribune. Fait aussi confiance aux imprimés; de nos jours, aux héros-dieux à la télé, au cinéma sauce « Seigneur des annaux » ! La religion, est-ce de l’enrégimentement, l’ endoctrinement des petits ? Oui. L’enfant s’en sortira. L’enfant est à sa manette et ses boutons, n’écoute même pas ces GRANDS qui s’invectivent sur ce que l’on va lui faire avaler en septembre de 2008. Une gélatine, de la plasticine, une pâte molle que l’on exploite ? Est-ce qu’on insulte son intelligence ? Bof ! L’enfant a besoin de s’émerveiller via les contes de fée ou ces gnoses religieuses souvent fabuleuses. « Un besoin » disaient les Spock, Neil, Dolto, Bettelheim. À l’adolescence, il arrive que cet enfant prêché, entraîné –enchaîné chez les fondamentalistes intégristes – tourne le dos. Avec mon papa ultramontain, chez moi cela s’est mal passé. Il y a eu réconciliation bien tard. Avec le vaillant petit Mario Dumont à la barre, pas certain que à l’école de septembre l’enfant avalera les poutines d’un menu scolaire marqué croyances.

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