LE RETOUR DE JAMBE-DE-BOIS !

La dame chic sort du cinéma Pine sous un joli manteau, à faire enrager la Brigitte Bardot. « C’est de l’écureuil », me dit mon escorte. Fort belle cette bougrine et je songe alors à me faire trappeur. Il en vient tant chez moi. Mais capturer Jambe-de-Bois, « mon » écureuil ? Jamais ! Malgré sa patte folle, c’est un acrobate époustouflant. De notre table à déjeuner, Jambe-de-bois nous offre des spectacles aux numéros iouïs, gratis derrière les portes-patio.

On a une mangeoire suspendu au plafond de cette galerie, C’est sa hantise. S’y nourrissent des parulines, carouges, goglus, sturnelles, hum… suis jamais sûr du nom. Sans se décourager jamais, notre blonde bestiole se cherche un point d’appui pour sauter au rebord notre mangeoire. À chaque visite matinale, on en lâche subito journaux et cafés. Ce fut d’abord des essais. Patient Jambe-de-Bois a une volonté de fer. Son dur désir d’« ailes et poitrines » l’excite. D’abord ce fut des sauts prodigieux. D’une rampe puis d’une autre. Vainement. Trop de distance. Puis ce sera ses grimpades le long des 4 par 4. Échecs répétés. À chaque ratage, longues minutes de dépit. Et il recommence, s’y remet. Show-time !

Un temps, ragaillardi, il tenta une neuve astuce : se jetant et s’agrippant dans la porte à moustiquaire. Vrai Spiderman ! Malheur à vous, martinet, carouge, chardonneret, pic, grive ou moqueurs…. nullement ornithologue, je doute du nom.

Nouveaux sauts donc mais… non, patate, partie nulle car griffé à la moustiquaire il devait, à la fois, se retourner et bondir. Mauvais calcul, notre écureuil se retrouvait chaque fois au plancher parmi les graines rejetées.

UN FAMEUX DIVERTISSEMENT

Total amusement en effet de le voir jongler, reculer, avancer, calculer, chercher sans cesse un angle nouveau. Son entêtement fait de notre blondinet une sorte de héros à nos yeux. C’est Superman volant. Ayons l’air cultivé, c’est D’Artagnan, Fantomas, Achille, Hector. Le Cid et Ulysse. Il y a quelques jours, revoilà notre chère « tête de pioche ». Silence ! Rideau ! Monsieur Queue Dressé va tenter du nouveau. Y a-t-il réfléchi dans sa cachette inconnue de nous ? Il vise un recoin de la galerie et voilà qu’il se hisse d’un bond élégant sur une étroite table-desserte de jardin -qui attend comme nous la venue du printemps. Cette fois, Jambe-de-bois semble gonflé à bloc. Ne se sert-il pas d’un fameux juchoir ? Zut, voici un gras geai bleu qui s’amène. Attente. Trop gros pour lui ? Maître Geai s’en va, graines avalées. Voici que s’amène un innocent bruant. Appétissant ! Son gavage d’abord… ces « têtes d’oiseau » ne voient donc jamais l’embusqué ? De ses deux pattes d’en arrière, valides celles-la, Jambe-de-Bois se rapetisse, s’aplatit, museau frétillant. D’abord ses regards scrutateurs, calculateurs vers la mangeoire, ensuite repliement et… Bing ! Il a mis son ressort en action : Spring ! Encore raté !

Au sol, il regarde la table, la cage à graines, la table de nouveau, re-grimpe… Trois fois. Trois bonds pas assez forts. Désolants ratages. De guerre lasse, notre acrobate s’en va voir ailleurs s’il y est ! Nous reprenons cafés et journaux.

SO-SO-SOLIDARITÉ

Un matin, je songe à abaisser la tige de la mangeoire : « Juste une fois, Raymonde. Par compassion, par pitié. » L’homme d’un couple se sent comme lié; « entre chasseurs n’est-ce pas ? Ma compagne s’indigne : « Pas question! Ce n’est qu’un rat avec une belle queue. » Je lui rappelle le beau manteau…apprécié. Enfin, je m’incline, pour la pax du ménage. Dans la vie, il faut savoir prendre parti : oiseaux ou écureuils? La mangeoire restera inaccessible. On aurait dit qu’ayant aperçu ma tentative de coopération et ayant perçu ma lâche abdication… longtemps, on n’a plus revu l’amusant Jambe-de-bois !

Au bout de quelques jours, il réapparaît ! On s’ennuyait de son cirque. Spiderman a l’air comme vieilli, assagi. Revient-il de sombres batailles ? Que savons-nous de l’existence des écureuils ? Un écureuil noiraud ne gisait-il pas au bord de la rue en sang ? Tué par l’un de ces racoons descendus du Sommet Bleu pour goûter nos détritus en poubelles ? Jambe-de-bois était donc revenu. Une retraite en vue de mijoter une stratégie nouvelle car c’est Napoléon Bonaparte. Il semble récapituler son champ de bataille : il déambule sur les rampes, grimpe aux colonnes, saute sur la table de fer noir, saute dans la moustiquaire. Il se souvient trop bien… Soudain, il vient se coller à la vitre et nous dévisage un très long moment. On en éprouve malaise. Il se détourne enfin et… quoi ? Jambe-de-bois mange goulûment les graines sur le plancher. Pauvre Icare sans ailles, déchu, se prend-t-il maintenant pour un oiseau ?

