« UNE POUPÉE INTOUCHABLE »

 Note aux fidèles : pas de conte lu au 98,5 de Paul Arcand  cette année. INÉDIT : Conte dédié à « Grand Corps Malade », tel un slam  par CLAUDE JASMIN 

C’est la poupée dans vitrine Parent que ma sœur voulait !

Ma sœur fondait en pleurs rechignait… boudait

Un Noël pourri, ma sœur Marielle en avait sur le coeur 

Ma mère y avait  dit « Non, trop cher, fais-moi pas peur !

………………..

Marielle a fini par gagner, maman est allée rue St-Hubert

Pauvre môman : des mois avec son compte ouvert

La réserver, en payant en quatorze versements !

Ma sœur traînait devant la vitrine «Jouets-Parent »

…………………

Une beauté : une déesse de rêve, la robe brodée

Bras ouverts dans sa grande boite de fée

Beauté rare derrière son couvert de cellophane

Marielle, ma soeur, l’attendait comme la manne

…………….

À Noël, l’an passé, ce fut donc le cadeau des cadeaux

Moi, mon gun neuf, elle, sa poupée:un cadeau si beau

À Noël, ma mère dit : « Regarde-la, mais « pas touche »

La poupée resta dans sa boite, remisée. Sur la touche

……………..

Dans le haut du garde-robe, juste le droit de la voir

La regarder à travers le cellophane chaque soir

Pire qu’un Saint-Sacrement, l’Hostie consacrée

Marielle la descendait juste pour la contempler

………………..

Yeux bleus, cheveux dorés, broderie fine

Une sainte-nitouche « Made in Italy », ce qui rime

Avec  folie, avec frénésie; sa durée ? toute l‘Éternité.

Un trésor intouchable, qu’il faut pas abîmer

………………

Au Noël suivant, Marielle a voulu un p’tit set de vaisselle

Alors maman a dit : «  tu pourras caresser ta belle 

Oui, tu pourras ouvrir la boîte, la développer

Après le Réveillon, tu la prendras, sans l’abîmer !

………………….

La veille, le frère Ernest nous a dit : « J’ai eu une idée » 

Pour gagner cinq piasses ? Juste m’apporter une poupée

« Le curé veut, dehors, une vraie crèche de Noël

Des paroissiens vont figurer dessous « l’étoèle » 

……

Les trois rois mages y seront, me faut un beau bébé

Pas de vieille catin, une poupée avec robe brodée »

Cinq dollars !, ça valait le risque : j’ai volé la poupée

Le frère Ernest l’a apprécié, a sorti un 5, m’a payé

 …………………..

J’me disais : après la Messe, j’la ramène

Marielle saura rien : « je me vois qui se démène »

Mais y a eu une pratique, des flambeaux allumés

Et le feu a pogné ! Incendiée, ma poupée volée

……………….

Pis pas de crèche vivante pour la Messe de Minuit

Revenus, le Réveillon avalé, ma mère a dit

Marielle tu vas au lit mais, oui, « AVEC » ta belle poupée

La garde-robe ouverte, l’escabeau, j’aurais voulu crever

………………..

La poupée derrière son cellophane : n’a plus, disparue !

Les cris : « Des saudits voleurs sont venus ! »

Marielle pleurait fort et moi j’étais morfondu !

J’y ai donné mon 5 piasses, prenant un air confondu

……………..

Maman a dit : «  Quatorze versements! » Sa détresse !

Papa crie : «  Aussi, personne, ici d’ans, durant la Messe !

La radio jouait : « Il est né le d’vine n’enfant », ça fesse !

Dans mon lit, j’ai pleuré de honte, maudit frère Ernest !

…………..

J’ai rêvé à une fille, cheveux dorés, belle robe brodée

Derrière un rideau de cellophane était pas gênée !

Me souriait : « Pas ta faute, tit-Claude, si j’ai brûlé !

A me consolait. Pis j’ai entendu papa dans cave, enfermé

…………….

Il a crié : « Sa mère ? Je vas lui en fabriquer une poupée

En me servant d’une catin « Made In China; une vraie fée

Papa, bon bricoleur, m’a vite  calmé, m’a tout rassuré

Ouf ! Je reprendrai mon cinq, Marielle aura oublié

………………….

J’ai voulu me rendormir, fuyant la réalité revêche

Cette idée du frère Ernest, ce maudi feu de la crèche !

Marché Jean Talon demain, j’aurai mes pétards à mèche

Trouvés dans mon  bas de Noël, une orange, une pêche !

(un Joyeux Noël 2007 !)

Fin   

   

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