« MON BEAU SAPIN ! »

Tu t’installes un beau printemps en Laurentides. Juin 1973. Tu plantes un mignon, « tout petit», sapin et voilà qu’il a grandi. Et très vite. Un joli moignon de verdure qui a maintenant plus de 30 ans. Te voilà pris à dévisager un « géant » vert. « Mon beau sapin » (chante-la ta chanson ), jadis un nain, est devenu un obstacle pour jouir de la vue sur le lac. Avoir su, je l’aurais planté dans une haie, pas au beau milieu du terrain. J’ai bien fait avec tant d’autres boutures.

L’ancien gamin de Villeray, moi, a vécu sans jamais voir un seul pin, pas même un modeste sapin, encore moins un mélèze. Tout n’était que macadam, asphalte,. Paysage familier des citadins en quartiers populaires. Dieu merci !, dans la cour un énorme peuplier. Il fut un refuge béni pour nos cabanes-de-Tarzan. Migrants en belle Laurentie, nous devenons comme fous des arbres. Ici, à Sainte-Adèle, il y avait trois arbres : un vieux saule proche du rivage, un très vieux pommier à la mi-terrain et, près de la galerie, un érable-à-giguère. Moi, l’homme-qui-plantait-des-arbres (salut Fred Bach !) s’en donna à « pelle que veux-tu. » Nous vivons désormais en une sorte de petit boisé. Le bonheur, sauf qu’il y a ce gros sapin cacheur de belle vue. Couper ? Interdiction, selon la municipalité. Quoi, il y avait trois arbres et il sont maintenant une quarantaine !

Séraphin grogne : « La loâ, c’é la loâ ! »

UN RIVAGE À TRANSFORMER ?

Voilà autre chose: pour garder saines les eaux du lac devoir désormais céder à la nature vierge, une partie de la grève. J’ai mesuré cette marge, mis des piquets, de la corde. Domaine dédié au nouveau dieu-écolo. Payer une dîme laïque obligatoire en hommage à la mode du « en-friche ». Revenir en arrière, remords tardifs de l’homme-aux-chics-pelouses, sorte de mini-golfs à moult engrais nocifs.

Bon. Si on s’en allait ? Quittons tous nos défrichages. Si on remettait en l’état toutes nos installations humaines ? Nos villages bâtis redevenant de la forêt vierg ? Nos collines, nos vallées désertées. Comme avant le temps du Curé Labelle. Plus âme qui vive ! Plus un seul méchant humain, satanés « effardocheurs » compulsifs. Tout le Nord en un immense Parc National bien sauvage où l’on viendrait par des sentiers touffus, canot sur le dos, juste le droit d’y passer. Le nouveau « culte », admirer, béats, la Déesse Nature !

L’HOMME : UNE NUISANCE ?

Visionnez un New York déserté avec ce film : « Y am a legend ». Voyez la mégapole vidée par un fatal virus, là où poussent dans les rues plein d’ herbages, voyez les autos abandonnées changées en jardinières de buissons, un New York où gambadent des hordes de cerfs. Est-ce beau ou tragique ?

Écologie : nouvelle « religion » qui se répand -tiens- comme du lierre. À entendre des fanatiques, l’humain est de trop. Le Créateur aurait été sans jugement d’inventer l’homme ! Ces extrémistes souhaitent-ils le retour au nomadisme ? Aucun pâturage, ni ensemencement, aucune habitation. Romantisme déboussolée. Désir masochiste : revenir à « cueillettes, pêches et chasses ». Ces fondamentalistes rêvent volontiers à ce recul. Abolir à jamais tous nos progrès.

« Tout le monde, comme on dit, est pour la vertu et contre le vice. « Pour » la protection de l’environnement, « contre » les abus des conforts exagérés, j’en suis. Mais, optimiste de nature, je crois aux solutions scientifiques, aux technologies à venir qui ne cesseront jamais d’inventer. J’enrage contre les nouveaux quakers qui militent pour des reculs candides. Vigilance recommandée donc face aux écolos névrosés. Ces prédicateurs-de-catastrophes vont-ils nous organiser un suicide collectif : « Chers frères, buvons tous une ciguë fatale à genoux devant Sainte Gaïa ». C’est un puritanisme sot. N’écoutons plus ces oiseaux de malheur, nos enfants, et les enfants de nos enfants, méritent mieux. Débarrassons-nous d’un stress publicisé, au fond, stérile, démobilisateur. Leur sordide sermon du « Déjà il n’ y a plus rien à faire » est faux. La modération s’impose, avec la confiance en ceux qui étudient, cherchent et trouvent les solutions intelligentes.

MON CHAT ET SA MARMOTTE !

Nouvelle série -Les belles histoires laurentiennes qui illustrent la « ma vie de par ici » et qui seront publiées dans le journal La Vallée.

(à monsieur Jean de Lafontaine)

L’hiver, mon gros chat-tigre ne vient plus guère roder chez moi. J’écris « mon » chat mais c’est une bête qui ne m’appartient pas, sauvageon félin qui surgit en jouant le fauve-à-la-chasse. Il n’a rien du « pet » aimable que l’on cajole. Je le sens misanthrope. Si je l’appelle, « minou, minou… », aucune réaction ! Mon chat symbolise d’évidence l’indépendance, la fierté des chats. De ma petite grève du lac, ou de mon haut balcon, je le vois presque chaque jour qui s’amène avec une auguste lenteur. S’il m’aperçoit, il ralentit ses pas calculés d’un carnassier à l’affût. Il hésite puis continue sa traque mystérieuse. Il lui arrive d’émettre quelques grognements alors je l’ai donc baptisé « Valdombre », en mémoire du farouche pamphlétaire, C.-H. Grignon, mon ex-voisin.

Valdombre se tapit dans mes haies, guette l’oiseau mais s’en retourne bredouille le plus souvent. Un jour je le verrai pourtant avec un mulot gigotant dans la gueule. Un autre jour, voilà mon Valdombre grimpé dans mon vieux saule. Pensez-vous qu’il appelait « au secours », non, juché à un carrefour de grosses branches, tête en l’air, il reniflait un joli merle, qu’on dit rouge de gorge, occupé à sortir quelque larve friande d’une écorce. Ayant voulu l’aider à redescendre de son perchoir, pour la première fois, je l’avais mieux vu, ouash !, pelage tigré tout déchiqueté, la queue mal en point, les oreilles écharognées, un œil plutôt amoché.

LES CHATS DE RUELLE !

Je découvrais un de ces chats-marcoux du temps de ma « petite patrie » et je me suis souvenu de nos cruelles « chasses aux chats » à coups de manches-de-moppes.

Ratissage, battues soutenues par nos parents : « Chassez-les, faut nettoyer la ruelle de ces « chats puants sans colliers ! » Remords, je souhaitais maintenant soutenir mon Valdombre-sur-saule, mal pris. Voyant mon bras tendu, Valdombre au pelage magané fit un saut étonnant, dédaignant superbement ce Saint-François d’occasion. Revenu sur le plancher des vaches, mon vieux poilu traversa le terrain des Boissonneau puis celui des Ouellet pour disparaître dans les herbages de ma lointaine voisine, Nicole Savard. Ira-t-il plus loin ? Jusque chez Jodoin, dépassant le domaine des Laniel, aboutissant aux condos-Villa Major ? Bête libertaire au vaste territoire.

Ses longs guets chez moi se déroulent le plus souvent en fins d’après-midi quand le soleil se dérobe derrière le Mont Loup-Garou. Une fois je le vois de très bon matin, dos courbé, toujours prudent, reins arqués, la patte chercheuse, le museau fouineur. Une proie ? Derrière un bosquet de jeunes sapins, soudain, paf ! Un saut griffu, éclatent des lueurs bleues et blanches parmi des ailes affolées ! Un geai bleu agonisa. Sachant ce bel oiseau prédateur des nids des autres, je m’en console.

D’OÙ SORT-IL , OÙ VIT-IL ?

Le saurai-je une bonne fois ? Valdombre est mon « sans-abri », vieux fugueur, mon délinquant. Valdombre est ce qui reste de « sauvage » dans notre nature peignée, arrosée, trop entretenue, il va de pair avec nos rats musqués d’un muret pierreux voisin, avec aussi ce grand héron gris, ou mes quelques canards « épisodiques ». Ou encore avec cet orignal qui nous rend visite certaines aubes automnales, venu s’abreuver au Lac Rond. Noble faux-tigre, indépendant raminagrobis, je l’imagine descendant mythique du chat « vénéré » en Egypte antique !

Viendra pourtant, fin de cet automne, une révélation. Que vois-je en un certain crépuscule ? Valdombre, face à face avec un gras siffleux, notre familière dodue marmotte, qu’on a surnommée Donalda. Qui a ses appartement souterrains chez mon voisin. Je fige ! Verrais-je un funeste combat ? Non, rien, Valdombre se frotte le museau au museau de Donalda ! Et puis, pfitt !, je vois, ébahi, le couple enjoué, qui disparaît dans le terrier de la marmotte ! Fera-t-il une sortie barométrique au printemps, Valdombre hiberne-t-il tout l’hiver ?

LETTRE À PIERRE FOGLIA

J’ai souvent vanté, publiquement, vos bons talents de chroniqueur de la vie quotidienne. Foglia, votre immense public est garant de cette amusante faculté de jacasser avec esprit. Mais voilà qu’un bon matin récent, purisme étonnant chez vous, vous joignez le peloton des affligés de notre français québécois.

Maudit verrat qu’on parle mal ! Tautologie ? Évidence ? Personne d’un peu instruit ne va vous contredire, j’en suis. Bon, on parle pas bien pantoute. L’élève et aussi sa maîtresse d’école et les parents aussi bien sûr. On est bien d’accord. Mais c’est bien court, de l’ordre du simple constat. Ça crève les… oreilles. Mais oui. Je viens pourtant vous implorer de ne jamais oublier les racines de ce mal-parler, de ce mal-écrire aussi. On lit là-dessus que ça va mal aussi aux États-Unis, en France aussi. Partout alors? Mais, ici, au Québec, il y a des faits têtus qui ne font qu’augmenter, encombrer, cette situation apparemment universelle : les jeunes s’expriment mal.

Ne jamais l’oublier : le français au Québec a été durant des siècles une langue « secondaire », sans importance. Diminuée et méprisée. L’outil des pauvres, des dominés, de ceux qui ne contrôlaient rien. En dehors des rares esprits forts – les Buies, Asselin, Fournier, etc. – le peuple de colonisés que nous étions n’était jamais stimulé sur le sujet de la langue française. Pierre Foglia, vous avez bien que nous venons d’une majorité de paysans pauvres, de cultivateurs archimodestes, d’ouvriers souvent illettrés quand ce n’était pas des analphabètes.

Les temps ont changé, c’est vrai, mais nous traînons ce vilain héritage et très visiblement. Mon père, fils d’habitant, disait toé pis moé. Je ne reprocherai à personne de vouloir corriger nos lacunes ou de souhaiter du changement. Je reprocherai toujours à ces surveillants bien intentionnés de jouer les amnésiques. Dès la défaite (prière de ne plus dire la conquête) de la Nouvelle-France, notre langue française était condamnée. Sans la très grande peur de nos conquérants face aux patriotes « indépendantistes américains » qui rôdaient à nos frontières, les victorieux Anglais nous auraient menés, et rapidement, à la totale assimilation, cela est sûr et certain. Fini le français en Amérique du Nord! Nous parlerions tous l’anglais aujourd’hui. Donc, le peuple Québécois parle français, un certain français, réalisé. Ce « miracle » étonne absolument les visiteurs de l’Europe, surtout de la France mais… il n’est pas pur. Il serait étonnant qu’il en soit autrement, Pierre Foglia. Vous, fils d’émigrant italien exilé en France, qui vivez au Québec depuis si longtemps, je vous implore de ne pas oublier cette histoire lourde, difficile, fragilisante. Les racines de notre mal.

Sans cesse il y a eu des tentatives de nous diminuer, de nous diluer; je gage que vous connaissez bien ces épisodes de racisme, ces efforts de francophobie pure. Tout cela ne faisait rien pour valoriser le français. Tant des nôtres se sont carrément assimilés, hors les frontières québécoises et aussi à l’intérieur du pays. Le speak white d’il n’y a pas si longtemps dans le grand Montréal -où vit la moitié des Québécois- fut perçu par plusieurs non pas comme une insulte mais comme une simple et fatale réalité. Triste vérité !

Il y a eu progrès depuis la vitale loi de Camille Laurin et bien plus nombreux qu’on pense sont ceux, mieux instruits désormais, qui s’amusent simplement du jargon des « Têtes à claques », une parlure qui fait rigoler la France. Ainsi, notre pauvre langue maternelle, le joual, devient, mais oui, comme un exotisme que nous chérissons! Eh oui, nous gardons une sorte d’affection pour ce patois. Patois que, en passant, vous faites bien d’utiliser vous-même à l’occasion, une couleur ajoutée fort sympathique! Tout cela dit, cessons l’accablement et le masochisme, évitons de jouer un noir fatalisme à la mode du jour. À mesure que, collectivement, nous reprenons confiance en nous, il y a nette amélioration.

Déjà, il arrive assez souvent, lunettes noires enlevées, que nous nous surprenons d’entendre un peu partout, dans la rue ou dans une cour d’école, un bon niveau de français parlé et écrit; cela même dans le modeste monde des ouvriers. Facile de vérifier, de comparer et d’apprécier les progrès si on examine des documents d’archives -sonores et visuels.

Nous émergeons davantage chaque jour de la noirceur culturelle historique. Celle d’un triste passé relativement récent. D’avant 1960. Époque bien connue quand tous les Canadiens de langue française étaient perçus par nos bons maîtres anglos en porteurs d’eau et scieurs de bois. Allons, admettons-le. Même s’il y a certainement place pour davantage de progrès. Vive l’espoir! Sus au pessimisme ambiant ces temps-ci.

MARC LABRÈCHE ET LE MÉPRIS !

   Déception encore lors de cet « extase » télévisé ? Oui et pour la même raison qu’en regardant le « Bye-Bye 2007 » de RBO. Parlons mépris.  Lequel ? Celui de croire que nous sommes tous incapables de rester attentif à un sketch qui dure au delà d’une minute. Dans ces deux cas, c’est le mode « clip ». Court, punché parfois, mais pas toujours. Résultat : notre Labrèche bien-aimé en une avalanche de propos -de fort bonnes idées souvent- mais illustrés à la va-vite.

Au suivant, au suivant ! Cette mode navrante des quickies est navrante. On ne retiens rien puisque tout n’est que flashes. Un fatras indigeste ! Les scripteurs doivent comprendre et accepter un fait : les gens ne sont pas des abrutis, le public de la télé humoriste sait apprécier un sketch disons de huit petites  minutes. Allons : le public  peut garder attention à davantage qu’un clip d’une minute. Oui, il y a mépris et, partant, démagogie.

Ce désolant préjugé sur les téléspectateurs fait que d’excellents sujets de caricature, faute d’une élaboration un peu consistante, tournent au carrousel d’images très vite oubliées. Il faut, le lendemain du show garroché, lire les articles concernant cette sorte de fricassée pour mieux apprécier leurs contenus. On avait tout oublié. Jadis, nous avions droit à des sketches (en ces sortes de revues d’actualités) bien mieux élaborés. Il en résultait un contentement autrement plus solide. Des morceaux d’anthologie télévisuelle le prouvent.

En une heure, à cause des pubs disons plutôt en 45 minutes, ces nouveaux et jeunes idéateurs et scripteurs peuvent très bien n’installer que cinq ou six sketches. Pas 25 ! Faisant cela dorénavant, le téléspectateur se sentirait moins envahi, débordé, bousculé, il gardera un bien meilleur souvenir, une bien meilleure appréciation du travail fourni. Le talent étonnant d’un Labrèche mérite cela. Les talents des  RBO aussi. Le public québécois mérite ce traitement intelligent. Et aussi cette confiance.

Confiance des « produiseurs de farces » que le public est tout à fait apte à suivre un dialogue un peu consistant, un tableau structuré, une scène un peu travaillée. Me dira-t-on chez ces « vite-vite-pressé-pressé » qu’il est plus (trop ?) difficile d’élaborer ? C’est faux. Leur formidable  imagination est palpable, leur intense créativité est très visible. Il n’y a donc qu’à rompre-un peu de courage- avec une mode néfaste, celle du fast-food abrutissant.

Déplorable mode actuelle qui fait aussi que tant d’émissions dites « d’infos culturelles » se fabriquent avec cette maudite mode du « clip », sauce imbuvable. Les intelligents commentateurs savent bien de quoi je parle, bousculés, ils sont frustrés sans cesse, le disent même parfois en ondes. La manière  « vite-vite » fait qu’un bon livre, un excellent film, se réduisent à une mention pitchée  et qui sera vite noyée dans le flot du « vite-vite ». C’est la plongée dans l’infertilité, la perte de temps. Hélas le gaspillage éhonté -au fond- d’une bonne volonté comme devenant « hors-propos », encombrante, sans cible utile. Ce déjà trop rare « temps d’antenne » pour la culture en devient futile et réduit à zéro résultat. Tant d’efforts pour soutenir la culture populaire, ou autre, se diluent ainsi en vains commentaires.

Changeons cela : soyez convaincus, producteurs, réalisateurs, que le public n’est pas que girouettes incapables de la moindre concentration. Cette conception de « l’imbécile » téléspectateur est de plus en plus humiliante. Rompez vite avec ces mauvaises manières et plaidez avec moi auprès de vos diffuseurs. Dire carrément que vous voulez respecter l’intelligence du monde qu’on dit « ordinaire ». Cassez ce vilain moule du « clip » fastidieux. Un peu de courage que diable ! Ne croyez surtout pas les complaisants -et intéressés- qui entourent les artistes.

Nous sommes bien plus nombreux que vous pensez à souhaiter le respect. Le brillant, talentueux  Labrèche -comme RBO et tant d’autre humoristes- mérite mille fois que ses scripteurs se forcent les méninges, qu’ils fuient la maudite paresse du « vite-vite ». À la télé, personne ne veut de longues démonstrations ou de conférences soporifiques, non, il s’agit de concevoir des sketches un peu consistants et non plus se contenter -paresseux va !- d’une brève volée d’images de 50 secondes pour conter une situation hilarante qui mérite un temps convenable. Qui, le premier, va oser rompre avec cette mode niaise du « paquet en rafale » de clips fuyants  ? A bon entendeur, tous mes saluts !

LA MORT DU « FRÉDÉRIC » DE LÉVEILLÉE.

Tit-Jean est mort ! En ce temps-là, il y avait plein de tit-Paul, tit-Jacques, tit-Louis. Et des tit-Jean. Un tit-Jean vient de mourir. Samedi matin, rue Prieur, on lui a fait nos adieux. Jean Léveillée, se sentait comme « immortalisé » par la belle chanson de son célèbre frère, Tit-Claude. « Frédéric » qui narrait le doux temps de jeunesse quand » papa nous aimait bien et que maman, le dimanche, nous servait ».

Tu te souviens mon Tit-Jean des déambulations naïves rue De Castelnau, rue Saint-Denis, au marché Jean-Talon voisin, aux cinés Rivoli et Château, au bain public Saint-Hubert ? Vous étiez comme deux inséparables toi et lui. Lui, le fameux chansonnier tombé gravement malade récemment.

Tit-Jean-Frédérik, en paradis promis, prépare-t-il pour son petit frère en fauteuil roulant la belle table de la salle à manger, rue Drolet ? Il y reverra maman musicienne et papa le chantre de Sainte-Cécile. Claude chantait : « Et puis la vie nous sépare… on prend un coup de vieux, faut s’en tailler une… ». Tit-Jean deviendra scénographe de télé quand tit-Claude tissera ses poèmes en mélodies fameuses et fera le tour du monde jusqu’à Moscou. Jean, mis en terre samedi, fut discret, efficace, si réservé, si délicat, le décorateur zélé durant trois décennies.

Samedi, dans la nef de Saint-André-apôtre, nous, tes camarades, avons écouté « ta » chanson en frissonnant. Nos condoléances à tous ceux que tu aimais et qui t’aimais, tit-Jean Léveillée !

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

LE « FÉROCISME », UNE MODE ? | GINGRAS, FOGLIA, PETROVSKI, ET CIE : INTÉGRISTES ?

      Une mode s’installe en journalisme, les chroniques d’humeur. Noires souvent. Impossible désormais de dépasser la vitesse de la radio ou la télé, alors il faut bien remplir le journal. Du défoulement, du bien piquant, à l’occasion épicé, Lisez Foglia, ou Martineau, Cassivi ou Nuovo, Pétrowski ou Lagacé. Piques et horions, parfois, dérive, dérapage : insultes, injures ad hominem. Ce néo-journalisme : démolir ? Par exemple, cogner Céline Dion, oui, frapper une vedette. Un Gingras, en musique, utilise volontiers la diatribe, une cruauté qui est sorte d’onanisme, de masturbation. Et : À bas les émotions, m’sieur Nietzsche, humaines, trop humaine ?

      Chroniques donc comme par l’excisé de ses sentiments. Chez eux l’amateurisme -de amator et amor- c’est détestable, une tare. Ce maoïste à plume, pur et dur, voit les sentiments en survêtement de l’Homme mou. Fier de son inhumanité, le chroiqueur-critique vaque à ses noires écritures. Le succès populaire est malsain. Sévérité ou bien jalousie ? Défoulement du monomaniaque morbide. Critiques au pointillisme pathologie pour un auditoire de frères en cruauté. Se vengent-ils, M. Freud, d’un manque, d’un échec, d’une déception grave, d’une routine de vie qui les étouffe ? Ces rédacteurs en rogne ont leur cohorte d’aficionados tel, jadis, un Robert Lévesque, furieux et féroce.

Gongorisme infernal.               

      L’enragé à plume sait bien l’adage : « le montrueux attire la foule ! » Intégriste, il fesse fort, planqué en son fin savoir, bardé de ses principes immuables. Cuistre, il cite sans cesse et il va aux premières, les dents serrées, main à plume grincante,  bavant de flel, il va tuer ! L’amateurisme. Son stylo-machette pisse une encre noire d’un taliban instruit. Un fondamentaliste. Un intégriste. Il accorde son visa rarement. Ses humeurs relèvent d’un ordre, d’une église. Il est Fasciste. Sa prose d’enragé est une démence et certaines cibles ne s’en relèveront pas. Assis dans la nef, son bréviaire codé sur les genoux, il veille, fier Cerbère. L’Artiste n’a aucun droit d’inventer, d’interpréter, arcbouté derrière un lutrin, ou un piano ou un violon. Ou un décor, un manuscrit. Pour ce guetteur, il n’y a que le cerveau, ce matraqueur a, seul, le bon pas, est de bon bec. Objectif et impartial, sans état d’âme. Il n’aime pas, il n’aime rien. Ni la musique, ni le théâtre, ni la peinture, il est agrippé à son évangile aux six commandements : 

1-Mort aux surprises du créateur non-orthodoxe

2-À bas les interprétations personnelles 

3- Stop au spleen, au romantisme

4-Foin des audaces inattendues du novateur 

5- Sus aux émotions et aux sentiments 

6- Hue aux ignorants des grandes traditions

 Euphuisme répugnant. 

      Son bloc-notes se noircit de mots-dards selon l’estimation cartésienne; c’est de l’ordre du scalpel, avec sarrau immaculé, boulot de chirurgien. Il écoute, lit, observe sans aucune liberté vraie. Les improvisateurs, les ré-créateurs ? Tous des traîtres. Travailleurs en féconde joie, audacieux ?  Tous des aventuriers. Les novateurs qui risquent ? De la schnoutte. Ce ou cette cuistre  sont des chevaliers à la triste figure, cher Cervantès !  Leurs rares jubilations sont des ricanements. Misanthropes finis, c’est Torquemada, un catholicisme (au sens strict de ce mot) avec odeur de bûcher purgatif en leurs  cahiers « arts, lettres et spectacles. » L’amateur n’aime pas assez sérieusement, est trop léger, trop ouvert, fragile et trop instable. Lui ou elle, juges professionnels n’existent pas pour aimer mais pour exécuter. « Tout ce qui est atteint est détruit », dit Montherlant. Ces Lévesque mal assis dans nos théâtres refusent les ré-inventeurs, ils sont des froids noteurs.

Marinisme inquiétant.

      Si l’amateur manque de sérieux, ce cruel « sérieux » manque d’amour car il y a la culture et encyclopédie. Le cuistre ignore que l’être cultivé aime, l’encyclopédiste n’aime pas. C’est un sur-instruit qui assemble des théories d’une mathématique-des-arts. Dogmatique, sa gnose s’étale et ne sert que les anciennes références. Il s’agit d’intimider, de paralyser à jamais et je ne suis pas sans péché au domaine des arts plastiques, j’ai l’excuse de la jeunesse. Devoir avouer aussi ce honteux plaisir à lire cette sorte de pisse frappée. D’un Martineau ou d’une Pétrowski, d’un Pierre Foglia en certains matins d’amertume. Qui encore ? On lit avec une petite gène ces papiers de désespoir, Miss Nancy Huston ? Pour nous changer d’une complaisance répandue ? Cette critique en forme de « pub », de « plugs »; sirupeux brouet para-commercial, si fréquent en ce « Monde de spectacle », cher Dubord. Nos féroces compensent ce lierre publicitaire ? Futile combat  car la vie, la vraie, est titubante, fragile, incertaine, essayiste et gagne toujours. Ce croisé fanatisé se sait seul en pureté mais il arrive que ces Cassandre brillent, c’est tout entendu, on aimera les lire aux estrades même si on en sort honteux. Plaisir trouble du trop  bon public et puis on songe alors à la victime… La pureté… moi, je vous dis…                       

Texte mis à jour le 4 mars 2008

  

                

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Maudits ghettos amérindiens?

Face au Desjardins de Le peuple invisible (film que je viens de voir), à une émission de télé, l’anthropologue Serge Bouchard a dit: «Mais Richard, il y a des changements, des corrections…» Silence du noir poète en studio. Son captivant film se disperse, hélas, dans toutes les directions. On y voit d’étonnants vieux films, des tentes et des canots, puis des cabanes, à la fin, de bien chics bungalows avec de jolies pelouses ! Le chanteur, en voix hors champ, dira pourtant:«Tous sont sur l’aide sociale…»

On a le droit alors de songer à nos colons du temps de la crise, invités à ouvrir des villages là-bas. Un documentaire sur nos chômeurs «expédiés», avec images de nos démunis, ne serait pas moins affligeant. Dans ma parenté, des «revenus d’Abitibi», aigris, me parlaient de leur mésaventure à «misère noire», pas beaucoup moins accablante que celle montrée par Desjardins.

Ces «Indiens»? Des décideurs d’Ottawa décidaient un jour de mettre en réserves les «sauvages»; on peut dire en ghettos. Pour les protéger disaient-ils. De quoi, de qui? De nous, tous «méchants Blancs»? De l’alcool, qu’ils ne supportent pas? Pour la conservation de leur culture? Non, car l’on décidait bientôt d’installer en pensionnats —cathos et protestants— leurs enfants. Cela se fit avec les mêmes abus et méfaits moraux, commis envers tous les petits pensionnaires. Blancs ou Rouges. Un racisme hypocrite.

Depuis longtemps, certains, tout comme moi, tentent d’imaginer ce qui serait arrivé de ces «Premières nations» si les autorités politiques les avaient laissées vivre librement parmi nous. Une «intégration» heureuse? Une «assimilation» totale? La métamorphose advenue à tant d’émigrants abitibiens, russes, polonais, etc.? L’Ukrainien, de Rouyn-Noranda ou de Val-d’Or, voit ses petits-enfants devenus des Québécois comme les autres.

L’Amérindien n’est pas, lui, un émigrant, c’est entendu. Il subissait le méchant sort d’appartenir à une nation minoritaire. Rien à faire, cela aurait été, tôt ou tard, l’assimilation. Dur constat que ce «principe de réalité». Les Canadiens-français partis jadis en vaste Canada, ou en Nouvelle-Angleterre, sont devenus «tout semblables» aux majoritaires les environnant. Leurs enfants et petits-enfants furent assimilés, ne parlent plus notre langue, appartiennent à une autre culture. On n’en meurt pas.

Ainsi, Algonquins ou Abénakis, plein de «sauvages» modernes, ayant refusé le ghetto-réserve, se sont fondus à nous, le 83% de la population québécoise francophone. On ne va pas s’excuser d’exister tout de même, nous, le 2% sur ce continent! La mode actuelle des résistances (désespérées), d’un retour (romantique) aux sources, attire de la sympathie certes, mais fera long feu. Nulle part au monde, on a pu voir des petites minorités résister longtemps au besoin de grégarisme, qui est ce besoin normal d’appartenir au monde qui les entoure. Nous sommes aussi en danger, on le sait. Ce besoin viscéral est de toute éternité, déjà il y a tant «d’américanisés» parmi nous, pas vrai?

Bon: pour le bien des jeunes Rouges, devrait-on dissoudre ces ghettos où, selon Desjardins, «C’est la misère, les suicides et la drogue pour la jeunesse, et tous sur le B.S.» Comment réparer l’erreur tragique des autorités d’antan: avoir installé tous ces ghettos «d’entretenus mal entretenus»? Desjardins ne sait pas quoi répondre, comme nous tous. De là le sentiment d’un documentaire —un de plus— stérile. D’une impasse, D’une invitation à culpabiliser, même si «nous, le peuple», n’a eu rien à dire sur «la question amérindienne».

Enfant, en villégiature tout à côté d’Oka, nous étions silencieux, gênés, en voyant leurs maisons sans peinture aucune, la zone de miséreux apparents, « anglifiés », ces enfants agniers (Mohawks) dépenaillés, enfermés en leur ghetto, privés de nos joyeuses plages. Je n’aimais pas ce séparatisme déjà. Nous savions que nul ne pouvait plus vivre de cueillettes, de pêche et de chasse. Le vieux monsieur Gabriel, sans parler, nous louait des vieilles picouilles, une piastre de l’heure. Pourquoi ce mur, pensions-nous? Comme Desjardins l’avoue volontiers, nous n’avions aucun contact humain. Ces maudits ghettos font ça! Gilles Vigneault, son ghetto de Pointe-Parent pas loin, en fera de tristes chansons. «La Marie-Lou est pour un Blanc». Plein de jeunes Marie-Lou du film de Desjardins nous jettent des regards d’une tristesse infinie, on a mal.

LES AUTRES NATIONS, BORDEL !

« Look who’s talking, pourrait-on répliquer aux observateurs du « Time » de New York affirmant que la culture française est à bout d’énergie, finie ! Non mais… Pas une nation au monde n’est davantage tournée sur elle-même; un seul exemple ? Au vaste rayon-cinéma, nos cher amerloques sont incapables de faire regarder la version originale d’un bon film étranger. C’est le « remake » sauce USA, ou bien le néant !

USA c’est Narcisse incapable de tolérer – de goûter, d’apprécier- aucun autre reflet que le sien !

On a bien fait de répondre à Paris que c’est surtout en France que l’on peut trouver, dénicher, mieux connaître les cultures variées de la planète. Certainement pas aux USA.

À une moindre échelle, bien entendu, c’est au Québec aussi. Les donneurs de leçons étatsuniens se sont ridiculisés.

Ainsi, plein de braves « citoyens du monde », apatride, qui disent craindre notre nationalisme : « Une désolante soif identitaire, rapetissante et bien mal venue qui nous ramène à nos petits nombrils ». C’est l’accusation courante chez ces « internationalistes », la plupart tous tournés vers, seulement, les productions culturelles des grandes mégapoles culturelles.

Il n’y a de « bon bec » que de New York, Los Angeles-Holywood, ou de Londres. À l’occasion, Berlin, et, pas souvent, Rome. Ou bien Paris…hum… qui se meurt d’inanité bien sûr !

Seul a le « bon pas » l’impérialisme de l’Axe anglo-américain. Le soi-disant « universalisme » de nos auto- racistes va de pair avec gros moyens pécuniaires, « big cultural machine », grands chiards, gigantisme, patentes et technologies branchées, budgets faramineux.

Hélas, faut-il dire, il n’y a pas encore assez d’intérêt envers les autres cultures du monde. Oublions l’égocentrisme des Crésus culturels occidentaux, qui est insoignable et voyons lucidement une situation déplorable. Des lacunes désolantes. On sait peu, si peu, trop peu, « rien du tout souvent » sur les cultures étrangères.

Les organismes de diffusion d’ici -et ceux d’ailleurs aussi- tout médias confondus, font moins que « peu » pour faire connaître les cultures -savante ou populaires- de autres peuples de la terre. Que savons-nous, un seul exemple, de la culture de la Suède ? Ou de la Finlande ? Pourquoi donc…ce dédain, mépris, ignorance crasse, totale indifférence (cochez) envers tant de pays de notre univers ?

Que dire à propos de nos proches voisins, ceux qui vivent et créent juste au sud du prolifique pachyderme milliardaire. C’est anormal, à bas les cloisons consenties, acceptées depuis trop longtemps déjà ! Ce « criss » d’énorme paravent-USA qui nous cache tous les autres avec son fric et ses valets (à voyages payés) partout sur terre, comme ici.

Nous savons peu, si peu sur l’actuelle culture du Mexique -vaste contrée pas moins colonisé et dominé que nous- et, de même, le Mexique ignore la nôtre. Ainsi du Brésil, de l’Argentine, du Chili. Quelle tristesse culturelle ! Quelle auto-privation, c’est une honte au 21 ième siècle, changeons cela et vite.

Comment nous plaindre alors ? Cette bien triste réalité joue dans les deux sens : j’ignore tout de la culture actuelle de la Norvège et la Norvège ignore tout de la mienne ! Qui mais qui, quel média, finira par briser le monopole de New York-Hollywood-Londres… et parfois Paris ? Il en va de la bonne santé des créateurs du monde entier. La Hollande nous est une inconnue tout comme le Danemark. Ça n’est pas correct, ça n’est pas normal.

Certes, notre identité culturelle importe énormément, amis nationalistes, elle nous est nécessaire, vitale. L’identité des autres pays aussi. Pour ma part -et il était temps-, j’ai commencé à fouiller (merci cher Internet !) sur la culture de la Finlande. On découvre que d’autres petits pays contiennent de féconds créateurs. J’y découvre d’étonnants sujets d’admiration et pas seulement dans son histoire de « Résistance » au gros voisin. Du temps de la fédération-URSS, empire encombrant. Exemplarité là-dessus et nous savons de quoi il s’agit, nous avons un tel gros voisin n’est-ce pas, suivez mon regard dociles « propagandistes », serviles courroies de transmission ! La petite -et culturellement riche- Finlande a des enseignements à ce sujet à nous révéler. Essayez ça pour voir. Stimulant, je vous en causerai un jour; étonnant, vous dis-je.

Journaux, radios, télés, personne pour s’y intéresser le moindrement. Colonisation des pupitreurs, colonisation sinistre et acceptée du one way. Paresse indicible des médias suiveurs; le dire et le redire : si les rédacteurs tous azimuts cessaient un peu -au moins un peu- de rester assis et vissés aux téléscopes-USA !

Ô soucoupes-antennes du West Island ! De Côte des Neiges. De l’Extension Park !

On s’enrichirait très valablement et on ferait mieux mentir -par nos curiosités des autre cultures- nos chantres d’un « universalisme » bidon, à sens unique, New York-Londres-Los Angeles. On ferait mieux enrager nos encenseurs hypocrites d’un « internationalisme » bidon. Exemples à Montréal : tous ces Cormier, échotiers zélés des États-Unis, de l’art anglo-américain, tous ces Brunet, zélotes publicistes USA.

Le frissonnard de notre normal nationalisme aura honte à chaque fois que l’un de nous, patriotes à l’esprit ouvert, lui causera -dans le creux de l’oreille- à propos des cultures des autres; que ce soit celle de la Suède ou celle de l’Irlande ou… du Venezuela. À bon entendeur… à vos recherches, études et appréciations, amis, c’est urgent. Il y a une vie culturelle hors les falotes extravagandas ruineuses made in USA, qu’on se le dise.

MORT DE MICHEL CONTE !

Michel était bien vivant au Salon du livre, voisin de kiosque, vieilli certes, la tête enveloppée d’un foulard, jacassant vivement avec son public et me racontant les désespérés qui naviguaient vers son asile de retraité de tout, ses chères îles au large d’une Afrique pauvre.

J’ai connu Conte quand il fut le zélé chorégraphe des music-halls des dimanches à la télé des débuts. J’avais découvert sa rigueur, car Michel exigeait la perfection de sa troupe de danseuses et danseurs. Répétitions sans cesse. Scénographe pour Michelle Tisseyre, la belle animatrice, j’étais un jeune homme admiratif face aux illustrations mouvementées, ses pas d’un cinétisme inédit, signés Conte, inventeur d’arabesques bien calculées.

Polyvalent, il voulut fureter dans d’autres domaines, il voulut, le premier, créer une comédie musicale et avait choisi l’histoire de Monica-la-mitraile, je lui fis une maquette de ruelle du Red Light… mais son projet sombra, faute de mécène. Quand il m’invita chez lui, ce sera l’étonnante découverte d’un très belle vieille maison historique (ex-sulpicienne !) dans Belle-Rivière. J’y croisai deux « maudites » anglaises bien jolies : Jacques Normand prit l’une et Gilles Vigneault l’autre !

Pour un ballet moderne à Winnipeg, il me commanda un décor d’arches d’un blanc immaculée. Il me recommanda à Fernand Nault, chorégraphe ami, et ce sera une danse en chandails de footballeurs ! Voulant écrire aussi, je lui présentai mon éditeur de ce temps, Jean Basile. Match nul, hélas. C’est VLB qui publiait l’an dernier son dernier livre, une sorte d’autobiographie.

Enfin, Michel trouva sa nouvelle voie : la chanson. Cela donna de merveileuses « tounes » encore entendues, dont le si beau « Kamouraska », son très fameux « Évangéline » et l’étonnant « Shippagan ». Sa mort me fait du chagrin, il était exilé mais bien présent sur les ondes encore par ses beaux poèmes populaires mis en musique. Paix à ses cendres !

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